Interview 2016 : Jeanne-A Debats pour Alouettes
de Jeanne A. Debats
aux éditions
Genre : Interview

Auteurs : Jeanne A. Debats
Date de parution : mai 2016 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Jeanne-A Debats revient avec un nouveau roman aux éditions ActuSF, Alouettes, la suite de L’Héritière.

ActuSF : Votre roman Alouettes est sorti en avril dernier aux éditions ActuSF. Il prend pour cadre un Paris peuplé de créatures en tous genres : vampires, fantômes… Pouvez-vous nous présenter cet Altermonde ? 
Jeanne-A Debats : L’AlterMonde est la partie de l’univers régie directement par la Physique Ultime (celle qui biberonne la Restreinte et la Générale et leur fait faire leur rôt ). Elle comprend tout ce que l’esprit humain a imaginé depuis, non pas sa sortie, mais son entrée dans les cavernes, poursuivie par un TGV (Très Gros truc1 Velu) plein de dents. Ainsi du paradoxe de Fermi au dieu Mercure, la PU englobe tout ce qui existe d’une façon ou d’une autre dans l’univers. À certaines périodes de l’Histoire, les royaumes imaginaires sont étanches, et seuls ceux qui appartiennent à une culture « a » ont accès à un certain type de royaume. Ils sont incapables de simplement percevoir celui de la culture « b ». Mais sporadiquement (comme de nos jours), ces royaumes deviennent poreux et s’interpénètrent pour donner lieu à de nouvelles formes d’idées, de nouvelles formes de vie ou de nouvelles civilisations. C’est un mouvement de création et de révolution formidable mais cela rend les choses effroyablement compliquées du coup, car tout coexiste avec tout (et risque de se fritter avec). Les Instances (les superflics métaphysiques que hait Navarre) sont là pour graisser les rouages et empêcher les catastrophes liées aux tensions entre les différents royaumes et à la diplomatie térabyzantine2 occasionnée par cet œcuménisme. Par conséquent on peut croiser dans les rues de Paris toutes sortes de créatures : des esprits frappeurs, des kamis, des dieux cargos, des vampires, des loups-garous, des totems, peu de tabous, des cravates à fleurs carnivores et des notaires… etc.
 
 
ActuSF : Vous utilisez cet univers dans plusieurs de vos livres. Comment est né l’Altermonde ? Est-ce qu’il a grossi petit à petit, au fil de pages, ou aviez-vous une idée précise dés le départ ? 
Jeanne-A Debats : J’ai commencé cet univers avec « L’Ogre de ciment », ma première nouvelle publiée, en 2006, chez ActuSF. L’ogre et Yasmin, ma protagoniste, en ont posé les bases. Après les autres histoires sont venues s’y greffer, parfois avec une vue plus générale, parfois seulement sous l’œil d’une loupe. Très vite, l’idée d’une histoire cohérente qui, tressée dans le croisement de personnages récurrents, irait de la sortie des cavernes à la fin du monde et jouerait sur tous les genres de l’imaginaire s’est imposée. Navarre est arrivé en fait dès ma troisième histoire dans cet univers, mais je n’ai songé que tardivement à lui trouver un éditeur.
 
 
ActuSF : Le personnage emblématique de cet univers est Navarre, que l’on croise dans chaque récit et notamment dans Métaphysique du vampire. Vous pouvez nous en toucher un mot ? 
Jeanne-A Debats : Alors, déjà, on ne le croise pas tout à fait dans tous les récits, il existe à peu près une demi-douzaine de nouvelles (dont la publication s’est faite ici ou là) où Navarre croise dans le coin, mais n’est pas là. Il fait autre chose ou les personnages n’en ont pas encore entendu parler (« Mémorial ») ou l’ont oublié car ils sont loin, très loin dans le futur (« Gilles au bûcher »). Navarre est un sale gosse assumé, un affreux jojo délibéré. Il a décidé de vivre très longtemps (il ne croit pas tellement à l’immortalité et il sait que « shit happens ») et de tirer de la vie tout son suc (ce qui pour un vampire est assez logique au demeurant). C’est l’être le moins résigné du monde, d’où le sens de l’humour pourri qui l’aide à avaler la pilule selon laquelle justement « shit happens ». Il est loyal à sa façon tordue et surtout il me permet d’aborder avec lui TOUTES les questions de genres.
 
 
ActuSF : Dans Alouettes, nous retrouvons Agnès, qui était l’héroïne de L’Héritière. Des années sont passées entre les deux romans. Qu’est-ce qui a changé pour elle ? 
Jeanne-A Debats : Tout et rien, comme quand on a pris un gros coup sur la tête alors qu’on croyait enfin regarder le soleil en face. Elle se remet, doucement, affronte ses angoisses et surtout l’extérieur, déploie timidement ses ailes encore humides en prenant ses distances avec l’influence de ses compagnons. Pas à pas, c’est sa liberté autant que son identité qu’elle conquiert.
 
 
ActuSF : Alouettes est le cadre d’une "épidémie de Roméo et Juliette[…] : des zombies tombant amoureux de licornes, des vampires roucoulant avec des kitsune…" Ça promet une belle pagaille tout ça, non ? Du travail en perspective pour l’étude notariale de l’oncle d’Agnès ? 
Jeanne-A Debats : Un BORDEL terrible, vous voulez dire ? Oui. (Et non je n’en dirai pas plus.)
 
 
ActuSF : On retrouve dans ce roman le mélange de l’aventure et d’humour des précédents livres de cet univers. C’est un peu la touche qui caractérise vos récits dans l’AlterMonde, n’est-ce pas ? 
Jeanne-A Debats : C’est surtout ce qui me caractérise moi : j’ai un sens de l’humour bien plus pourri que celui de Navarre. Même dans mes récits les plus sombres, je ne sais pas ne pas en mettre. (Peut-être surtout dans ceux-là). L’un des reproches récurrents que me fait un de mes directeurs de collection jeunesse, c’est la distance que je prends instinctivement avec le récit en cours, notamment par l’humour. Plus c’est un moment chaud bouillant affectivement, plus je vais avoir tendance à prendre du recul, ce qui n’est pas toujours ni courageux ni surtout adéquat. Le cycle de Navarre est peut-être ma revanche contre tous ces moments où j’ai été obligée de m’impliquer de trop près. Sans doute avais-je, à ce stade de ma vie, un terrible besoin de légèreté.
Peut-être également était-ce un genre de snobisme inconscient d’écrivain de SF : genre « on ne peut plus écrire sérieusement des histoires d’amour et de fantômes » ? Non, je déconne. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que j’aborde des sujets difficiles, de société, le féminisme essentiellement, dans Testament. L’humour est un excellent lubrifiant et on taxe si souvent les féministes d’en manquer ! 
 
 
ActuSF : Après L’Héritière et Alouettes, il y aura un troisième volume prévu. Ce sera toujours avec Agnès ? Vous pouvez déjà nous en toucher un mot ? 
Jeanne-A Debats : Le troisième et dernier tome a pour titre de travail Humain, trop humain, Agnès en sera l’héroïne, oui, et ce sera le dernier, pour des tas de raisons, la première étant qu’il n’y aura plus d’histoires à raconter ensuite (non je n’ai pas prévu de massacrer tout le monde, mon nom de famille n’est pas Martin), la seconde c’est que je veux dételer en ayant gardé le fun jusqu’au bout (au moins pour moi). Il y aura peut-être encore d’autres nouvelles de Navarre ou d’Agnès, peut-être un roman AVEC Navarre en perso principal, mais à la fin d’Humain, trop humain, j’aurais terminé mon projet de départ, ce voyage à travers les genres commencé en 2007. Il sera temps pour de nouvelles aventures et sans doute un retour à la science fiction pure.
 
 
ActuSF : Quels sont vos autres projets en ce moment ? 
Jeanne-A Debats : Je suis en train d’écrire en compagnie de mon très cher ami Olivier Cotte (à l’écriture et au graphisme) un livre fun sur les univers de Star Trek et Star Wars pour un grand éditeur scientifique. J’ai par ailleurs un jeunesse sur le feu et bien sûr Humain, trop humain, que je prévoie terminé pour l’an prochain, même période.
Et ce sera tout question écriture, car en ce moment j’apprends le métier de vigie sur le grand paquebot nantais des Utopiales et ça absorbe passionnément le peu de temps qu’il me reste.
 
 
ActuSF : Où pourra-t-on vous trouver en dédicace ? 
Jeanne-A Debats : Aux Imaginales en mai, aux Aventuriales en septembre, au Mans, je crois puis très sûrement aux Utopiales.
 
 
1 Oui, je sais, je triche.
2 Et je néologise si je veux.

Jean-Laurent Del Socorro