Interview 2015 : Lionel Davoust pour Port d’âmes
de Lionel Davoust
aux éditions Farence Corp. Editions
Genre : Fantasy

Auteurs : Lionel Davoust
Date de parution : août 2015 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Une interview de Lionel Davoust pour la sortie de Port d’âmes aux éditions Critic

ActuSF : Votre roman Port d’Âmes sort aux éditons Critic. Il prend pour cadre le monde d’Évanégyre dans lequel s’inscrivent déjà plusieurs de vos romans (La Volonté du Dragon, La Route de la Conquête). 

Lionel Davoust : Tout à fait, mais il n’est nul besoin de les avoir lus pour attaquer Port d’âmes. En fait, ce nouveau livre est probablement la meilleure porte d’entrée dans l’univers à ce jour. Port d’âmes se déroule à une époque très différente ; les personnages et le cadre sont radicalement différents, et les événements de La Volonté du Dragon et de La Route de la Conquête ont été relégués au rang de mythe lointain, dont certains doutent même de l’existence. Ce qui est important avec Évanégyre en fait, c’est que chaque ensemble narratif (livre, nouvelle, voire cycle) est conçu comme étant indépendant du reste et lisible dans n’importe quel ordre. On retrouve évidemment des lieux ou même des personnes qu’on a pu voir ailleurs, mais c’est le plaisir du lecteur fidèle ; sinon, on ne manque rien, chaque récit est conçu pour se suffire à lui-même. 
 
 
ActuSF : Évanégyre est-t-il un monde en cours de construction, de roman en roman, où l’avez-vous déjà défini en intégralité ? 
 
Lionel Davoust : Un peu des deux, et je pense que c’est nécessaire pour garder le plaisir de la découverte et une construction vivante, organique. Je connais évidemment tous les grands événements de la trame chronologique, les acteurs majeurs, les secrets ultimes du monde, pourquoi et comment l’Empire d’Asreth s’est effondré par exemple, et le rôle ultime du Dragon. Il y a certaines références très indirectes à des événements qu’on n’a pas encore lus. Je sais également l’atmosphère que je veux et le genre d’histoire sur lequel je veux m’attarder. Mais je me laisse également de vastes espaces de liberté pour construire et découvrir moi-même le monde et les détails de l’histoire. Par exemple, contrairement à la pratique habituelle en fantasy, il n’existe à l’heure actuelle aucune carte d’Évanégyre, seulement des détails des régions et des esquisses très lâches pour le reste. Je ne veux pas m’enfermer dans une géographie qui me paraîtrait alors stérile ; fixer la représentation, c’est tuer son sujet… Or, ce monde est fondé en grande partie sur l’idée de mouvement et d’évolution au cours du temps. C’est un peu comme si j’avais semé des plantes grimpantes face à un grillage ; je sais où je les ai placées, j’ai choisi la forme du grillage, mais ensuite, je laisse les plantes choisir le chemin qu’elles prendront et la manière dont elles adhéreront au treillis – et cela, c’est l’écriture qui le dictera. 
 
 
ActuSF : La Route de la conquête évoquait les guerres avec l’Empire d’Asreth. A quelle époque prend place Port d’âmes par rapport aux précédents romans ? 
 
Lionel Davoust : Extrêmement tard – c’est le récit le plus tardif, et de loin, dans la séquence, bien au-delà même de « Quelques grammes d’oubli sur la neige », la nouvelle qui clôturait La Route de la Conquête. À cette époque, Évanégyre se réveille d’une longue et douloureuse période post-apocalyptique appelée les Âges sombres où toute la technologie magique (l’« artech ») a été perdue et le peu d’histoire que l’on conserve est un fatras de mythes, de religions et de faits mal compris. Les sociétés sont en train de retrouver une stabilité qui permet de relâcher un peu le contrôle autocratique que nombre d’entre elles exerçaient dans une tentative désespérée de sauvegarder un peu de cohésion. Et surtout, nul ne comprend vraiment ce qui s’est passé il y a des siècles, et cette amnésie collective, mondiale, pèse lourdement sur les consciences. C’est dans ce décor qu’évolue le personnage principal, qui cherche à reconstruire son honneur sur la quête de ces secrets perdus, et à concilier ce projet avec une histoire d’amour complexe avec une femme qui vend ses souvenirs pour survivre. 
 
 
ActuSF : Dans Port d’âme, l’ambiance sera-t-elle aussi martiale que dans les précédents romans qui prenaient pour cadre Évanégyre ? 
 
Lionel Davoust : Pas du tout ! Elle sera même diamétralement opposée, et c’était une envie très claire de ma part : montrer qu’Évanégyre est un canevas bien plus vaste qu’on a pu le voir jusqu’ici, qui parle aussi d’autre chose que de guerre. Contrairement aux livres précédents, Port d’Âmes est un récit intimiste, centré sur un seul personnage et son envie dévorante de restaurer l’honneur de sa famille déchue. C’est un récit d’ascension sociale, de passage à l’âge adulte, et d’amour. Mais cela ne veut pas dire que l’action sera absente ! Il faut s’attendre à des manigances politiques, des complots, de l’enquête, des dilemmes moraux et beaucoup de pression sur le personnage principal. Et en toile de fond quelques révélations sur l’univers, comme toujours… 
 
ActuSF : Dans ce nouveau roman, tout se vend, même les souvenirs. Parlez-nous un peu de cette étrange magie. 
 
Lionel Davoust : C’est une magie qu’on a déjà aperçu sous des formes différentes ici et là dans les récits rassemblés dans La Route de la Conquête : la magie mémorielle, qui permet aux guerriers de « Bataille pour un souvenir » de transformer les moments forts de leur vie en force destructrice ou aux chamanes de « La fin de l’histoire » de susciter une communion collective avec le récit de vie de chaque personne. Ici, on trouve le mécanisme sous une forme différente, une sorte de psychanalyse inversée et pervertie, où les « Vendeurs d’âme » cernent un souvenir important de leur existence. Au cours d’un rituel, l’acquéreur questionne son Vendeur pour l’aider à se replonger dans ce moment fort, et ce dernier le partage alors au cours du « Transfert ». Le client en reçoit alors la pleine force, une forme d’extase ou de chagrin indicible. C’est une forme de prostitution de l’esprit, considérée comme avilissante, et ce commerce cache des conséquences terribles qu’on découvrira. 
 
 
ActuSF : Avez-vous d’autres projets en cours dans le monde d’Évanégyre ou ailleurs ? 
Lionel Davoust : Oui ! Il est encore bien trop tôt pour en parler dans le détail, mais je peux d’ores et déjà annoncer que le prochain récit d’Évanégyre sera une trilogie, toujours chez Critic. Je prends toute l’année 2016 pour la construire en entier et écrire le premier volet qui sortira en 2017 ; les deux suivants sortiront ensuite à un rythme soutenu. Elle sera encore une fois indépendante, se déroulera à nouveau à une époque différente, qu’on a encore assez peu vu, mais dont on aura commencé à entendre parler. 
 
ActuSF : Où vos lecteurs pourront-ils vous trouver en dédicaces dans les prochains mois ?
 
Lionel Davoust : J’aurai un programme assez chargé à l’automne, juste à la sortie de Port d’âmes (le 20 août) ; pour l’instant, les seules dates confirmées sont en Bretagne, il reste des choses à décider. Il y aura bien sûr une dédicace à Rennes, chez Critic. Je serai à la très agréable convention Scorfel à Lannion, les 26-27 septembre, ainsi qu’au Salon du livre médiéval et de l’imaginaire à Châteaugiron les 21-22 novembre. D’autre part, les Deep Ones seront en concert le 20 novembre à Nancy à l’occasion d’un événement autour de Rebecca, et j’aurai le plaisir d’être à nouveau de la partie ! Pour le reste, les dates seront annoncées sur http://lioneldavoust.com/agenda 

Jean-Laurent Del Socorro