Interview 2016 : Anders Fager pour Les Furies de Borås
de Anders Fager
aux éditions
Genre : Fantastique
Sous-genres :
  • Lovecraft

Auteurs : Anders Fager
Date de parution : mars 2016 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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A l’occasion de la sortie en poche chez Pocket des Furies de Borås (sorti en grand format aux éditions Mirobole), voilà une interview de son auteur, Anders Fager.

 ActuSF : Bonjour. Pouvez-vous vous présenter s’il vous plait ?

Anders Fager : C’est vraiment la partie la plus difficile. Salut ! Si seulement j’avais une superbe réponse toute faite pour ce genre de questions. Je suis suédois. J’écris des romans d’horreur et tout ce qui peut me rapporter de l’argent. J’ai 52 ans et je vis à Stockholm. Avant de devenir écrivain j’ai fait plein de boulots différents, dont certains dans l’industrie du jeu vidéo. Je suis marié (et heureux de l’être) et je suis quelqu’un d’assez joyeux. La première fois que j’ai rencontré mon agent, elle s’attendait à tomber sur un clone de Marilyn Manson, en veste en cuir et chaînes, avec une petite copine shootée à l’héroïne au bras. Mais elle avait tort. 
Je pense avoir fait le tour… 
 
ActuSF : En France, nous connaissons peu la littérature fantastique, de fantasy et de science-fiction en Suède. Est-ce que ce genre est très "mainstream" ou est-ce qu’il reste une littérature de niche ?
 
Anders Fager : Tout comme ailleurs, les niches deviennent de plus en plus “mainstream” ici aussi. (Ceux qui en doutent peuvent voir par exemple les notes attribuées à The Walking Dead ou combien des 10 films les mieux accueillis possèdent un côté « fantastique » d’une façon ou d’une autre. Ceux qui ne voient pas ce phénomène, sont généralement tellement inscrits dans la culture des niches qu’ils ont peur d’être « englouti » par le « mainstream ».)
 
Mais je pense qu’il existe deux différences importantes entre les scènes suédoise et française. Vous avez une culture de la BD très importante, qui est très certainement unique au monde. Nous n’avons rien de comparable ici. La plupart des suédois, comme les néerlandais, sont bilingues dès l’âge de douze ans, ce qui leur donne une tournure d’esprit très anglo-américaine. Nous faisons du Minecraft et de la pop pour le monde entier parce que nous ne sommes que 9 millions et la télé doublée n’existe pas chez nous.
 
ActuSF : Votre recueil de nouvelles "Les Furies de Borås" est paru en français aux éditions Mirobole et vient de sortir en poche aux éditions Pocket. Les textes sont inspirés du mythe de Cthulhu. Comment avez-vous conçu le recueil original, Samlade svenska kulter, qui est un omnibus qui regroupe plusieurs de vos recueils de nouvelles ? Avez-vous du réinventer un fil rouge pour relier les textes entre eux ?
 
Anders Fager : L’idée de faire toute une collection qui s’inscrirait dans un seul univers est venue plutôt rapidement. Je veux écrire de l’horreur. Je veux écrire dans le présent. Je veux utiliser des thèmes et des monstres qui reviennent au mythe de Lovecraft. C’était un cheminement assez simple. 
 
Je me suis inspiré de l’Histoire et j’ai utilisé de drôles d’anecdotes ainsi que des idées issues de vieux RPGs d’aventure pour planter un décor. Mais l’étendue de la chose ne m’est apparue qu’un peu plus tard. Si je devais recommencer, j’établirais d’abord une liste de tous les personnages. Avant d’en perdre le fil. Lorsqu’on a fait le RPG, j’ai réalisé qu’il y avait plus de 100 personnages.
 
 
ActuSF : "Les Furies de Borås" ne regroupe qu’une partie des nouvelles de Samlade svenska kulter. Comment s’est fait le choix des textes retenus pour cette version française ?
 
Anders Fager : Et bien, si je me souviens bien, le tout a été fait par d’autres personnes que moi. Ils ont pris trois livres de nouvelles pour en faire deux, mais ils ne les ont pas coupés au milieu. C’était plutôt l’inverse. Ils les ont divisés dans la largeur... :-D
 
Ce qui m’inquiétait était qu’ils déséquilibrent la totalité de l’œuvre. Qu’ils ne prennent que le meilleur des histoires pour la première partie. Mais ce n’est pas ce qu’ils ont fait. La deuxième partie, La Reine en Jaune sera géniale.
 
ActuSF : On voit que vous avez une connaissance très précise du mythe de Cthulhu, car vous faites référence à des personnages inventés par HP. Lovecraft, mais aussi par des auteurs qui ont écrit dans cet univers, comme la créature du vampire stellaire qui a été créé par Robert Bloch. H.P Lovecraft est une de vos références littéraires ? 
 
Anders Fager : Je ne suis pas certain d’avoir une si grande connaissance. Je déçois toujours les spécialistes. Peut-être parce que j’ai toujours évité de donner un nom aux choses, et que je me suis plutôt concentré sur le maintien de l’idée, si on veut. En fin de compte je ne pense pas que l’horreur devrait être décortiquée et analysée comme l’a été celle de Lovecraft. Des générations de chercheurs et de fans de RPG ont petit à petit détruit la magie. Je reçois des questions de fans « qui doivent absolument savoir si le monstre X est une goule ou autre chose. » Et je réponds toujours « mais qu’est-ce que j’en sais moi ? » Pour moi, ce que vous avez baptisé « vampire stellaire » est un truc issu d’une BD bizarre.
 
ActuSF : Quelles sont les autres ?
 
Anders Fager : J’apprécie beaucoup le travail de Raymond Chandler et James Ellroy. Et William Gibson. Des gens avec un style bien à eux. Pour l’horreur j’aime les nouvelles de Clive Barker. Et le Sandman de Gaiman pour le monde fantastique qu’il met en place. Mais sinon je lis beaucoup de trucs historiques. Je suis fasciné par l’histoire technologique : comment les gadgets et les inventions ont fait de notre monde ce qu’il est. Et la façon dont ils peuvent être utilisés dans l’horreur. Et bien sûr tous les “livres interdits” de Lovecraft peuvent aujourd’hui être trouvés au format PDF.
 
 
ActuSF : Il y a de l’horreur mais il y aussi parfois de l’humour (noir) dans "Les Furies de Borås". Vouliez-vous montrer que l’on peut aussi rire avec le mythe de Cthulhu, et ne pas seulement avoir peur ?
 
Anders Fager : J’adopte toujours un ton très sérieux. Les gens me trouvent drôles parce que je les rends nerveux, pas parce que j’en fais trop ou que je suis fin. Mais voyons les choses en face, si ce que je décris dans mes histoires existait dans notre monde, ce serait bien plus effrayant qu’un vieil homme s’énervant pour une histoire de livres interdits. D’où votre rire.
 
ActuSF : Une adaptation au cinéma des Furies de Borås est en court de production. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
 
Anders Fager : La totalité des “Cults” sont en ce moment même en train d’être filmé au format série dans le cadre d’une production franco-suédoise. Måns Mårling et Björn Stein qui ont fait “The Bridge” et dernièrement “Midnight Sun” seront à la réalisation.
 
ActuSF : Vous travaillez également sur d’autres médias comme le théâtre mais aussi le jeu de rôle. En France, nous connaissons le jeu d’horreur contemporain Kult, qui va connaitre une nouvelle version prochainement. Sur quel jeu avez-vous travaillé ? Y a-t-il des passerelles entre vos nouvelles, vos romans, votre théâtre, vos jeux… ? 
 
Anders Fager : La plupart de mes histoires se passent dans le même univers, qui a été nommé le « Cult’s World ». Et cela vaut pour les livres, la pièce, la BD et le RPG. Mais j’ai aussi écrit des histoires pour « d’autres mondes », si je puis dire. Dont l’un est une réédition de Kult qui sortira cet automne. Je ne peux pas vraiment en dire plus pour le moment. Disons simplement que ce sera magnifique.
 
ActuSF : Quels sont vos projets en cours ?
 
Anders Fager : Je travaille sur le projet (qui n’est finalement pas si) secret cité au-dessus, j’écris un peu pour la réédition du jeu de plateau “Siega of the Citadel” et j’essaie de trouver du temps pour écrire mon prochain livre dans le monde des « cults ». Je suis plutôt bien occupé.
 
ActuSF : Est-ce que d’autres de vos textes seront prochainement traduits en français ? Peut-être quand les astres seront propices…
 
Anders Fager : L’autre moitié des cults sortira durant l’hiver, enfin je l’espère. Ça s’appellera « La Reine En Jaune ». Vous allez adorer.
 
ActuSF : Le mot de la fin : que voulez-vous dire aux lecteurs français qui vous découvrent avec "Les Furies de Borås" ? 
 
Anders Fager : Bonjour ? ! Achetez mes livres s’il vous plaît. D’après ce que j’ai compris ils sont très bien traduits. :-D
 
Traduction d’Erwan Devos & Hermine Hémon. 
 

Jean-Laurent Del Socorro