Interview Antoine Rouaud sur La Voie de la Colère
de Antoine Rouaud
aux éditions
Genre : Interview
Sous-genres :
  • Fantasy

Auteurs : Antoine Rouaud
Date de parution : décembre 0000 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Antoine Rouaud vient de signer un premier roman de fantasy très remarqué, sorti simultanément dans douze pays. Nous avons voulu en savoir un peu plus...

Actusf : Une petite question de présentation pour commencer. Qui êtes-vous ? Comment êtes-vous tombé dans l’imaginaire et quels sont vos auteurs préférés ?
Antoine Rouaud : Bonjour, je m’appelle Antoine Rouaud, aussi loin que je m’en souvienne j’ai toujours vécu à Nantes. Et j’ai également toujours inventé des histoires, difficile donc de savoir comment je suis tombé dans l’imaginaire. Je suis né au début des années 1980, j’ai donc grandi avec les films de Spielberg, Lucas, Dante et Zemeckis, très imaginatifs et qui, pour certains d’entre eux, restent des films cultes. Côté auteur, j’ai beaucoup lu Stephen King, Tolkien, Moorcock et j’ai littéralement dévoré La Planète des Singes de Boulle ou encore La Nuit des Temps de Barjavel. Je n’ai pas d’écrivain en particulier qui est devenu mon préféré. J’en aime beaucoup, de différents genres. 
 
 
Actusf : Comment est née l’idée de La Voie de la Colère ?
Antoine Rouaud : Il n’y a pas eu vraiment d’instant T, c’est un long processus. Il y a des bribes d’anciennes histoires, écrites quand j’étais ado, et de nouvelles idées. S’il faut garder un moment pour le qualifier de naissance, c’est lorsque j’ai reçu un mail de Stéphane Marsan de Bragelonne suite à un premier roman que je leur avais proposé. Il me demandait une histoire un peu plus adulte que celle que je leur avais envoyée (c’était un roman jeunesse). Ça a été un déclic, une porte qui s’entrouvrait. C’était pour moi le moment où je pouvais prouver que j’étais capable de raconter quelque chose, et d’une bonne manière. 
L’idée d’aller-retour, de flashbacks et de points de vue s’est imposée d’elle-même, pour servir l’histoire que je voulais raconter. J’ai eu un peu peur au début, me disant que ça pouvait paraître très prétentieux de proposer un texte avec des lignes temporelles imbriquées, j’ai douté. Mais je savais que c’était là le meilleur moyen de raconter ce que je voulais. 
 
 
Actusf : Les révolutions ne sont pas nombreuses en fantasy, surtout celles qui débouchent sur des formes de démocraties. Qu’aviez-vous envie de faire ? Est-ce qu’un auteur comme Brandon Sanderson a pu être une influence ? 
Antoine Rouaud : Je n’ai pas eu d’influence d’auteur, ayant lu peu de fantasy en dehors des classiques. Enfin, j’ai évidemment dû être influencé par tout ce que j’ai pu lire ou voir depuis que je suis enfant, seulement, je n’y réfléchis pas, c’est surtout inconscient. Comme je n’ai pas réfléchi à cette idée de Démocratie en me disant que la rareté de ce décor puisse être un atout. Cela servait juste le propos. On évoque en fond la puissance d’un Livre où le destin serait écrit. Quoi de mieux qu’une démocratie pour donner une sorte de contraire, un endroit où tout semble être possible, où tout peut désormais s’écrire. C’est cette idée-là qui m’intéressait, en ajoutant aussi le fait que, dans une république, le pouvoir n’est plus aussi arbitraire qu’il peut le sembler dans une royauté ou un empire. C’est un terreau magnifique.
 
 
Actusf : Comment avez-vous construit votre univers ? Et comment avez-vous travaillez ?
Antoine Rouaud : Intuitivement. Il y a des références aux premières républiques comme au grand empire. Je n’ai pas voulu faire un univers fait de carte et de plan. Je sais où se situent telle ou telle ville, telle ou telle montagne, quelle est l’histoire des anciens royaumes, des premiers rois, du Liaber Dest de sa création à sa redécouverte. Ces éléments sont assez précis dans ma tête, je me contente de les distiller pour le moment. Certains me reprochent un manque de "worldbuilding" comme disent les anglais. Mais nous ne sommes qu’au premier tome d’une Trilogie et j’ai préféré me concentrer sur ce qui me semblait important, l’histoire et les personnages plutôt que le décor. Également parce qu’il s’agit de mon premier roman et qu’il faut être sacrément doué pour réussir à allier efficacité, profondeur et un monde complet en un seul livre. 
Ma ligne directrice était le destin de deux personnages principaux. Et de faire du background l’image de ce leur vie. Quelque chose qui s’écroule et une autre qui s’élève en doutant sur la voie à suivre. Une forme de croisée des chemins. 
 
 
Actusf : La structure narrative est assez ambitieuse avec un mélange de flashbacks et de présent, et avec en prime un retour sur certains événements dans la deuxième partie. Comment avez-vous travaillé ?
Antoine Rouaud : Là aussi, assez intuitivement, ce qui a failli être préjudiciable sur le premier jet car je n’avais pas établi un plan détaillé avec les années. Ce qui faisait quelques écarts par moments qui rendaient l’histoire bancale si on prêtait bien attention à tout ça. Les flash-back venaient naturellement à mesure que j’écrivais. Entre le premier jet et la version finale du roman, il n’y a pas eu de changements sur l’emplacement des flashbacks par exemple. Toute la base était là, ce qu’il fallait vérifier était juste les citations de durée pour être cohérent entre les deux parties du roman. 
Par moment, j’ai écrit un chapitre de la première partie et son... reflet dirais-je, à peu près en même temps. Pour être certain de ne pas perdre les petits détails. 
 
 
Actusf : Comment voyez-vous vos deux personnages principaux, l’Échassier et Grenouille ?
Antoine Rouaud : Comme des archétypes qui deviennent, au fur et à mesure de l’histoire, beaucoup plus profonds qu’on pourrait le croire de prime abord. Ce sont des clichés : le mentor et l’élève. Ce qui change peu à peu, c’est leur relation, ce qui les lie et pourquoi. Ce qui les sépare également. L’un appartient à un monde en ruine, l’autre à un monde qui se cherche et à qui tout peut arriver. Ce qu’ils s’apportent l’un l’autre est important, mais je ne peux trop en dire sans dévoiler d’une part le premier tome et d’autre part... la suite. 
 
 
Actusf : Parlons de l’aventure éditoriale. Le livre est sorti en Grande-Bretagne, Allemagne, Brésil, Pays-Bas, Espagne... en même temps qu’en France. Comment tout cela s’est-il passé ? Avez-vous déjà des retours de l’étranger ?
Antoine Rouaud : C’est simplement énorme. Si énorme que j’ai du mal à vraiment réaliser. C’est quelque chose dont on peut rêver mais qu’on ne peut vraiment croire. Mais il est important aussi de signaler que, aussi bon mon livre puisse-t-il être, cette sortie mondiale est du fait de Bragelonne et de ses rapports avec les éditeurs étrangers, de leur travail sur des années au point d’être considéré à leur juste mesure par leurs homologues. Je suis arrivé au bon moment, il faut aussi bien se rendre compte de ça. 
 
 
Actusf : Le tome 2 est prévu pour 2014. Le tome 3 pour 2015. Que pouvez nous dire de la suite de l’intrigue ?
Antoine Rouaud : Je travaille sur le tome 2 actuellement, avec la crainte de décevoir. Ce ne sera pas un La Voie de la Colère bis, non. Une continuité. Avec moins de flashbacks, sur un temps plus limité également. Un deuxième tome, c’est aussi une sorte de pivot dans une trilogie, pour lancer la conclusion. Il pourra surprendre en commençant avec un personnage féminin inconnu. Mais tout, comme dans le premier tome, prend sens au fur et à mesure.
C’est toujours difficile d’en parler avant la sortie... et même après, remarquez. On est dans notre histoire, on écrit pour la rendre la plus agréable à lire, la plus prenante possible. En parler après en affirmant ceci, c’est toujours délicat. On propose, nous ne sommes pas les mieux placés pour juger notre travail. Mais avec tout le recul possible, et si je me plaçais en tant que lecteur de ma propre histoire, je vous dirai ceci : Ça dépote grave. C’est un peu une claque.

Jérôme Vincent