Interview 2016 : Laure-Anne pour la librairie Filigranes

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Genre : Interview
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  • Rencontre avec un auteur

Date de parution : septembre 2016 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage :
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Laure-Anne, libraire à Filigranes, nous présente cette librairie installée à Bruxelles, son équipe et le Festival de l’Imaginaire qu’ils organisent les 16 et 17 septembre 2016

ActuSF : Pouvez-vous présenter la librairie filigranes et son équipe s’il vous plait ? 
 
Laure-Anne : La librairie filigranes existe depuis plus de trente ans maintenant. Située en plein cœur de Bruxelles, près du Parc Royal, elle reste depuis toujours ouverte 365 jours par an, même les jours fériés, même le premier janvier ! Depuis 2013, la librairie s’étend sur 2600m², et comprend maintenant plus d’une soixantaine d’employés (sans compter les étudiants qui viennent donner un coup de main, en période de fêtes par exemple).
 
La librairie est découpée en plusieurs départements, et chaque libraire travaille dans un département précis, amenant ses connaissances personnelles, ainsi qu’une connaissance de son rayon, aux clients. Les libraires viennent de tous horizons, et ont comme point commun leur passion pour le livre, quelle que soit la thématique.
 
C’est notre engouement pour la culture qui nous amène à toujours vouloir découvrir plus, et à être prêts pour la découverte.
 
 
 
2) Les lecteurs belges sont-ils amateurs d’imaginaire ? Vers quoi va plutôt leur préférence : la science fiction ? La fantasy ? 
 
Une partie du lectorat belge aime, bien entendu, la littérature de l’imaginaire de manière générale, et c’est un rayon qui, chez nous, ne cesse d’attirer de nouveaux lecteurs titillés par la curiosité de découvrir cet univers. Chez Filigranes, on peut constater une préférence pour la fantasy en guise de lecture détente, un moyen d’évasion. En revanche la SF a elle aussi son public, et surtout les dystopies et le space opera (on pensera par exemple à The Expanse, avec sa série télévisée sortie sur SyFy).
 
 
3) Le 16 et 17 septembre 2016, vous organisez un focus l’imaginaire belge. En quoi va consister ces journées ?
 
Nous avons pour objectif de faire découvrir aux lecteurs une littérature méconnue car en marge de la production de masse, des petits éditeurs passionnés, jeunes, dynamiques, et surtout belges ! Chez les amateurs de SFFF, tout le monde connaît les Moutons Électriques, l’Atalante, et les fameux Bragelonne et Milady. Tout doucement, d’autres éditeurs comme l’Homme Sans Nom ou Voy’el, apparaissent dans nos rayons, mais il faut admettre que le métier est dur pour les petits à l’heure actuelle.
 
 
Lors de ces deux jours, nous avons donc invité auteurs et éditeurs qui dédicaceront leurs ouvrages et pourront aussi témoigner du travail de titan abattu pour gagner en notoriété, et surtout partager leur passion, au-delà des rencontres salons, dans lesquels ces jeunes éditeurs sont très présents. Leur intention est aussi de travailler selon les valeurs qu’ils jugent essentielles dans le travail de l’édition : la communication avec l’auteur, le partage et la recherche d’une amélioration de l’écriture et du style, un travail graphique proche à la fois des envies de l’auteur et de l’imaginaire de l’éditeur (autant dans le choix de la couverture que dans la maquette). 
 
 
 
4) C’est un événement qui va s’inscrire dans le temps ? Chaque année par exemple ? 
 
En effet, ce serait vraiment incroyable si nous avions l’occasion de réitérer l’expérience, avec plus d’auteurs encore, et en organisant des tables rondes de discussion ! Nous pourrions aussi imaginer une sélection imaginaire pour le prix Filigranes… Après tout, à la librairie, nous organisons déjà le mois de la BD, le mois de la jeunesse, le mois du jeu, etc. Chez Filigranes, notre envie est de partager notre passion et d’amener à une découverte culturelle permanente, ainsi que de permettre à nos clients de se croiser, de faire des rencontres, autant avec des livres qu’avec des personnes.
 
 
5) Y-a t-il un renouveau dans les auteurs de SF et de fantasy en Belgique ? Il y a d’ailleurs eu récemment un article de Jean-Claude Vantroyen, dans le Soir, qui présentait quelques uns de ces nouveaux auteurs belges.
 
Tout à fait, il y a un engouement certain pour les littératures de l’imaginaire, et il faut admettre qu’autant Harry Potter que le Seigneur des Anneaux en passant par Game of Thrones ou l’Assassin Royal, ou même encore la série de romans sur The Witcher, ne sont pas étrangers à ce phénomène. Mais en parallèle à cette vague de blockbusters, on constate vraiment l’apparition de tout un florilège d’auteurs et d’univers qui se découvrent, même chez nous, en Belgique.
 
À mon sens, la plus grosse barrière pour les auteurs et éditeurs dans ce domaine, autant en France qu’en Belgique, c’est de combattre l’affluence perpétuelle de littérature de l’imaginaire en provenance des pays anglo-saxons et plus précisément de l’Angleterre. Les Anglais ont toujours eu un talent pour les littératures de l’imaginaire, et une facilité à créer des mondes constitués. C’est une tendance qui ne cesse de se marquer chez nous aussi ! Et pourtant, les romans écrits en français nous révèlent une richesse de la culture, une richesse de la langue incroyables (on pensera à Alain Damasio et Pierre Bordage, Jean-Philippe Jaworski (pour les français) ou Stefan Platteau).
 
 
 
6) Le Belgique est une terre de festival . Il y a des événements musicaux par exemple, qui associent déjà la littérature de l’imaginaire à leur programmation. Je pense par exemple à Trolls et Légendes. A quand un festival dédié aux littératures de l’imaginaire en Belgique ?
 
C’est justement tout l’intérêt de rassembler, ces 16 et 17 septembre, ces éditeurs belges (qui font déjà partie d’une association d’éditeurs et se représentent mutuellement dans les salons et conventions de littérature, ou festivals fantastiques) : peut-être qu’à l’instar des Utopiales à Nantes, les éditeurs belges pourront faire naître un événement d’ampleur mettant à l’honneur les littératures de l’imaginaire.
 
Pour réaliser ce grand projet, nous avons tout autant besoin de lecteurs, que d’auteurs, d’éditeurs, et de créatifs !
 
 
 
7) Difficile de ne pas terminer sans demander les coups de coeur sf et fantasy de l’équipe de Filigranes....
 
Si l’on devait citer les classiques : Gagner la Guerre, de Jean-Philippe Jaworski est bien sûr en bonne place dans nos coups de cœur, ainsi que La Horde du Contrevent d’Alain Damasio. Nous avons également une affection particulière pour les Lames du Cardinal de Pierre Pevel.
 
En matière de SF, nous aimons beaucoup Dominum Mundi de François Baranger, et The Expanse, de James S A Corey, même si la trilogie des guerriers du silence de Pierre Bordage reste dans nos sélections saisonnières.
 
Et pour sortir des sentiers battus : On vous conseillera Chroniques de l’Après-Monde de Geoffrey Claustriaux, un voyage initiatique dérangeant dans un monde post-apocalyptique où l’être humain prouve une fois de plus que la destruction et la guerre font partie intégrante de sa nature…
 
J’agonise fort bien, merci d’Oren Miller reçoit une mention spéciale pour sa plume raffinée et élégante, ses personnages truculents et ses meurtres aux ambiances glauques à souhait (évoquant les séries True Detective ou Hannibal).
 
Et, si vous ne le connaissez pas, attardez-vous sur Martyrs, d’Olivier Peru : son univers, complet, envoûtant, charmeur et effrayant tout à la fois, ne vous laissera certainement pas insensibles. 
 

Jean-Laurent Del Socorro