Interview 2016 : Patrice Louinet pour la Monographie HPL
de Patrice Louinet et Robert E. Howard
aux éditions
Genre : Interview
Sous-genres :
  • Ecriture

Auteurs : Patrice Louinet , Robert E. Howard , Howard Philips Lovecraft
Date de parution : septembre 2016 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Patrice Louinet est un des plus grands spécialistes français de Robert E. Howard, le créateur de Conan le Cimmérien, mais aussi un auteur qui a entretenu une correspondance régulière avec H.P Lovecraft. Il évoque cela dans le cadre de La monographie Lovecraft : Au coeur du cauchemar, aux éditions ActuSF

ActuSF : Comment l’échange épistolaire entre H.P Lovecraft et Robert E. Howard a-t-il commencé ? C’était d’abord une correspondance professionnelle, ou amicale ?
 
Patrice Louinet : Howard cherchait visiblement à élargir ses horizons littéraires. Il n’avait pas d’amis « intellectuels » à Cross Plains (où il résidait), et ceux de la grande ville voisine (Brownwood), avaient abandonné au fil des ans toutes prétentions à vivre de leur plume. Howard saisit donc l’occasion de la réédition des « Rats dans les Murs » dans les pages de Weird Tales pour envoyer une lettre à Farnsworth Wright, rédacteur-en-chef de la revue. Il s’étonnait que le personnage de Lovecraft utilise le gaélique plutôt que le britonnique à la fin de la nouvelle, et pensait que cela reflétait l’avis de Lovecraft sur la question (ce qui n’était absolument pas le cas.) Wright ne connaissant pas grand-chose aux dialectes celtiques de la Bretagne insulaire, il transmit la lettre à Lovecraft, qui répondit bien rapidement à Howard, dont il avait déjà remarqué le talent. Les premières lettres ne portent quasi-exclusivement que sur ces considérations linguistiques, mais bien vite les sujets abordés vont déborder de tous côtés et la correspondance va devenir absolument fascinante de par la longueur des lettres et la variété des sujets abordés.
 
 
H.P Lovecraft et Robert E. Howard sont des auteurs de la génération Weird Tales. C’est un grand lien qui les unit, non ?
 
Bien sûr. A l’époque, la grande vedette de Weird Tales, c’est Seabury Quinn, mais la postérité a su trancher et reconnaître que les trois talents majeurs de la revue étaient Howard, Lovecraft et Clark Ashton Smith. La notoriété de Howard et Lovecraft a débordé du cadre littéraire grâce à Cthulhu et Conan, qui ont assuré la popularité de ces deux auteurs, puis leur postérité, et contribuer à mythifier le magazine, car, contrairement à ce que l’on croit souvent, Weird Tales n’est devenue mythique qu’en raison des (bons) auteurs qui y étaient publiés. A l’époque, c’était une revue de seconde zone qui avait un succès très relatif.
 
Vous mettez quelques extraits de lettre dans votre Guide Howard. Histoire, société, philosophie… Ils abordaient une quantité incroyable de thématiques différentes. Partageaient-ils les mêmes idées, ou on contraire, y avait-il des oppositions fortes entre eux, sur la politique par exemple ?
 
Ils partageaient une revue (Weird Tales), mais rares étaient les points d’accord : l’insignifiance de la vie humaine et sa futilité, leur haine des mégalopoles modernes, et les chats. Sinon, ils étaient en opposition à peu près sur tout, et comme ils avaient tous les deux une grosse tendance à exagérer et déformer, les terrains d’entente étaient rares : Lovecraft admirait la Rome antique, alors que Howard la comparait à une araignée de fer broyant tout sur son passage. Howard se méfiait par nature de tout système organisé, et n’avait aucune confiance dans le système politique, Lovecraft prônait un ensemble de règles qui feraient fonctionner la société sans heurts. Lovecraft défendait Mussolini et le fascisme, alors que Howard les abhorrait. Ils s’opposaient même dans leur conception de l’horreur en littérature. C’est d’ailleurs cela qui explique pourquoi cette correspondance est fascinante : c’est un duel tentaculaire et passionnant entre deux auteurs d’exception !
 
 
 Ont-ils échangés sur leurs travaux littéraires respectifs ?
 
 Au début de leurs échanges, Howard est en admiration absolue de Lovecraft. Il encense le moindre récit de son collègue comme un chef d’œuvre absolu. On trouve dans les premières lettres pas mal de commentaires sur les nouvelles de l’autre, puis cela devient un peu plus factuel au fil du temps et de l’éloignement progressif de Howard des idées lovecraftiennes en matière d’écriture. S’ils s’étripent joyeusement sur les points philosophiques qui les opposent, ils ont toujours su rester courtois envers la production de l’autre, car ils s’admiraient sincèrement sur un plan littéraire. 
 
Pouvez-vous nous citer un extrait d’une réponse de H.P Lovecraft à Robert E. Howard ?
 
« A l’exception de Rome ou de la Grèce, je n’aurais jamais pu être heureux où que ce soit dans les époques passées. Je comprends les Gréco-Romains, et j’ai la sensation d’être un des leurs. Mais les barbares... Si j’apprécie de lire à leur sujet en tant que déclencheurs d’évenements dramatiques de l’Histoire, ils sont par nature étrangers à ma sphère de compréhension. J’admire nombre de leurs qualités, mais je suis incapable de m’identifier à eux. »