Interview 2016 : Julien Heylbroeck pour Le Dernier Vodianoï
de Julien Heylbroeck
aux éditions
Genre : Fantastique
Sous-genres :
  • Monstre

Auteurs : Julien Heylbroeck
Date de parution : mars 2016 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Petite interview du camarade Julien Heylbroeck pour la parution du Dernier Vodianoï chez Ovni éditeurs, une roman fantastique où l’on chasse les monstres dans l’URSS de 1937...

 Actusf : Camarade, parle-nous         de          ta carrière         Auteur ?
 
Camarde, c’est très simple : j’écris depuis 2011. J’ai publié des fascicules, c’est-à-dire des courts romans publiés dans un format désuet, chez le Carnoplaste. J’ai écrit notamment deux volumes des aventures de Green Tiburon, Midget Rampage, un thriller avec un nain vengeur en costume de gorille et une histoire ancrée dans le merveilleux scientifique puisqu’on y découvre que des Soviétiques – encore eux – décident d’envahir Saturne en 1920. Et même que ça s’appelle Soviets sur Saturne. Je disais bien que c’était simple.
 
 
J’ai également publié Stoner Road chez Actusf, volet éditeur. C’est une histoire d’amour en mode road movie avec un peu de drogues, de sable, de sang, de trucs aztèques un brin mystérieux et de LSD et aussi, avouons-le, une bonne dose de stoner rock. 
 
Avec un ami, on s’est dit que c’était bien mignon les vampires qui brillaient et les zombies sexys mais que bon, on pouvait aussi proposer un truc un peu plus trash. De là est né Trash éditions, on a publié 18 bouquins en trois ans. Dans cette collection qui sent bon les entrailles chaudes, j’ai signé Pestilence, une sorte de polar dégueux sur fond d’épidémie de peste au Moyen-Âge et Garbage Rampage, un hommage aux films des vidéoclubs des années 1980, avec des rats mutants dans les sous-sols de New York. J’adore les rats.
 
J’ai publié très exactement vingt nouvelles ici et là.
 
Enfin, dans mes tiroirs, deux bouquins : Merhaba, un polar sur fond d’espionnage, de malversations politiques et de demandeurs d’asile venant d’Afrique et Le Chemin des monstres, une enquête policière un peu ésotérique mettant en scène un trio de gueules cassées à la poursuite d’un serial killer qui s’en prend aux gagnants de la Loterie Nationale, l’ancêtre de notre Loto.
 
Actusf : Délivre-nous             Informations                autorisées            sur l’univers que tu as créé                 dans          cette           œuvre            à la gloire du Génial Staline !
 
Camarade, tu m’excuseras auprès de la commission mais cette question montre bien les penchants déviationnistes de droite des rédacteurs car je n’ai pas bien compris.
 
SocialSF : Foin d’étiquettes bourgeoises, afin de convaincre les masses de ton talent, explique-nous comment t’es venue l’idée de parler du socialisme réel, de la lutte héroïque du peuple soviétique pour se libérer du joug tyrannique des créatures scélérates et blasphématoires de l’ancien temps ?
 
L’idée même d’un talent qui serait incompris par le peuple m’est inconcevable et serait la preuve d’un insupportable élitisme de classe, révélateur d’une prédisposition aux tendances bourgeoises en gestation. Loin de moi cette idée, camarade.
 
J’ai voulu faire un peu mon « Labyrinthe de Pan » à moi, avec un mélange entre une réalité bien flippante et un monde féérique qui ne constitue pas vraiment une alternative mais plutôt un autre monde plein de problèmes aussi, un monde effrayant, aussi dangereux ou presque que le nôtre.
 
Et je suis passionné par l’époque, par l’URSS stalinienne à l’apogée de la terreur, encore plus que par le folklore slave, qui a presque été un prétexte (même si j’ai découvert sa très grande richesse) pour aborder ce double contexte. Je voulais aussi travailler sur le destin d’un jeune idéaliste peu à peu confronté à la réalité, ce qu’il y a derrière la propagande, travailler sur la désillusion et ce qu’il reste après avoir vu ses idéaux passés à la moulinette.
 
 
SF  : Roman dédié à la gloire de l’Homme qui a rendu sa liberté au peuple russe et essaie d’apporter paix et prospérité non seulement à l’Union Soviétique mais également au reste du monde, peux-tu nous donner plus d’informations sur le véritable héros de ce roman prolétaire (ainsi qu’éventuellement sur les seconds rôles qui aident le Génial Leader dans sa tâche) ?
 
Ilya Krasnov est un jeune homme idéaliste, qui croit œuvrer pour un monde meilleur. Et qui d’ailleurs, y travaille effectivement, en partie, quand on voit la créature qu’il neutralise au début du roman. C’est un tueur de monstres, un liquidateur. Certaines de ses cibles sont vraiment des démons, horribles, affamés de chair humaine et compagnie. Mais toutes les créatures ciblées par la commission pour laquelle il travaille ne sont pas aussi horribles. Et ça, il va l’apprendre au fur et à mesure du roman. Mais il vit dans une époque durant laquelle douter, même un chouia, est fortement déconseillé. 
 
J’avais envie de travailler sur la désillusion d’un jeune homme qui s’engage corps et âme dans la construction de l’URSS alors qu’autour des centaines de milliers d’innocents sont broyés par la machine stalinienne. 
 
Mais, car il y a un mais, je ne voulais pas faire un roman à charge de l’URSS. Si le régime stalinien, si la clique au pouvoir et le NKVD sont éminemment condamnables, il y avait aussi, à cette époque, cet élan populaire à l’échelle d’un continent (ou presque), ce vœu partagé d’aller de l’avant, de forger une nouvelle société que j’essaie de faire vivre dans le personnage principal. Il n’arrive pas à renier ces idées-là. 
Il y avait la peur, terrible, chevillée au cœur mais également l’espoir de vraiment construire un monde meilleur, plus juste… 
 
TeslaSF : On sent un amour profond, tant pour le cinéma, la vieille SF, les contes et l’histoire russe (sans parler du côté Histoire Secrète extrêmement bien développé), comment t’es venu l’idée de mixer le tout (et Tesla en Russie, n’est-ce pas de l’uchronie) ? 
 
Alors concernant Tesla, à priori, c’est bien un épisode réel de la vie de Tesla. Peu considéré par les Américains, il aurait séjourné en URSS un moment pour vendre ses inventions. J’ai lu ça ici et là, ce qui m’a immédiatement donné envie de le faire figurer dans mon roman. Ce scientifique est passionnant mais avouons-le, il est aussi dans Le dernier Vodianoï car je voulais me faire mon propre film à moi et que dedans, en plus de Christopher Lee dans le rôle du roi Vodianoï, il y avait David Bowie dans le rôle de Tesla, comme j’ai pu l’apprécier dans Le Prestige. C’est aussi pour ça que j’écris, je me fais mes propres films !
 
Pour le reste, oui, je suis tombé dans la marmite du merveilleux scientifique, l’ancêtre de la SF, disons, c’est un pan entier de notre littérature qui est encore bien trop ignoré. Quelle inventivité, quelle imagination, c’est souvent délirant, naïf mais en même temps très prenant. 
 
Et les histoires d’espions, j’y peux rien, j’aime ça. C’est un truc qui m’est un peu tombé dessus sans que je m’en rende compte. J’ai toujours aimé le fantastique, l’horreur mais je me découvre un attrait pour l’espionnage et même je dirais, l’espionnage à l’ancienne, un peu rétro. 
Les contes russes, comme dit plus haut, j’ai pu découvrir leur richesse et j’ai aimé construire un univers autour des créatures, fort nombreuses. Quant à l’histoire de l’URSS, j’ai évoqué précédemment ma passion pour cette époque, aussi passionnante que terrifiante (et l’un explique probablement l’autre).
 
SFRusse : Avoue tout camarade, après nous avoir présenté un univers foisonnant, tu as forcément envie de retourner dans cet univers, à moins que succombant aux sirènes du capitalisme, tu aies décidé de partir vers d’autres horizons science-fictionnesques ?
 
Alors, peut-être, peut-être pas. 
 
Ce n’est pas gagné car je me « lasse » assez vite. Je ne me vois pas écrire un cycle à rallonge dans un même univers. 
 
Néanmoins, j’ai quand même une petite idée, j’aimerais revenir à cet univers mais bien plus tard et avec un éclairage bien plus sombre (si je puis me permettre cette figure de style trotsko-bourgeoise). En gros, j’aimerais faire une sorte de second épisode durant le siège de Leningrad. Mais en attendant de revenir concrètement en URSS, j’implique déjà la Komspetssov dans un nouveau roman, qui se déroule à Londres dans les années 1970, en cours d’écriture, un truc qui mixe le fantastique à la Hammer, le swinging London et l’espionnage spatial.
 
Actusf : Plutôt qu’un mot de la fin, car la Révolution en marche continue ! nous te demandons de t’exprimer librement. Le camarade tchékiste Poutine à côté de toi vérifiera en temps réel si tes propos ne te condamnent pas à une rééducation rapide et indolore.
 
Смерть тварям-ретроградам !
 
Actusf  : Vive Jérôme Vincent, notre Glorieux Leader !
                  

Bertrand Campeis