Interview 2016 : Richard Ely, Séverine Pineaux et Amandine Labarre pour Merveilles et Légendes des Forêts enchantées
de Richard Ely
aux éditions
Genre : Interview
Sous-genres :
  • Fantastique

Auteurs : Richard Ely
Illustrations : Séverine Pineaux
Date de parution : juillet 2016 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Richard Ely, Séverine Pineaux et Amandine Labarre nous parle de Merveilles et Légendes des Forêts enchantées, un recueil de nouvelles autour des grandes forêts mythiques et des créatures fantastiques qui les habitent.

ActuSF : Comment est né ce projet ? Qu’est-ce que vous aviez envie de faire ?

Richard : À la base, c’est Amandine qui m’a contacté pour me proposer d’écrire les textes d’un projet autour des Forêts féeriques. Je n’ai pas eu à réfléchir longtemps étant donné que tout ce qui touche à la Nature et à la Féerie m’intéresse depuis longtemps. J’ai donc présenté un premier texte sur Brocéliande à Patrick Jézéquel qui a été de suite emballé. Et donc, le projet a été signé. L’idée était de proposer différentes forêts du monde en partant de la Bretagne, de la France pour élargir le propos à d’autres pays comme l’Allemagne, le Japon, le Québec… La forêt est un thème inépuisable, le cœur de la féerie et cela a été très agréable à écrire.
 
ActuSF : Comment est-ce que vous vous êtes rencontrés puis répartis le travail tous les trois ?

Richard : Je connaissais Amandine pour avoir travaillé avec elle pour Khimaira, il y a longtemps déjà. J’ai toujours suivi de près ses projets et son style très naturel. Séverine, elle, je la connaissais à travers son travail pour Ysambre, ses toiles surréalistes et j’ai même été très étonné lorsqu’elle m’a dit que nous ne nous étions jamais rencontrés avant. J’étais convaincu que si… Amandine appréciant plus le crayonné, Séverine la peinture, elles se sont partagées cela de façon très naturelle… Ce livre fut une histoire d’évidences, en fait !
 

 
ActuSF : Amandine, Séverine, comment avez-vous travaillé l’une vis à vis de l’autre pour vos illustrations ?

Séverine : Je suis arrivée tardivement sur le projet, Amandine avait déjà mis en place tout un univers délicat en noir et blanc et un emploi du temps surchargé ne lui permettait pas de finaliser les grandes images couleur. Mon travail de peintre décline depuis des années une forêt magique ou humains et arbres, animaux et plantes fusionnent, j’ai donc proposé à Amandine de faire résonner ceux de mes tableaux qui s’y prêteraient avec les textes de Richard Ely. Le résultat a dépassé nos espérances : j’ai trouvé des images qui s’associaient parfaitement aux textes et leur relation avec les dessins d’Amandine s’est révélée très harmonieuse, mise en valeur par la jolie maquette d’Au Bord des Continents... Je suis ravie du résultat publié et je pense que ce livre a gagné à cette collaboration !

Amandine :
Nous avons travaillé indépendamment mais en regardant attentivement le travail de l’une et l’autre... Chacune ayant une interprétation des textes et un style personnel, mais qui répondait très bien aux nouvelles de Richard.
 
ActuSF : Comment avez-vous choisi les forêts que vous avez explorées ? Quels ont été les critères de sélections ?

Richard : Un peu une histoire de loterie finalement car il y a tant et tant de forêts marquées par les légendes de Féerie que choisir fut renoncer à des centaines d’autres histoires. D’ailleurs, si le livre fonctionne bien, je suis partant pour un deuxième tome ! Pour revenir aux critères, il y avait douze textes au départ, la moitié se passant en France, l’autre à l’étranger. Il y avait donc une idée d’équilibre, pour que les gens pénètrent dans ces forêts magiques par des lieux qu’ils connaissent déjà, facilement accessibles pour les inviter à s’y balader à nouveau pendant ou après la lecture du livre. Puis, j’ai voulu les entraîner plus loin, leur montrer que cette féerie est partagée partout dans le monde.
 
ActuSF : Quel type d’histoires avez-vous eu envie de raconter ?

Richard : Un peu de tout. La féerie est un genre très riche qui permet de tout conter ou presque. Pour ma part, mon domaine de prédilection demeure la nature. J’aime écrire autour de personnages attachants, crédules, naïfs qui de par cet amour inconditionnel porté à la nature vont ouvrir les portes de Féerie. Pour moi, la naïveté est une qualité, celle qui engendre les rêves, fait connaître la vraie vie. Un enfant par exemple, va toujours à l’essentiel de la vie. Il propose une vision qui peut paraître simple, mais c’est lui qui a raison ! Nous, les adultes, on complique tout. Quand tu dis que tu te passionnes pour les fées, la plupart des gens nous regarde comme de grands naïfs. Je le revendique ! Dans le sens noble et rêveur du terme, dans l’idée d’avoir pu conserver le regard d’un enfant sur le monde. Alors ces dix histoires, elles sont là non pas pour réenchanter ce monde, mais pour dire aux lecteurs que ce monde a toujours été magique, une magie fuyante car nous perdons ce don de naïveté…
 

 
ActuSF : Pixies, dryades, fées et gnomes sont au rendez-vous... Comment avez-vous travaillé au niveau des histoires mais aussi graphiquement autour d’eux ?

Richard :
Cela part toujours d’une idée associée à une légende existante. Je me faufile dans les non-dits, les interstices des légendes de fées, elfes et lutins pour tenter de les comprendre. De là naissent des idées d’histoires… Une fois l’idée établie, je tisse la vie du personnage principal, je me glisse dans son existence. Enfin, avant de commencer, je soigne la chute, le final. Je dois savoir vers où, vers quoi me diriger. Après commence le travail d’écriture du texte. J’ai la chance d’avoir un bon petit portable qui me suit là où j’aime écrire. Depuis le silence de mon bureau, jusqu’aux gazouillis des oiseaux me soufflant leur poésie au cœur d’une forêt. J’aime aussi l’ambiance des petits cafés de campagne ou même le train, riche en conversations qui nourrissent les dialogues des personnages…

Amandine : Les êtres de la nature apparaissent souvent dans mes dessins, sous différentes formes... J’ai toujours eu un amour pour les chemins de broussailles, la différence, le mystère. J’essaie toujours de les dessiner en étroite harmonie avec leur environnement, mais je suis beaucoup inspirée par les contes traditionnels, les légendes d’ordre plus mythologiques, les romans… Les textes ciselés et enchanteurs de Richard sont d’une grande source d’inspiration !
 
ActuSF : On sent une sorte d’amour de la nature qui traverse le livre. Au-delà de l’aspect enchanté de vos pages, vous aviez envie de passer un message ?

Séverine : Je suis une fervente écologiste et je pense que nous devons nous servir de ce que la science nous apprend pour préserver notre planète, l’écologie que je soutiens n’est pas "régressive" mais devrait rendre plus harmonieux le rapport de l’homme et de la nature, c’est ce que j’essaye de montrer dans ces images de fusion...

Amandine :
Bien sûr, la nature est certainement ce dont nous avons le plus besoin, les animaux, les plantes, contiennent leur propre magie, et cette magie peut nous guérir de beaucoup de nos maux. Les fées et autres dryades en symbolisent toute la force, mais évoquent aussi les souffrances que nous lui infligeons, et nous invitent à en prendre conscience, à lui montrer enfin le respect qu’elle mérite.

Richard : D’abord, merci de l’avoir remarqué. Oui, bien sûr, un amour authentique, un être-là fusionnel. Je ne me sens jamais plus chez moi que lorsque je touche l’écorce ou la mousse d’un vieil arbre. Et mon plus beau souvenir de parfum, ma madeleine de Proust à moi n’est autre que l’odeur de la nature après un orage. A chaque fois, cela me ramène à mon enfance et à ce bois derrière la maison familiale…
 
 
ActuSF : Allez, dites-nous, quelle est votre forêt préférée et pourquoi ? (Vous pouvez en choisir une chacun...).

Richard : J’ai eu beau me promener dans de vastes et anciennes forêts, je n’ai jamais pu me défaire, malgré leur splendeur et l’émerveillement qui me saisissait au moment même de ce petit bois de mon enfance, à Ellezelles, en Belgique. Tout y était : les arbres, les jacinthes aux clochettes bleues, les tristes anémones attendant que le vent leur souffle son amour, les fées…

Amandine :
Les forêts d’Auvergne, humides, sombres et luxuriantes... Peu hospitalières, j’y ai eu de la neige en mai, au point de rester bloquée au gite, mais tellement belles !

Séverine : Pour moi, qui vit à cinquante mètres de son orée, c’est la forêt de Brocéliande, forcément, avec la force de ses légendes, son lien avec la culture celtique et son atmosphère si particulière...
 
ActuSF : Quels sont prochaines dédicaces et sur quoi chacun d’entre vous travaille désormais ?

Séverine :
Je participe le week-end du 23 et 24 juillet aux Rencontres de l’Imaginaire, qui auront lieu au Château de Comper-en Brocéliande avec le Centre de L’imaginaire Arthurien (invité d’honneur Alan Lee !) et je prépare un nouveau livre : Merveilles et Légendes du Fabuleux Bestiaire avec Claudine Glot.

Amandine : Je travaille actuellement sur un Almanach extraordinaire de la forêt, à paraître aux éditions du Lumignon à la rentrée (ouvrage collectif), et je viens de terminer un livre de coloriage sur les animaux légendaires, qui sortira en 2017.

Richard : Je devrais en principe être présent au Festival des Légendes dans les Ardennes en septembre et peut-être que je montrerai ma tête en Bretagne fin d’année aussi. Pas mal de projets en cours d’écriture, un recueil d’histoires de ma région, un livre sur la thématique de l’amour-fée, un troisième Grand Livre et d’autres projets encore… 2017 et 2018 devraient être deux très belles années pour la féerie !

Jérôme Vincent