ITW Hubert Reeves
de Hubert Reeves
aux éditions
Genre : Anticipation

Auteurs : Hubert Reeves
Date de parution : mars 2010 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Astrophysicien, écologiste et poète, Hubert Reeves nous parle de la science-fiction et de son rapport à l’environnement.

Actusf : Lisez-vous de la science-fiction ?
Hubert Reeves : Pratiquement pas. Quand j’étais plus jeune, j’ai lu Jules Verne, mais je me suis bien sûr davantage intéressé aux publications scientifiques. Je pense qu’une des principales raisons est que je manque de temps, et que devenir lecteur de science-fiction représente un investissement.

Actusf : Comment êtes-vous passé de l’astrophysique à l’écologie ?
Hubert Reeves : Je me suis naturellement intéressé à l’écologie en voyant la situation se dégrader dans les années 1970-1980, sous l’effet du réchauffement climatique et de la pollution. J’ai des petits enfants, très jeunes, et je me suis demandé : « Dans quel monde vont-ils vivre ? », car les menaces sont réelles et sont l’affaire de seulement quelques décennies. Il est de notre devoir de faire en sorte que la situation s’améliore. Je pense en particulier au réchauffement planétaire et à l’érosion rapide de la biodiversité.
 
Actusf : Comment imaginez-vous le monde en 2084 ?
Hubert Reeves : Je n’en ai pas la moindre idée ! Il peut être terrible comme il peut être très bien ! 2030 est déjà difficile à appréhender, tant la situation s’est détériorée en à peine dix ans, et bien plus vite que l’on ne l’avait imaginé. L’exemple type est la fonte des glaces. Heureusement nous sommes dans une phase d’éveil, une prise de conscience. Le changement est important, d’autant qu’il se joue aussi du côté des décideurs... Nous vivons les années critiques et intenses de passage à l’action.

Actusf : Cette prise de conscience, la science-fiction peut-elle y contribuer ?
Hubert Reeves : C’est à double tranchant. Dans une certaine mesure, la science-fiction contribue justement à éveiller les consciences, à informer et à susciter l’action. Mais d’un autre côté, il y a les approches catastrophistes, qui ont pour point positif d’alerter efficacement mais comprennent le risque de susciter un pessimisme immobilisant, le lecteur se disant : « Puisqu’on ne peut rien y faire, à quoi bon ? ». La science-fiction doit avancer prudemment, dans le juste milieu, rester dynamique. C’est là une grande responsabilité pour un auteur, provoquer la bonne réaction chez le lecteur. Par le passé, le genre a déjà eu une grande importance dans la prise de conscience, je pense notamment au film de Kubrick 2001 l’Odyssée de l’Espace, d’après Arthur C.Clarke. Et je crois sincèrement que les préoccupations environnementales dans le cadre de la science-fiction sont un grand enjeu.

Julien Morgan