Interview Ayerdhal (2004)
( 1 )
de Yal Ayerdhal
aux éditions ActuSF
Genre : SF

Auteurs : Yal Ayerdhal
Date de parution : septembre 2004 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga
Parution en vo : septembre 2004

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En septembre dernier, lors d’une séance de dédicace, ActuSF a eu le plasir de rencontrer un grand nom de la science-fiction française : Ayerdhal. Auteur de Transparences, Ayerdhal a profité de son passage éclair à Paris pour parler de son dernier roman, m

L’entretien ayant duré plus d’une heure, nous avons réparti les points abordés en cinq thèmes principaux que vous pouvez à loisir explorer individuellement ou tous ensemble :
- Retour sur son roman Transparence
- Le féminisme dans la SF
- Pamphlet social
- Etats des lieux de la SF française
- Droit du serf et projets à venir

Retour sur son roman Transparence

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ActuSF : Votre roman Transparence est sorti au mois de mai. Aujourd’hui, vous avez dû récolter de nombreux retours de la part de vos lecteurs. Quels sont-ils ?
Ayerdhal : J’ai eu, ce qui est assez unique dans ma carrière, 99,99% retour de gens qui ont été plus qu’enthousiastes sur ce livre. Et parmi ces retours, j’ai eu des gens qui d’habitude détestent ce que je fais et qui là ont dit que j’avais très bien travaillé. C’est à la fois extrêmement satisfaisant vis-à-vis du travail en question, c’est le bouquin qui m’a pris le plus de temps en termes de boulot, et c’est aussi très frustrant parce que quelque part, j’aime aussi d’autres de mes bouquins. Je m’attendais à beaucoup de retour d’idéologues politiques. J’en ai eu en fait, très, très peu. Ce sont surtout des proches qui me connaissent bien et qui m’ont remercié d’avoir été moins politique que d’habitude.

ActuSF :
Vous avez été moins politique que d’habitude ?
Ayerdhal : Eh bien, il semblerait (rires).

ActuSF :
Transparence est un roman policier. Avez-vous des réactions de lecteurs se demandant si vous comptiez abandonner la science-fiction ?
Ayerdhal : Si j’ai eu des réactions ? Pour beaucoup de gens, rentrer dans le polar signifie faire le choix de l’argent, alors que l’on vit moins bien dans le polar que l’on vit dans la SF, parce que la SF est un genre qui est rentable depuis longtemps. Même si la rentabilité est très faible, c’est un genre qui vit relativement bien. J’essaye toujours d’expliquer que je suis romancier. La plupart de mes romans sont des romans de SF, mais il y a eu d’autres choses : il y a eu une utopie, il y a déjà deux polars qui ont précédé celui-ci, il y aura d’autres polars, il y aura un roman historique, il y aura plein de choses en fait.
La science-fiction était le mode d’expression le plus facile pour démarrer ma carrière. C’est un genre que je maîtrise bien. J’en lis depuis que je sais lire et c’était là-dedans que je pouvais exprimer ce que j’avais à dire. Aujourd’hui, je me sens beaucoup plus libre de travailler dans d’autres domaines parce qu’il y a une maîtrise de l’écriture, parce que j’ai besoin de faire des choses différentes et ces besoins sont devenus plus forts que les petites réticences au genre.

ActuSF :
Beaucoup de lecteurs ont trouvé votre roman complexe, difficile à suivre. Qu’en pensez-vous ?
Ayerdhal : J’ai eu quelques retours dans ce sens-là. Je m’attendais à beaucoup plus de retours de ce type-là parce que j’ai choisi assez arbitrairement d’ailleurs, de placer toute l’histoire à travers les yeux de Stephen et c’est quelqu’un de particulier. J’ai respecté ce qu’il pourrait être. J’ai rencontré des psys, j’ai communiqué avec des criminologues... J’ai pas mal bossé de façon à qu’il soit hyper crédible. Et comme je raconte l’histoire à travers ses yeux, nécessairement c’est à travers sa façon de voir le monde qui est très, très particulière. Il n’y a pas un geste qui peut être gratuit et les psys fonctionnent comme ça.

ActuSF :
Comment vous est venue l’idée d’aborder la thématique de la psychologie ?
Ayerdhal : Je suis fasciné par les sciences qu’elles soient humaines ou exactes. J’ai énormément lu, j’ai énormément appris et depuis que j’écris, j’ai toujours fonctionné comme ça. J’essaye de travailler mes personnages dans un sens qui était plus proche de la psychologie et de la sociologie que d’autres choses. Là, c’était un petit peu naturel. C’est une continuité pour moi. Simplement, c’est poussé un peu plus loin parce qu’il se trouve que le personnage est lui-même psychologue de formation. J’ai tout de même beaucoup de réserve sur les sciences humaines, d’une façon générale et surtout la psycho. Ce n’est pas une science exacte et il ne faut jamais oublier que ce n’est pas une science exacte !

ActuSF :
Comment est né le personnage d’Ann X ?
Ayerdhal : J’ai travaillé pour des associations qui s’occupaient d’enfants violés. Je connais ça, je sais ce que cela crée comme dégâts dans un cerveau humain. J’ai simplement fait un condensé de tout ça en essayant de sortir le personnage de sa propre situation, mais de l’en sortir par l’intérieur. C’est difficile à expliquer comme ça. Stephen l’explique bien mieux que moi, mais c’est son métier aussi.
L’idée est venue de la rencontre avec des gens qui avaient subi ce genre de violence et de ce qui leur est arrivé. Et des rares personnes qui "s’en sont sorties", parce que la plupart ne s’en sortent jamais et souffrent toute leur vie qui, en général, est assez courte, qu’elle soit détruite par le suicide, par la drogue, etc., soit qu’ils reproduisent aussi le schéma des horreurs qu’ils ont subies.

ActuSF :
À la fois tueuse sans scrupule et jeune femme sensible et marquée par des années d’abus sexuel, Ann reste un personnage ambigu. Difficile de l’aimer, mais difficile aussi de la détester...
Ayerdhal : Je voulais qu’on arrive à comprendre à la fois tout son cheminement, à bien comprendre quels sont les dégâts occasionnés par ce qu’elle avait vécu et puis, à comprendre qu’elle était capable d’évoluer, c’est-à-dire qu’il ne fallait pas la condamner d’emblée. On a une société merveilleuse : elle condamne systématiquement, chaque fois que quelqu’un a commis un acte "répréhensible" ou criminel. Après c’est fini, son existence est terminée. Elle sera toujours marquée par ça. Moi, je ne crois pas en ça, je crois que l’on a droit à la rédemption.

Le féminisme dans la SF

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ActuSF : Vous aimez bien les personnages féminins. D’ailleurs, dans vos romans, elles sont fortes et très présentes. Pourquoi ce choix ?
Ayerdhal : C’est un peu pour prendre le contre-pied des amis auteurs. Au départ, c’est ça. Quand j’ai commencé à écrire, dans la fin des années 80, dans ce domaine très particulier qu’était la science-fiction, la SF française non contente d’être phallocrate, était carrément misogyne. C’était assez abominable. J’ai d’emblée pris le contre-pied parce que moi, je n’ai pas grandi dans un monde comme ça. Les femmes ne sont pas les faire-valoir des hommes. Il a fallu que je découvre à travers la littérature, ce que cela pouvait être cette philosophie phallocrate. Et comme je suis très à l’aise avec les personnages féminins... J’ai une certaine fascination pour le combat qu’elle mène depuis le milieu du 19e siècle.

ActuSF :
Ce n’est pas également un moyen d’attirer un autre type de lectorat plus féminin ?
Ayerdhal : Non, ce n’était pas le but d’élargir un public, mais c’est évident que cela l’a élargi. Je pense que je fais partie des auteurs qui ont un quota de 45, 55 au-delà de la science-fiction parce que je pense qu’aujourd’hui, on est plus proche de 3/4, 1/4. Mais, il y a d’autres auteurs... Je me suis aperçu assez rapidement que parmi mes auteurs préférés, on trouvait des auteurs chez qui, il n’y avait aucun sexisme que ce soit John Varley –c’est un excellent exemple-, Ursula Le Guin, bon c’est une femme..., et il y en a encore beaucoup d’autres plus récents. Cela a évolué aux États-Unis bien avant de changer ici. Et puis, ça a donné envie à quelques auteurs français de s’y essayer aussi.

Pamphlet social

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ActuSF : Dans vos romans, il y a une place importante à la dimension sociale. Est-ce que l’écriture est votre moyen pour exprimer vos revendications et critiquer notre société ?
Ayerdhal : J’écris parce que je ne sais pas parler. J’ai beaucoup de choses à dire sur le monde que je ne peux pas m’empêcher de voir, d’entendre. J’ai des relations avec le monde qui sont audiovisuelles, qui sont olfactives, qui sont dans ce que je lis, dans ce que je vois au cinéma, à la télé, etc. Je ne suis pas un grand amateur du monde tel qu’il est aujourd’hui. Honnêtement, si on me demandait aujourd’hui de signer pour que cela continue, je dirais non. Alors, quand j’ai des choses à dire, et bien, je les dis par écrit.
Il y a une phrase de Sartre que je cite à tout bout de champ : "La fonction de l’écrivain de faire en sorte que nul ne puisse ignorer le monde et que nul ne puisse grandir innocent." C’est ma façon d’être citoyen, de remplir mes fonctions civiques. Si je savais parler, malheureusement, je serais politicien, et alors là ce serait l’horreur pour tout le monde (rires).

ActuSF :
Dans Transparence, par exemple, vous êtes assez polémique, non ?
Ayerdhal : Je ne suis pas si polémique que ça. Si on réfléchit bien, le personnage se faisant l’interprète de l’auteur, demande juste au lecteur de réfléchir et de ne pas se contenter d’accepter ce qu’on lui présente comme une vérité, comme étant LA vérité. Et cela concerne effectivement le 11 septembre. S’il y avait un seul message dans ce roman, c’est : ne prenez pas pour argent content, ce qu’on vous raconte dans les médias. Vérifiez, allez aux sources, essayez de remonter un peu plus loin, réfléchissez. Tout n’est pas toujours aussi simple.

ActuSF :
Vous êtes assez pessimiste !
Ayerdhal : Je ne suis pas pessimiste, je suis cynique (rires). Être pessimiste, cela voudrait dire que cela peut-être pire encore. Et franchement, je ne crois pas. Je pense qu’on est dans une situation qui perdure bon an, mal an, depuis maintenant pas mal de décennies, et qui s’est un peu aggravée à la chute du mur, puisqu’il y a tout un pan d’idéologies qui s’est effondré et qui a disparu complètement. Cela ne sera pas pire, on est dans une situation qui est hyper stable. L’ultra-libéralisme, c’est hyper stable ! c’est génial pour les gens qui en tirent profit, pas pour l’essentiel de l’humanité... Le fait, par exemple, d’avoir culpabilisé les classes moyennes des pays industrialisés sur la responsabilité du tiers-monde et des pays en voie de développement, c’est absolument génial pour ceux qui possèdent réellement le monde. Ils n’ont même plus à lever le petit doigt ! C’est atroce, je suis cynique (rires).

ActuSF :
Quels sujets avez-vous envie d’aborder actuellement dans vos romans ?
Ayerdhal : Il y a des milliards de sujets que l’on peut traiter avec l’actualité. J’ai toujours envie de tous les foutre dans un seul et même bouquin. Ce n’est pas possible parce que cela serait un pavé de douze mille pages et parce que ce serait une longue litanie... Il faut les distiller petit à petit, compter sur les copains-auteurs qui eux aussi distillent deux, trois choses. Et c’est peut-être comme ça que naissent les envies d’écrire les bouquins comme Transparence, parfois les envies de leur donner des suites...

ActuSF :
Il va y avoir une suite à votre roman ?
Ayerdhal : C’est envisageable... parce qu’effectivement, tout ce qui s’est produit depuis le 11 septembre 2001, je n’ai pas envie de le raconter n’importe comment. J’ai envie qu’Ann X y mette sa violence à elle et que Stephen change un peu de regard. Mais bon, ça ne veut pas dire que je l’écrirai... Ça veut dire que pour l’instant, il est envisageable pour moi d’écrire ces années 2001-2005 par l’intermédiaire d’Ann X. Mais, je peux les raconter autrement aussi et je pourrais ne pas les raconter, je pourrais projeter tout cela dans un passé, un futur...
En même temps, j’ai envie aujourd’hui de raconter à ma fille entre autres et à la jeunesse d’aujourd’hui, ce qu’étaient les années 70. Leur expliquer pourquoi nous on passe encore pour des vieux "bab", qu’on reste encore des vieux anarchistes, qu’on croit encore en certaines idéologies. Ce n’est pas tout à fait un hasard parce qu’on a vécu une période intemporelle, une période bizarre, une suspension dans l’Histoire de l’humanité. Et j’ai envie de la raconter en la mettant en parallèle avec les saloperies d’aujourd’hui.

Etats des lieux de la SF française

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ActuSF : Beaucoup disent de vous que vous avez apporté un renouveau à la SF française. Comment ressentez-vous cela ?
Ayerdhal : D’abord, on ne peut pas ne pas se rendre compte de quelque chose qu’on entend des dizaines et des dizaines de fois. C’est vrai, la première fois qu’on m’a dit ça, c’était d’ailleurs écrit par Jacques Baudou dans Le Monde, je suis un petit peu tombé sur les fesses. Je ne me sentais pas révolutionnaire du genre dans l’âme. J’ai pris conscience en lisant Pierre Bordage que lui aussi l’était parce que, qu’est-ce qui fait que l’on est relativement proches en termes d’écriture, c’est qu’on ne se limite pas. C’est comme les Américains, c’est-à-dire que quand on a envie d’écrire 800 pages, on écrit 800 pages, quand on envie de faire une grande saga dans l’espace, on fait une grande saga dans l’espace. On soigne énormément l’aspect romanesque, les interactions entre nos personnages... En gros, on retrouve un mode d’écriture dont les lecteurs français avaient l’habitude mais uniquement chez les auteurs américains.
Donc, je n’ai rien renouvelé et si Pierre et moi avons apporté quelque chose, c’est juste dire "il faut arrêter de se limiter, il faut avoir des ambitions dans l’écriture : faut faire plus grand, plus fort" (rires). Et surtout ne pas oublier le romanesque. Ce qui avait été oublié à l’époque, je dirais fin des années 70 et toute la décennie 80. Les auteurs français oubliaient complètement que le lecteur avait aussi besoin de rêver, de s’évader, pas que de réfléchir, pas que d’intellectualiser. C’est peut-être ce petit plus. Mais en ce sens-là, je retrouvais ce que faisaient d’autres auteurs français à la fin des années 60, début des années 70.

ActuSF :
La SF française a aujourd’hui évolué avec l’arrivée de nouveaux auteurs comme Fabrice Colin. Elle commence à être reconnue comme un genre littéraire. Quelle est votre opinion sur ce changement ?
Ayerdhal : Le regard que les gens qui n’en lisent pas, ont sur la science-fiction, n’a pour moi aucune espèce de valeur. Il était par contre important qu’on leur donne envie d’essayer. Ce que l’on a pu faire grâce à certains éditeurs, grâce à certaines attachées de presse et puis à quelques auteurs. On a fait des bouquins qui étaient limite science-fiction, ou qui étaient franchement science-fiction mais qui était sur un thème que les gens avaient envie d’aborder. Il y a eu dans toutes les années 90, une progression. Le public s’est élargi petit à petit, les médias ont commencé à arrêter de cracher dans la soupe et c’était relativement bien. Cela a conduit d’ailleurs un certain Ruffin à écrire Globalia après avoir eu le prix Goncourt, puis à écrire un article sur la SF dans Le Monde Diplomatique où il dit tout le bien qu’il pense –enfin avec des guillemets- de ces gens qui finalement n’écrivent pas si mal que ça et qui sont les seuls à avoir un regard sur le monde qui soit celui d’un philosophe.

ActuSF :
Comment se porte la science-fiction, aujourd’hui ?
Ayerdhal : Les éditeurs sont en train de la tuer. Il y a réellement un sabotage de la science-fiction qui est éditorial. Beaucoup de collections ferment parce qu’elles sont rentables, mais pas assez. On leur demande des seuils de rentabilité bouquin par bouquin de l’ordre de 12 ou 15%, alors que la science-fiction, elle tourne bon gré, mal gré, avec ses 8 à 10%. Alors du coup, on ferme des collections pour faire augmenter la rentabilité globale de la maison d’édition et que les actionnaires soient contents. Et voilà ce qui se passe.
Tous les auteurs qui sont apparus à la fin des années 90, comme d’ailleurs Pierre et moi, risquent de se retrouver assez rapidement le bec dans l’eau parce que, pour être publié, il nous restera qu’un ou deux éditeurs. Le lectorat ne trouvant plus de livres va passer à d’autres genres ou peut-être arrêter de lire.
Ce qui est catastrophique aussi, c’est qu’une des plus grandes collections de poches aujourd’hui qu’est Folio SF, ne fasse que de la réédition et essentiellement, la réédition du fond Denoël, Présence du futur. Et ces bouquins-là qui ont déjà été vendus pour certains à plus de 100 000 exemplaires et pour beaucoup à 300 000, c’est embarrassant parce qu’ils n’intéressent plus personnes. D’abord, je pense que Folio s’en aperçoit, les chiffres de vente ne sont pas terribles et le lecteur qui a aujourd’hui entre 15 et 25 ans, ne se sent pas nécessairement très à l’aise dans une SF qui a 40, 50 ou 60 ans pour certains titres. Je pense par exemple, à toute la série Fondation d’Isaac Asimov, etc. C’est très étrange le décalage qu’il peut exister entre une certaine modernité et ces rééditions massives.

ActuSF :
Est-ce que de ce phénomène ne découle pas une appréhension de la part des maisons d’édition à donner la chance à de jeunes auteurs ?
Ayerdhal : Il y a dix ans, j’aurais répondu catégoriquement NON. C’est simplement qu’il n’y a pas de jeunes écrivains. Et puis, j’en ai vu apparaître et puis, aujourd’hui, même si il y a de jeunes écrivains, il n’y a plus la place pour les publier, effectivement, pour des raisons économiques, financières.

ActuSF :
On remarque depuis quelque temps, un engouement des jeunes lecteurs pour la fantasy. Quel regard portez-vous sur cette tendance ?
Ayerdhal : C’est une chose fascinante. Depuis maintenant une dizaine d’années, la fantasy connaît un engouement. Il a commencé à monter doucement et avec la sortie des films du Seigneur des anneaux, ça a été carrément une explosion. Donc, il y a beaucoup de lecteurs qui auraient pu commencer par de la science-fiction ou du polar, qui sont partis dans la fantasy. Et cela ne va pas s’arranger du tout. Parce que d’une part, l’effet Seigneur des anneaux, même s’il va retomber, continue à durer et puis surtout, il y a le phénomène Harry Potter qui est entrain de nous créer toute une génération de lecteurs. Je suis ravie, J.K. Rowling, le jour où je la rencontre, je lui roule une pelle (rires), non peut-être pas... En tout cas, je la remercierai jamais assez parce qu’au moins, il y a des mômes, à qui elle apprendra autres choses que jouer aux jeux vidéos. En même temps, c’est dommage pour la SF, le Polar et une partie du fantastique, parce que ces lecteurs vont d’emblée se tourner vers la fantasy. Et cela durera ce que cela durera : 10 ans, 15 ans... Je ne sais pas.
En tout cas, ce qui est sûr aujourd’hui c’est que la science-fiction intéresse moins les éditeurs parce que la fantasy rapporte énormément d’argent, parce qu’elle fait la marge qu’on lui demande. Elle ne fait pas 8 ou 10%, elle fait 17, 18% et c’est rentable tout de suite, titre par titre. C’est très bien, cela fait vivre des éditeurs qui sont très sympas comme Bragelonne ou Mnémos par exemple. Pendant ce temps-là, il y a peut-être quelques auteurs de SF qui en pâtissent.

ActuSF :
Pourtant, en jeunesse, il existe des auteurs qui écrivent exclusivement de la science-fiction comme Christian Grenier ou Christophe Lambert. Ils peuvent encore sauver la mise et amener de jeunes lecteurs vers la SF...
Ayerdhal : Oui, ils arriveront à intéresser un jeune public. De même que moi, je me suis intéressé à la SF parce que j’ai commencé à en lire étant petit. Mais on ne peut pas comparer les 20 mille exemplaires d’un Fabrice Colin en jeunesse avec les 3 millions d’exemplaires d’un J.K. Rowling. C’est très difficile de préjuger l’avenir en termes de marketing et de commerce parce que beaucoup de choses peuvent changer tout ça. Pour l’instant, à l’évidence, quelle que soit la qualité des auteurs qui écrivent pour la jeunesse dans le domaine de la science-fiction, ils touchent assez peu de lecteurs et donc, ils forment peu de lecteurs à ce domaine spécifique. Et ça, d’ailleurs, a toujours été le cas, il n’y a jamais eu de littérature SF jeunesse qui marche très, très bien.

Droit du serf et projets à venir

 

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ActuSF : Aujourd’hui, où en êtes-vous avec le droit du serf ?
Ayerdhal : Le droit du serf, il est actuellement dans mon placard. C’est assez méchant de dire cela. En fait, petit à petit, la plupart des auteurs qui s’étaient déjà assez peu impliqués au début, ce sont retirés complètement soit –cela ne va pas leur plaire- de façon... je dirai par dilution, soit carrément en signant des contrats qui n’avaient rien à voir avec les contrats que l’on proposait. Pendant ce temps-là, moi et d’autres auteurs, nous signions des contrats tels que le droit du serf le revendiquait, sans aucun problème avec les éditeurs. Ben finalement, je me suis dit, je n’ai plus envie et je n’ai plus la force de me battre pour des gens qui ne veulent pas se battre pour eux.

ActuSF : Et vous continuez de signer des contrats tels que le revendique le droit du serf ?
Ayerdhal : Je n’ai jamais signé autre chose que ce qui était prôné par le droit du serf. Je ne suis pas le seul, il y a d’autres auteurs qui l’ont fait. Cela veut dire que c’était négociable auprès des éditeurs sans aucun problème. Les éditeurs contestaient le principe que l’on fasse ça de façon collégiale et refusaient d’admettre toujours de façon collégiale que, effectivement, il y avait des choses qui n’allaient pas dans les contrats d’édition et que l’on pouvait les faire évoluer. Bon, une fois que la collégialité est refusée, le principe quand on est face à face avec quelqu’un, ça ne pose aucun problème. C’est beaucoup plus difficile quand on est un écrivain débutant, ça c’est évident. Mais je pense que dès le deuxième ou troisième roman, on peut se permettre de négocier des conditions acceptables pour les deux parties.
Donc, le droit du serf est un peu de côté et en même temps, je continue... Je le fais tout seul et je ne veux plus impliquer personne. S’il y a d’autres auteurs qui ont envie de suivre ou qui ont des choses à apporter, ils connaissent mon adresse e-mail, mon numéro de téléphone, et ils savent qu’ils peuvent compter sur moi. Mais, je ne veux plus me battre tout seul et je ne veux plus être déçu par les autres.

ActuSF :
Vous avez parlé un moment d’une collaboration avec Pierre Bordage. Est-ce toujours d’actualité ?
Ayerdhal : C’est plus que jamais d’actualité ! Ça fait déjà pas mal de temps qu’on y pense : quatre, cinq ans, peut-être même davantage. Il fallait qu’on trouve une envie commune et un créneau avec un peu de temps. Cela devrait se faire assez rapidement parce qu’on a trouvé un mode de travail qui nous permettrait de continuer à travailler sur d’autres bouquins parallèlement et qui serait de raconter des chroniques. Une histoire sur dix mille ans par exemple, par petites chroniques de 40, 50 ou 60 pages. Chacun écrirait une chronique et repasserait sur l’autre de façon à uniformiser tout ça. Pour l’instant, on n’a pas démarré. On sait déjà quels thèmes on veut aborder. Ce sera un space opera, ça s’est évident.

ActuSF :
Une éventuelle suite de Transparence, une collaboration avec Pierre Bordage... Quels sont vos autres projets ?
Ayerdhal : Là pour l’instant, il y a Noland, la suite de L’Histrion et de Sexomorphoses. La suite... oui, on peut dire comme ça. Actuellement, je me concentre au maximum dessus car j’aimerais bien qu’il y ait une parution à l’automne 2005, en tout cas fin 2005. si c’était avant ce serait encore mieux, mais je ne crois pas au miracle.
J’ai aussi une espèce de roman historique qui me trotte en tête depuis pas mal de temps. Je voudrais raconter les années 1830 jusqu’à l’assassinat de Jaurès par l’intermédiaire de Flora Tristan principalement, et d’autres personnages comme Louise Michel.

ActuSF :
Et pourquoi ce personnage-là, en particulier ?
Ayerdhal : Cela répond peut-être aussi à la question, pourquoi des femmes dans mes bouquins. Je ne dis pas qu’on a tous un héros, mais il y a toujours un personnage qui est à la fois un modèle, un fantasme, un mythe et quelqu’un pour lequel on a énormément d’estime, qui nous a un peu permis de nous construire. C’est elle, c’est Flora Tristan.

Laure Ricote

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