Interview 2015 : Aurélie Wellenstein pour Le Roi des fauves
de Aurélie Wellenstein
aux éditions
Genre : Fantasy

Auteurs : Aurélie Wellenstein
Date de parution : juin 2015 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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À 35 ans, Aurélie Wellenstein partage son temps entre l’écriture et son travail dans un hôpital parisien.

Elle a publié à ce jour une trentaine de nouvelles, dont l’ambiance fait le grand écart entre le très sombre et le loufoque. Avec Le Roi des fauves, elle nous emmène aujourd’hui dans un univers fantastique mythique, et tout à fait déroutant.

 Actusf : Bonjour Aurélie, ta première œuvre publiée, Le cheval et l’ombre, date de 2013, chez une maison d’éditions défunte (mais il ressortira fin 2015 chez les éditions Voy’El), et tu viens de sortir coup sur coup deux romans : Chevaux de foudre aux éditions Magnard et celui qui nous intéresse actuellement Le roi des fauves chez les éditions Scrinéo. Peux-tu, pour commencer, nous parler de ta relation à la fantasy en tant que lectrice et en tant qu’auteur ? Est-ce que la lecture t’a donné envie d’en écrire ? Y a t-il des auteurs de Fantasy qui t’ont marqué plus que d’autres ?
 
Aurélie Wellenstein : Depuis mes premières lectures, et notamment Philippe Ebly, je me passionne pour les littératures de l’imaginaire. C’est la découverte de Stephen King, a 13 ans, qui m’a définitivement fait plonger dans le chaudron du fantastique. J’en garde une certaine tendresse pour l’horreur, et j’aime bien patiner mes récits d’un vernis étrange et inquiétant. J’adore la Fantasy, surtout quand elle est moderne, inventive et littéraire, comme dans les chefs-d’œuvre de Niogret, Jaworsky, Damasio, Miéville, Noirez, Mazaurette... Je fais finalement très peu d’incursions en blanche. 
 
 
Actusf : Comment as-tu connue et eu envie d’utiliser la légende des Berserkirs (les Guerriers-Ours) ? Derrière le Berzerk, il y a le mythe du guerrier qui entre en transe la veille d’une bataille, devient fou-furieux lors de celle-ci et tente des actions héroïques au mépris de sa propre vie. On sait maintenant que les Berserkers ingéraient des drogues (champignons ou autres) avant la bataille, est-ce cet état d’esprit et cette légende du guerrier fou (que l’on retrouve jusqu’au Japon avec le manga Berserk) qui t’as donné envie d’écrire sur ce thème ? Le thème de la transformation de l’homme en bête a dû jouer également ?
 
Aurélie Wellenstein : À la base, c’est la métamorphose en bête qui m’intéresse, mais pour moi, l’animalité est une valeur positive, celle du Soi sauvage, plein d’une énergie vitale radieuse. Et dans le Roi des fauves, j’avais envie d’une ambiance très noire de bout en bout. Les personnages se transforment donc en animaux, mais surtout en animaux malades, enragés et écumants. Voilà pourquoi j’en suis venue au « guerrier-fauve ». J’ai lu des articles, en effet, sur le lien entre la transe du berserk et la prise de drogues, mais comme il s’agissait d’un état transitoire, j’ai préféré, dans le roman, lier la métamorphose à l’ingestion d’un parasite. La transformation s’étire ainsi sur plusieurs jours, et en plus du changement physique, cela me permettait de mettre en scène le délabrement psychique des personnages, qui s’abîment peu à peu dans la folie. J’aime beaucoup le manga Berserk, mais je ne crois pas que le roman ait beaucoup de liens avec lui, hormis l’ambiance étouffante et poisseuse. On est bien dans de la dark-fantasy. 
 
Actusf : Pourquoi avoir décidé de faire d’eux des hommes-bêtes au sens littéral du terme et à l’issue de l’ingestion d’un parasite qui les transforme définitivement ? Et d’où vient ce roi des fauves qui donne son titre à ton roman ?
 
Aurélie Wellenstein : Je vais avoir du mal à répondre cette question sans spoiler ! Quand ils ingèrent le parasite, les condamnés ont la vision d’un homme, le roi des fauves. Celui-ci les invite à le chercher, en leur promettant la guérison. L’ombre de ce sauveur plane sur le récit, à la fois omniprésent et fantomatique, au point qu’on peut légitiment se demander s’il existe vraiment. 
 
Actusf : Peux-tu nous parler de l’univers que tu as créé pour Le roi des fauves  ? Et nous présenter ces différents protagonistes ?
 
Aurélie Wellenstein : C’est un univers médiéval fantastique, avec un léger vernis de mythologie nordique. Je me suis immergée dans les paysages du jeu vidéo Skyrim pour composer le décor. Les animaux sont aussi ceux qu’on peut croiser dans le jeu, des bêtes des bois, primitives. J’y ai marié diverses forces occultes et l’ombre d’un passé épouvantable. Les trois personnages sont amis d’enfance, et ils vont devoir traverser cette épreuve ensemble, chacun y réagissant finalement d’une manière très différente. Le principal protagoniste, Ivar, est un garçon gentil et attentionné, qui malheureusement pour lui, va beaucoup évoluer dans l’adversité, en dépit de toutes ses convictions. 
 
 
Actusf : Peux-tu nous raconter l’écriture de ton roman ? Combien de temps cela t’as t-il pris ? Comment travailles-tu ? Comment se passe la recherche d’un éditeur ?
 
Aurélie Wellenstein : Je crois que l’écriture, en tout, m’a pris deux ans, mais c’est déjà flou dans ma tête, car entre le moment où l’idée germe et celle où je commence réellement à l’écrire, je laisse souvent passer beaucoup de temps. Sinon, au niveau de l’écriture elle-même, je suis une sprinteuse. J’aime écrire «  à l’énergie », sans trop me retourner sur le texte. J’ai une pratique instinctive, et je me laisse guider par les tripes, plus que par la tête. Du coup, j’arrive certes à un premier jet très vite, mais qui nécessite de gros chantiers de corrections. Je passe beaucoup de temps sur le fignolage, surtout que je suis complètement maniaque. Choisir la place d’une virgule peut durer une éternité. Tout en travaillant, j’écoute de la musique, des bandes-sons de jeux vidéo (Dark souls, Bloodborne, Nier, Silent Hill...)
 
En ce qui concerne la recherche d’éditeurs, c’est loin d’être ma phase préférée. Je crois que le système anglo-saxon des agents littéraires me conviendrait bien, car je n’aime pas du tout me « vendre ». La quête d’un éditeur demande de la ferveur. Entre mes envois et la signature du contrat chez Scrinéo, il s’est passé un an. 
 
Actusf : Le parcours pour être édité n’est pas forcément évident. J’ai vu que Le roi des fauves était estampillé par la mare aux grenouilles Cocyclics. Peux-tu nous parler de cette mare aux grenouilles et de l’aide qu’ils t’ont apporté ?
 
Aurélie Wellenstein : Tout à fait ! Le roman est passé par le cycle de bêta-lecture de Cocyclics. Concrètement, cinq personnes ont relu mon texte, avec un œil critique, pour me faire remonter leurs remarques positives comme négatives, afin d’améliorer le roman. Cela se passe en deux vagues, la première se concentre sur le fond, la seconde sur la forme. Les différents regards portés sur le texte, avec les sensibilités de chacun, donnent à l’auteur des pistes de correction vraiment pointues, tout en restant bienveillantes. C’est une expérience passionnante et précieuse. 
 
Actusf : Comment s’est passé tout le travail éditorial autour de ton roman, que ce soit les corrections à effectuer, les différentes discussions autour de ton œuvre ou le travail autour de la (magnifique) couverture d’Aurélien Police ?
 
Aurélie Wellenstein : Je n’ai pas eu de retravail sur la forme, mais la seconde partie du roman a dû être remaniée sur le fond. Comme je suis fan de jeux vidéo, j’ai tendance à appliquer les mêmes arcs narratifs : progression – boss – progression – boss..., ce qui faisait « ronronner » le roman en une succession d’affrontements. Cette mécanique a été complètement effacée par les corrections éditoriales. On a tout revu pour que la progression soit continue jusqu’au final explosif.
 
Pour la couverture, j’en suis tombée à la renverse. Aurélien Police a tout compris. C’est un artiste de génie, d’une extraordinaire sensibilité. Il a des antennes. J’avais écrit toute une page où j’expliquais un peu l’univers et ce que j’imaginais, mais Aurélien a dépassé cela. Le résultat est sublime (une amie veut le tirer en poster !) C’est une illustration « bruyante », sauvage, où le cœur animal bat de toutes ses forces, un vrai torrent, un déferlement, j’adore. Si vous avez l’occasion, dépliez le livre pour voir le déploiement des bois de cerf, ça vaut le coup ! De toute façon, j’aime tout ce que Aurélie Police fait, il n’y a qu’à regarder les couvertures du Premier, de Sept secondes pour devenir un aigle, ou de Rédemption pour être conquis par son style, reconnaissable entre tous. J’ai beaucoup de chance. 
 
 
Actusf : Y a t-il un moyen de te suivre au quotidien ? Où peux-t-on te croiser (salons, dédicaces,etc.) ?
 
Aurélie Wellenstein : J’ai un site, que je mets très peu à jour (pas bien !!!), lafilleperchee.com. Je serai aux Imaginales, aux Futuriales, aux Halliennales, ainsi qu’à deux salons du livre, celui de Saint-Maur (94) les 20 et 21 juin et d’Esquelbecq (59) le 4 juillet. Sinon, vous pouvez me croiser dans les bois aussi. Si vous entendez crier « un loup, un loup ! », en général, je ne suis pas loin.
 
Actusf : Le mot de la fin t’appartient !
 
Aurélie Wellenstein : Eh bien pour faire original : merci ! 
 

Bertrand Campeis