Interview 2017 : Aurélie Wellenstein pour le Roi des Fauves et La Mort du Temps
de Aurélie Wellenstein
aux éditions
Genre : Interview
Sous-genres :
  • Young adult

Auteurs : Aurélie Wellenstein
Date de parution : juin 2017 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Aurélie Wellenstein nous parle de La Mort du temps aux éditions Scrineo mais aussi du Roi des Fauves qui ressort en poche aux éditions Pocket.

ActuSF : D’abord un petit retour sur Le Roi des Fauves qui vient de ressortir chez Pocket. Te souviens-tu de ton idée de départ ?
 
Je voulais une métamorphose en animal, mais lente. À la différence du loup-garou, où l’animal surgit au premier plan à la pleine lune, dans le Roi des fauves, les personnages ont tout le temps de se sentir partir, de vaciller… Que ce soit au niveau physique (apparition de corne sur les mains ou de fourrure sur le dos, les bras…) ou au niveau psychique, avec l’émergence d’idées carnassières, et le réveil de l’instinct primitif. 
 
 
 
La thématique humanité / animal est centrale, qu’est-ce qui t’intéressait en elle ?
 
En fait, dans le Roi des fauves, il s’agit surtout d’un « devenir-démon » (plus qu’un « devenir-animal »). Ils se transforment certes en animaux, mais en animaux enragés. Les attributs physiques de la bête les rendent encore plus dangereux. Ce qui m’intéressait, c’était vraiment la dimension folle de la transformation, l’effondrement psychique. La trajectoire du personnage qui s’abîme dans autre chose, le naufrage… Parce qu’au fond, pour moi, le devenir-animal a des vertus positives : ranimer ce qui a été refoulé, c’est-à-dire la flamme sauvage et l’instinct. Ici, dans le Roi des fauves, la métamorphose est d’autant plus angoissante qu’elle conduit à s’anéantir soi et les autres.  
 
Cela fait quelques temps que tu l’as écrit, quel regard poses-tu dessus ?
 
J’ai beaucoup de tendresse pour lui. Je crois qu’il restera encore longtemps mon petit préféré. J’avais aimé l’écrire, le corriger. C’était une expérience forte. Du coup, j’en garde un souvenir très positif. 
 
Passons à La Mort du Temps, même question, quelle était l’idée de départ ?
 
C’est un roman qui a connu plusieurs versions. J’aime beaucoup les vortex. Donc, à l’origine, des trous s’ouvraient dans le monde. Ils aspiraient tout autour d’eux, à la manière des trous noirs. Une fois ces trous refermés, il restait à leur place des « zones instables » désertiques où pouvaient se produire diverses anomalies temporelles (comme par exemple, la tortue dont les écailles reflètent le passé et l’avenir de celui qui s’y mire ; créature qui est restée dans la version définitive du roman). Ce n’est que plus tard que j’ai eu l’idée d’unifier ces phénomènes en une catastrophe unique : le séisme temporel. Puis j’ai ajouté les répliques, qui sont comme le souvenir bruyant et mortel du tremblement de temps (le « flash »). 
 
 
Tu mélanges les époques, est-ce que c’est un plaisir particulier en tant qu’écrivain de pouvoir te balader dans différents univers dans un même roman ?
 
Il y a une dimension vraiment très « fun ». J’ai pris beaucoup de plaisir à imaginer ce que je pouvais arracher au passé et propulser à notre époque. Bien sûr, il y a les fameux ptérodactyles qu’on aperçoit sur la couverture, mais bien d’autres choses… Je me suis amusée !
 
Est-ce que tu peux nous parler un peu de Callista ?
 
Tant de gens sont morts, et elle, est toujours vivante. Je voulais travailler à travers ce personnage la thématique de la culpabilité du survivant. Son père lui place une responsabilité terrible sur les épaules : il se sacrifie pour qu’elle vive. Ce cadeau est aussi une lourde dette. Tout au long du roman, elle se sent redevable d’avoir survécu, et du coup, on assiste à ses tourments vis-à-vis des autres : doit-elle les aider ou privilégier sa propre survie ? 
 
 
Son univers est une sorte de puzzle. Est-ce que c’était facile à écrire en tant qu’écrivaine ?
 
Ce qui est compliqué dans les romans qui traitent du temps, c’est les paradoxes temporels. Une erreur est vite arrivée. La résolution finale n’est pas venue tout de suite non plus. J’ai laissé le texte me l’imposer (je travaille comme ça, j’écris à l’instinct). Du coup, l’aspect puzzle, déstructuré du monde ne m’a pas posé spécialement de difficultés. C’est plutôt quelque chose qui m’a amusée.
 
 
Est-ce que tu peux nous présenter le "chevalier-cheval" ?
 
Roland est un personnage physiquement très laid. Ce n’est ni un centaure ni un bel étalon. C’est un monstre. Comme souvent dans mes romans, je fais des clins d’œil à des jeux vidéo et Roland en fait partie. Venez me voir en salon avec votre pronostic ! Bref, Roland est affreux, et il a des côtés très inquiétants. Parfois, dans son discours, on sent affleurer le fantôme de la violence… mais c’est un cœur en or, le protecteur de sa « dame » Callista, et un authentique héros. 
 
Le livre vient tout juste de sortir, dans quel état es-tu ? Tu scrutes les avis de lecteurs ou tu es passée à autre chose ?
 
Je regarde attentivement les chroniques le premier mois qui suit la sortie, car c’est souvent le reflet de tous les futurs avis. Une manière de prendre la température. Ensuite, sauf si on me tague, j’essaie de ne pas lire. Recevoir des critiques n’est pas toujours simple, on peut se laisser griser ou au contraire, démolir. Dans un sens comme dans l’autre, ce n’est pas forcément constructif. Je veux vraiment rester concentrée sur ce que moi, j’ai envie de faire, sur ce qui vient du « dessous », tout ce processus mouvant et instinctif de la création. Ce n’est pas compatible avec les calculs du genre « je vais écrire ça, parce que ça va leur plaire ».
 
 D’ailleurs sur quoi travailles-tu ? Quels sont tes projets ?
 
Je viens d’envoyer deux nouveaux romans à mes éditeurs. Le premier est un roman contemporain, sur la protection animale : jusqu’où est-on prêt à aller pour sauver des animaux ? C’est un roman assez dur, qui, je l’espère, amènera à se poser quelques questions. Le second est un roman de fantasy très sombre, sur le traumatisme et le désir de vengeance. Il est assez dur également !

Jérôme Vincent

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