Interview 2016 : Sara Doke pour Techno Faerie
de Sara Doke
aux éditions
Genre : Fantasy
Sous-genres :
  • Féérie

Auteurs : Sara Doke
Date de parution : janvier 2016 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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ActuSF : Votre premier roman Techno Faerie est sorti en janvier aux éditions Les Moutons électriques. Pouvez-vous nous présenter l’univers de ce livre qui intègre les fées à notre propre monde ?
 
Sara Doke : Tout d’abord, Techno Faerie n’est pas à proprement parler un « roman », il s’agit de ce que les anglo-saxons appellent un « fix-up », une sélection de nouvelles reliées entre elle par une réalité, des personnages, une chronologie.
 
L’univers de Techno Faerie est le nôtre, pas notre présent mais un avenir relativement proche, il mélange fantasy urbaine, anticipation, féérie classique, cyberpunk… Notre monde futur dans toute sa destruction rencontre un élément extérieur, perturbateur, une Faerie révolutionnée qui s’est approprié la technologie et l’a adaptée à ses besoins comme à ses désirs. À notre monde s’ajoute un artifice faerique pour apporter un changement.
 
 
ActuSF : Quels seront les personnages que nous allons suivre au court du récit ? 
 
Sara Doke : Le récit suit surtout un univers mais aussi un personnage qui lie les différents textes, Arthur Passeur, jeune humain fugueur devenu ambassadeur des Faes jusque dans les étoiles. J’ai choisi une chronologie pour créer ce recueil, le lecteur commence donc par rencontrer le monde avant d’en connaître les protagonistes.
 
ActuSF : Qu’est-ce qui vous intéresse dans cette récriture de l’histoire du monde en y incorporant des fées ? Est-ce que l’on peut parler d’uchronie pour Techno Faerie ?
 
Sara Doke : Je suis ce que j’appelle une « athée poétique », j’aime profondément les mythes et les symboles, ils nourrissent ma raison d’une certaine manière et donc mon imaginaire, ils me permettent de rationaliser l’irrationnel. L’intervention d’une Faerie qui ne soit plus figée dans le temps du récit antique, qui s’intègre dans une réflexion technologique et politique est ainsi un jeu, un joker, une lettre persane. 
 
Je ne sais pas dans quelle mesure on pourrait parler d’uchronie. Mes récits se déroulent dans un futur proche qui aurait tendance, avant l’arrivée des Faes, à être plutôt dystopique. L’intrusion du petit peuple dans cette réalité désastreuse apporte un optimisme que notre présent ne laisse absolument pas présager. Le terme d’anticipation uchronique pourrait-il convenir ? Je ne peux pas le dire, c’est plutôt au lecteur d’en décider, non ?
 
 
 ActuSF : Le livre comporte des illustrations. C’était votre intention dés le départ, d’associer du visuel à votre texte ?
 
Sara Doke : Je suis à chaque fois émerveillée par toutes ces illustrations. Dans mes discussions avec André François-Ruaud des Moutons électriques, au cours de la conception du livre, nous sommes vite arrivés à la conclusion que l’idéal était, en effet, d’associer de l’image aux textes de Techno Faerie et plus particulièrement à la partie « ethnologique » concernant les différentes espèces de Faes. C’était un rêve de notre part à tous les deux mais le réaliser était loin d’être simple.
 
J’ai eu une chance extraordinaire. Bon nombre d’illustrateurs spécialisés dans les littératures de l’imaginaire, des amis, des gens que j’aime, dont j’apprécie le travail, m’ont fait l’immense cadeau de m’offrir la part visuelle du livre. Je ne pourrai jamais assez les remercier de la confiance qu’ils ont mise dans mon univers et dans mes textes.
 
 ActuSF : Comment s’est passée la collaboration avec les illustrateurs ? Ont-ils eu carte blanche ou leur donniez-vous des consignes ? 
 
Sara Doke : Comme il s’agit de cadeaux, je n’ai pas vraiment donné de consignes. Je me suis contentée de fournir les fiches décrivant les différentes espèces de Faes et de leur proposer de choisir celle(s) qu’ils souhaitaient illustrer. Certains ont eu le coup de foudre pour l’une d’entre elles, d’autres en ont réservé plusieurs. J’ai approché certains avec mon projet, les plus proches, d’autres se sont spontanément portés volontaires. Certains ont eu plus de temps que d’autres. J’ai même eu la merveilleuse surprise de découvrir les dessins de David Calvo qui ont été envoyés en dernière minute à l’éditeur.
 
Dès le départ, j’aimais l’idée qu’il n’y ait aucune contrainte, que les portraits de mes Faes mêlent différentes techniques, différents regards, sans véritable cohésion artistique, que les images se rencontrent avec mes textes aussi. L’idée qu’il n’y ait qu’un seul illustrateur, qu’un seul regard me plait beaucoup moins et correspond beaucoup moins à ce que j’ai souhaité faire.
 
 
 ActuSF : Techno Faerie est votre premier roman. Vous êtes également traductrice. Est-ce que cela a influencé votre écriture ? Y-a-t-il des ponts entre écriture et traduction ?
 
Sara Doke : Techno Faerie est mon premier livre, je publie des nouvelles plus ou moins régulièrement depuis 2000 sans avoir souvent le temps d’écrire. La traduction est une autre forme d’écriture, dans la tête de l’autre, avec les mots de l’autre. Ce qui est très enrichissant pour la création. Mais je ne parlerais pas d’influence. Je dirais plutôt discipline, précision, rigueur, la capacité de regarder un texte de l’extérieur.
 
Je commencé par publier des articles et des interviews, je suis aussi présidente du jury du Prix Julia Verlanger, ce sont plutôt ces rencontres, ces lectures qui ont façonné mon écriture. Le travail de traduction est beaucoup plus intime, demande une plus grande objectivité aussi. La traduction est une école d’écriture, mais n’influence ni mon style ni mon imaginaire (jusqu’à présent). Pas autant du moins que mes lectures. Pas autant non plus que mes travaux de journaliste. C’est ma formation et son impact sur ma manière d’écrire est terrible : je suis formée à la concision et à la précision. La longueur n’est pas mon fort. Traduire me force à lire mes propres mots de manière détachée, à dire sans me perdre, à entendre la musique de mes phrases. 
 
Quant à dire s’il existe un pont entre traduction et écriture, je ne vois pas comment répondre. Je pense que c’est une question de personne. Certains ont envie d’écrire, et cela précède généralement la traduction, d’autres pas, préfèrent servir le texte des autres.
 
ActuSF : Avez-vous d’autres projets en cours ? En écriture ou en traduction ? 
 
Sara Doke : Pour l’écriture, j’ai un deuxième recueil qui n’a pas encore d’éditeur. Ce sont des textes plus classiques, plus noirs. L’autre moitié du ciel brasse des nouvelles plus politiques, plus engagées, plus féministes aussi, entre humour noir et désespoir.
 
Je suis en train de terminer la traduction de The Water Knife de Paolo Bacigalupi qui est un vrai régal (à paraître Au Diable Vauvert) avant de commencer celle de Galapagos Regained de James Morrow, ce dont je me réjouis.
 
J’ai plusieurs autres projets, comme l’écriture d’un roman mais cela dépendra du temps dont je disposerai à l’avenir.
 
ActuSF : Où les lecteurs pourront-ils vous trouver en dédicaces dans les mois qui viennent ?
 
Sara Doke : Pour l’instant, je ne dispose que de quelques dates : à la Foire du Livre de Bruxelles, en février ; au Salon du livre de Paris en mars, à Toulouse et à Montrouge en avril, en Normandie en août, peut-être aux Imaginales en mai et aux Utopiales en novembre. D’autres dates se rajouteront probablement. 
 
Je prépare une rencontre avec une libraire à Saint-Gilles (Bruxelles) dans les semaines qui viennent.
 
 ActuSF : Le mot de la fin : avez-vous un livre coup de cœur du moment que vous voudriez nous faire partager ? 
 
Sara Doke : En tant que présidente d’un jury littéraire, je préfère parler des romans des années précédentes. 
 
Dans un genre assez proche des nôtres, j’aimerais conseiller la trilogie de Catherine Fradier, Cristal Défense, La face cachée des miroirs et le Stratagème de la lamproie Au Diable Vauvert qui mêle thriller politique, économie mondiale et écologie. Réjouissant, passionnant, merveilleusement documenté. 
 
 

Jean-Laurent Del Socorro