ITW d’Aurélie Laloum
de Aurélie Laloum
aux éditions
Genre : Uchronie

Auteurs : Aurélie Laloum
Date de parution : février 2012 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Bertrand Campeis continue d’explorer pour nous les déclinaisons de l’Uchronie en France. Il a récemment rencontré l’auteur de Via Temporis, Aurélie Laloum. Interview...

ActuSF  : Bonjour Aurélie, pourrais-tu te présenter, nous parler de toi et de ton parcours d’écrivain pour commencer...
Aurélie Laloum : Bonjour Bertrand, et bonjour aux lecteurs d’ActuSF. Pour me présenter rapidement, j’ai 29 ans, je suis originaire de Metz et Le Trésor oublié des Templiers est mon premier roman. J’ai suivi une formation littéraire, bien qu’ayant obtenu un bac scientifique, et j’ai consacré mon Master à l’étude de Harry Potter. Mis à part la rédaction de ce mémoire de fin d’étude, je n’ai pas de parcours d’écrivain à proprement parler. J’ai écrit des petites histoires pour une collection de contes à colorier, mais je ne m’étais encore jamais lancée dans un projet aussi vaste que l’écriture d’un roman historique.

ActuSF : Quand et comment as-tu rejoins la série Via Temporis ? Comment se passe le relais entre deux auteurs ? T’as t-on confié une "Bible" à suivre pour écrire le livre (le thème était-il pré-déterminé où as-tu eu le choix ?) Combien de temps cela t’as t-il pris pour l’écrire ? Comment se passe le travail de relecture (et de réécriture) avec l’éditeur ? As-tu déjà des retours sur le livre et quels sont-ils ?
Aurélie Laloum : J’ai rejoint le projet Via Temporis en octobre 2010. Ma rencontre avec Jean-Paul Arif, l’éditeur de Scrineo, a été un véritable coup de chance. Je lui avais envoyé mon C.V dans l’espoir de trouver un poste dans une maison d’édition au moment précis où lui cherchait un auteur pour écrire le deuxième tome de la série Via Temporis. Entre l’étude sur Harry Potter et la rédaction de petits contes, il a compris mon intérêt pour la littérature de jeunesse et m’a proposé de lui écrire un scénario pour le deuxième volet des aventures de Charlotte et Mathias en choisissant l’époque de l’Histoire que je souhaitais traiter. Mes idées lui ont plu, et c’est ainsi que j’ai rencontré l’auteur d’Opération Marie-Antoinette. J’ai vu avec eux les détails concernant les personnages principaux, le Tempoflux – la machine à voyager dans le temps – ainsi que la trame principale – la Machine à Enigme et les exigences du mystérieux Darkvenom. J’ai ensuite travaillé de mon côté, me tournant vers Jean-Paul Arif et Joslan F. Keller lorsque des décisions importantes pour la saga devaient être prises. Le travail d’écriture et de recherche m’a pris environ 9 mois étant donné que je ne pouvais qu’écrire le soir et le week-end à cause de mon travail. La réécriture et les corrections se sont étalées sur 3 mois environ. Depuis la sortie du livre, j’ai eu quelques commentaires de lecteurs sur des sites littéraires. J’en suis très contente car leurs remarques sont toujours positives que ce soit sur l’écriture, l’aventure et la documentation historique. Pour moi, ce genre de retours compte énormément car ils sont authentiques.
 
ActuSF  : Passons à la trame du livre, à la lecture on sent que tu as fait de nombreuses recherches tant vis à vis de la vie quotidienne au Moyen-Âge, que des pratiques religieuses, où la cour du Roi (et la Chasse du Roi) : Comment se passe la phase de recherches et d’intégration discrète dans le roman (sans que cela fasse recopiage de livres d’histoire) ?
Aurélie Laloum : C’est un sacré travail, bien plus complexe que ce que j’avais pu penser au départ ! Tout d’abord, il faut se mettre dans la peau du personnage. Qu’est ce qui interpellerait un jeune adulte du XXIème siècle propulsé en plein Moyen-âge ? Quand j’ai compris que la réponse à cette question était tout simplement « tout », je me suis rendue compte que j’avais du pain sur la planche ! C’est pourquoi je me suis documentée sur le maximum de choses. La façon de vivre tout d’abord, que ce soit au niveau de des habitudes vestimentaires, de l’alimentation, des règles de société, des us et coutumes etc. Il a fallu ensuite étudier l’architecture des villes, l’agencement des maisons, des rues, le mobilier. La nature en elle-même n’est pas à prendre à la légère. Quel type de plantes trouve-t-on à l’époque ? A quoi ressemblent la campagne, la forêt, qu’y entend-t-on, que sent-on ? Des centaines de questions se sont posées à moi au fil de l’écriture. Tous les moyens ont été bons pour me documenter. Internet bien sûr, mais aussi des livres d’histoires, des romans historiques, des films, émissions et même des encyclopédies pour jeu de rôle. En intégrant toutes ces sources de façon naturelle à mon histoire, je n’ai pas eu peur que cela fasse « recopiage de livres d’histoires ». J’ai fait en sorte que Charlotte et Mathias ne soient pas en train de suivre un cours sur l’histoire mais en train de la vivre tout simplement.
 
 ActuSF : On sent chez toi une volonté de rendre hommage au fantastique cycle des Rois Maudits de Maurice Druon, que ce soit à travers le mythe de la malédiction de Jacques de Molay, mais également aux théories concernant le fameux trésor des Templiers, les raisons qui ont fait que Philippe le Bel a agit ainsi, et tout le parcours (qui fait pour le coup très roman initiatique du Moyen-Âge) les dernières épreuves pour accéder au Trésor sont-elles un hommage appuyé à La dernière croisade ? Autre détail savoureux, le nombre de voyages pour coller à un désavantage de la machine temporelle : Le fait que la personne faisant un bond dans le temps doit se trouver à l’endroit où elle souhaite aller et à la date précise (comme par exemple le départ de Saint Denis où l’arrivée à Jérusalem) ? Au niveau des lieux présentés (chapeau bas pour le cimetière des Innocents que tu campes vers la fin du roman et qui reste un des moments forts et très réussis de l’intrigue) comment as-tu fais le choix ?
Aurélie Laloum : Comme tu le soulignes très justement, j’ai voulu rendre hommage à la série des Rois Maudits de Maurice Druon. La raison est simple. Lorsque Jean-Paul Arif m’a demandé quelle époque je souhaitais traiter, j’ai pensé presque automatiquement au roman que j’étais en train de lire à ce moment-là : La Reine étranglée, deuxième volet de la série des Rois Maudits. Je me suis dit que cela devait être vraiment intéressant de camper une histoire pour la jeunesse à cette époque du Moyen-âge. J’ai pensé également que le mystère entourant les Templiers était un sujet largement traité dans la littérature pour adulte, mais moins présent dans la littérature de jeunesse. Pourquoi pas, à ce moment là, faire un roman à cheval entre l’âge d’or des Templiers et l’époque de Philippe le Bel qui marque la fin de l’Ordre ? Le Tempoflux me permettait de me balader à travers les époques et il aurait été dommage de ne pas en faire usage moi aussi !
Pour les dernières épreuves permettant d’accéder au fameux trésor, j’ai effectivement eu envie de m’inspirer de la Dernière Croisade, un film que j’avais vraiment apprécié. La rencontre avec un vieux Templier, les épreuves mortellement dangereuses etc. Mais ce n’est pas ma seule source d’inspiration. Pour les murs qui se referment peu à peu sur les héros, c’est à Star Wars que j’ai pensé par exemple ! Pour le reste, j’ai fait parler mon imagination.
En ce qui concerne les lieux, j’ai essayé de trouver des endroits emplis de mystères, où énigmes et frissons pourraient se rencontrer. C’est le cas du Saint-Sépulcre, du cimetière des Innocents et de la forteresse de Tomar. Les énigmes que j’ai élaborées m’ont guidée vers certains de ces lieux, de la même façon que des endroits que j’avais envie de visiter par le biais de mes personnages m’ont inspirés des énigmes.
 
ActuSF  : Au niveau des personnages tu reprends ceux que l’on connait déjà, Charlotte et Mathias, en fusionnant le couple un peu plus, Aimery de Châlus joue à merveille son rôle de guide, mais là où tu m’as bluffé c’est en créant deux personnages vraiment savoureux : Aimery , non pas le vieil homme de nos jours mais sa version "jeune" au Moyen-Âge te permettant de distiller ainsi des informations sur la vie passée de ce personnage-clé, mais également de le montrer sous un autre jour et une charmante voleuse que je te laisse présenter. Tu présentes en personnages secondaires des hommes historiques de premier plan : Robert d’Artois (et on ressent à nouveau l’influence des Rois Maudits) et le roi Philippe le Bel (avec une scène très amusante d’ailleurs) : A quel point est-ce amusant/difficile de "jouer" avec des personnalités pareilles ?
Aurélie Laloum : Cela m’a beaucoup amusée de créer un Aimery du XIVème siècle. Je dois même avouer que c’est mon personnage préféré ! Peut-être parce que j’ai pu donner un nouveau visage à un héros qui avait déjà été créé. De façon générale, je suis toujours attirée par ce rôle de « vieux sage » un peu décalé, qui initient les jeunes héros, tels Gandalf ou Dumbledore. Aimery est l’un d’entre eux, et ça a été un réel plaisir de pouvoir travailler un personnage de la sorte. Pour le reste, j’ai trouvé nécessaire d’approfondir les personnages de Charlotte et Mathias, tout en laissant encore matière à traiter pour les romans à venir, pour que l’immersion fictionnelle se fasse plus profondément. Ce sont deux jeunes comme il en existe des milliers. Un petit couple qui se taquine, aiment sortir et plaisanter avec leurs amis, rechignent quelques fois à assister à leurs cours, mais qui sont conscients du monde qui les entoure et dont les préoccupations personnelles ne sont pas si dérisoires. Je voulais que l’on s’attache à Mathias qui, malgré ses nombreuses craintes, est prêt à tout pour aider et secourir les autres, et à Charlotte dont la blessure laissée par le départ de son père ne s’est jamais refermée. A Aimery également, en en apprenant davantage sur sa vie, et sur le drame qui a fait de lui le personnage que l’on a découvert dans le premier tome. Peut-être même à Méraguel, la fameuse espionne dont tu as parlé. Ses rêves de richesse font d’elle un personnage sans scrupules, au très fort tempérament, prête à tout pour obtenir ce qu’elle veut. Elle n’en reste pas moins écrasée par l’autorité et la peur que lui inspire le mystérieux Darkvenom. J’aime aussi particulièrement ce personnage car j’ai pu la créer de toute pièce. Charlotte, Aimery, Mathias, Darkvenom, existaient déjà lorsque j’ai commencé le Trésor oublié des Templiers, et, même si j’ai pu les retravailler, approfondir leurs histoires, leurs caractères, - tout comme les personnages historiques d’ailleurs – ils ne sont pas une pure création de mon imagination. Méraguel si.
En ce qui concerne les personnages historiques qui, eux, ont réellement existés, j’ai trouvé cela très amusant de pouvoir les introduire à ma fiction. Il faut certes respecter leurs caractéristiques générales car il ne s’agit pas de les réinventer. Mais j’ai eu l’occasion de donner vie et de m’approprier en quelques sortes des personnages aussi célèbres et prestigieux que Philippe IV. C’était extraordinaire de pouvoir le faire parler, interagir, ressentir. L’écriture permet tant de choses ! Grâce à Via Temporis j’ai donc pu continuer à dessiner des personnages déjà existants, leur créer un passé, en inventer d’autres et faire vivre des hommes célèbres.
 
ActuSF  : Autre bonne idée, celle de mettre le grand méchant à l’arrière-plan grâce à ta voleuse, du coup celui-ci devient une présence digne de Voldemort (un clin d’œil voulu de ta part ?), suscitant la peur et l’interrogation (même si certains éléments au sein de l’intrigue laissent sous-entendre qui se cache derrière le nom de Iké Darkvenom).
Aurélie Laloum : Etonnamment non, Darkvenom n’est pas un clin d’œil à Voldemort ! Et pourtant, Harry Potter reste un de mes ouvrages de référence ! Ike Darkvenom est un personnage qui suscite de nombreuses interrogations, et pas seulement pour les lecteurs mais pour Jean-Paul Arif, Joslan F. Keller et moi-même ! Joslan et moi voulions lui donner un peu plus de consistance. Finalement, nous nous sommes mis d’accord pour nimber ce personnage du plus de mystère possible. Ce n’est qu’une ombre qui s’adresse à ses sbires sans que ces derniers aient l’occasion de pouvoir l’apercevoir. Dans cette série centrée autour des énigmes, celle de l’identité de Darkvenom reste la plus difficile à résoudre ! Que veut-il ? D’où vient-il ? Qui est-il ? Ou même tout simplement qu’est-il ? Nous laissons le doute planer et je n’en dirais pas plus à son sujet !
 
ActuSF  : Pourrais-tu revenir pour nous les faits historiques réels dans le roman et sur ce que tu t’es amusée à imaginer ?
Aurélie Laloum : Tout ce qu’Aimery apprend aux jeunes héros sont des faits historiques avérés. Les personnages ont réellement existés, les lieux et évènements aussi. Le fait de faire un roman basé sur la réalité est une des règles de base de la série. Nous désirons que le lecteur s’instruise tout en lisant un roman d’aventures, c’est pour cela que, tout comme Aimery le répète, nous ne touchons pas à l’Histoire. Cependant, Joslan comme moi nous sommes amusés à décrire des personnages réels en y ajoutant des touches personnelles. Ainsi, Philippe le Bel, le célèbre Roi de Fer, n’est plus aussi froid une fois grisé par l’alcool, Guichard de Beaujeu se transforme en gardien du secret de l’Ordre des Templiers etc. En ce qui concerne les faits en eux-mêmes, le procès et l’exécution des Templiers par exemple sont bien réels, mais les délires de Jacques de Molay durant son sommeil ne le sont pas ! Pour les lieux, j’ai essayé de les décrire tel qu’ils apparaissaient à l’époque (sûrement une des choses les plus difficiles que j’ai eu à faire). Même les souterrains du cimetière des Innocents ainsi que les dessins qu’Aimery et Mathias y découvrent sont bien réels. J’y ai ensuite ajouté quelques éléments pour l’histoire tels que les inscriptions dans le Saint-Sépulcre, ou la chambre de Guichard de Beaujeu dans le cimetière. La forteresse de Tomar quant à elle, est effectivement un des lieux où l’on pense que le trésor des Templiers a été gardé (ou l’est encore ? L’accès en est interdit à présent) et la fameuse clef de voûte de la fin du roman elle-même existe vraiment, mais ce n’est pas le cas de tous les pièges qui y sont disposés (enfin…qui sait ? ;-) )
 
ActuSF  : Le but annoncé est de montrer, d’un point de vue pédagogique et didactique l’histoire de France en s’amusant et en rêvant, le fait de flirter avec l’uchronie et la possibilité de revoir l’histoire de France t’a telle influencée pendant la phase d’écriture ?
Aurélie Laloum : Oui cela a influencé mon travail dans le sens où je me suis évertuée à ne rien faire pour chambouler le déroulement de l’histoire. Les menaces de Darkvenom placent la série Via Temporis sur la frontière entre roman historique et uchronique. Charlotte, Mathias et Aimery ont pour mission principale d’assurer à l’Histoire de suivre son cour normalement. L’auteur également. Comme je l’ai déjà dit, même si la base de Via Temporis est ancrée dans la science-fiction, le but ici est de planter un décor des plus réels et de tenter d’intéresser les lecteurs à l’histoire de France, non pas telle qu’elle aurait du ou pu se passer, mais telle qu’elle a été. 
 
ActuSF  : Après ce premier galop d’essai, vas-tu continuer à œuvrer pour cette collection ?
Aurélie Laloum : Je n’en sais rien pour le moment. Les identités des prochains auteurs sont comme celle de Darkvenom : un mystère !
 
ActuSF  : Aurélie, merci pour ce très bon moment de lecture, et pour cette façon simple et originale de se documenter d’un point de vue historique en suivant des aventures réjouissantes.
Aurélie Laloum : Merci à toi pour cette interview et pour l’intérêt que tu portes à la série ! C’était un plaisir de pouvoir répondre à tes questions et j’espère avoir satisfait la curiosité des lecteurs d’ActuSF !
 
Bertrand Campeis