Interview 2016 : Lionel Davoust et Jean-Claude Dunyach pour la Master class des Imaginales
de Lionel Davoust et Jean-Claude Dunyach
aux éditions
Genre : Interview
Sous-genres :
  • Ecriture

Auteurs : Lionel Davoust , Jean-Claude Dunyach
Date de parution : mars 2016 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Lionel Davoust et Jean-Claude Dunyach nous parlent de la master class qu’ils co-animeront le mercredi 25 mai 2016 pendant les Imaginales d’Epinal

 ActuSF : Les Imaginales d’Épinal proposent, comme chaque année, une Master Class d’écriture que vous allez animer qui se tiendra le mercredi 25 mai 2016. À qui s’adresse-t-elle ?
 
Lionel Davoust : À toutes et tous ceux qui souhaitent écrire avec une visée professionnelle, c’est-à-dire avec sérieux et dans l’espoir de publier (nous ne promettons rien sur les ventes ni les revenus… !). Tout particulièrement à ceux qui souhaitent acquérir du recul sur leur propre travail de manière à l’évaluer d’un œil neuf. Avoir un manuscrit en cours d’écriture ou, mieux, achevé est un plus car c’est en se heurtant aux difficultés qu’on se questionne sur sa façon de travailler, ce à quoi nous apportons potentiellement des éléments de réponse. Mais les parfaits débutants sont également les bienvenus !
 
Jean-Claude Dunyach : C’est un atelier où on parle de techniques d’écriture, mais aussi des façons de faire connaître son manuscrit une fois terminé, de le préparer pour soumission à un éditeur… Bref, comme le dit Lionel, ça s’adresse à tous ceux qui envisagent d’écrire pour autre chose que leur tiroir !
 
 
ActuSF : Quelle est l’objectif de cette journée de formation ? 
 
Lionel Davoust : Principalement répondre à la question « comment amener mon histoire aux portes de la publication ? » Nous rappelons brièvement les qualités littéraires généralement recherchées dans les manuscrits publiables, puis proposons des pistes aux stagiaires (tirées de nos propres expériences et méthodes de travail) pour qu’ils parviennent à évaluer d’eux-mêmes les éventuelles faiblesses dans leur manuscrit, et sachent y remédier. Enfin, nous exposons la réalité du monde éditorial, afin de déconstruire un certain nombre d’idées reçues qui circulent généralement sur le sujet. 
 
Jean-Claude Dunyach : On essaie d’aider chaque participant à identifier les points sur lesquels il peut avoir besoin de travailler, on donne des pistes, des techniques de retravail, afin que chacun trouve celles qui lui vont bien.
 
Il n’y a pas « une bonne façon d’écrire », il y a des techniques, des pratiques, qui permettent d’accorder son propre instrument afin qu’il sonne juste à ses propres oreilles. 
 
ActuSF : Quelle en sera le contenu pédagogique ? Y-aura-t-il seulement des cours théoriques ou également de la pratique ?
 
Lionel Davoust : L’écriture est un travail qui s’inscrit dans la durée et il est impossible de proposer une pratique qui ait du sens sur une seule journée. De plus, nous voulons fournir un maximum de contenu ; il s’agira donc principalement de cours théoriques, mais entrecoupés de temps de discussions avec les stagiaires sur leurs difficultés, leur approche, leurs questionnements. 
 
Jean-Claude Dunyach : On peut aussi envisager un ou deux exercices, collectivement, mais comme le dit Lionel une journée c’est court !
 
ActuSF : Vous intervenez depuis plusieurs années dans des master class. Est-ce que les besoins/demandes des stagiaires ont évolué ? Qu’est-ce qu’ils viennent trouver aujourd’hui en s’inscrivant dans cette formation ?
 
Lionel Davoust : Nous nous apercevons que nous pouvons proposer un point de vue finalement assez rare, celui d’écrivains travaillant réellement à l’échelon professionnel ; les problématiques que nous traitons en stage, nous nous y confrontons au quotidien. Nos réponses sont directement issues de notre expérience. Cela nous permet également d’aborder des points techniques pointus, comme ici, le retravail d’un manuscrit. D’autre part, nous passons tous les deux régulièrement de l’autre côté de la barrière, du côté du directeur d’ouvrage : nous connaissons à la fois le point de vue de l’écrivain et celui de l’éditeur. En général, les stagiaires viennent chercher de la technique, des méthodes, une approche plus systématique de l’écriture qui sorte des grands concepts un peu nébuleux qu’on entend parfois dans les cercles littéraires. Que signifie, au quotidien et de façon pratique, « suivre sa voie », « l’inspiration », « l’envie d’écrire » ? Nous sommes sur le terrain au quotidien avec des pages à produire ; nous sommes tenus de répondre pragmatiquement à ces questions. Si nos réponses ne sont, bien sûr, pas forcément celles de tout le monde, nous pouvons au moins les proposer comme point de départ afin que les stagiaires mènent leur réflexion par la suite. 
 
Jean-Claude Dunyach : Dans le domaine littéraire, on entend beaucoup de phrases creuses, de clichés, qui vont de l’envolée lyrique (« laisse parler l’enfant qui est en toi »… idéal pour obtenir une page remplie de griffonnages aux feutres de couleur) aux questionnements existentiels (« faut-il coucher pour être publié ? » est un de mes préférés, il ressort régulièrement). En fait, écrire, c’est magique, intime et personnel, certes, mais c’est avant tout du boulot, de la besogne. Et être écrivain, c’est une activité qui demande de la rigueur et de bonnes habitudes, pas seulement de l’inspiration.
 
J’ai vu évoluer les demandes, en vingt ans. Je trouve les participants d’aujourd’hui beaucoup plus pragmatiques, plus lucides, qu’avant. Ils ne s’attendent pas à être touchés par la grâce, ils ne veulent pas tout quitter pour devenir des stars, ils cherchent à enrichir leur vie avec une activité littéraire qui vient en complément d’un métier et ils cherchent à la pratiquer de la façon la plus professionnelle possible. 
 
 
ActuSF : Des auteurs – des débutants comme des confirmés – ne voient pas toujours l’intérêt de se former. Que voulez-vous leur dire pour les convaincre de l’importance de ces masters class ?
 
Lionel Davoust : Que les plus grands pianistes travaillent toujours quotidiennement leur instrument même après vingt ans de carrière ; que si l’art recouvre une part d’ineffable, il existe aussi une part de technique qui s’apprend, se perfectionne sans cesse – il y a toujours quelque chose à apprendre de qui que ce soit… Sauf si l’on préfère travailler seul, ce qui est éminemment compréhensible ! Mais, si nous ne pouvons évidemment pénétrer dans la part d’inspiration de chacun – cela relève du trajet personnel de chaque auteur – nous pensons pouvoir faire gagner beaucoup de temps aux stagiaires sur l’aspect technique, en débroussaillant le terrain. 
 
Jean-Claude Dunyach : C’est de moins en moins le cas, je trouve. Les aspirants-auteurs savent qu’ils sont nombreux à tenter d’écrire et ils sont toujours preneurs de conseils ou d’un regard extérieur sur leurs textes. Beaucoup se regroupent spontanément dans des structures qui leur permettent d’échanger avec leurs collègues (Cocyclics est un bon exemple et ce n’est pas le seul). On n’a pas vraiment de mal à convaincre les gens de l’intérêt d’une masterclass. Après, il y existera toujours des génies solitaires, ou se voulant tels. Quelle que soit la voie que l’on choisit, le lecteur juge les œuvres et rien d’autre… Il ne faut pas croire qu’une démarche de vie et de création ait une quelconque valeur littéraire. Seuls les textes sont susceptibles d’en avoir.
 
ActuSF : Quelle est votre regard sur l’offre de formation aux auteurs en France ? Est-elle suffisante ? Adaptée ? 
 
Lionel Davoust : De manière générale, en France, on tend encore beaucoup à considérer l’écriture comme une discipline occulte où la technique ne jouerait aucun rôle, où rien ne pourrait jamais s’apprendre. Cela revient à dire qu’il ne sert à rien pour un peintre de travailler les lois de la perspective… La situation s’améliore, toutefois ; comme avec l’ouverture de masters en écriture créative. Hélas, il reste encore beaucoup d’ateliers où l’on produit sans vraiment critiquer, retravailler, reprendre. Avant même de penser à la publication, c’est pourtant une étape fondamentale du processus créatif conduisant à réellement terminer une œuvre. 
 
Jean-Claude Dunyach : je suis d’accord avec Lionel sur le fait qu’en France, l’écriture, dans l’esprit des gens, « c’est un don », « il faut être né comme ça ». Ce qui m’agace. Qu’on soit né comme ça ou pas, il faut bosser, se poser des questions, avancer… Et travailler avec des gens qui en savent plus que vous est une façon efficace de résoudre un certain nombre de problèmes. Pas tous, mais beaucoup.
 
Alors on trouve toujours des gens pour expliquer que les formations, trop contraignantes et générales, tuent l’originalité, que les « vrais » auteurs sont autodidactes, que l’instinct est plus noble que le métier. Encore une fois, le lecteur juge un écrivain sur les œuvres qu’il produit, jamais sur sa démarche ou sa façon de penser.
 
C’est pour cela que j’aime bien les ateliers, ou les cours d’écriture, même magistraux. J’aime bien aussi les ouvrages pratiques écrit par des écrivains (le niveau est inégal, mais on trouve assez facilement matière à réflexion – à titre personnel je recommande le livre d’Elisabeth Vonarburg « Comment écrire des histoires »).
 
ActuSF : Selon vous, aujourd’hui, qu’est-ce qui serait intéressant ou important de développer en termes de formation des auteurs en France ? 
 
Lionel Davoust : Je crois que le pire pour un écrivain consiste à considérer son texte comme sacré et parfait. C’est un travers qu’on rencontre chez beaucoup d’auteurs manquant d’expérience, à qui proposer de changer une virgule relève de l’affront personnel. Mais nul premier jet n’est parfait ! Écrire est un travail de longue durée et de minutie, qui ne conduit pas à la gloire ni à la richesse, malgré les gros coups annuels qui défrayent les chroniques… C’est une œuvre de passion et de persévérance, de construction et de reconstruction des mots, jusqu’à parvenir à la clarté et à l’efficacité. Cela nécessite une approche puissamment technique, car le travail – améliorer son manuscrit – ne fait que commencer quand le premier jet est terminé. L’œuvre, c’est le résultat aussi achevé que possible ; ce n’est pas le récit en cours d’élaboration, pas plus qu’on ne peut habiter dans une maison sans toit avec trois murs… Je pense qu’il faut insister sur le travail, sur le fait qu’un texte n’est qu’un simple matériau brut à raffiner, et ne jamais perdre de vue la question cardinale : « comment puis-je faire pour raconter la meilleure histoire possible ? »
 
Jean-Claude Dunyach : Personnellement, je fais un distinguo entre les formations générales sur les techniques de base d’écriture ou de narration, les aspects contractuels, etc., et le travail avec un auteur particulier, ce qui s’apparente à du coaching, afin de l’aider à sonner juste à ses propres oreilles (ce que fait parfois un éditeur quand un manuscrit lui parle).
 
Je dirais qu’il manque une formation générale sur « comment transmettre l’information ». Cette formation serait utile à beaucoup de gens (si tu savais le nombre d’ingénieurs qui ne parviennent pas à communiquer sur ce qu’ils font – ils conçoivent des choses passionnantes mais sont infichus de le dire de façon convaincante). Ça ne suffit pas de faire faire des dissertations, il faut aussi travailler sur les techniques permettant de bien faire passer la bonne info (celle qui est pertinente dans le cas considéré) de façon convaincante, justifiée et, pourquoi pas, passionnante…
 
La personne qui a compris ça et qui sait l’appliquer possède déjà une bonne boîte à outils pour être écrivain. À titre personnel, ça fait trente ans que j’essaie de progresser dans ce domaine. Une bonne formation me rendrait service !
 
 

Jean-Laurent Del Socorro