ITW Guillaume Suzanne et Zariel
de Zariel et Guillaume Suzanne
aux éditions
Genre : SF

Auteurs : Zariel , Guillaume Suzanne
Date de parution : septembre 2010 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Chez Griffe d’Encre sont parus dernièrement une novella et le premier livre de la collection Carnet, avec Guillaume Suzanne aux textes et Zariel à l’illustration. L’occasion d’en savoir plus sur les "Poubelles".

ActuSF. Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter l’un l’autre ?
G. Suzanne. Avec Les poubelles pleurent toujours, vous avez dû comprendre que Zariel était en fait une poubelle à idées. Pour sortir dans le grand monde, il revêt son costume d’être humain, celui d’un djeunz de 25 ans avec une casquette vissée sur la tête (pour cacher son couvercle). Graphiste illustrateur maquettiste multitâches, son imaginaire va des ETs aux poulpes, en passant par du Lovecraft dopé aux Bisounours. Taches d’encre et vitraux font bon ménage au sein de son cerveau malade et quand il n’a pas les tentacules occupés par un pinceau, il est bassiste du groupe Corp Circle qui dépoussière l’ufologie à grands coups de rock. À moins que ce ne soit l’inverse.
Zariel. L’idée d’être une poubelle à idées me plaît bien, mais donc par simple logique Guillaume Suzanne est mon Dieu. Ça, ça me plaît déjà beaucoup moins… Guillaume Suzanne, bientôt trentenaire, marié, deux enfants (adorables, d’ailleurs… les enfants, pas Guillaume), est le meilleur amant littéraire que je pouvais rêver. Pour plusieurs raisons : la première est que son sens de l’humour est aussi médiocre que le mien, et la seconde est que ses références sont du même registre (Lovecraft, Doctor Who, Premiers baisers…). Sinon pour parler chiffres, Guillaume c’est près d’une quinzaine de nouvelles sur différents supports (Papier, internet, E-book), 2 Novellas et Le Guide de la poubelle galactique. Plus d’infos ici.

ActuSF. D’où est venue l’idée des Poubelles ?
G. Suzanne. À la base des Poubelles pleurent aussi, il y a le croisement de deux idées et d’un personnage. La première idée, c’était juste celle d’une rencontre du troisième type, avec des méchants aliens qui venaient nous décimer avec une arme génialissime sauf que les victimes n’étaient pas à la hauteur de la confrontation. Dans un registre très court, ça a donné Life for dummies. La deuxième idée partait d’un président de la République calamiteux, choisi pour de mauvaises raisons, qui, pétri de pouvoir et d’orgueil, appuie par inadvertance sur un bouton rouge et boum.
Et au beau milieu de ces deux idées s’est imposé le personnage, l’anti-héros archétypal par excellence : la poubelle vivante. Je voulais voir s’il était possible de construire une histoire autour d’un personnage aussi sexy que sympathique, une bestiole muette avec un QI de légume qui passe son temps à ramasser les déchets autour d’elle.
En termes d’influence et d’hommage assumé, le tome 1 est clairement marqué par Douglas Adams et Fredric Brown – dont je venais de terminer L’univers en folie au moment de l’idée des Poubelles – même si ces références ne sont pas indispensables pour le lire.
Zariel. C’est pas ma faute ! :)

ActuSF. Les dessins de Zariel ont-ils fait évoluer les personnages, l’univers ?
G. Suzanne. Voir des images posées sur ses mots est une expérience étrange. Les poubelles pleurent aussi était ma première parution solo, et je ne savais pas trop à quoi m’attendre question illustration. Quand j’ai vu l’implication et le nombre de propositions de Zariel, j’ai arrêté de me faire du souci… C’est sa vision personnelle, qui diverge forcément de la mienne, mais ses visuels m’ont tout de suite séduit pour leur côté humoristique façon « arbre qui cache la forêt », avec des références, plus ou moins masquées, auxquelles j’adhérais généralement.
Les visuels ont bien sûr marqué Les poubelles pleurent toujours, et davantage encore Le Guide de la poubelle galactique. Indirectement, ils ont impacté la relation entre Arnold et Étienne, les deux terriens, moins artificiels dans la seconde novella que dans la première, et renforcé la part sombre des dozinelles par exemple, ou exacerbé le loufoque des scaves. Le plus réussi visuellement reste pour moi la transcription de l’évolution des conteneurs à ordures entre CoCop, CoDet et CoGen, en englobant TélesCop.
Quant à l’univers, disons que les visuels m’ont peut-être encouragé à écrire un tome 2 dans la veine humoristique du 1 – même si je considère le traitement très différent. Sans cela, Les poubelles pleurent toujours aurait sans doute été plus sombre.
Zariel. À votre service ! Je ne peux pas trop répondre à cette question, en tout cas, je peux dire que moi je me suis trouvé facilement dans l’univers des Poubelles. Ses textes ne sont pas très « descriptifs » mais son monde est comme parallèle au mien. Donc je pense que c’est plutôt l’inverse. C’est Guillaume qui m’a fait progresser dans son univers.

ActuSF. Chacun a-t-il mis son grain de sel dans le travail de l’autre et à quel point ?
G. Suzanne. La meilleure réponse à cette question, c’est que l’interaction entre nos travaux a donné naissance au Guide de la poubelle galactique, un bouquin mutant qui fait autant la part belle aux textes qu’aux illustrations. Pour ma part, le triple objectif des textes du Guide était de respecter la cohérence avec les deux novellas précédentes, enrichir les illustrations sans redondance, et approfondir l’univers développé par quelques touches légères. Sa mise en œuvre a nécessité qu’on travaille côte-à-côte, en s’imprégnant, moi des images, lui des mots. C’était différent du boulot habituellement solitaire de l’auteur devant sa page blanche et c’était très stimulant, même si on n’est pas toujours d’accord… Et pour faire suite à la chronique du Guide, je voulais préciser qu’effectivement, le carnet ne raconte pas d’histoire, parce que je ne voulais pas qu’il soit indispensable pour la compréhension de la trame globale.
Au niveau des novellas, je dirais plutôt non. Je savais où j’allais et les visuels n’ont pas modifié mon « plan de vol ».
Par contre, comme nous avons sympathisé à la suite de notre première collaboration (et à force d’être coincés l’un à côté de l’autre en dédicaces), nous avons eu envie ensemble de proposer des à-côtés. C’est là où l’influence de Zariel se fait sentir, à mon sens, dans les déclinaisons adjacentes : les teasers, les présentations, les sketchs audio, les bonus DVD du Trash Pack, les strips BD. Il y a même un single : Kill the frog et une boutique de T-Shirts !
Certaines idées n’ont même plus de paternité discernable, ce sont juste nos idées communes (je vous raconte pas la bagarre pour les royalties).
En fait, il y a un peu du « Chandler et Joey » entre nous, sauf qu’on n’habite pas ensemble (ouf).
Zariel. Pour les novellas, c’est clair que non, puis je n’avais pas à m’en mêler. Par contre, pour le reste, oui. J’ai toujours voulu étendre l’histoire des bouquins de Guillaume à la vie réelle. Je trouve que les novellas sont plutôt proches de ce que l’on vit au jour le jour. Les lourdeurs de nos élus, les revendications syndicales, la gêne de l’autorité sont parallèlement identiques. Alors pour le coup, les « bonus » se sont fait tout seul. Tout est déjà créé dans notre univers, il suffit juste de les juxtaposer. Et c’est un vrai plaisir.
Sinon pour le Guide c’est un peu plus complexe. Mon idée de départ était d’enluminer les textes déjà écrits et de faire valoir une richesse visuelle qui existe dans les deux tomes. Donc oui, là, j’ai été un peu lourd, en appelant Guillaume trois fois par jour pour avoir des réponses à des questions du style : « Dis, les anémones tu les vois de quelle taille ? » ou « Quand tu dis haut comme trois pommes, tu penses “canada” ou “starking” ? Mais malheureusement, après chaque coup de fil, on avait une autre idée, qui me faisait oublier pourquoi je l’avais appelé !

ActuSF. Malgré un côté humoristique, les deux novellas, et notamment Les Poubelles pleurent toujours ne sont-elles pas un plaidoyer pour le tri des déchets, et par extension pour le respect de l’environnement ?
G. Suzanne. Les touches humoristiques, c’est un choix mais aussi presque un tic d’écriture pour moi. Même dans un texte noir ou très sombre, j’ai toujours un personnage qui a besoin de faire son malin, ou d’exprimer le décalage par l’humour. C’est ma soupape de sécurité, je suppose, ma manière de parler de sujets plus graves en restant léger.
Les retours de lecture que j’ai eu du tome 1 différent en fonction de la sensibilité des lecteurs à cet aspect : certains ne vont pas au-delà de l’humour. Ils trouvent ça drôle (ou pas) et s’arrêtent là. D’autres ont parlé du plaidoyer pour l’environnement, de la satire politique, de la critique sociétale. Et j’ai même une lectrice qui m’a dit ne pas avoir ri du tout, et pleuré à la fin. Il n’y a pas de niveau de lecture supérieur à un autre, et je suis content si chaque lecteur y trouve son compte.
Et donc pour répondre à la question puisque pour le moment je n’ai fait que tourner autour : oui mais pas forcément, et tant mieux si oui mais c’est pas grave si non.

ActuSF. Par contre, les deux novellas contiennent de nombreuses scènes démontrant la difficulté de cohabitations entre les peuples. Le lecteur peut donc se poser une question digne de Miss France : pensez-vous qu’un jour la paix pourra s’étendre sur le monde ?
G. Suzanne. S’étendre façon pandémie planétaire, très certainement. On fait notre maximum dans ce sens, en tout cas. Le monde sera pacifié le jour où les hommes en seront rayés, de leur fait ou pour des motifs extérieurs, la cause restant anecdotique. Quant à la paix choisie… il faudrait transformer la nature humaine, ni plus ni moins.
C’est la sensation que j’ai voulu faire passer dans les deux novellas : pas de vrais gentils (même si on est servis côté méchants), seulement des peuples aux intérêts distincts, qui peuvent se rejoindre le temps d’une bataille contre un ennemi commun. Après, l’instinct de conservation reprend le dessus... Le tome 2 nuance le tome 1, de ce point de vue.
Mais que les lecteurs dignes de Miss France n’hésitent pas à passer nous voir en salon, Zariel fait des dédicaces à même la peau.

ActuSF. Un troisième tome des Poubelles est-il prévu ?
G. Suzanne. Prévu, non. Et d’ailleurs, quand on a commencé à parler de faire un coffret et que Menolly m’a posé la question, j’ai répondu non. Ceci dit, je n’avais pas non plus l’intention d’écrire un tome 2. Alors… je suis partagé. Déjà, j’aime bien l’idée de la trilogie en deux volumes et demi. Ensuite, j’ai envie d’écrire autre chose, de reprendre des fragments de textes pour les mener à leur terme. Mais, comme ça a déjà pu m’arriver lors des corrections du tome 1, retravailler le tome 2 des Poubelles avec l’éditrice et le relecteur (Benoît Giuseppin) m’a redonné envie. Envie d’élargir l’univers, de creuser d’autres pistes. Même s’ils ne sont pas gênants dans la compréhension de l’histoire, j’ai laissé de côté quelques éléments narratifs qui pourraient être développés et même, de mon point de vue, une légère incohérence qui serait aisément justifiable.
Quoi qu’il en soit, si j’écris un tome 3, ce ne sera pas sur un coup de tête. Je prendrai mon temps. Il faudra que j’en ressente le besoin et que je dispose de la matière suffisante. Et bien sûr, sans garantie que le résultat final plaise à Griffe d’Encre.
Par ailleurs, comme les Trash Packs ont été fabriqués (découpes, pliages, collages) à la main, faudrait aussi demander à l’éditrice si elle est d’accord pour décoller et agrandir tous les coffrets…

ActuSF. Quels sont vos projets respectifs pour l’avenir, chez Griffe d’Encre où ailleurs, en littérature ou dans d’autres domaines artistiques ?
G. Suzanne. Les autres domaines artistiques vont vite être évacués me concernant : je ne sais rien faire d’autre qu’écrire. J’ai bien essayé dans ma prime jeunesse de m’adonner à la batterie, mais, au dire des spectateurs, on avait plutôt l’impression que c’était elle qui me tapait dessus. Question écriture, je suis un vrai fan de la novella. Le format me convient à merveille pour les possibilités qu’il offre : proposer une histoire complète, d’un seul auteur, illustrée (au contraire d’une nouvelle en anthologie, la plupart du temps), sur un univers cohérent, courte, et qui permet beaucoup d’expérimentations. En tant que lecteur, le temps que je peux allouer à la lecture s’est énormément réduit ces dernières années. À l’époque où j’étais étudiant et célibataire, je dévorais une trilogie par semaine. Aujourd’hui, je réfléchis à deux fois avant de m’attaquer à un one-shot de plus de 400 pages ! Je pense aux gens qui comme moi ont envie de lire des histoires complètes et développées, sans en étaler la lecture sur 8 mois… et le format novella s’impose comme une alternative intéressante.
Chez Griffe d’Encre on devrait pouvoir découvrir une novella de fantasy courant 2012 sous couverture zariellesque, again. En novembre 2010, une nouvelle dans l’anthologie papier Mystères et mauvais genres chez Sombres Rets qui s’intitule Latombe, victime professionnelle. Çà et là, 3 nouvelles acceptées mais dont les parutions ne sont pas encore officiellement annoncées. Autant dire que mon planning de parution pour les deux prochaines années est bouclé.
Sinon, j’aime à la fois prendre mon temps et avoir plusieurs projets sur le feu, ce qui allonge considérablement les délais de concrétisation… Dans le désordre, une autre novella est en lecture chez un éditeur, deux trois novellas / courts romans en cours d’écriture. Proposer un recueil de nouvelles me tenterait bien. En 8 ans d’écriture, j’ai engrangé une cinquantaine de textes et je bosse sur l’équilibre du sommaire, sur le thème de la mort et/ou des puissances supérieures. Reste bien sûr à trouver l’éditeur qui me fera confiance…
Zariel. Alors, pour moi, dans un registre personnel, j’ai une performance artistique prévue le 30 septembre, avec Jhano et le groupe de rock Les BUKOWSKI. Ensuite, j’ai une expo au mois de novembre à Paris (chez Marlusse & Lapin) et j’expose en parallèle les originaux du Guide et plusieurs travaux dans les médiathèques de Colombes à partir du 12 octobre jusqu’à fin décembre.
Autrement, j’ai plein de projets. Des livres illustrés, un livre pour enfants, travailler avec un designer végétal pour créer un genre bidule végétalo-picturalo-designo rigolo. Et je commence à investir pour créer une boutique en ligne... voilà voilà !!! Mais mon gros problème, c’est que j’ai des idées tout le temps (plutôt mauvaises d’ailleurs) et que si je ne les concrétise pas, je me sens frustré donc tout prend un temps monstrueux, ce qui fait que tout s’accumule.

ActuSF. Enfin, la question qu’attendent tous vos fans : plutôt slip, caleçon, boxer ou string léopard ?
G. Suzanne. Z’ont qu’à venir voir par eux-mêmes. Enfin, s’ils passent le service d’ordre.
Zariel. Lundi : caleçon ; mardi : slip ; mercredi : boxer ; jeudi : le caleçon du lundi, vendredi : string ; samedi et dimanche : totalement nature !
G. Suzanne. Et maintenant vous comprenez pourquoi j’insiste pour ne le voir qu’en semaine.
G. Suzanne & Zariel. Et merci à ActuSF pour son intérêt (pas que pour les sous-vêtements).

Stéphane Gourjault