ITW Jonas Lenn pour Palace Athéna
de Jonas Lenn
aux éditions
Genre : Uchronie

Auteurs : Jonas Lenn
Date de parution : novembre 2013 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

Lire tous les articles concernant Jonas Lenn

Petite interview de Jonas Lenn à propos de son dernier roman : Palace Athéna

Actusf  : Bonjour Jonas, acceptes-tu de te mettre à nu devant nous en nous dévoilant tout le parcours qui t’a mené à l’écriture, lève la main droite en disant "Je le jure" pendant que ta main gauche tape la réponse sur le clavier ! 
Jonas Lenn : Je jure solennellement de dire Ma vérité. Où plutôt de l’écrire, ce qui me convient mieux. S’il avait fallu la confier à un micro, le ton et le contenu de cette interview en auraient été changés, et sans doute mes réponses plus sommaires. Voilà l’origine de mon désir d’écriture, le désir de communiquer, de partager mon théâtre intérieur, tout bêtement, mais d’une façon qui me laisse entier, tel qu’en moi-même, affranchi des pesanteurs de la timidité. Avec l’écriture, j’accède à une légèreté que je peine encore à trouver aujourd’hui aux moments de prendre la parole, même si les choses se sont améliorées avec le temps, même si ma grande peur de dire s’est un peu estompée.
 
Actusf : Le flic Eddie Cairn (une suite de ses aventures un de ces quatre ?), John Coolter et Isidore Quincampoix (à qui tu rends hommage dans ton nouvel ouvrage d’ailleurs) et maintenant tes trois détectives oniriques (Le colonel de la Dive ; Maurice, son protégé et Lucienne intrépide journaliste) : le moins que l’on puisse dire c’est que tu as une passion pour les enquêteurs... Et les enquêtes hors normes ! As-tu une explication à fournir ?
Jonas Lenn : J’avoue, monsieur le Juge. L’énigme est une épice qui donne une saveur extraordinaire à la fiction. En exagérant un peu, ne pourrait-on aller jusqu’à dire qu’il n’y a pas de fiction sans énigme ? L’enquête est une invitation à sortir de soi, du connu, à se porter au devant de l’inexploré. En tant que lecteur, j’ai une préférence marquée pour le polar. Sans remonter à l’incontournable bande de gamins fouineurs de mes lectures enfantines, j’ai eu très tôt un faible pour ces personnages qui n’hésitent pas à se mêler de ce qui ne les regarde pas, auxquels les démangeaisons de la curiosité font courir tous les risques, tant physiques que psychologiques. J’aime leur côté voyeur, leur propension à mettre les pieds dans le plat, à remettre en cause, bien souvent, l’ordre social ou moral. Dans ces conditions, comment ne pas choisir, en tant qu’auteur, de donner vie à de tels personnages ? Ainsi je plaide coupable et je réclame des circonstances atténuantes. Cependant, n’attendez pas de repentir : je le dis tout net, pas question que ça cesse, je compte bien récidiver. Notamment avec le lieutenant Cairn de la police de New York, qui reviendra un jour prochain, à la grâce des éditeurs, hanter les trottoirs de Manhattan, dans une enquête entremêlant le cybermonde et la religion vaudou.
 
Actusf : D’où t’es venue l’idée tordue qu’est-ce roman ? A t-elle jaillie hors de ton front telle Athéna surgissant de la cuisse de Zeus ? Pan est-il venu te la susurrer à l’oreille ? Chronos a t-il arrêté le temps pour que tu puisses l’écrire tranquillement ? Plus sérieusement acceptes-tu de revenir pour nous sur le processus de création de ton dernier roman, Palace Athéna ? (D’ailleurs si tu pouvais nous expliquer le titre aussi ça serait bien !)
Jonas Lenn : Palace Athéna ? Une vieille histoire. Ce siècle avait deux ou trois ans… Quelques réminiscences de mes études d’Histoire s’agitaient dans le chaudron de mon imaginaire… Je créai trois personnages fin-de-siècle dont je comptais tirer quelques courtes histoires (allons, osons le mot historiettes puisque Maurice Sandalette l’a si bien remis au goût du jour). Des historiettes donc, où un surnaturel issu de l’antiquité grecque s’invitait dans le Paris de la Belle Epoque. A l’origine, Lucienne était un homme (Lucien). On trouvera trace de cette genèse dans le Codex Atlanticus des éditions de la Clef d’Argent (c’est cette même histoire que je reprends en complément, à la fin de l’édition chez Asgard). À la suite d’une rencontre, Palace Athéna devint un projet BD qui n’aboutit pas, malgré de fort belles recherches. J’envisageai ensuite d’en faire un roman-feuilleton qui hélas n’atteignit pas le troisième épisode pour cause de disparition de la revue Faëries. Il fut alors un temps question d’une publication aux éditions du Calepin Jaune, dans le cadre d’une plaquette illustrée comme cela se faisait au temps de Pierre Louÿs, mais hélas encore (devrais-je dire Hellas ?) l’estimable maison qui se préparait à me publier ferma prématurément ses portes, me laissant seul avec mes personnages en quête de reconnaissance. Je commençai à croire à une sorte de malédiction mythique, jusqu’à ce que d’autres divinités, asgardiennes celles-là, ne viennent au secours de leurs cousines olympiennes. C’est ainsi que les dieux et déesses de l’ancienne Hellade furent libérés de leur jardin des Hespérides (où se situe sans doute l’Avalon des dieux d’Homère). Pourquoi Palace Athéna ? Les Grecs anciens appelaient volontiers la « patronne d’Athènes » Pallas Athéna, Pallas étant le nom de la sœur de lait d’Athéna, que la déesse tua accidentellement dans leurs jeux guerriers. Le palace étant un poncif de la vie dans les grandes capitales d’Europe au XIXe, je n’ai pu résister à la tentation du jeu de mot (ces pets de l’esprit dirait mon héroïne Lucienne en haussant les épaules d’un air navré). Ce sera moins commode de jouer sur les mots avec la divinité tutélaire du second tome, Dionysos, mais j’y travaille.
 
Actusf : J’ai déjà un peu trop jacté, et nos lecteurs ont dû piger que le roman parlait des Dieux de l’Olympe, d’un trio de détectives face à une série d’étranges événements et... Peux-tu nous faire un topo de la trame de ton roman et nous présenter ses différents acteurs ? 
Jonas Lenn : Paris, 1889, l’Exposition Universelle a ouvert ses portes… Un mage parisien participe à une expérience de transe sous l’emprise d’une plante mexicaine, le peyotl… Paris, 1889, trois enquêteurs « malgré eux » sont confrontés à des événements aussi violents que mystérieux, où se trouvent mêlés des personnages qui semblent sortis tout droit de la mythologie grecque. Dans un café, une supposée dent de dragon engendre un soldat antique qui vandalise l’établissement avant de disparaître dans les catacombes ; dans les rues, par dizaines, des femmes ont des accès d’hystérie collective ; une pluie de serpents s’abat sur le Jardin des Plantes ; dans une pension, une jeune femme est retrouvée pétrifiée, comme si elle avait croisé le regard de Méduse. Les dieux grecs sont-ils de retour ? Ont-ils élu domicile dans un immeuble de la rue Notre-Dame-de-Lorette ? Maurice, un jeune dilettante amateur d’antiquités, Lucienne, une journaliste au caractère de feu, qui aime se grimer en homme, et le colonel de la Dive, officier retraité à l’esprit cartésien et légèrement obtus, autoproclamé tuteur du jeune Maurice, se lancent sur les traces d’une actrice de cabaret qui pourraient bien être la réincarnation de la déesse Athéna…
 
Actusf : Le cadre de l’Exposition Universelle de Paris avec ses décors en trompe l’œil, les débuts du cinéma, les fêtes déguisées, bref le fait que tu mets en scène le monde fascinant du faux-semblant n’est pas totalement anodin non ?
Jonas Lenn : Le cadre de l’Exposition du Centenaire a tout pour exciter l’imagination. Ce décor éphémère, dont ne subsistera bientôt plus que la Tour Eiffel, où l’Humanité entière semble s’être donné un improbable rendez-vous. On se promène dans ce grand bazar comme dans les studios d’Hollywood ou de Cinecitta. Nous sommes à la veille de la naissance du cinéma. Georges Méliès vient de racheter le théâtre de Jean-Eugène Robert-Houdin, sur le boulevard des Italiens. La vieille ville se métamorphose. L’électricité et le téléphone s’installent. Le peuple de Paris rêve à des terres lointaines et au futur. La médecine est en train de découvrir l’inconscient. N’est-ce pas un lieu et un temps idéal pour raconter une histoire que j’ai pensée comme un trompe-l’œil littéraire ? Un trompe-l’œil, oui ! Car que valent les demi certitudes de nos amis enquêteurs à la fin du roman ? Un poète tibétain que j’apprécie conseille de se tenir au sol ferme de la non objectivité des choses…
 
Actusf : Comment s’est passé le travail éditorial autour de ce roman ?
Jonas Lenn : Fort bien. C’est Denis Labbé qui m’a sollicité. Je lui ai proposé Palace Athéna, qu’il a accueilli avec enthousiasme. Je l’en remercie. La suite a été tout a fait classique par rapport à ce dont j’ai l’habitude. Palace Athéna étant en gestation depuis un moment, l’accouchement s’est déroulé sereinement. Et l’artiste Dem a réalisé une magnifique illustration de couverture qui permet de visualiser le pavillon mexicain à l’Expo Universelle. Merci à Dem.
 
Actusf  : La suite devrait sortir pour le printemps 2014, s’agit-il d’une première enquête et songes-tu à en inventer d’autres ? Maurice restera t-il puceau ? Le colonel restera t-il un vieux boute-en-train ? Lucienne s’amusera t-elle toujours à jouer les journalistes travestis ?
Jonas Lenn  : Après bien des métamorphoses, mon histoire est aujourd’hui conçue dans l’optique d’un diptyque. Dans le premier volet, Palace Athéna, s’est mise en place une énigme à plusieurs niveaux. Les dieux grecs semblent de retour ? Mais a-t-on seulement affaire à des dieux ? Et quel rapport existe-t-il entre Triops et toute cette histoire ? Qui sont réellement Maurice, le colonel de la Dive et Lucienne ? Le ton sera toujours le même mais je compte bouleverser le décor et malmener un peu plus en profondeur les personnages. La question du pucelage de Maurice est intéressante… mais il faudra attendre pour savoir. Il y a d’autres interrogations tout aussi cruciales. Le colonel rasera-t-il sa moustache ? Le trio restera-t-il soudé ? Auront-ils le cran de descendre aux Enfers ?… Et le mage Triops dans tout cela ?

Actusf : Avant de conclure, parle-nous de tes projets en cours et à venir.
Jonas Lenn  : Je n’ai pas encore renoncé à la BD, donc il y a un projet avec un dessinateur confirmé. Une histoire dans les bayous de Louisiane. De très belles planches ont été réalisées… reste à convaincre un éditeur. Sinon, quand j’en aurai terminé avec mes Olympiens, j’ai envie de me remettre au roman jeunesse. Un space opera sans doute (j’aimerais reprendre l’héroïne d’une nouvelle écrite il y a quinze ans, « quand les dieux mènent boire leur chevaux », qui m’avait valu le prix Infini) ou alors une histoire de pirates dans l’océan indien…
 
Actusf  : Jonas Lenn, attendu que vous vous prenez pour le Grand Dieu Pan, que vous vous autorisez à écrire des romans inqualifiables, heurtant la sensibilité de notre société, et que vous vous amusez à mettre en scène plusieurs niveaux de lecture, nous vous condamnons à être rééduqué, ce de manière électrique et répété au moyen du courant alternatif, à l’Institut d’Ethnocosmologie Appliquée, jusqu’à ce que vous retrouviez vos esprits, avez-vous quelque chose à formuler devant vos pairs avant qu’on vous emmène pour votre traitement ?
Jonas Lenn : Damn it ! aurait répondu John Coolter. Quant à moi, au risque de me répéter… Chers lecteurs, tenez-vous au sol ferme de la non objectivité des choses.

Bertrand Campeis