ITW Merlin Jacquet
de Merlin Jacquet
aux éditions
Genre : Anticipation

Auteurs : Merlin Jacquet
Date de parution : 0000 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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ActuSF a rencontré Merlin Jacquet, qui dirige les éditions Hydromel. L’occasion de connaître un peu mieux cette structure.

ActuSF. Comment sont nées les éditions Hydromel ?
Merlin Jacquet. C’est parti d’une communauté littéraire en ligne, aux alentours de 2004, qui tournait autour de la critique et du partage de nouvelles. Peu a peu, nous nous sommes diversifiés : le projet a pris de l’ampleur, jusqu’à ce que notre structure ne permette plus la gestion de tous les textes et auteurs. J’avais pu avoir quelques expériences satisfaisantes dans l’édition et l’écriture en parallèle et mon associé, Nicolas Morin, était partant pour l’aventure : ça nous semblait dans la continuité des choses, nous en parlions depuis des années. En 2008, après deux ans de mises au point et de documentation, les éditions Hydromel existaient officiellement. Grand moment !

ActuSF. Pourquoi ce nom ?
Merlin Jacquet. Il en fallait un, j’ai proposé Moaï éditions, personne n’a aimé, on a cherché autre chose. L’hydromel poétique était, dans la mythologie nordique, une boisson divine conçue avec du miel et le sang de Kvasir, l’homme le plus sage et le plus savant créé par les dieux. Elle apportait le don de poésie à quiconque en buvait et, suite aux meurtres, vols et escroqueries routinières de ces instances divines, quelques gouttes tombèrent sur Terre ; c’est ce qu’on nomma la "part du rimailleur". L’anecdote étant amusante et le mot joli, nous sommes partis là-dessus.

ActuSF. Quelle est la ligne éditoriale des éditions Hydromel ?
Merlin Jacquet. J’aime répondre : à découvrir au fil de nos publications. Nous ne nous limitons pas à un genre particulier, ni même à l’Imaginaire : nous cherchons à publier de la littérature originale, intéressante, intelligente en restant divertissante, au-delà de la segmentation des genres. J’aime que mes auteurs aient une véritable démarche artistique, consciente, qui motive leur œuvre au-delà de l’histoire qu’elle porte et qui soit capable de faire progresser la littérature, d’entamer des réflexions communes. Je ne décris pas notre ligne éditoriale, ce n’est pas moi qui rédige les livres que j’édite – et j’aime être surpris.

ActuSF. Comment sélectionnes-tu les textes édités ? Travailles-tu seul ?
Merlin Jacquet. J’ai un comité de lecture : nous lisons les nouvelles, novellas, romans proposés, toujours anonymisés, et quand ça nous plaît...
Je suis entouré d’une précieuse équipe : trois ou quatre lecteurs, une ou deux personnes pour m’aider à gérer la trésorerie et l’administratif, deux ou trois électrons libres sur les corrections, relectures et le commercial. Je m’occupe de la direction littéraire et artistique, de la gestion générale et touche à tout ce qui peut être touché.

ActuSF. Comment travailles-tu avec les auteurs une fois les textes sélectionnés ?
Merlin Jacquet. Je prends avant tout un bon moment pour lire, lire encore et relire n fois le texte. Prendre des notes, étudier le style, me renseigner sur les propos tenus afin de m’imprégner de la façon de faire de l’auteur, être capable d’écrire comme lui. Comprendre ce qu’il veut faire, ce qui marche dans ce qu’il fait. L’idée, c’est de pouvoir proposer une "optimisation" du style et de l’histoire en allant systématiquement dans le sens de l’auteur, lui faire profiter de son propre point de vue mais de manière sévère et objective, sans aliéner sa pensée ou sa façon de faire : l’aider à produire, à terme, ce qui lui correspond vraiment. Une fois ce travail effectué, je prends le texte et entame la direction, ne laissant rien passer, de la mélodie à l’idée : dans un premier temps, les auteurs sont effrayés par la quantité de modifications que je demande, je reçois des coups de fils désespérés. Puis le train se met en marche et tout va mieux, les navettes se suivent à grande vitesse, un échange riche s’instaure – je passe les détails, je tiendrais un roman sur le sujet. C’est un investissement temps et énergie conséquent des deux parties, mais on en ressort satisfaits avec un texte dans lequel on croit. Malgré les contraintes que ça représente, quasiment tous mes auteurs sont revenus travailler avec moi, c’est gratifiant.

ActuSF. Tu es le plus jeune éditeur de France. Cela a sans doute des avantages. Lesquels ? Cela a-t-il également des inconvénients ?
Merlin Jacquet. C’est parfois pratique pour médiatiser Hydromel, ça permet de donner des coups de projecteur de temps en temps, lorsque j’en joue. Au-delà de ça, pas de grand avantage, d’autant que je n’aime pas vraiment mettre ça en avant ; nos livres plaisent ou ne plaisent pas. Me montrer ne peut qu’altérer l’appréciation des lecteurs.

ActuSF. Pourquoi avoir choisi le métier d’éditeur ?
Merlin Jacquet. Je n’ai pas choisi le métier, je suis un amateur. J’aime la littérature, l’écriture, et me suis incrusté avec de grands yeux écarquillés dans le milieu de ses acteurs quand j’avais douze ou treize ans, avec la volonté tenace d’y tenir un rôle et d’y apporter quelque chose. Les choses se sont enchaînées toutes seules, c’est encore une passion.

ActuSF. En dehors de tes lectures pour Hydromel, que lis-tu ?
Merlin Jacquet. Beaucoup de beaucoup de choses, je suis un lecteur compulsif. Un grand intérêt pour la philosophie – esthétique et métaphysique – et les sciences, la littérature classique (française et du XIX-XXe si possible !) et la SF. Malheureusement, depuis Hydromel, moins de temps et d’énergie pour la lecture.

ActuSF. Te considères-tu comme un éditeur des littératures de l’Imaginaire ou avant tout comme éditeur ?
Merlin Jacquet. Éditeur tout court. Je ne saurais même pas correctement et précisément définir "littérature de l’Imaginaire".

ActuSF. Écris-tu, toi-même ?
Merlin Jacquet. Oui, mais chut ; à l’instar de la lecture, plus trop depuis Hydromel. Sous pseudonyme, j’avais publié quelques nouvelles et poésies dans des zines spécialisés de ci de là, puis j’ai arrêté et me suis consacré à la novella avant de marquer une pause. Sur ce sujet, une question revient souvent, alors j’anticipe : non, je ne me publierai pas chez Hydromel. Parce que c’est tricher, que je veux être dirigé par des éditeurs, parce que ça ne m’amuserait pas, et parce que, tout court.

ActuSF. Quel est le programme de parution des éditions Hydromel pour l’année 2010/2011 ?
Merlin Jacquet. En premier lieu, Transparence des tigres, de Léo Kennel. C’est une novella extrêmement intriguante qui jongle avec poésie aux limites des genres, une belle réflexion sur l’art au travers d’une grande profondeur de lecture. Ç’a été un bonheur éreintant de travailler dessus : c’est notre récit le plus étrange, celui dont je suis le plus fier et qui, à mon sens, représente à ce jour le mieux les éditions Hydromel.
À venir, début 2011, une anthologie sur La guerre, co-dirigée avec Yael Assia : il me reste quelques auteurs dont la présence doit être confirmée et nous annoncerons le sommaire sur notre site. Beaucoup de grands noms de l’Imaginaire français, c’est assez intimidant de rougir de corrections les feuilles de ses auteurs préférés.
La suite est dans le désordre, mais se profilent une autre novella, un roman, un recueil et l’anthologie Ordures, décharges et insalubrités. À plus long terme, des partenariats possibles avec des illustres connus – Orson Scott Card, entre autres. À confirmer.


ActuSF. Comment les livres sont-ils accueillis par les critiques et le public ?
Merlin Jacquet. La nuit en sursaut a produit une quasi unanimité très positive, publique et critique. Quelques insensibles au style, qui est particulier, et deux ou trois retours de gens qui s’étaient trop agrippés aux références très classiques, rien de surprenant sur le tableau final. J’ai néanmoins été amusé des résumés proposés : le texte n’étant pas linéaire et son intérêt ne reposant pas tant dans l’histoire que dans ses idées, j’avais l’impression que les gens ne parlaient pas de la même histoire. Les retours sur l’anthologie m’ont également fait sourire : c’est une mosaïque de textes typés et assez différents, et si les gens apprécient l’ensemble, personne ne s’accordait sur ses préférences. Nous sommes néanmoins allés jusqu’en finale du Rosny Aîné de l’Imaginaire, ce qui nous conforte dans notre façon de travailler les anthologies. Puis j’attends assez impatiemment de voir ce que donnera Transparence des tigres, ça risque d’être coloré !

ActuSF. Avec un premier livre en 2009 et un autre cette année, Léo Kennel est l’auteur phare des éditions Hydromel. Quelles en sont les raisons ? Comment es-tu entré en contact avec elle ? Quelles sont ses qualités ?
Merlin Jacquet. J’ai commencé à travailler avec Léo Kennel dès le premier numéro d’Encre Dansante, en 2005, suite à une soumission spontanée de sa part. Sa plume est précise, efficace et atypique : son écriture est sauvage, instinctive, surréaliste, ouverte à de grandes réflexions. Une véritable alchimie soutenue par un talent et une démarche littéraire. Notre collaboration fut très agréable, et Léo me proposa une nouvelle sur le deuxième numéro, puis le troisième. Des saveurs différentes à chaque fois, mais cette façon de faire !... J’acceptai, bien sûr. Puis une novella, et une deuxième, lorsque nous avons lancé Hydromel. C’est à chaque fois nouveau, très différent, insaisissable : je prends un plaisir sans cesse renouvelé à la lire ; et meilleur c’est, plus on peut aller loin dans la direction.

ActuSF. Quel bilan fais-tu de la présence de ta maison d’édition sur les salons jusqu’à maintenant ? Les éditions Hydromel seront-elles présentes sur des salons et festivals en fin 2010 et en 2011 ?
Merlin Jacquet. Nous avons participé à trop peu de salons, ce que je regrette. Ce n’est même pas un choix, juste un souci d’organisation : nous ferons mieux. Nous devrions faire les principaux salons et festivals de 2011 : nous communiquerons la liste sur notre site.

Ketty Steward, Stéphane Gourjault