Imaginales 2015 : l’interview de Stéphanie Nicot
de Stéphanie Nicot
aux éditions

Anthologiste : Stéphanie Nicot
Date de parution : mai 2015 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
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Stéphanie Nicot est la directrice artistique du festival.

ActuSF : Charles Stross, M. R. Carey, Christopher Priest, Richard Ford, Kim Newman... Pourquoi avoir placé ces Imaginales 2015 sous les couleurs de l’Union Jack ? 

Stéphanie Nicot : La Ville d’Épinal accueille chaque année une délégation d’auteurs représentatifs d’un pays où la fantasy, le fantastique et la SF ont une influence significative. Que serait la SF mondiale sans Wells, et que serait la fantasy sans Tolkien ou sans Rowling ? De plus, l’imaginaire britannique est souvent novateur, parfois décalé, intellectuellement brillant. Hormis Christopher Priest, qui était déjà présent en 2014, les autres invités sont invités aux Imaginales pour la première fois. C’est une très belle délégation, qu’on pourrait tout à fait accueillir, pour être dans le ton, avec Pomp and Circumstance (marche n°1, Land of Hope and Glory), op. 39 de Sir Edward Elgar…[1]

 ActuSF : Qu’est-ce qui vous a fait choisir Estelle Faye pour le coup de cœur des Imaginales 2015 ?

Stéphanie Nicot : Son talent, évidemment ! Le « coup de cœur » des Imaginales est décerné à un écrivain dont la jeune carrière mérite d’être mise en valeur à l’occasion du festival. C’est une sorte de coup de pouce, une signalétique (« Attention, talent à suivre ! »), un soutien affirmé des imaginales à une voix originale au sein d’une littérature d’imaginaire qui n’en manque pourtant pas. Dès son premier récit, même si j’avais estimé que la construction et la ligne narrative pêchaient un peu, j’avais compris que je tenais une auteure avec qui on allait devoir compter. Son deuxième livre, Porcelaine, était déjà une évidence ; la force et l’originalité des personnages, le brio du récit, ont été largement salués, et le livre récompensé par le prix Elbakin.net. Ensuite, Un éclat de givre, récit post-apocalyptique à l’esthétisme splendide, hommage aux boîtes de jazz et au roman noir, mais aussi hymne à la vie et à l’amour, a achevé de me convaincre que nous avions là une auteure exceptionnelle. Estelle Faye ne se prive de rien : elle convoque ici un Paris d’après la catastrophe climatique, ou, comme dans La Voix des Oracles et ses suites, une Gaule hantée par les derniers magiciens d’un monde en voie de christianisation (nous sommes au Ve siècle, une époque rarement arpentée par les écrivains français, à tort !).

La Voix des Oracles, sélection finale du Prix Imaginales des lycéens 2015 et Prix Imaginales du meilleur roman de fantasy jeunesse 2015, a d’ailleurs commencé à lui gagner un public encore plus large ; les festivaliers vont pouvoir se procurer l’ouvrage primé, et le second volume de cette trilogie celtique et magique tout à fait passionnante qui sort pour les Imaginales. Et ses précédents livres.

Si les romans d’Estelle Faye ne sont pas en rupture de stock à la fin des Imaginales, c’est que vous ne savez plus lire, les pt’its loups ! Allez, préparez-vous à dévaliser nos libraires, mettez à bas leurs piles de Faye, prouvez-lui qu’il n’en a pas encore commandé assez (et pourtant..), montrez-lui ce que c’est, un coup de cœur aux Imaginales !

 ActuSF : Le festival accueillera de nombreuses expositions comme celle de Grégory Delaunay qui a réalisé l’affiche du festival ou celle de François Bourgoin. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Stéphanie Nicot : Épinal, avec ses célèbres images, a toujours accordé intérêt et considération aux maîtres du 9ème art, aux peintres et aux illustrateurs. Cette année, le directeur du festival, Stéphane Wieser, a tenu à élargir encore la palette artistique, et à explorer l’imaginaire aussi bien en son cœur (François Bourgeon, le maître de la BD, à la BMI) que dans ses marges (L’Esprit des bêtes, entre Benjamin Rabier[2] et Charles Fréger, au Musée de l’image). Cette démarche, que j’approuve totalement (l’imaginaire est un monde artistique ouvert sur la vie, pas un pré carré), a débouché pour la première fois sur un véritable parcours d’exposition, avec les moyens logistiques permettant aux festivaliers de découvrir toutes ces expositions disséminées dans la ville ; à compter de cette année, les Imaginales mettent à la disposition du public un minibus qui fera la navette, chaque demi-heure, entre l’Espace Cours et les autres lieux de ce parcours en images. Les Spinaliens et les Lorrains, eux, pourront profiter de certaines de ces expositions prestigieuses tout au long du mois de juin. Et l’Imagerie va réaliser cette année deux Images d’Épinal, l’une de notre affichiste, Grégory Delaunay, et l’autre de François Bourgeon.

 ActuSF : Des conférences comme celle sur l’humour avec John Lang, des cafés littéraires avec Fabien Cerutti, prix Imaginales de lycéens 2015, des petits déjeuners avec des auteurs comme Robin Hobb... Quels vont être les temps forts de cette programmation foisonnante ?

Stéphanie Nicot : Foisonnante, c’est le mot juste, avec une soixantaine de cafés littéraires, une quinzaine de tables rondes, une dizaine de conférences-débat, six petits déjeuners-débats, six déjeuners-débats, cinq remises de prix, une Murder party, un speed dating, des rencontres en tous genres, sans oublier des initiatives décentralisées chez nos partenaires (Planétarium, ATP, BMI, Imaginales maçonniques…). Plus d’une centaine d’initiatives ! Il faut donc vous faire une raison : tout est passionnant, mais vous ne pourrez pas tout voir !

 ActuSF : Côté cinéma, à quoi faut-il s’attendre avec la programmation 2015 ?

Stéphanie Nicot : Les Cinés Palace sont désormais dirigés par un vrai passionné d’imaginaire (il a longtemps animé la Bulle du jeu aux Imaginales) qui programme pendant le festival des films de genre. Cette année, nous avons À la poursuite de demain, de Brad Bird et avec Georges Clooney et Hugh Laurie, Mad Max : Fury Road de George Miller et avec Tom Hardy et Charlize Theron, et surtout une avant-première d’Ex Machina, film de science-fiction (britannique, bien sûr !) d’Alex Garland.[3]

 ActuSF : Et du côté des dîners insolites, quel sera le menu ?

 Stéphanie Nicot : Sur le plan culinaire, c’est la surprise du chef ! Sinon, cette année, le roman historique est à l’honneur, avec des lectures de notre amie Jeanne Cressanges, une fidèle des Imaginales.

 ActuSF : Les Imaginales propose encore une fois une journée de formation animée par Lionel Davoust et Jean-Claude Dunyach. L’accompagnement des jeunes auteurs, c’est quelque chose qui vous tient à cœur ?

Stéphanie Nicot : Ce stage d’initiation à l’écriture, formidablement encadrée par deux romanciers de talent dont chacun connaît le soutien qu’ils apportent à leurs jeunes collègues (ouvrir les portes à tous au lieu de les fermer derrière soi, c’est ça, l’esprit des Imaginales !), s’inscrit dans cette problématique d’accompagnement, d’aide et de soutien aux jeunes auteurs qui est chère à la Ville d’Épinal. Dans le même esprit, notre speed dating auteurs-éditeurs, une initiative originale qui n’existe à ma connaissance nulle part ailleurs, permet à une vingtaine d’aspirants écrivains de rencontrer en tête-à-tête une dizaine d’éditeurs et de bénéficier de leurs conseils éclairés. Plusieurs invités de cette édition des Imaginales, comme Nadia Coste ou Silène Edgar, sont passés par le speed dating et le revendiquent fièrement !

Bien sûr, le festival ne « crée » pas d’écrivains ex nihilo, mais il leur facilite les contacts et leur offre l’accès à de précieux savoir-faire ; c’est aussi à ce titre que je programme la traditionnelle radiographie d’un éditeur (« Critic, comment ça marche ? », avec Simon Pinel, co-fondateur) et que je sollicite cette fois encore Stéphane Marsan, directeur littéraire des éditions Bragelonne et vrai showman, pour parler de ce qu’il attend des jeunes écrivains (de bons livres, oui, mais encore ?).

 ActuSF : Les Imaginales c’est aussi un moment ludique avec des associations de jeux de plateaux, des démonstrations d’escrime.... La littérature et le jeu ont l’air de faire bon ménage dans le milieu de l’imaginaire. Est-ce c’est pour ça que les Imaginales leur offre toujours une place dans leur programmation ?

Stéphanie Nicot : On a encore trop tendance à opposer culture et jeu, et je ne parle même pas des sottises qu’on a pu écrire autrefois sur le jeu de rôle supposé rendre fou les adolescents… alors que pour voir des sociopathes, il suffit de suivre les informations ! Aux Imaginales, on a, dès le début, voulu associer le livre au jeu, l’image au cinéma. Les cafés littéraires et la Bulle du livre resteront le cœur battant du festival, mais aucun média n’est et ne sera exclu. Au festival, la jeune elfe devise avec la retraitée bcbg, et la gothique avec l’adjoint distingué ; c’est aussi ça, la magie des Imaginales ! L’imaginaire triomphe aujourd’hui partout, au cinéma, dans les séries TV (Moi, j’aime bien Les 100, par exemple !), les jeux vidéo, la publicité, etc. Je crois que les lecteurs d’imaginaire, mais aussi le public régional de roman historique qui vient de plus en plus nous voir, sont ouverts, et attentifs à la diversité. En actes, et pas seulement en paroles…

Je ne vous cache d’ailleurs pas que je compte bien renforcer cet aspect ludique d’année en année, tout en défendant avec passion le romanesque le plus littéraire ! Aux Imaginales, vous pouvez assister à un tournoi de jeux de rôles, croiser un chevalier en armure ou assister à une conférence de Jean-Philippe Jaworski sur Julien Gracq, dont le dernier récit, posthume, flirte plus qu’allègrement avec la fantasy ! Même si, évidemment, l’essentiel de la programmation est consacré aux littératures dites « de genre ».[4]

 ActuSF : Le mot de la fin : Pouvez-vous nous dévoiler une des (nombreuses) surprises que vous nous réservez pour cette édition 2015 des Imaginales ?

Stéphanie Nicot : Nous avons débuté en 2002 avec un seul Magic Mirrors, avant d’en implanter un second il y a quelques années, aux côtés des autres lieux emblématiques des Imaginales : Espace Cours, Bulle du Livre, et Bulle du jeu. Nous y ajoutons cette année un tout nouveau lieu, que nous avons baptisé la Yourte du conte ; conçue par Stéphane Wieser, cette initiative vise à donner au conte et à la lecture à voix haute des textes littéraires son rendez-vous spécifique. Du vendredi matin au dimanche soir, notre Yourte accueillera des conteurs (Marie-Charlotte Delmas, Pierre Dubois, et les bénévoles vosgiens talentueux de Lire et Raconter) mais aussi des écrivains (Charlotte Bousquet, Jean-Philippe Jaworski…) qui vont lire des extraits de leurs œuvres.

Et n’oublions pas la création, à l’initiative de la Ville d’Épinal (qui le dote), du petit frère du prix Imaginales des lycéens – décerné cette année à Fabien Cerutti[5] pour le Bâtard de Kosigan (Mnémos) –, et du prix Imaginales des collégiens. Le prix Imaginales des écoliers, puisque c’est de lui qu’il s’agit, vient d’être décerné à Cassandra O’Donnel pour Malenfer (Flammarion).

Et puis Robin Hobb… Bon, d’accord, le talent de Robin Hobb, ce n’est pas une surprise, même si sa nouvelle série (Le Fou et l’Assassin) est une splendeur. Mais sa venue aux Imaginales est toujours un moment fort, et cette année, on vous offre fromage et dessert : un petit déjeuner-débat vendredi matin, et un déjeuner-débat dimanche midi. Inscrivez-vous vite : il n’y en aura pas pour tout le monde.[6]

Comme le disait l’an dernier sur son blog une festivalière, les Imaginales, c’est « le festival des belles rencontres ! » 

 



[1] It’s so British ! Allez voir :

https://www.youtube.com/watch?v=R2-43p3GVTQ

 [2] Mais oui, le créateur de l’immortelle Vache qui rit !

[3] Alex Garland n’est pas un inconnu, puisqu’il a écrit le scénario des films 28 jours plus tard et Sunshine de Danny Boyle. Ex Machina, son premier film, a obtenu le prix du jury au festival du film fantastique de Gérardmer. La projection, unique, aura lieu samedi à 21h30.

[4] Comme si la littérature mainstream étriquée[4] à la française n’était pas un genre à lui tout seul, le genre chiant !

[5] La veille, il écrivait pourtant : « Demain mardi 28, le vote entre les deux finalistes du grand prix Imaginales des lycéens ! Face à La Voie des Oracles d’Estelle Faye (un livre taillé pour ce public et fort bien écrit par une auteure de renom) la victoire du Bâtard de Kosigan est presque impossible. » Homme de peu de foi ;-)

[6] Les inscriptions au déjeuner avec Robin Hobb sont déjà closes, mais il reste des invités à découvrir !

Jean-Laurent Del Socorro