Interface
( 1 )
de M.T. Anderson
aux éditions Gallimard
Genre : Fantastique
Sous-genres :
  • Anticipation

Auteurs : M.T. Anderson
Traduction : Guillaume Fournier
Date de parution : octobre 2004 Inédit
Langue d'origine : Anglais UK
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 212
Age minimum : 12 ans
Titre en vo : Feed
Cycle en vo : Guin Saga
Parution en vo : octobre 2004

Lire tous les articles concernant M.T. Anderson

Intenable face à face avec un futur effrayant

Entre son job alimentaire chez Mac Do (expérience traumatisante qui lui a inspiré son deuxième roman) et les cours de création littéraire qu’il dispense actuellement à l’université de Vermont collège, cet auteur américain s’est essayé à différentes carrières : disc jockey, critique de musique et assistant d’édition. Ancien étudiant de Harvard et Cambridge, M.T. Anderson vient de se frotter à un nouvel exercice littéraire : une biographie d’Haendel à destination d’un public jeunesse.

Voyage de la Lune à la torpeur (en passant par l’Eden et l’Utopie)

Quand Titus et ses copains ont programmé leur virée sur la Lune, ils n’avaient pas prévu deux choses. Primo que Titus allait tomber sous le charme d’une étrange fille Violet et secundo qu’ils allaient tous finir à l’hôpital, victimes d’un piratage de leurs interfaces. Des deux événements, c’est le premier qui laissera le plus de séquelles au sein de la bande : Violet est tellement différente. Son interface lui a été greffée quand elle avait sept ans et elle est capable de penser par elle-même ou de s’opposer aux suggestions pourtant si séduisantes de la machine. Son père qui possède une archaïque interface extérieure lui a transmis des rêves d’un autre monde. Mais, est-il encore possible quand les interfaces ont accès à toutes les émotions des hommes, quand elles sont impliquées jusque dans leurs relations sociales et leurs fonctions vitales ?

Un projet inspiré et abouti

M.T. Anderson participait à une anthologie sur l’alphabétisation et il a eu l’idée d’un futur où "nous serions devenus tellement connectés à un monde ultrarapide d’images médiatiques que personne ne serait plus capable de lire. Je voulais dépeindre combien cela serait destructeur pour notre âme d’appartenir à ce monde qui semble très attirant mais qui en a fait tendance à éradiquer les excentricités et encourage les gens à être des consommateurs plutôt que des êtres humains." (extrait tiré du site www.candlewick.com). Mais le projet a évolué et a dépassé la taille d’une nouvelle.

Pour préparer ce texte, l’auteur avoue qu’il a lu beaucoup de magazines destinés aux ados et a espionné leurs conversations sur leurs portables dans les centres commerciaux. Et justement, cette imitation du langage "djeuns" et cool pourra en agacer certains. Son observation des relations entre les jeunes est très fine, il a saisi à la perfection cette valse hésitation entre le couple naissant et le groupe rassurant, ce besoin d’adhérer, d’être intégré et reconnu. Si la violence de l’affrontement entre deux façons de concevoir le monde est omniprésente, les deux héros sont finalement rattrapés par la tendresse et la complicité. L’humour trouve aussi sa place dans ces pages à dominante sombre.

L’aspect anticipation du récit n’est pas particulièrement novateur : les pubs ciblées après scan de l’iris du consommateur de Minority report reposaient sur ce même postulat de marketing offensif et il semblerait que Anderson rejoigne Gibson et son Identification des schémas, tout récemment publié en France. Mais les réflexes des ados ou les slogans dont les abreuvent leurs interfaces résonnent de façon dérangeante avec des comportements et des pratiques actuels. Tous ces éléments font d’Interface, un livre bouleversant, dérangeant mais important pour que parmi tous les futurs possibles, les jeunes ne construisent pas celui-là.

Nathalie Ruas

D'accord, pas d'accord ? Parlez de ce livre sur le forum.

Vous voulez donner votre avis sur ce sujet ? Vous voulez mettre un lien vers votre propre chronique ? Cliquez ici.