Interview 2017 : lancement des éditions Leha !

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Genre : Interview
Sous-genres :
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Date de parution : juin 2017 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
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Les éditions Leha viennent de se lancer et ont publié (ou presque) leurs 3 premiers titres. Nous avons profité de ce lancement pour leur poser quelques questions :

 ActuSF : Qu’est-ce qui vous a poussé à créer une maison d’édition axée sur l’imaginaire alors que vous venez du journalisme et de la communication ?

Editions Leha : Cela fait partie de ces projets que l’on porte en soi et qui naissent quand les conditions sont réunies. En résumé, la création de Leha vient de constats sur l’univers de la littérature imaginaire et de l’envie d’associer mes compétences professionnelles à des goûts personnels. Pour revenir sur les constats, certains sautent aux yeux tels l’absence de reconnaissance de ce genre pourtant omniprésent aujourd’hui dans notre culture (on peut se féliciter que la profession prenne le sujet en main), la faible notoriété / visibilité de nombre d’auteurs français pourtant très talentueux, le mur qui sépare littérature et jeu de rôle ainsi que le nombre limité d’éditeurs indépendants ayant atteint une taille critique leur permettant ensuite des développements ambitieux.

 J’attache personnellement une grande importance à cette littérature qui m’accompagne depuis une trentaine d’années et je souhaite la défendre, contribuer à lui donner la place qu’elle mérite. Il se trouve que mon parcours professionnel apporte un certain nombre de clefs pour soutenir une telle démarche. Journaliste pendant 10 ans, j’ai dû écrire dans les 20 millions de signes et probablement en corriger autant en tant que rédac’ chef. J’ai ensuite créé une agence de communication il y a une dizaine d’années dont la nature est d’aider ses clients à se faire connaître dans les médias. On touche là au cœur de la littérature imaginaire : qualité éditoriale et notoriété. Quand on a cette envie d’agir et les outils pour le faire, il serait dommage de ne pas se lancer ! J’ajouterai que ce projet s’est bâti dans une logique très cadrée, avec des compétences très talentueuses et expérimentées pour l’accompagner. Je pense notamment à Céline et Aurelia, deux de nos chevilles ouvrières qui font un super boulot en matière de production, diffusion, marketing et communication. Mais aussi à Julien sur l’aspect graphique ou François dans le conseil éditorial. 

Enfin, car c’est une composante essentielle pour un éditeur, nous sommes très satisfaits d’avoir signé avec un des principaux diffuseurs / distributeurs du marché français (qui couvre aussi la Belgique, la Suisse et le Canada), Media Diffusion / MDS, qui travaille notamment avec des éditeurs comme Milady, Ankama, Kana, Dargaud, Dupuis, Le Lombard, …

 

 

 Pourquoi ce choix de nom et de logo ? 

Leha invite au voyage, à l’aventure, à l’imaginaire. J’avais envie de personnaliser cela à travers un personnage à la fois mystérieux et ouvrant des horizons infinis. C’est ce à quoi correspondent le nom et le logo que nous avons choisis. Logo pour lequel je remercie Olivier Ledroit et son fils qui ont fait un superbe travail. Ce visuel symbolise parfaitement notre souhait : des étoiles dans l’œil comme autant d’univers à visiter ensemble. Une sorte de mise en abyme pour le lecteur, un clin d’œil entre nous, une infinité de voyages à faire ensemble…

 

Qu’est-ce ce qui vous a donné envie de relier la littérature et les jeux de rôle ? 

C’est un des paradoxes les plus étonnants de notre univers. La littérature imaginaire et les jeux de rôle sont intimement liés depuis des décennies et pourtant les éditeurs n’en tiennent pas vraiment compte. Pourtant nombre de nos éditeurs imaginaires sont issus de la culture rôliste et savent quelle richesse y puiser, c’est une véritable pépinière de talents pour la littérature ! Quand vous prenez les auteurs à succès, un grand nombre vient de la sphère rôliste. Notre volonté est donc de réunir ces univers, mais bien entendu quand cela revêt un sens et que l’intérêt est réel. Nous allons publier des romans, des guides de voyage imaginaires et des jeux de rôle. Parfois il y aura des liens entre ces différents types de livres et parfois pas, tout est une question d’intérêt potentiel. Par exemple, Pierre Bordage prépare un roman pour Leha qui sera adapté en jeu de rôle. De même François Froideval va noveliser ses Chroniques de la Lune Noire mais aussi en faire un jeu de rôle. Je crois beaucoup dans la richesse croisée de ces univers et j’ai cru comprendre que certains éditeurs allaient s’y mettre également, tant mieux pour tout le monde !

 

 Votre ligne éditoriale se concentrera sur la publication d’auteurs français, pourquoi ?

 Elle se concentre principalement sur les auteurs français mais pas forcément uniquement ; nous ne nous interdisons pas la possibilité de traductions, notamment sur des types d’univers dans lesquels nous sommes peu présents. Ceci étant, il est vrai que nous souhaitons soutenir les auteurs francophones car il existe de réels talents parmi nos écrivains et nous estimons qu’ils sont souvent trop peu, pas ou mal mis en valeur. On peut écrire le meilleur livre du monde, si personne n’est au courant ou n’en parle, il n’aura aucun succès. Il semble parfois plus simple de traduire des séries anglo-saxonnes à succès que de soutenir une production française qui pourtant n’a pas grand-chose à lui envier. On peut se plaindre du manque de légitimité de la littérature imaginaire en France, mais cette carence de notoriété des auteurs français est clairement une des raisons du manque visibilité du genre.

 

 Qu’est-ce qui, selon vous, permettrait aux littératures de l’imaginaires d’occuper la place médiatique (et dans les librairies) qui devrait être la leur au vu, notamment, des parts de marché ?

Je viens d’esquisser une des voies possibles, à savoir rendre visibles plus largement certains auteurs. La littérature imaginaire vit en France un syndrome d’enfermement dont il faut qu’elle sorte si on veut qu’elle soit plus largement considérée. Cela passe aussi par une prise de conscience et un soutien de la part de son public lecteur qui, je pense, a un rôle important à jouer dans cette perspective. Ensuite, il y a probablement différentes actions à mettre en œuvre de manière concertée entre éditeurs, salons, libraires etc… D’une manière générale, il me semble que le concept de « l’union fait la force » se prête bien au sujet. La volonté des éditeurs d’aller dans ce sens-là est une bonne chose, s’ils arrivent à s’accorder sur les actions efficaces à mener… C’est dans tous les cas une noble cause dont nous nous sentons également investis !

 

 Vous avez choisi des noms forts pour débuter. Pouvez-vous nous présenter vos premiers romans ? 

Nous avons en effet le plaisir d’avoir signé avec des auteurs comme Pierre Bordage, François Froideval, Jeanne-A Debats… Nos premiers livres sortis le 23 juin sont la Porte des Abysses (tome 1/3 du Cycle d’Alamänder) d’Alexis Flamand et L’Eveil des Chimères d’Eric Amon. Alexis Flamand, dans une approche très pratchetienne, nous emmène dans une folle aventure : Jonas Alamänder, mage et détective, vient de perdre sa maison confisquée par un royaume voisin. Accom­pagné d’Edrick, l’un des soldats chargés de lui apprendre la nouvelle, et de son facétieux démon Retzel, il part pour la capitale de Kung-Bohr afin d’y plaider sa cause. Là, il se voit contraint d’affronter intrigues de cour et ennemis redouta­bles, en montrant autant de talent dans l’art de la magie que d’incrédulité face aux mystères qui se dévoilent peu à peu. C’est un texte assez jouissif que nous avons revu avec l’auteur pour le fluidifier par rapport à son édition précédente

 Avec l’Eveil des Chimères, Eric Amon nous transporte dans un univers fabuleux. Dans ce monde dominé par les humains, où la magie est à peine plus qu’un soupir, les créatures mythiques de l’ancien temps (sphinx, minotaure, manticore, hydre, faune...) essaient tant bien que mal d’exister. Dans cet univers imaginaire et extraordinaire, quand elles ne sont pas simplement considérées comme de pures fictions, elles passent désormais aux yeux des hommes pour des monstres. Le sont-elles toutes vraiment ?

Précisons que la dimension esthétique / graphique nous importe également beaucoup et nous sommes très heureux du travail accompli par Marc Simonetti et Jean-Sébastien Rossbach qui signent nos deux premières couvertures, mais aussi des illustrations en pages intérieures réalisées par David Cochard et Laurent Libessart. Les retours que nous avons dessus sont excellents et c’est là aussi une grande satisfaction, car nous avons envie de proposer des livres intéressants à lire mais aussi qui soient de beaux objets. Nous sommes également très heureux de l’accueil des libraires, qui nous envoient de nombreux messages sympathiques et semblent apprécier notre démarche comme nos premières publications. C’est une population avec laquelle nous souhaitons naturellement tisser des liens très forts. Ce sont des passionnés, comme nous, et nous avons une cause commune à défendre !

 

Quelle sera la suite de votre planning de parutions ? 

Nous poursuivons en septembre avec le tome 2 d’Alamänder (à nouveau illustré par Marc Simonetti), La Nef de Cristal, où la folie furieuse de l’auteur va commencer à se révéler au grand jour, on vous aura prévenus… En octobre, nous publions le premier tome des Chroniques Hérétiques, Les Loups d’Uriam, un diptyque de Philippe Tessier avec une couverture féérique de David Cochard. En novembre, nous inaugurons notre collection de guide de voyage dans les mondes imaginaires, mais chuuuuttt…c’est encore un peu secret et nous sommes sur écoute je crois (vous comprendrez pourquoi quand nous pourrons en parler un peu plus). Au premier semestre 2018, nous enchaînons avec une enquête fantasy renaissance mêlant imaginaire et polar de Sara Doke, la Complainte de Foranza, la fin du cycle d’Alamänder ainsi que celle des Chroniques Hérétiques. Nous aurons également au programme un roman SF de Jeanne-A Debats, le roman en cours d’écriture de Pierre Bordage et le premier tome de la novelisation de la fameuse saga de BD « Les Chroniques de la Lune Noire » de Froideval. Nous sortons également le reboot d’un des jeux de rôle français les plus célèbres de tous les temps, Mega, de Didier Guiserix, qui nous entraînera dans une multitude de voyages dans des univers parallèles.

Un programme chargé donc, avec probablement quelques surprises qui vont venir s’y insérer !

Quelles sont les prochaines étapes ? Aurons-nous la possibilité de vous rencontrer sur des salons ?

 Notre objectif premier est de défendre au mieux nos auteurs et de faire connaître leur œuvre. Au-delà, nous allons viser à la fois l’intensification de nos publications avec « nos » auteurs mais également avec de nouvelles signatures. Bien entendu, nous allons participer à un certain nombre de salons littéraires et de jeux, ce que nous annoncerons progressivement dans les prochaines semaines… Notre souhait est également de créer une véritable communauté autour de Leha, ce que les réseaux sociaux permettent de réaliser (nous approchons des 5000 abonnés sur Facebook, ce qui est une grande fierté pour une toute jeune maison comme la nôtre). Une communauté pour partager, échanger, rêver ensemble ! Et créer un éditeur qui portera haut, fort et loin le flambeau de ce genre littéraire qui nous fait vibrer. 

Emma Battinistini