Interview 2017 : Feldrik Rivat pour Paris-Capitale
de Feldrik Rivat
aux éditions Homme Sans Nom
Genre : Uchronie
Sous-genres :
  • Polar
  • Steampunk

Auteurs : Feldrik Rivat
Date de parution : septembre 2017 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Rencontre avec un auteur aux multiples univers - Feldrik Rivat - à l’occasion de la sortie prochaine de son roman Paris-Capitale, aux éditions de L’Homme sans Nom !

« À quoi sert de conter l’histoire des grands hommes du passé si nous ne pouvons pas les faire revenir à la vie ? »

ActuSF : Bonjour Feldrik et merci de revenir sur Actusf ! Pour commencer pourriez-vous vous présenter un peu à nos lecteurs ?

Feldrik Rivat : Merci à Actusf de me recevoir et de se montrer toujours aussi attentionné envers les petits auteurs. Votre démarche est capitale et je tenais à le souligner en préambule.
 
Qui suis-je ? Bazar… J’arrive à près de 40 ans et je ne suis toujours pas certain de savoir répondre à cette question ! Je suis archéologue de formation, préhistorien, pour être plus précis. Je suis une sorte de voyageur dans le temps. Peu d’auteurs ont eu le privilège de taquiner des sépultures vieilles de 5 000 ans ou des crânes d’aurochs vieux de 30 000. Je peux vous dire que c’est inspirant ! J’ai commencé à écrire pendant mes études, travaillant et retravaillant un texte qui allait donner naissance à la trilogie des Kerns de l’Oubli, une saga de fantasy épique aux saveurs d’épopée. J’ai ensuite pratiqué quelques années l’archéologie préventive avant de troquer définitivement ma truelle contre une plume. De manière générale, je vis sans concession. J’ai donc toujours suivi mes coups de tête et mes élans de cœur, embrassant mes passions, les abandonnant parfois, aussi, pour mieux poursuivre ma route. Ainsi, je signe avec plaisir mon sixième roman, Paris-Capitale, aux éditions de l’Homme Sans Nom.

ActuSF : Vous êtes l’auteur de La 25e Heure et du second opus de ces aventures, Le Chrysanthème Noir, deux romans mêlant steampunk, fantastique et polar. Pouvez-vous nous situer ces romans, afin de comprendre dans quel contexte votre nouvel ouvrage – Paris-Capitale – s’inscrit ?
 


 
Feldrik Rivat : La 25e Heure et Le Chrysanthème Noir prennent source en 1888 à Paris. Le projet est parti d’une question un peu personnelle : n’existerait-il pas trop peu de fictions donnant la part belle à la Belle Époque ? Et trop peu d’univers imaginaires donnant à Paris le rôle titre ? Pourtant… que de richesses sont à découvrir quand on se donne la peine de creuser notre propre passé !

Ce diptyque s’inscrit donc dans un Paris de la fin du XIXe, pendant la construction de la tour Eiffel, et s’appuie sur une forte documentation pour contextualiser à la fois les ambiances, les petits métiers de rue, les méthodes de police (oui, c’est un polar), les mentalités de cette fin de siècle. L’idée est vraiment ici de partir du réel pour emporter le lecteur vers l’imaginaire, vers une uchronie naissante. Vous l’aurez compris, dans ce large éventail qu’est le steampunk, j’ai choisi ici sa lame la plus historique. Il y est question de spiritisme, d’hypnose, de médiums en activité, on va dans les catacombes de Paris, dans les carrières souterraines, on fait le tour des différents cimetières : en cette fin de XIXe siècle, on n’a jamais autant cherché à prouver l’existence de la vie après la mort. Et je pars du principe que ces recherches ont abouti et que des technologies en rapport avec ces découvertes ont commencé à être développées… Nous voici arrivés à la fin du Chrysanthème Noir, au terme d’une enquête parfois sombre et souvent impertinente !

Avec Paris-Capitale, on quitte le cadre historique pour entrer de plain-pied dans un cadre uchronique, avec des gratte-ciel à la new-yorkaise, des structures aériennes de fer et de verre, des quartiers subaquatiques… tenez : le courrier est porté par des singes volants, de mignons petits sapajous capables de retrouver leurs destinataires au milieu d’une foule de Parisiens affairés (qui n’a pas rêvé d’être livré par sapajou ?)

ActuSF : Paris-Capitale se déroule donc 20 ans après les évènements relatés dans La 25e Heure et Le Chrysanthème Noir. Mais ce n’est pas une suite n’est-ce pas ?

Feldrik Rivat : C’est exactement ça, l’idée ici est de permettre au lecteur de choisir les plats qu’il veut au menu :

1/ vous pouvez lire seul le diptyque formé par La 25e Heure et Le Chrysanthème Noir

2/ vous pouvez lire seul Paris-Capitale (inutile d’avoir déjà entendu parler d’Eudes Anatole-Faust Lacassagne pour entrer dans cet univers un peu fou)(découvrez le chapitre 6 en extrait !)

3/ vous pouvez lire le tout dans l’ordre d’écriture (le diptyque initial suivi de Paris-Capitale)

4/ ou encore commencer par l’uchronie totale pour ensuite aller voir comment les choses se sont mises en place 20 ans plus tôt…

ActuSF : Qu’est devenu Paris dans ce nouvel opus ? Les tours taquinent le ciel, les ballons fourmillent et les morts reviennent-ils (toujours) à la vie ?

Feldrik Rivat : Alors, la vie après la mort, c’est sympa, mais sans un minimum d’ordre, ce serait vite l’enfer sur Terre ! Les vivants ne sont déjà pas tous, par nature, très fréquentables, alors imaginez un peu voir tous les infréquentables de tous les temps revenir importuner les vivants en même temps ! Il a donc fallu que notre capitale s’adapte à cette nouvelle réalité : l’électricité nourrit cette matière éthérée qui compose l’âme des morts, rendant de moins en moins imperceptibles ces créatures de l’au-delà… Il n’existe alors plus que deux solutions pour mettre un peu d’ordre dans tout ça : éliminer les indésirables et se hisser hors d’atteinte des morts. Ainsi, les rues historiques sont livrées aux ombres de la nuit dès le soleil couché, et la Périspritique, une brigade un peu particulière, est chargée de déshantifier les rues de la capitale…

Restent les Cuprifères. Ces tours hautes de 1 700 m dominent ce qui était jadis le Champ-de-Mars, amplifiant le signal ténébral de la tour Eiffel. Elles abritent une technologie permettant aux morts les plus illustres de poursuivre leur œuvre pour le bien de l’humanité. Oui, il s’agit de donner un but à notre civilisation occidentale ! Histoire de ne pas se contenter de produire des richesses pour des richesses, ou de dilapider nos ressources naturelles pour le simple plaisir de briser l’ennui…
Pousser au maximum tous les curseurs de l’excellence est bien le but de cette douce utopie, mais… il y a quelques contreparties !

ActuSF : C’est le retour de la fameuse question piège, quelles ont été vos influences, littéraires ou autres, lors de l’élaboration de ce cycle et de ce Paris rétrofuturiste ? Le travail de documentation a également dû être important ?

Feldrik Rivat : La documentation est en effet au centre de ce projet. Elle est derrière chaque pierre, chaque nom de mort revenu à la vie, derrière chaque rouage de mécanique. Vous retrouverez derrière cet univers un peu de Schuiten ou de Robida, un peu de Jules Verne ou de ses inspirateurs : les scientifiques de la fin du XIXe et leur soif d’invention et de découverte ! Je ne boude pas non plus le cinéma dont des références appuyées fleurissent de scène en scène, allant de Minority Report de Spielberg à Brazil de Terry Gilliam, en passant par Silent Hill de Christophe Gans…

ActuSF :
Un mot sur la couverture et le design art déco de l’ouvrage peut-être, puisque vous le réalisez également ?
 

Feldrik Rivat : Depuis le projet des Kerns de l’Oubli, j’essaie à chaque fois de faire parler une autre facette de mon travail, celui de dessinateur. Mais jusque-là, je m’étais cantonné à des éléments annexes comme la carte des Kerns, les coffrets collectors ou autres goodies, réservant à de talentueux illustrateurs le soin de gérer cette interface qu’est la couverture. Pour Paris-Capitale, j’ai senti que je pouvais sauter le pas en concevant toute l’esthétique de cette couverture (merci à ce propos à l’équipe éditoriale de l’Homme Sans Nom pour sa confiance !) Le dessin représente les Cuprifères, sorte de pêle-mêle magnifié des architectures de Paris, sur fond de bronze martelé. J’aime beaucoup le côté à la fois maîtrisé du trait et le côté aléatoire de cette matière qui vient donner une touche discrète de noblesse à l’ensemble. Et mes lecteurs sont adorables : ils m’encouragent à continuer en ce sens !

ActuSF : Avez-vous d’autres projets à venir, dans l’univers des Kerns ou celui de la 25e Heure ? Ou aurons-nous le plaisir de découvrir prochainement un tout nouvel univers ?

Feldrik Rivat : Une précision, en préambule, pour les lecteurs préférant le format poche : le dernier opus de la trilogie des Kerns de l’Oubli est sorti en août dernier chez J’ai Lu. Ruez-vous sur cette édition et donnez raison à ceux qui se battent pour vous offrir une diversité de choix : un titre n’arrive jamais en poche par hasard, surtout quand l’auteur est un sombre inconnu !
 


 
Sinon, pour les projets, aïe… Vaste question ! J’avoue commencer à sentir monter comme un dilemme. Ma jeune carrière arrive à une sorte de croisée des chemins, avec la nécessité de passer à une vitesse supérieure sans vraiment savoir comment y parvenir. L’année 2018 promet d’être l’année des expérimentations : reste à savoir ce que je vais pouvoir concrétiser (le temps reste une denrée plus précieuse que jamais !) Mais une chose est sûre, je vais chercher à multiplier les collaborations et à diversifier les supports d’écriture.

Du côté de l’Homme Sans Nom, mon projet suivant est de pousser d’un cran supplémentaire mon uchronie rétrofuturiste avec un Paris qui monte toujours plus haut dans le ciel. Le titre, Stratopolis VR, laisse entendre certaines directions ! Mais je ne peux pas promettre qu’il verra le jour dès 2018 !

ActuSF : Où les lecteurs pourront-ils vous retrouver prochainement en dédicace ?

Feldrik Rivat : Je tourne dans la région parisienne durant 4 mois complets pour rencontrer mes lecteurs et faire découvrir mon travail, accompagnant par là ma charmante épouse (Roznarho, auteure de Rêves d’Utica : vous noterez avec quelle délicatesse je mets ma femme entre parenthèses…) Mon planning complet est disponible sur mon site Internet.
 
Je profite de cette petite plage pour préciser à quel point l’exercice de la dédicace est rude et pour remercier chacun de ces lecteurs qui prennent la peine de s’arrêter pour confier deux minutes de leur temps et sauter dans l’inconnu avec un roman sous le bras. Cette attitude est précieuse et je tiens à l’encourager. Écrire et faire vivre son écriture est un combat de tous les jours que partagent de nombreux anonymes de la profession, et je trouve trop peu de lignes pour le décrire… Vous tous qui nous lisez, choyez vos artistes, et plutôt que de vous laisser porter par les gros fleuves, prenez les sentiers sauvages. En un mot : osez !

Encore un immense merci à toute l’équipe d’Actusf et à sa présente ambassadrice !

Hermine Hémon