ITW Oliver Peru sur Druide
de Oliver Peru
aux éditions

Auteurs : Oliver Peru
Date de parution : mars 2011 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

Lire tous les articles concernant Oliver Peru

Oliver Peru vient de signer un roman de fantasy assez intéressant. Retour sur Druide aux éditions Eclipse.

Actusf  : Comment est née l’idée de Druide ? Pourquoi en avoir fait un roman, vous qui êtes plutôt habitué à la bande dessinée ?
Oliver Peru : J’ai commencé ma carrière d’auteur par le dessin et le scénario de BD, mais je savais depuis mon plus jeune âge que j’écrirais aussi des romans. J’avais même un rituel autrefois, dès que je terminais une BD, je commençais à écrire un roman en me disant que cette fois j’irais au bout. Et puis, après parfois plusieurs centaines de pages, je laissais tomber et je passais à autre chose.
 
Avec Druide, ma démarche a été différente. Alors que je travaillais sur un album BD, j’écoutais probablement de la musique planante et mon esprit s’est mis à divaguer. Druide m’est alors apparu comme par magie. L’histoire, l’univers, les personnages sont venus à moi en un instant et j’ai su que je tenais mon premier roman, celui que je finirais enfin. Ensuite, tout a été très vite. J’ai étalé plusieurs feuilles devant moi, j’ai dessiné une carte, placé des annotations, gratté des idées à propos des personnages, des morceaux de dialogues, de situations. Druide prenait vie. J’ai ensuite digéré tout ça et je me suis lancé. Mon amour de la nature, des forêts, et des grandes histoires a fait le reste.
 
Actusf  : Quels sont vos auteurs clefs en fantasy ?
Oliver Peru : Je n’ai pas de grand gourou ou d’auteur fétiche mais Robert Howard, Tolkien et George R.R. Martin me semblent être les écrivains les plus inspirants. Howard et Tolkien pour leur imagination en avance sur leur temps sont des incontournables. Quant à Martin et à son Trône de fer, j’ai été bluffé par son savoir-faire très « télé » et son écriture qui rend accroc. J’ai d’ailleurs hâte de découvrir son univers sur le petit écran.
 
Actusf  : C’est une histoire assez dense. Comment avez-vous travaillé ?
Oliver Peru : J’ai travaillé en me laissant aller à l’exercice presque schizophrénique de vivre mes personnages pour les écrire. Ce sont eux qui m’emmenaient dans la forêt, dans l’histoire. J’étais le guide des mots et du récit, eux étaient les guides de l’émotion et des surprises. Je savais comment l’histoire finissait, je savais où elle allait mais je m’interdisais de travailler en suivant un plan trop précis (selon moi, les plans enferment les histoires et les rendent conventionnelles). Ce qu’il y a de magique dans l’écriture, c’est quand elle reste sous contrôle et qu’elle parvient pourtant à vous échapper. Ainsi sur Druide, il m’est arrivé d’écrire pendant des jours et des jours en me laissant porter comme dans une transe. Ensuite bien sûr, je revenais sur le texte avec la tête froide pour travailler la langue mais l’essentiel de Druide est venu du cœur et des tripes.
 
Actusf  : Comment voyez-vous vos personnages ? Comment parleriez-vous d’Obrigan, Kesher, Tobias ou Jarekson ?
Oliver Peru  : Je les aime. J’adore les écrire, les lire, les entendre et ils ont littéralement pris vie lors de la rédaction de Druide. Ils sont l’incarnation du monde « rêvé » dans lequel une part de moi aurait voulu vivre. Ils sont un bout de songe devenu réalité dans ma tête et, bien que cela puisse passer pour de la maladie mentale, je les vois presque comme des personnes réelles. Ils sont nés dans Druide mais ils n’y sont pas morts une fois la dernière page tournée. Ils sont toujours là, en moi. Et ce qui est étrange, c’est que les lecteurs avec qui j’ai pu échanger sur ce sujet ont aussi ressenti cela. Les personnages les habitaient aussi une fois leur lecture terminée. C’est peut-être cela la réussite dont je suis le plus fier : avoir donné la vie à mes héros.
 
Actusf  : Vos personnages de rois sont assez intéressants. Idem d’ailleurs pour ceux qui dirigent les druides. Ils ne sont pas manichéens. Les personnes en elles-mêmes peuvent sembler sympathiques mais ils sont aussi capables du pire pour leurs royaumes. Est-ce que vous êtes d’accord avec cette vision ? Et est-ce comme ça que vous avez voulu les construire ?
Oliver Peru : Je crois profondément qu’on a tous une part d’ombre et de lumière en nous et qu’on ne choisit pas celle qui prend le dessus. Chez les hommes de pouvoir, cette joute intérieure est sans doute encore plus forte de par leurs responsabilités. Tout est affaire de motivations et de convictions. Jusqu’où a-t-on le droit d’aller quand une idée nous possède ? Je suis convaincu que l’homme est fondamentalement mauvais mais qu’il tend à être bon et je veux aussi croire l’inverse. C’est donc ma vision des hommes qui est passée au travers des personnages. Certains sont une part de moi, d’autres sont celui que j’aurais pu être ou détesté être mais je pense que tous sont vrais. C’est cela qui les démarque peut-être des héros de récits plus classiques où l’opposition gentil/méchant est plus simplement définie.
 
Actusf  : Le livre est sorti il y a quelques temps maintenant. Quel regard avez-vous dessus aujourd’hui ? Quel a été la réaction des lecteurs ? Est-ce que des lecteurs de BD vous ont suivi pour le roman ?
Oliver Peru : J’ai et je crois que j’aurai toujours une infinie tendresse pour Druide. C’est mon premier roman et je l’ai écrit et réécrit à une période où ma vie a été très mouvementée. Durant ce livre, j’ai vécu entre la France et le Canada et j’ai aussi perdu mon frère. C’est une grande partie de lui, de nous et de notre voyage qui se trouve dans Druide. Du coup, je ne suis pas certain d’avoir un regard très critique sur tout ce que j’ai pu écrire. C’est pourquoi je m’en remets aux lecteurs et aux gens en qui j’ai confiance.
 
J’étais très anxieux à la sortie du roman mais j’ai vite été rassuré, Druide a rapidement trouvé son public (c’est l’expression consacrée quand un bouquin marche bien), va déjà être réimprimé et énormément de lecteurs en ont parlé avec enthousiasme sur le net et en librairie. Quant aux lecteurs BD qui m’ont suivi sur Druide, j’imagine que oui, quelques uns ont dû franchir le cap par curiosité. J’espère que le roman leur aura plu.
 
Actusf  : Maintenant que le livre est paru, avez-vous envie de lui donner une suite ?
Oliver Peru : J’ai eu envie de me lancer dans une suite au moment même où j’ai écrit le mot fin. Les personnages n’ont jamais cessé de vivre dans ma tête, ils sont toujours là et j’avoue que j’ai griffonné des dizaines de pages de notes pour travailler sur les idées que je voulais encore développer dans l’univers de Druide. Et puis, entre le succès du livre, les amis et les lecteurs qui m’ont fait part de leur désir d’en lire plus, je suis de plus en plus tenté de m’y mettre. Je ne préfère pas me fixer de date mais bientôt sans doute. Les druides reviendront.
 
Actusf  : Parlez-nous des "Haut Conteurs". De quoi cette série jeunesse parle-t-elle et comment est-elle née ?
Oliver Peru  : Les Haut-Conteurs sont nés de mon envie de travailler avec Patrick Mc Spare, un ami de très longue date dont j’admirais la plume. Après ma rencontre avec les éditions Scrineo avec qui Patrick était déjà en contact, je lui ai proposé de développer une série jeunesse avec moi. Il a accepté et après quelques brainstormings qui tournaient autour des thèmes qui nous sont précieux (l’aventure, le moyen-âge et le fantastique), Les Haut-Conteurs ont vu le jour.
 
La série raconte l’histoire d’une caste qui parcourt l’Europe du moyen-âge en quête de mystères à éclaircir, d’histoires à collecter et à raconter. Les Conteurs sont des troubadours autant que des aventuriers et ils enquêtent sur la réalité souvent voilée par les légendes ou des rumeurs. Ils se servent du vrai pour construire les récits qu’ils racontent. Ils pratiquent également l’art de la voix des rois, une voix dont ils usent comme d’un instrument magique pour envoûter leur public. Notre héros Roland, un jeune garçon de treize ans, va découvrir le monde des Haut-Conteurs et peut-être devenir le plus jeune d’entre eux en mettant à jour un des secrets des prestigieux troubadours. Les conteurs ont une quête dont ils ne disent rien : ils cherchent le plus vieux livre du monde, un ouvrage maudit racontant la première histoire jamais écrite.
 
Actusf : Quels sont vos projets ? Sur quoi travaillez-vous . ?
Oliver Peru : Je travaille sur le tome 4 des Haut-Conteurs, sur un nouveau roman (un récit complet) qui s’appelle L’autre Côté et qui raconte l’histoire d’une fantôme et je continue à réfléchir à un deuxième livre prenant place dans l’univers de Druide. En BD, je travaille sur mes séries en cours (Assassin, In Nomine, Nosferatu, Lancelot) et notamment sur la suite de Zombies que beaucoup de gens attendent. Et je bosse aussi pour la télé, je développe une série en ce moment même. Bref, ça ne chôme pas vraiment.
Merci pour cette interview !

Jérôme Vincent