Interview 2016 : Stéphanie Nicot pour les Imaginales
de Stéphanie Nicot
aux éditions
Genre : Interview
Sous-genres :
  • Fantasy

Auteurs : Stéphanie Nicot
Date de parution : mai 2016 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

Lire tous les articles concernant Stéphanie Nicot

La directrice artistique des Imaginales nous dévoile les nouveautés de l’édition 2016

 ActuSF : Les États-Unis sont à l’honneur du festival des Imaginales qui se tiendra du 26 au 29 mai 2016 à Épinal. Il va y avoir du beau monde parmi les invités américains. Pouvez-vous nous les présenter s’il vous plaît ?
 
Stéphanie Nicot : Cette année, nous recevons les maîtres historiques de la science-fiction que sont Norman Spinrad, dynamiteur d’idées reçues depuis la fin des années 60, ou Mike Resnick, l’un des auteurs anglo-saxons les plus couverts de prix (et l’une de mes grandes admirations littéraires). Mais j’ai également voulu mettre en avant la génération américaine, talentueuse, avec Danielle Trussoni la francophile (née à La Crosse, ville du Wisconsin jumelée avec Épinal) qui nous parlera d’anges, Kristen Britain, à la fantasy épique addictive, ou Marie Brennan et ses dragons, parfois moins effrayants pour les hommes qui le traquent que son héroïne émancipée (Une Histoire naturelle des dragons, Prix Imaginales 2016). Et nous avons James Morrow, écrivain newyorkais aux sujets iconoclastes, qui dénonce la bêtise et le fanatisme religieux dans des romans comme Le Dernier chasseur de sorcières ; James, c’est vraiment un écrivain étonnant, qui jette avec brio un pont entre la France et les États-Unis !
 
ActuSF : Le thème de ces Imaginales est r-évolution. Pourquoi ce choix ? Pour souligner les aspects révolté et inventif de la fantasy de ses dernières années ?

Stéphanie Nicot : Oui. Et pour dire qu’on doit s’appuyer sur le meilleur de nos traditions, mais sans avoir peur d’évoluer, comme les écrivains font évoluer leurs sujets et leurs personnages. Si Manon Fargetton a pu obtenir le Prix Imaginales du meilleur roman de fantasy en langue française, c’est que la présence d’héroïnes lesbiennes n’a provoqué aucun débat parmi les membres du jury. Si nos invités revisitent nombre de clichés en ce moment, c’est donc pour mieux s’ouvrir au monde et à la diversité (regardez l’affiche !) et défendre la diversité des genres que nous aimons. Les temps changent, comme le dit Dominique Douay, un autre de nos invités, dans l’un de ses romans, et nous avec. Aux Imaginales nous bougeons, nous changeons, pour rester fidèle à l’essentiel : apprendre, partager, échanger, avancer et progresser tous ensemble. Tout en conservant ce qui mérite de l’être : une formule de festival qui fait l’unanimité et à laquelle nous sommes tous attachés, la convivialité en plus !
 
 
ActuSF : Stefan Platteau est le « coup de cœur » des Imaginales 2016, un jeune auteur qui n’a que trois livres publiés. Une fois encore, le festival prouve son soutien aux jeunes talents et à l’émergence, n’est-ce pas ?
 
Stéphanie Nicot : Qu’ajouter quand ici tout est dit ? Le « coup de cœur » est, comme notre speed dating auteurs–éditeurs, comme la mise en avant de quatre premiers romans qui nous ont bluffés, comme notre Master Class de formation à l’écriture professionnelle et les libres expressions de nos éditeurs. C’est une façon de faire avancer l’imaginaire en défendant ses nouvelles plumes. Je souligne que le jury du Prix Imaginales, bien qu’il soit totalement indépendant de la direction artistique, est en phase avec l’esprit novateur du festival puisqu’il a déjà accordé son prix à trois premiers romans, dont deux de nos « coups de cœur », signe que certains livres sont des évidences.
 
ActuSF : Une des grandes nouveautés de cette année, c’est le pôle Sciences et fictions. Qu’allons-nous y trouver ? 
 
Stéphanie Nicot : Le mieux c’est d’aller voir par vous-mêmes, car leur programme est singulièrement stimulant :
 
ActuSF : Avec une autre nouveauté, en partenariat avec le Centre d’Histoire Régionale, le Village de l’Histoire et de l’imaginaire, c’est la reconstitution historique qui fait son entrée aux Imaginales.
 
Stéphanie Nicot : Il y avait déjà nos duels d’escrimeurs et nos fidèles grognards napoléoniens. Mais cette année, c’est cinq troupes de reconstitution historique qui seront présentes sur les lieux du festival. Le livre et l’écrivain est au cœur des Imaginales, mais tout ce qui se greffe autour renforce l’aspect proprement magique d’Épinal !
 
ActuSF : Un parcours d’exposition parsèmera la ville pendant les Imaginales : à la Maison du Bailli, au Musée de l’Image, à la Plomberie, à la Bibliothèque Multimédia d’Épinal, à l’espace EDF, à la Librairie Quai des Mots… C’est un festival dans le festival. Comment sont coordonnées toutes ces expositions ? Qui est en charge de la programmation ?
 
Stéphanie Nicot : De plus en plus de partenaires s’investissent à nos côtés, et nous apportent des suggestions, y compris pour les expositions. Mais ce parcours doit beaucoup à Stéphane Wieser, le directeur du festival, qui n’oublie pas qu’il est aussi le directeur des Affaires culturelles d’une ville, Épinal, tout de même réputée pour être la ville des images ! C’est à mon sens un vrai plus. La preuve que nous y attachons de l’importance : une navette gratuite part toutes les heures du Cours pour emmener nos festivaliers vers ce parcours d’expositions qui en vaut vraiment la peine !
 
 
ActuSF : Une programmation toute particulière, avec à la fois des expositions mais aussi des moments de rencontre, est faite autour de illustratrice Hélène Larbaigt, qui a réalisé l’affiche du festival. Vous pouvez nous en toucher un mot ?
 
Stéphanie Nicot : le Prix Imaginales de l’illustration, décerné à Hélène Larbaigt en 2015, avait attiré l’attention de Stéphane et de moi-même. L’affiche fait toujours l’objet de discussions passionnées entre le directeur et la directrice artistique, qui ont, en matière d’illustration, leurs goûts personnels et leurs “chouchous“. Mais cette année, je peux vous dire que le choix a été une évidence pour nous. Au vu du résultat, ébouriffant, j’ai juste envie de dire : chapeau l’artiste !
 
 ActuSF : Lionel Davoust et Jean-Claude Dunyach sont encore présents cette année pour une master class sur l’écriture. A qui s’adresse cette journée de formation ? Plus largement, où en sommes-nous sur la formation des auteurs en France ?
 
Stéphanie Nicot : Cette formation est ouverte à tous les auteurs (plus ou moins) débutants, et vise à leur donner des conseils, tant sur les techniques d’écriture que leurs liens futurs avec les éditeurs. En effet, nous sommes très en retard en la matière sur les États-Unis, et cette journée est une petite pierre pour changer les choses. Mais croyez-moi, nous avons d’autres idées à ce sujet pour les années à venir.
 
ActuSF : L’an dernier, la conférence Rémunérer les auteurs en festival avait fait parler d’elle, autour des réformes sur les subventions du Centre National du Livre (CNL). Y aura-t-il une suite de ce débat cette année encore ? Cette réforme, aujourd’hui en place, a-t-elle impactée les Imaginales ? Si oui, comment ?
 
Stéphanie Nicot : le temps du débat a eu lieu. Cette année, nous commençons à appliquer cette mesure, souhaitée en particulier par le CNL, la SGDL et la Charte des auteurs. Elle a évidemment des conséquences financières, que nous ne pouvons pas, comme d’autres, amortir en poussant le prix des entrées (c’est gratuit à Épinal. Cependant, l’augmentation par le CNL, même modestement, de notre subvention, a contribué à amortir le choc, même si nous regrettons que la Sofia ne nous ait pas suivis cette année. En 2017 ? Laissons passer cette édition, et nous ferons le bilan ensemble.
 
ActuSF : Les Imaginales c’est bien évidement des dédicaces, des tables rondes et des conférences. Y aura-t-il des thèmes particuliers abordés cette année ?</div>
 
Stéphanie Nicot : Avec plus de 100 débats, on ne peut plus parler de sujets particuliers. Sinon, bien sûr, ceux qui illustrent notre thème !
 
ActuSF : Pouvez-vous nous dire un mot sur la programmation cinéma ?
 
Stéphanie Nicot  : Elle reste limitée (avoir des nouveautés en plein festival de Cannes n’est aps aisé), mais outre la sortie nationale d’un blockbuster, nous avons une très belle avant-première vendredi soir, grâce à l’énergie et l’enthousiasme du directeur des Cinés Palace. On y parlera de sorcellerie :
 
 
ActuSF : Le body painting, les dîners insolites, les jeux… La liste des animations proposées est longue. Elle reflète aussi les nombreuses structures qui s’investissent dans le festival. Aujourd’hui combien de partenaires compte les Imaginales ? Le festival fédère aussi bien les associations que les écoles, collèges, lycées… C’est une belle réussite, non ?
 
Stéphanie Nicot : Le public le pense, et c’est pour nous la plus belle des récompenses. Si l’équipe exceptionnelle qui réalise ce festival au quotidien, qu’il s’agisse des fonctionnaires de la Ville, ou des spécialistes de l’imaginaire qui modèrent et traduisent nos débats, réussit une telle manifestation, c’est dû à la qualité du projet et au lieu qui l’accueille (le parc ombragé), mais aussi aux auteurs qui apportent tant d’eux-mêmes. Évidemment, je songe tout particulièrement à Ayerdhal qui, dès 2003, est devenu l’un des soutiens les plus actifs des Imaginales et un ami fidèle de la ville d’Épinal et auquel nous pensons tous. 
 
D’ailleurs, les Imaginales fédèrent tellement que je serais bien en peine de citer les dizaines de partenaires
 
ActuSF : Le mot de la fin : pouvez-vous nous révéler une des surprises de cette édition 2016 ?
 
Stéphanie Nicot : l’avant-première du film The Witch (primé au festival du film américain indépendant de Sundance), et le fait que tous les soirs les festivaliers ont une ou deux propositions de soirées, entre théâtre, cinéma, et concerts : 
 
Quant à Fées et automates (Mnémos), l’anthologie des Imaginales pilotée cette année par Jean-Claude Vantroyen, elle fait vraiment aux lecteurs un très joli cadeau : une nouvelle écrite à quatre mains par Jean-Claude Dunyach et Mike Resnick. Et c’est notre invité américain qui en a eu l’idée !
 
Mais les vraies surprises, ce sont ces moments imprévus, magiques, qui naissent toujours, à Épinal, au moment où on ne les attend pas. Comme le disait une blogeuse, « Les Imaginales, c’est le festival des belles rencontres » !
 

Jean-Laurent Del Socorro