Interview 2015 : Laurence Suhner pour Origines
de Laurence Suhner
aux éditions

Sous-genres :
  • Hard science

Auteurs : Laurence Suhner
Date de parution : mai 2015 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Laurence Suhner nous parle de sa trilogie Quantika dont le dernier tome, Origines vient de sortir aux éditions l’Atalante.

 ActuSF : Vestiges, le premier tome de votre trilogie Quantika est sorti en 2012 aux éditions L’Atalante et Origines, le troisième et dernier, est paru le 24 avril de cette année. Quel regard avez-vous sur votre œuvre la plus conséquente à ce jour ?

Laurence Suhner : Je suis très heureuse d’avoir pu réaliser ce projet que je portais en moi depuis longtemps (certains de mes personnages ont été créés à l’adolescence). J’ai essayé d’y mettre tous les ingrédients qui me plaisent : des personnages vivants, un mystère, de la science, une technologie qu’on ne comprend pas, une culture étrangère, qui aborde la réalité d’une façon différente, plus intuitive. Et puis du son, car bizarrement toutes mes créations s’accompagnent de musique, de mélodies et de rythmes. Je voulais écrire le roman que je n’avais pas lu. Je me réjouis de le relire comme « lectrice » cette fois-ci et de redécouvrir ses différents niveaux.

  

ActuSF : Pouvez-vous nous présenter l’univers de Quantika et Gemma, la planète sur laquelle se situe l’intrigue ?

Laurence Suhner : L’histoire se déroule dans 300 ans environ sur la plus lointaine colonie humaine, une exoplanète en glaciation globale supposée avoir été découverte par l’observatoire de Genève en 2012 ... Nous avons même fait un petit film au sujet de cette découver : 

 L’environnement y est rude, mais l’air respirable. De nombreux organismes extrémophiles ont été découverts dans la cryosphère. Les scientifiques supposent que des formes de vie plus évoluées ont dû y voir le jour dans un lointain passé. Un endroit passionnant pour les biologistes. Pour les physiciens aussi : en un point précis de la planète, on observe des variations inexplicables de la trame de l’espace-temps.

En outre, personne n’a vraiment réussi à planter ses racines sur Gemma, même après 150 ans de colonisation, car il y a le Grand Arc, un vaisseau fantôme laissé en orbite par une mystérieuse civilisation stellaire, les Bâtisseurs, comme les nomment les colons. Avec la découverte de vestiges enfouis dans la glace par l’expédition d’une jeune exobiologiste, Ambre Pasquier, les choses ne tardent pas à s’envenimer davantage.

L’histoire débute sur Gemma, mais se termine ailleurs, bien plus loin encore...

 ActuSF : La question de la poule et de l’œuf : avez-vous créé l’univers de Quantika avant d’avoir la trame du récit, ou l’inverse ?

Laurence Suhner : Je fais toujours tout en même temps. Je vois les personnages, je les dessine, j’imagine des scènes, des dialogues, des situations, je pense à des concepts scientifiques, des idées que j’aimerais développer. Je fais ma recherche à mesure que j’avance dans la construction de mon univers et de mes personnages. J’écris sans plan, en me laissant guider par la psychologie de mes personnages. Mais surtout, je réfléchis très longtemps avant de me lancer, je veux vivre l’histoire de l’intérieur, avec passion. Ensuite c’est comme si tout s’assemblait avec harmonie, dans mon inconscient. J’écris un premier jet très spontané que je retravaille ensuite énormément, même dans la structure. Il m’arrive d’écrire trois versions du même roman (c’était le cas de Vestiges).

 ActuSF : Vous avez collaboré avec des physiciens pour les éléments hard science de votre trilogie. C’est une démarche exigeante. Comment travailliez-vous concrètement avec les scientifiques ? Comment avez-vous intégrer leur retours et leurs conseils ?

Laurence Suhner : Je préfère toujours rencontrer les personnes adéquates en priorité. Je me renseigne, prend des rendez-vous, vais visiter les laboratoires et observatoires, dans la mesure de mes possibilités. Ensuite, j’entretiens un contact permanent avec ces scientifiques, qui ne sont jamais avares en explications. La majorité d’entre eux aimaient la science-fiction et en avaient déjà lu ou en lisaient encore. Souvent même, ils deviennent des amis. J’adore sortir de mon nid pour rencontrer des gens intéressants. En parallèle, je lis une énorme quantité d’ouvrages sur les sujets qui me passionnent. J’essaie d’être suffisamment crédible que mes lecteurs me suivent... et croient à mon univers.

 ActuSF : Il y également une thématique mystique et onirique dans Quantika. Comment avez-vous fait cohabiter science et mysticisme dans le récit ?

Laurence Suhner : Je pense que naturellement science et mysticisme (est-ce le bon mot ? peut-être devrais-je dire « sens du merveilleux ») cohabitent en moi. Par mes études, je suis à la fois littéraire et scientifique. J’aime la rigueur scientifique pour mieux la contourner après. De même que j’aime l’ambivalence et la complexité. Dans QuanTika, on parle de l’univers et de ses différentes interprétations. On utilise la science comme outil d’exploration, mais cela n’empêche pas de se poser des questions fondamentales qui traitent de l’origine du tout.

Le rêve y joue un rôle important, en effet, car c’est à travers les rêves qu’Ambre Pasquier appréhende mieux ce qui lui arrive dans les vestiges. Elle ne cesse de mélanger rêves et souvenirs, et se recrée ainsi une réalité et un passé à son image. Mais parfois les rêves servent également à tromper...

Concernant la poésie, je pourrais citer l’un de mes personnages, Stanislas Stanford, physicien à la base Tétra : « Les explications rationnelles, mathématiques, enlèvent-elles leur magie aux phénomènes naturels ? Peut-on rester poète et scientifique à la fois ? »

 Pour ma part, la réponse est évidente.

 ActuSF : Quantika, c’est aussi et surtout des personnages. Pouvez-vous présenter brièvement ceux qui vont nous faire découvrir la planète Gemma ?

Laurence Suhner : Il y a Ambre Pasquier, une jeune exobiologiste qui a vécu une enfance traumatique en Inde. Musicienne surdouée, elle a perdu la mémoire à l’âge de treize et s’est reconstruite à travers la science, laissant volontairement de côté toute la spiritualité et la poésie que son grand père Shanti, maître de musique à Mumbai, lui avait enseignée. C’est elle qui est à la tête de la mission Archéa sur Gemma, mission qui vise à mettre au jour les vestiges que Gemma recèle dans sa carapace de glace, à quatre kilomètres de la surface.

Il y aussi Haziel Delaurier, pilote et géophysicien, qui travaille dans l’équipe du professeur Stanislas Stanford pour tenter de comprendre quel événement ou processus exotique détraque la trame de l’espace-temps en un point très spécifique de Gemma : le point de Collapsus.

Il y Kya Stanford, fille dudit professeur. Nouvelle recrue des indépendantistes : les Enfants de Gemma. Pleine d’idées de rébellion, mais très intuitive.

Il y a encore Maya Temper, seule véritable amie d’Ambre Pasquier ; Pete Donaldsen, glaciologue ; Léna Andriakis, biologiste ; Kim Chulak, physicien ; Pietro Zenedani, généticien, Fred Monjo, informaticien. Tous font partie de la mission Archéa, dirigée par Ambre Pasquier. Puis il y a Seth Tranktak, xénologue, qui travaille pour Nathanael Taurok pour le compte de la milice, organiseme qui a récemment pris le contrôle militaire de la colonie.

Bien sûr, il y a également les Bâtisseurs, dont le rôle prend de l’ampleur au fil des trois romans. L’un d’eux, Tokalinan, est un élément clé de la conclusion de l’intrigue.

Bien évidemment, Ambre Pasquier aura la tâche très compliquée de trouver un moyen de communiquer avec lui pour tenter de sauver Gemma du péril qui la menace depuis les profondeurs de la planète, sous la carapace de glace...

 ActuSF : Sur le site www.quantika-sf.com il y a des informations supplémentaires sur l’univers de Quantika. On y trouve des dessins, des bandes-sons... Pourquoi avoir mis en ligne ces bonus ? Est-ce que vous reviendrez dans l’univers Quantika ?

Laurence Suhner : QuanTika était à la base une bande dessinée, donc il y a forcément des recherches de personnages et des bouts de planches BD et de story-board. Étant également musicienne, comme Ambre Pasquier, il y a aussi du son et de la musique. De toute façon pour moi tous ces médias sont liés : son, image, écriture. Je passe de l’un à l’autre sans que cela me pose problème. Au contraire, c’est un plaisir. Il y a un projet de spin-off, des illustrations en cours, peut-être reviendra-t-on à la BD... qui sait ? Pour l’instant, les chemins sont ouverts.

 ActuSF : Avec la sortie de Origines, le dernier tome de Quantika, vous allez être en dédicaces. Quels sont les évènements où vos lecteurs pourront vous rencontrer ? 

Laurence Suhner : En Suisse : 16 mai : librairie La Librerit, Carouge, Genève, dès 11h

16 mai : dans le cadre de la nuit des musées et de l’expo « Mission Exoplanètes », Museum d’histoire naturelle, Genève, 18h-21h (l’entrée de l’expo est payante). Lien : http://www.ville-ge.ch/mhng/anima_2015_jim.php

22 mai : vernissage à la librairie Raspoutine avec expo de dessins, 17h30, Lausanne

23 mai : vernissage à la librairie Fahrenheit 451, 14h30, Genève

28-31 mai, festival les Imaginales, Epinal

4 juin : conférence « entre science et littérature » en compagnie de Sylvia Ekström, astrophysicienne Museum d’histoire naturelle, dans le cadre de l’expo « Mission Exoplanètes », 18h30. Lien : http://www.ville-ge.ch/mhng/animations.php

 ActuSF : Avez-vous d’autres projets en cours ?

Laurence Suhner : Oui. Mais je ne m’y attellerai sérieusement qu’en automne. Je n’ai pas encore fait mon choix.

 ActuSF : Le mot de la fin : quel est votre coup de cœur SF ou fantasy du moment ?

Laurence Suhner : Blue Rememered Earth d’Alastair Reynolds

  

Jean-Laurent Del Socorro