Interview 2017 : Alex Evans pour Sorcières associées
de Alex Evans
aux éditions
Genre : Interview
Sous-genres :
  • Steampunk

Auteurs : Alex Evans
Date de parution : janvier 2017 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Alex Evans est une autrice et animatrice du blog Romansdefantasy.com. Son roman Sorcières associées, qui sort le 2 février aux éditions ActuSF dans la collection Bad Wolf, mêle avec brio fantasy et steampunk.

ActuSF : Pouvez-vous vous présenter s’il vous plait ?
 
Alex Evans : Bonjour et merci pour cette interview. Je suis une « jeune » autrice de SFFF qui a commencé à publier en 2013. J’ai une production assez éclectique, puisque j’ai écrit aussi bien des romans que des nouvelles ou des novellas, aussi bien de la high fantasy (Les Murailles de Gandarès), ou du steampunk (La Machine de Léandre, Le Loup des Farkas) que du paranormal (Skinwalkers). Mes textes ont été publiés chez des éditeurs classiques, mais aussi en autoédition. Je puise souvent mon inspiration dans le folklore, par conséquent mes vampires, loups-garous et autres zombies sont un peu différents de ce qu’on voit la plupart du temps. Mon autre source d’inspiration est l’Histoire, car la réalité a bien souvent dépassé la fiction ! 
 
En tant que lectrice, je déteste les clichés et je m’efforce d’en avoir le moins possible dans mes récits. Au contraire, j’aime mettre en scène des contradictions et des paradoxes. Par ailleurs, j’ai passé mon enfance dans des pays aussi divers que le Togo ou la Russie, aussi mes histoires se passent rarement dans un univers médiéval conventionnel.
 
 
Votre roman Sorcières associées sort le 2 février aux éditions ActuSF dans la collection Bad Wolf. Pouvez-vous nous présenter Jarta, la cité où va se situer le récit ? 
 
Une partie de mes histoires, dont Sorcières associées, se passe dans le même univers à des époques différentes. Jarta est un peu son point d’ancrage, puisque la plupart des protagonistes y passent à un moment ou à un autre de leur existence. C’est une ville foisonnante, un port, un carrefour, où tout peut arriver. On peut y trouver les objets les plus incroyables et y faire les rencontres les plus improbables. C’est une ville franche, libre, non soumise aux lois de ses voisins et qui garde son indépendance contre vents et marées, alors qu’autour d’elle, des empires, mais aussi des religions ou des idéologies, naissent, meurent ou se transforment. Ses citoyens sont farouchement individualistes. C’est une ville qui symbolise aussi bien la liberté que la difficulté de la garder et l’assumer.
 
Cependant, il ne faut pas s’imaginer une sorte d’utopie libertarienne ! Dans mes romans tout se paye. Et à Jarta, littéralement, car sa seule loi, sa seule idéologie, sa seule religion est celle de l’argent. Il y a même un dieu de l’argent dont le temple fait aussi office de banque. Une sorte de paradis fiscal de fantasy ! Et oui, pour garder les royaumes voisins à l’écart et endormir les fanatiques prêts à partir en guerre sainte contre cette cité un peu trop libre et un peu trop riche, il faut user habilement de diplomatie, graisser quelques pattes, ou payer une armée de mercenaires… 
 
Personnellement, j’ai toujours aimé les ambiances cosmopolites. J’ai vécu à Londres pendant dix ans et j’ai trouvé fascinant ce contraste entre une grande liberté individuelle et le poids de l’argent. Comme on se trouve dans un univers steampunk, je me suis inspirée des grands ports plus ou moins francs du 19e siècle : Singapour, Hong-Kong, Macao, Shanghai… 
 
L’univers dans lequel vous nous plongez est fantasy, mais il a également des touches de steampunk, n’est-ce pas ? 
 
De grosses touches, même ! La particularité de cet univers est d’avoir une magie qui apparaît et disparaît de façon cyclique sur une période de plusieurs siècles. Quatre cents ans avant le début du roman, la magie a disparu. Les hommes ont donc été forcés de développer des technologies "ordinaires" et on assiste à une révolution industrielle semblable à celle de notre XIXe siècle. À l’époque, les gens étaient convaincus que le progrès technique ne pouvait qu’apporter le bonheur et les habitants de mon univers partagent cette mentalité. Aussi, lorsque la magie réapparaît, ils vont la considérer de la même façon que les autres découvertes scientifiques : quelque chose d’utilitaire qui peut avoir un usage pratique. Ils vont l’étudier en laboratoire, lui chercher des applications industrielles… On voit apparaître des appareils mécanomagiques, comme le tellion qui sert à capturer les créatures surnaturelles, par exemple. Au lieu de faire des incantations tous seuls dans leur coin, les nouveaux sorciers ouvrent des cabinets, exactement comme les médecins, les avocats et les notaires. Bientôt, on a l’idée de faire tourner les usines avec des zombies plutôt qu’avec des ouvriers qu’il faut payer. Seulement, si ces hommes "modernes" et "rationnels" croient avoir tout compris, la magie ne va pas s’avérer aussi simple qu’elle en a l’air…
 
Nous allons suivre Tanit et Padmé, deux associés dans un business qui requiert leurs talents magiques. Pouvez-vous nous les présenter ? 
 
Je me suis inspirée pour ces deux personnages des tandems qu’on a pu voir dans les romans ou au cinéma : Fafhrd et le Souricier Gris de Fritz Leiber, la série les Mystères de l’Ouest, l’Arme fatale… Deux femmes aux antipodes l’une de l’autre, au physique, comme au caractère, mais leur contraste les rend complémentaires. 
 
C’est ainsi que nous avons Tanit, la femme d’action, un gabarit de Walkyrie, ancienne espionne, flambeuse, accro à l’adrénaline, voire à la violence et accessoirement aux beaux mecs. Elle n’hésite pas à s’introduire nuitamment dans des endroits suspects pour les fouiller et n’est pas étouffée par les scrupules. Tanit est aussi une "self made woman", sortie de la misère. Aussi, a-t-elle un langage assez argotique, un humour contesté et une relation très particulière avec l’argent qui lui a manqué une partie de sa vie.
 
De l’autre coté, on trouve la très cérébrale Padmé, poids plume, chirurgienne, mère de famille collet monté et, en apparence, très à cheval sur les principes. Cette femme entre toujours par la grande porte, au vu et au su de tout le monde. On lui donnerait le Bon Dieu sans confession. Cela ne l’empêchera pas de vous soutirer habilement des informations entre deux petits fours… Padmé, elle, vient d’un milieu très huppé, parle d’une façon un peu pédante, mais paradoxalement est très sensible à la détresse humaine.
 
Bien sûr, chacune a sa façon à elle de mener l’enquête et nous voyons la situation alternativement de leurs points de vue. Cependant, sous une façade cynique pour Tanit et collet monté pour Padmé, se cachent de nombreuses blessures. Ces deux femmes ont fait partie de deux camps opposés lors d’une très sale guerre qui les a marquées chacune à sa façon. 
 
 
Leur aventure commence alors qu’elles sont embauchées par un vampire pour mener une enquête. Quelle est-elle exactement ? 
 
En fait, il y a deux enquêtes qui vont se recouper. Dans cet univers, une partie des créatures magiques viennent d’univers parallèles, volontairement, ou, comme dans le cas du vampire, capturées par des humains pour être asservis. Ce vampire terrifiant est enlevé et envoûté par un mystérieux sorcier qui veut s’en servir comme assassin. Du coup, il est obligé de demander l’aide à Tanit et Padmé pour le libérer de son ravisseur. Les deux associées se retrouvent dans une situation inédite : d’habitude, ce sont des humains qui leur demandent de les débarrasser d’un être surnaturel, pas l’inverse !
 
L’autre enquête est commanditée par un riche industriel qui possède une usine automobile opérée par des zombies. Plusieurs incidents y sont survenus et il est persuadé que quelqu’un lui a jeté un sort. Les deux associées pensent d’abord qu’il s’agit d’incidents banaux sans rien de surnaturel, mais vont changer d’avis lorsqu’elles découvrent que les deux affaires sont liées.
 
Une cité très métissée, un monde du travail tourné parfois en dérision… C’est une façon de parler de notre propre société, non ?
 
Quelque part, on parle toujours de notre société dans les romans de SFFF ! Cependant, l’idée de la cité métissée m’est venue bien avant la Mondialisation ! Quand j’étais enfant, dans les années 1970, j’ai vécu dans la ville italienne de Trieste, un ancien port-franc entre Autriche, Italie et Slovénie qui avait changé de nombreuses fois de main au cours de l’Histoire. Il reste plein de vestiges de ces influences, depuis un théâtre romain hanté par les chats et jusqu’à un château du XIXe ultra-kitsch qui ressemble à un décor de théâtre. J’adorais ses ruelles minuscules et ses boutiques improbables… C’est comme ça que j’ai écrit Frontière, pour lui rendre hommage. 
 
Il y a beaucoup de thèmes sous-exploités en fantasy que j’ai utilisé dans le récit : par exemple, la relation entre humains et créatures magiques ressemble beaucoup à la relation entre humains et animaux : les humains n’en voient que l’aspect utilitaire ou la menace qu’ils représentent. Rappelez-vous le djinn d’Aladin : pensez-vous qu’il était heureux, enfermé dans sa lampe ? Dans Sorcières associées, il y a des magiécologistes avant l’heure, à la manière du héros du film Créatures fantastiques : l’un tient un refuge où il parvient à abriter le vampire sans danger pour la population, l’autre est la fille de Padmé qui recueille un gremlin blessé. 
 
De la même façon, j’ai préféré revenir au folklore pour les zombies. À l’origine, le zombie a été inventé par les esclaves noirs antillais (peut-être à partir de légendes africaines, mais ça devient trop compliqué). Dans leur version de la religion vaudou, la mort vous libérait de l’esclavage et vous pouviez rejoindre votre pays d’origine et vos ancêtres. Un avenir sympa comparé à l’enfer qu’ils vivaient au quotidien. Seulement, si vous étiez un zombie, vous ne pouviez plus rejoindre ce paradis. Vous étiez condamné à trimer pour l’éternité pour votre maître sorcier. Etre un zombie était littéralement un destin pire que la mort. Or des cadavres qui travaillent gratis 24 h sur 24, c’est tentant, non, quand vous avez une usine à faire tourner ? 
 
Enfin, le dernier thème qui passe à travers le roman, c’est tout simplement les migrations. Que ce soit les deux héroïnes, les ouvriers mis au chômage par l’arrivée des zombies, ou le grand méchant de l’histoire, la plupart de mes personnages sont venus d’ailleurs et chacun amène son propre bagage culturel et émotionnel.
 
Prévoyez-vous de revenir dans cet univers ? Y aura-t-il une suite avec un roman ou une nouvelle ? 
 
Bien sûr ! J’ai déjà écrit plusieurs romans ou nouvelles dedans, alors je vais continuer. J’ai un synopsis en tête pour une suite de Sorcières associées (titre provisoire : l’Échiquier de jade) et pour La Machine de Léandre (titre provisoire : le Labyrinthe du traître).
 
Avez-vous des projets en cours ? 
 
Je suis actuellement en train d’écrire Bac Magie, Option Démons  un roman d’urban fantasy qui se passe dans un lycée, avec des enseignants possédés, des potions improbables, des vampires, des démons et des blagues de potache plus lamentables les unes que les autres. Ensuite j’ai prévu de revenir à la SF, un exercice que je n’ai pas fait depuis très, très longtemps, pour Connexions, un roman où il sera question de réchauffement climatique, d’internet et de zombies très particuliers (oui, encore des zombies).
 
Où pourra-t-on vous trouver en dédicace prochainement ? 
 
À la Foire du livre de Bruxelles, le 11 mars. 
 

Jean-Laurent Del Socorro