Interview 2017 : Thomas Pesquet
de Thomas Pesquet
aux éditions
Genre : Interview
Sous-genres :
  • Espace

Auteurs : Thomas Pesquet
Date de parution : septembre 2017 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Nous avons pu rencontrer Thomas Pesquet grâce à la parution de son ouvrage 100 Photos chez Reporters Sans Frontières, paru en août dernier. Pour nous, il revient sur son travail à l’ISS et son expérience dans l’espace.

ActuSF : Vous nous avez surpris par votre aisance, votre esprit, la façon dont vous avez occupé ce média comme jamais personne ne l’avais fait auparavent dans votre domaine. Aviez-vous anticipé l’intérêt incroyable que cela a sucité ? Aviez-vous une stratégie de communication prévue à l’avance ?

Thomas Pesquet :
Je trouvais ça bête de garder pour soi les magnifiques images de la Terre que nous avions là-haut dans l’ISS. On cherche donc forcément un moyen de partager parce que, moi, quand j’étais petit les réseaux sociaux n’existaient pas. J’allais chez le marchand de journaux acheter mes magasines pour savoir ce qu’il se passait.

J’ai voulu donc partager cela, et c’est alors devenu une façon assez naturelle de communiquer. Il n’y avait aucune stratégie derrière tout cela. Je me disait juste "qu’est-ce qu’aujourd’hui j’ai vu dans le monde ?". Quelque chose d’intéressant, ou de drôle, ou qui m’émerveille : il faut partager ça .

ça peut également être quelque chose de drôle, d’amusant qui se passe à la station, ou au sujet d’une expérience scientifique intéressante.

C’est en faisant des photos à la coupola que l’idée m’est venue. Ensuite, ça s’est fait comme ça, naturellement. Je triais et travaillais les photos de 21h00 à 23h00, je réfléchissais à ce que je pourrais en faire avant de les envoyer. Tout cela c’est fait en coopération avec l’agence spatiale au sol, je leur envoyais par mail la photo avec le petit texte à poster.
Et puis, je n’avais pas conscience de ce qu’il se passait pendant ce temps sur Terre, que ça allait enthousiasmer les gens. Je ne voyais pas le retour, c’était un peu à sens unique. C’est en rentrant sur Terre quej e me suis dit que ça avait enthousiasmé les gens et tant mieux !

Cela m’a permis de faire passer un message très positif.
 
ActuSF : Qu’est-ce qui vous amène à soutenir une cause telle que celle de Reporters Sans Frontières ?
 
 
Thomas Pesquet : Oui, ça me tenais à cœur. J’aime faire de belles photos, mais j’aime encore plus faire passer un message à travers elles. Derrière la photo d’une photo peut se cacher par exemple, la pollution, la surexploitation par les hommes de leur environnement. Cela permet de déclencher une réflexion et puis aidera les gens à voir un peu plus loin, à s’interroger.

J’ai la chance d’être là et de pouvoir dire ce que je veux alors, d’observer et d’avoir accès l’intégralité du monde... ce n’est pas le cas partout. J’ai la chance de pouvoir partager cette information qui est libre, pas contrôlée, auquel tout le monde à accès. C’était grâce à cette position un peu spéciale que j’ai eu pendant six mois que j’ai pu soutenir une telle cause, qui est belle à défendre.
 
 ActuSF : Qu’est ce qui vous a le plus surpris à votre entrée dans la station internationale ?

Thomas Pesquet :
Premièrement, c’est la vue. J’avais vu des vidéos, des photos, je les ai partagées... mais voir ça en vrai, ce n’est pas du tout la même chose. C’est là que l’on se rend compte quel a Terre, ce n’est pas juste une couleur, elle est phosphorescente, c’est super beau. On ne peux pas le rendre en photo ni en vidéo et ça, de le voir en vrai c’est vraiment fascinant. C’est de cela dont je me rappelle au début. La Terre n’est pas qu’une couleur, elle luit. 

ActuSF : Vous avez emmené avec vous l’intégrale de Saint-Exupéry dans l’espace, avez-vous eu le temps de le lire ?

Thomas Pesquet : J’ai pu découvrir Citadelle que je n’avais pas encore lu, je l’ai commencé, il est sur ma liste de choses à faire.
 

ActuSF : Avez-vous déjà envie de repartir, comme les grands marins qui font de grandes courses en solitaire ?


Thomas Pesquet :
Oui, c’est vrai, c’est un peu la même chose. C’est vrai que ce qui est étrange, c’est cette transition : pendant 6 mois, l’ISS c’était mon quotidien, mon monde, presque rien d’autre n’existait. On avait bien sur des contacts avec, la Terre de façon régulière, mais la Terre reste virtuelle pour nous. Mais c’est surtout l’ISS qui nous occupe toute la journée : les programmes, scientifiques...

Et puis tout d’un coup, on se retrouve au sol et paf, on retrouve des gens que l’on a pas vu depuis 6 mois. On voit alors tous les jours beaucoup de gens, on a plus l’habitude, l’ISS qui était notre réalité devient complètement virtuel, et la Terre qui était virtuelle redevient la réalité. Le changement est un peu bizarre effectivement ça prend du temps de se réadapter.

On est contents de revenir sur Terre car il y a plein de choses qui nous manquaient, mais c’est vrai qu’assez rapidement on pense à repartir...

Quand on est dans l’espace, on a des supers-pouvoir : on peux voler, déplacer des charges énormes... Rentrer sur Terre, c’est comme perdre ces supers-pouvoirs de super-héros. Cela ne fait plaisir à personne bien sûr.
 
 
 

Laura Vitali