Interview 2015 : David Calvo pour Sous la colline
de David Calvo
aux éditions
Genre : Interview
Sous-genres :
  • Fantastique

Auteurs : David Calvo
Date de parution : novembre 2015 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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David Calvo répond à nos questions sur Sous la colline, son roman paru aux éditions de la Volte le 8 octobre 2015

ActuSF : Votre roman Sous la colline est sorti en septembre dernier chez La Volte. Il s’appuie sur un fait divers réel, l’incendie de 2012 à la Cité du Corbusier à Marseille. Pourquoi avoir choisi cet évènement ? Est-ce que ça a été le point de départ du roman ? 
 
David Calvo : Je suis toujours à la recherche d’une faille, d’un interstice du réel dans lequel engouffrer mon imaginaire. C’est comme un coup de feu, sur la ligne de départ : j’ai tous ces livres en moi, et parfois, le réel me donne l’occasion de me lancer. Ce fait divers, d’une importance considérable pour les habitants du Corbu, a été un prétexte, qui m’autorisait à dérouler un sujet que je porte depuis très longtemps. J’ai passé les premières années de ma vie en face du Corbu, de l’autre côté du boulevard Michelet, dans la résidence des petites magalones. Comme bon nombre de membres de ma famille y habitait, j’y suis souvent retourné jusqu’à mom adolescence, même après notre déménagement. Le Corbu m’a toujours fasciné. Je regardais ce monstre sur ses pattes, j’y ai projeté des rêves et des angoisses. Je l’ai visité souvent, j’y ai connu mes premiers sexuels, j’y ai placé pas mal de mes hantises, sur l’espace contrôlé, la communauté défaite, les interstices. J’ai grandi, et j’ai voulu en savoir plus. Comme je suis passionné par l’archéologie et l’exploration urbaine, à chaque nouvelle visite, j’ai poussé l’expérience plus loin. J’ai pu rencontrer des résidents historiques, me faire ouvrir des portes secrètes. J’y ai progressivement aménagé un nid. C’était comme donner corps à une obsession, qui est une autre de mes obsessions : rendre manifeste la texture du rêve dans le réel.
 
 
ActuSF : "Une plongée en apnée dans les “rues” et l’histoire de l’Unité d’habitation". Est-ce que Sous la colline est un huis-clos à l’échelle d’une barre d’immeubles ?
 
David Calvo : Non. Je voulais écrire sur la dissolution du béton. Sur la fluidité retrouvée. Je voulais aussi savoir si nous pouvions exister en tant que nous même, sans la sanction de la société, ou du cosmos. Je voulais défoncer l’essentialisme, ou alors lui donner une forme qui le pousserait à accepter la différence comme fondement du réel. Nous sommes tous en huis-clos à l’intérieur de nous-même.
 
ActuSF : Pouvez-vous s’il vous plait nous présenter votre héroïne ?
 
David Calvo : Comme tous mes personnages, Colline s’est nourrie de moi, de mon processus intime. Colline navigue entre instinct et extrême contrôle, elle est consciente de cette oscillation et la renforce - elle refuse de s’arrêter à une idée d’elle-même. C’est la célébration d’une perpétuelle transition - ce que j’appelle le peuple de l’eau. C’est ce que je vis en tant que personne, et que je dois désormais accepter. J’ai quitté les attributs de genre, pour moi, ce sont des bouées auxquelles je ne m’accroche plus. Nous sommes faits de contradictions, aucun paradoxe ne se résout dans la fusion - il faut maintenir une tension permanente entre le terrible et l’acceptable. J’ai toujours refusé, malgré moi, les cases et les étiquettes. J’ai toujours questionné le genre dans mon travail, que ce soit le genre littéraire ou le genre identitaire. Colline est plus avancée que moi dans son processus, elle traverse la féminité pour finir ailleurs, dans cet océan intérieur qui est le monde qu’elle construit autour des gens qu’elle aime. Moi, je n’en suis qu’au début.
 
ActuSF : Sous la colline est le récit fantastique d’un mystère aux multiples ramifications, antiques, politiques et sociale… Quand on pense Marseille et antique, on pense aux grecs et aux romains, mais quand on pense Marseille et politique, on pense plutôt pots de vin et corruption. Comment toutes ces thématiques cohabitent dans votre livre ? 
 
David Calvo : Tout est lié, même si parfois, le lien ne fait pas de sens. Pour moi, il s’agit avant tout d’un livre sur l’identité - comment maintenir une forme tout en étant déchiré par des courants contradictoires. Ca a toujours été le thème, même si sa forme ne m’est apparue qu’en fin d’écriture, comme toujours, c’est mon processus, j’ai besoin d’être surpris par ce qui vient - j’ai horreur des plans, je travaille par visions, émotions. De la liquéfaction - littérale - du béton, je suis arrivé à la liquéfaction de soi. La transidentité est un rapport fascinant au monde, et c’est probablement un des grands enjeux du futur, si l’humanité réussit à trouver cette paix dont elle chéri l’idée, sans se donner les moyens d’y accéder. En dehors des genres, c’est une façon de construire plutôt que de déconstruire, contrairement à ce que la réaction essaye de nous faire croire. Je ne suis pas dupe de la montagne de privilèges depuis laquelle j’exerce ce point de vue - après tout, j’écris pour des occidentaux qui ont les moyens de se payer des mots sur une page pour rêver.
 
ActuSF : L’énigme du Corbusier, est-ce que ça ne sonne pas un peu un "Da Vinci code" à la sauce marseillaise ?
 
David Calvo : Hum :)
 
 
ActuSF : Au cours des travaux de réhabilitation qui ont suivi, un placard non-référencé a été retrouvé. Cela fait un peu penser au début d’Elliot du néant quand les héros sont dans la chambre pour en percer le mystère. Y-a-t-il des liens ou des références communes aux deux romans ?
 
David Calvo : J’écris toujours le même livre - j’explore les coutures du réel pour y créer des ourlets impossibles. Avec Colline, j’ai essayé d’en faire moins. De trouver une forme de tempo, de moins m’égarer dans les pensées, comme j’avais pu le faire dans Elliot. J’accepte d’avoir une écriture à la fois très visuelle et très abstraite, c’est cet aller-retour qui m’intéresse. Comment le figuratif se dissout dans la vase du ressenti. J’ai aussi voulu partir en guerre contre certains dogmes absurdes de la langue française. Le masculin comme mode par défaut, le "on" genré, la syntaxe ordonnée. Je n’ai jamais eu d’ambitions littéraires, je m’amuse, j’essaye de composer des choses nouvelles. Le français est un outil merveilleux. J’adore les contraintes mais il faut aussi savoir accepter les échappées. C’est étrange, de figer une langue comme ça. Je vis au Québec : là-bas, le francais y est plus libre, plus aérien. Alors oui, l’influence de l’anglais y est pour beaucoup, mais il y autre chose. Une franchise, une urgence. Un humour aussi.
 
ActuSF : Quels sont vos autres projets en cours ?
 
David Calvo : J’ai commencé mon prochain roman, un projet que je traine depuis des années, un récit apocalyptique sur l’inauguration d’Eurodisney en 1992. La Volte le publiera en 2017. J’ai enfin trouvé un angle qui me convient, et j’ai enfin les clés pour explorer les recoins secrets du parc. L’archéologie de l’immédiat, vue à travers le prisme d’une magie qui part en vrille.
 
ActuSF : Où les lecteurs pourront-ils vous retrouver en dédicace ?
 
David Calvo : A Montréal, à la librairie Gallimard, le 4 décembre. C’est la seule que je ferai, et ce ne sera pas vraiment une dédicace, plus une célébration.

Jean-Laurent Del Socorro