Interview 2018 : André-François Ruaud pour la collection Une vie
de Xavier Mauméjean et André-F'rançois Ruaud
aux éditions
Genre : Interview
Sous-genres :
  • Essai

Auteurs : Xavier Mauméjean , André-F'rançois Ruaud
Date de parution : février 2018 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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À l’occasion de la sortie en Helios de trois titres de la collection : Une vie..., André-François Ruaud revient sur de ces ouvrages, qu’i a écrit en collaboration avec Xavier-Mauméjean.

Actus : Comment est née l’idée de faire des biographies de personnages de fictions ?

André-François Ruaud : Dans le fandom anglo-saxon de Sherlock Holmes, il existe depuis le début une sorte de jeu, un état d’esprit qu’ils nomment "The Game", c’est-à-dire le fait de faire exprès de croire que Holmes a existé, et s’ingénier à le prouver, à reconstruire l’existence de ce personnage en faisant semblant qu’il est historique plutôt que fictif... Donc lorsqu’avec Mauméjean et quelques autres amis, j’ai commencé à discuter de l’’idée d’une collection qui développerait des biographies de grandes figures de la fiction populaire, c’est bien sûr dans The Game que l’on s’est situés, mais en l’étendant à Lupin, à Poirot puis, ensuite, à Fantômas, Maigret, Bond, Burma etc.

Pourquoi avoir en particulier choisi ces trois personnages que sont Sherlock Holmes, Hercule Poirot et Arsène Lupin qui sont réédités aujourd’hui en Hélios ?

André-François Ruaud : Parce que ce sont, indubitablement, les plus grands. De véritables icônes, ultra connues et indémodables. Le choix s’est imposé comme une évidence, dès que nous avons décidé d’étendre le principe d’une bio de Holmes à d’autres grands personnages plus ou moins du même type : autant écrire les bio de Tarzan ou de Rouletabille s’est avéré impossible, tant il y avait de contradictions et de volte-faces dans ces œuvres-là, autant on a véritablement avec la trilogie Holmes - Lupin - Poirot la fondation d’archétypes forts, d’une formidable cohérence.

"The Game", c’est-à-dire le fait de faire exprès de croire que Holmes a existé, et s’ingénier à le prouver, à reconstruire l’existence de ce personnage en faisant semblant qu’il est historique plutôt que fictif."

Comment avez-vous travaillé avec Xavier Mauméjean pour construire et rédiger ces biographies ?

Ce fut intense ! Tout d’abord nous prenions chacun de notre côté des tonnes et des tonnes de notes, en relisant toutes les œuvres à la loupe, en menant un véritable travail de détective à l’intérieur des textes et en recontextualisant tout le temps de manière culturelle, géographique, littéraire, historique... puis je me rendais chez Xavier, et je m’enfermais une bonne semaine dans son bureau, pour un travail très particulier de... comment dire ? De broderie, de couture : relier tous les éléments, rédiger du texte, développer absolument tout, fondre chaque apport en un tout cohérent... cependant que Xavier rédigeais d’autres morceaux, retravaillait en direct ce que je venais de faire, et ainsi de suite, du matin jusqu’à plus de minuit chaque jour, avec seulement de délicieuses pauses repas. Ce fut chaque fois un travail d’une concentration inouïe. Deux fois pour Holmes et Poirot (première version puis une deuxième plus développée, c’est cette dernière qui est rééditée en Hélios) et presque de la même manière mais en solo, trois fois sur Lupin.

Est-ce que vous vous êtes permis des libertés dans leurs biographies ?

André-François Ruaud : Oh là, non, surtout pas : ces biographies sont des enquêtes, nous nous sommes absolument interdits de dévier des textes, d’imaginer des choses. Disons qu’au lieu d’étudier ces trois œuvres "par le dessus", comme on le fait classiquement en études littéraires, nous nous sommes attachés à les étudier de l’intérieur, en traquant le moindre détail. Nous déduisons, nous croisons, nous xtrapolons, mais uniquement sur des bases solides, il n’y a pas la moindre part d’imagination dans notre démarche, ce serait intellectuellement malhonnête : quand nous affirmons que Holmes et Watson ont coutume d’aller se promener dans Regent’s Park c’est simplement parce qu’ils habitent à côté ! Lorsque nous indiquons dans quel église Poirot va à la messe, c’est juste parce qu’une église catholique se trouve vraiment à côté de chez lui et qu’on le sait croyant... Ces trois biographies sont du travail de détective, en fait. En étudiant à la loupe ! Les faits proviennent donc directement des textes, ou bien du contexte historique, c’est tout.

"Ces biographies sont des enquêtes, nous nous sommes absolument interdits de dévier des textes, d’imaginer des choses."

Ces trois-là, Arsène Lupin, Hercule Poirot et Sherlock Holmes ont-ils des points communs ? Qu’est-ce qui nous fascine en eux ?

André-François Ruaud : Leur stature quasi légendaire les rapproche. Le domaine policier aussi. Au-delà, il y a bien entendu le fait que Holmes et Lupin sont non seulement en partie contemporains mais qu’ils se croisent dans les œuvres de Leblanc, ce qui enrichie encore chaque personnage. Mais avant tout, je dirai que ce qui nous fascine chez eux, c’est finalement la même chose qui pourra fasciner chez de grandes figures historiques : une forme de démesure, des destins incroyables, un legs à notre culture... C’est pour cela qu’ils nous semblent réels, et que l’on peut brosser leur vie comme on le ferait de celle de Jane Austen, de Claude Monet ou de Georges Clemenceau... l’aventure en plus ! Et puis, aussi, chacun incarne à merveille une époque précise : ils ont vécu au-delà de cette époque de référence, mais Holmes c’est avant tout l’ère victorienne, Lupin ce sont les Années folles, Poirot c’est l’entre-deux-guerres...

Est-ce que l’on peut espérer voir ressortir vos bios de Nestor Burma, Jack l’Eventreur, Maigret ou Miss Marple ?

André-François Ruaud  : Ce n’est pas prévu pour le moment, car les autres textes demanderaient souvent un gros travail de redéploiement littéraire et de précision, une "version longue" qui n’a été effectuée que sur les trois premiers. Seules exceptions : mon Frankenstein a tout de même été réédité en grand format ("Sur les traces de Frankenstein"), et le Cthulhu de Patrick Marcel sera repris en Hélios l’an prochain. Quoique... Jack l’Éventreur peut-être, on verra.

Est ce que vous travaillez sur d’autres bios de ce type ?

 

André-François Ruaud : La collection est finie et nous sommes passé à d’autres choses...Personnellement, j’aurai bien aimé travailler sur Maigret, mais il y a un temps pour tout, maintenant je me concentre plutôt sur de la fiction... Quant à Xavier Mauméjean, il a poursuivit cette forme d’obsession bio-fictionnelle dans son travail actuel de romancier, je pense, la veine qu’il explore depuis maintenant trois romans n’est guère éloignée finalement de ce qui motiva nos biographies.

"Leur stature quasi légendaire les rapproche. Le domaine policier aussi." 

 

Jérôme Vincent