Interview Big Bang Anim’
de Gersende Bollut et Yvan West Laurence
aux éditions
Genre : Interview

Auteurs : Gersende Bollut , Yvan West Laurence
Date de parution : novembre 2013 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Rencontre avec Gersende Bollut et Yvan West Laurence, tous deux journalistes et qui viennent de sortir un livre qui raconte une bonne partie de l’histoire du magazine Animeland. Nous sommes allés les rencontrer pour l’occasion.

Actusf : Bonjour, voici M. West Laurence et M. Bollut, qui ont commis tous les deux un ouvrage qui s’appelle Big Bang Anim’, lequel retrace toute la carrière d’Yvan West Laurence dont la période où il était rédacteur en chef d’AnimeLand. Et c’est Gersende Bollut qui a été mandaté pour narrer son histoire…
Gersende Bollut : Bonjour, je suis Gersende Bollut, journaliste, j’ai commencé à AnimeLand en 2004. Aujourd’hui je suis journaliste pour différents titres de presse comme Les Années Laser, Chronic’Art, Zoo, Télérama et d’autres petites activités annexes. J’ai également écrit le premier livre français sur Hayao Miyazaki : Miyazaki l’enchanteur, paru en 2004 aux éditions Amalthée. Voici donc mon deuxième ouvrage, coécrit cette fois-ci avec Yvan West Laurence.
Yvan West Laurence : Dans quelques mois, il aura également un nouveau livre à son actif, par rapport à l’animation en général, chez Eyrolles, dont je n’arrive plus à me souvenir du titre !
GB : Découvrir le cinéma d’animation, tout bêtement !
YWL : Quant à moi je suis Yvan West Laurence, connu comme étant fondateur et ancien rédacteur en chef historique d’AnimeLand, qui fête ses 22 ans cette année. Je suis aussi journaliste de métier, j’ai appris sur le tas, et j’ai également travaillé avec le magazine Dixième Planète pendant presque 9 ans. Je suis freelance, animateur, formateur, médiateur, modérateur. Tout un tas de trucs en « eur » en fait, toujours autour des mondes de l’imaginaire, essentiellement autour de l’animation, parfois du manga, tout ce qui touche les mondes de fiction. Je me considère comme un fin connaisseur, mais pas nécessairement comme un spécialiste !
 
 
Actusf : Pouvez-vous nous raconter la genèse de ce livre ?
GB : Après m’avoir permis de rentrer dans le milieu du journalisme et de concrétiser ma passion pour l’animation, Yvan et moi sommes devenus amis. Il y a un an, nous discutions autour des livres qui ont été faits autour de Player One, une revue de jeux vidéo bien connue des trentenaires, et Nolife Story qui raconte l’histoire de la chaîne de télé Nolife. On s’est alors dit que ça serait bien de faire quelque chose sur AnimeLand, sans aucune arrière-pensée, j’ai dit « chiche ! » et nous nous sommes lancés dans l’aventure.
Le premier obstacle a été la distance : je suis en Île-de-France et Yvan s’est installé dans le sud de la France. Après avoir tracé les grandes lignes du bouquin lors de pots au Dernier Bar avant la Fin du Monde, nous avons eu à partir de janvier dernier de nombreuses discussions via Skype, des rendez-vous une fois par semaine, ou tous les quinze jours en fonction de nos activités respectives, et on a commencé à retranscrire nos échanges au début de l’été.
Une chose importante à signaler : le livre, à la base, devait se présenter sous forme d’entretien-fleuve de 300 pages, et quand on a commencé à voir le résultat, nous n’étions pas trop satisfaits. Cela aurait été parfait pour une revue, mais sur 300 pages il nous a semblé que nous allions perdre le lecteur, sans parler de la multiplication des « Je » ! Cela aurait peut-être paru trop mégalo pour les lecteurs. Nous avons donc décidé de faire cela sous forme romancée et de faire intervenir d’autres personnes afin de multiplier les points de vue sur l’aventure.
 
 
Actusf : Afin de resituer l’aventure AnimeLand, j’aimerais maintenant entendre le point de vue d’Yvan.
YWL : C’est assez difficile à résumer ! Ça remonte quand même à 22 ans pour moi, et en plus tout est dans le livre ! Achetez-le et vous saurez tout ! Blague à part et pour faire simple, au début, il s’agit d’un groupe d’ami(e)s et de passionné(e)s qui se retrouvait autour de boutiques comme Relais Jeux Descartes, Album, Déesse, Junku, et Tokyô-Dô qui existait encore. Nous avions été souvent sollicités par différentes personnes parce que nous nous y connaissions nettement en ce qui concerne l’animation japonaise, alors que nous étions avant tout de simples consommateurs obligés, souvent dans notre prime jeunesse, de subir les âneries de Dorothée dans son émission… Mais à partir du moment où nous avions mis le pied dans l’engrenage avec des produits qui venaient directement du Japon, tout d’un coup les gens se sont tournés vers nous pour en savoir un peu plus.
Ce fut le cas d’une association qui s’appelait Les Pieds dans le PAF, pour devenir les représentants français du « bon goût » de l’animation japonaise. Le but était non pas d’enfoncer le clou, mais de conseiller les gens au mieux par rapport à une production japonaise que nous savions conséquente et grandissante. Ça a lancé des carrières, notamment pour Pascal Lafine qui a été employé, ni plus ni moins, par AB Productions ! La boîte s’est en effet dit qu’elle avait la chance de mettre la main sur un connaisseur du milieu qui serait à même de leur dire ce qui était bon, ou à éviter.
Résultat, Les Pieds dans le PAF se sont retournés vers moi qui commençais tout juste dans la vie active… J’avoue que je n’avais guère envie de me lancer dans cette aventure-là… Je n’avais ni les reins, ni les connaissances nécessaires pour arriver à un résultat professionnel, mais j’avais quand même à cœur d’aider ceux qui étaient là pour conseiller au mieux le public friand d’animation. Je les ai donc aidé, nous devions lancer un fanzine qui s’appelait Téléfiction avec un gros dossier sur l’animation japonaise, et lors d’une réunion où je présentais à l’association mon équipe rédactionnelle, le rédacteur en chef de ce fanzine à venir a pété un câble, nous a insulté en nous traitant de tous les noms, en déclarant de manière péremptoire que nous devrions avoir honte, du haut de nos vingt ans, de continuer à regarder des dessins animés, ce qui prouvait que nous étions des branleurs en puissance…
Nous l’avons effectivement très mal pris, d’autant plus que le monsieur est parti en claquant la porte, sans même nous laisser le temps de répondre… AnimeLand est né à partir de ce coup de gueule : le dossier est devenu AnimeLand n°1, et en à peine deux semaines, nous avons sorti le fanzine en réaction aux propos de ce type. Big Bang Anim’ me permet de replacer tout cela dans le contexte de l’époque, d’expliquer tout simplement la raison pour laquelle j’ai pu placer ce fanzine qui n’en était qu’à son premier numéro, avec des publicités, avec une distribution, avec le succès qu’on lui connaît maintenant : en à peine une semaine et demie, les 500 exemplaires du numéro 1 se sont vendus comme des petits pains. Le succès a été immédiat, mais il y avait des raisons à cela : le contexte particulier de la création du fanzine, le fait que j’ai vraiment tout mis dedans, les raisons pour lesquelles je m’intéressais à l’animation japonaise et pourquoi je voulais la défendre, mais pas uniquement cela. Je suis également un grand amoureux de la science-fiction et du fantastique, sous toutes ses formes, et il était important, à mes yeux, de réussir à placer tout cela dans le livre, qui puisse être consulté par de nombreuses personnes en dehors de ce que j’avais déjà écrit pour le fanzine puis magazine AnimeLand à l’époque. Les débuts d’AnimeLand, c’est vraiment cela ! 
Le contexte et le prétexte du livre Big Bang Anim’ est là : il s’agit de raconter ce que j’ai vécu de mon côté, et comme ça ne me suffit pas et que j’ai toujours eu une volonté d’objectivité et de réalisme, nous avons fait intervenir d’autres personnes dans le livre, vous retrouverez leur histoire, leur point de vue dans les annexes, elles ont participé et vécu l’aventure AnimeLand d’une manière différente mais complémentaire. C’est Cedric Littardi, Olivier Fallaix… Méko aurait également pu intervenir mais il a préféré glisser des petits dessins. Il y a quantité de personnes qui sont intervenues et qui, du coup, ont donné leur ressenti, leur expérience.
En plus de toute cette partie-là, vous avez droit pour le même prix à l’aventure Dixième Planète avec Erwan Le Vexier, qui est un élément très important à mes yeux car on touche aux produits dérivés, autour des sujets de SF pour l’essentiel, mais également tous les mondes imaginaires, que ce soit au niveau du cinéma, de la télé, des romans et quand on parle des produits dérivés, forcément on parle maquettes, jouets, etc. Tout cela, pour moi, est un tout cohérent qui dépasse, et de loin, la simple aventure d’AnimeLand qui était au départ créé pour défendre l’animation japonaise mais est allé au-delà pour défendre l’animation tout court, car la règle nº 1 pour moi est de partir du principe que le meilleur moyen de défendre l’animation japonaise est de la proposer comme une animation banale, autour d’une production mondiale qui est elle aussi florissante et propose, autant que l’animation japonaise, des sujets adultes… Ou pas !
Au départ, le fer de lance d’Animeland était l’animation japonaise, mais nous sommes ensuite passés à la défense de l’animation en général. Celle-ci ne concerne pas que les enfants. Il faut arrêter de se leurrer là-dessus et faire découvrir des œuvres qui concernent soit toute la famille, soit l’adulte, et remettre là encore une fois, dans son contexte, tout ce qui concerne l’animation.
 
 
Actusf : Tu l’as dit, et les lecteurs s’en apercevront en lisant le livre, qu’il est très réducteur d’accoler automatiquement AnimeLand = japanimation, pour toi, il y a vraiment la volonté de parler de l’animation en général au sens le plus large possible. De plus, le livre ne s’arrête pas qu’à ton expérience de rédac’ Chef d’AnimeLand, tu parles également de ton expérience par rapport à Dixième Planète. Au final, il y a deux mots à retenir par rapport à ce livre, ce sont Partage et Imaginaire, ou plutôt les domaines de l’imaginaire au sens le plus large possible : SF, Fantasy, on parle véritablement d’une ouverture vers ces mondes de l’imaginaire à travers l’animation, les maquettes, les jouets et ainsi de suite. Autre chose que tu combats vigoureusement, c’est le terme même d’adulescent. Pour toi, on s’adresse soit à un public d’enfants, sans autant les prendre pour des abrutis, à un public adolescent et également adulte, mais de là à l’abrutir à travers un terme passe-partout en donnant l’impression que nous avons à faire à un public qui a trop regardé Dorothée, ce qui la complètement abruti à force ; et redemande la même came encore et toujours, c’est quelque part lui manquer sacrément de respect !
YWL : Tout est résumé dans ton intervention. Pour ma part, je pense qu’il faut arrêter de mettre des étiquettes aux gens. Non, il n’y a rien de particulier à aimer lire un livre de Dan Simmons, il n’y a rien de particulier à aimer aller voir le dernier Alfonso Cuaron, à savoir le très bon film Gravity, il n’y a rien de particulier à avoir sur son bureau ou dans sa bibliothèque aussi bien des figurines d’animation que le dernier bouquin à la mode sur un sujet super sérieux…
Une de mes grandes satisfactions maintenant, 22 ans après la création d’AnimeLand, c’est de voir que n’importe qui peut considérer qu’il est normal d’avoir dans sa bibliothèque aussi bien la totale des bouquins de Descartes que la totale des volumes doubles de GTO chez Pika. Ça peut sembler idiot mais l’ouverture d’esprit est là, il faut savoir à la fois s’intéresser à des sujets sérieux ou terre-à-terre, mais également savoir s’élever sur des sujets qui peuvent sembler triviaux ou imaginaires mais qui peuvent se baser sur des choses tout à fait classiques.
 
 
Actusf : C’est vrai qu’expliquer la philosophie de Descartes à la façon d’Eikichi Onizuka, héros de GTO (un ancien voyou qui devient prof de philo pour pouvoir draguer les lycéennes et qui a une façon bien à lui d’enseigner. Une œuvre jubilatoire qui dénonce pas mal d’aspects terrifiants de la société japonaise), à grand coup de pied dans la gueule des élèves qui n’y comprennent rien, ça soulage !
YWL : [Rires] Par exemple ! Il n’y a pas de honte à admettre que je me suis mis à l’espagnol pour découvrir Les Mystérieuses Cités d’Or, beaucoup se sont mis au japonais afin de mieux comprendre des jeux vidéo, lire des mangas ou regarder des dessins animés en se disant « c’est joli mais de quoi ça parle ? » Combien de personnes ont orienté leurs études ne serait-ce que pour comprendre un dessin animé ? C’était ça notre but : allumer une étincelle qui deviendrait un grand feu brûlant en chacun. Qu’importe que cela ait un rapport avec un sujet sérieux, politique, ou qui ne l’est pas. Prenons par exemple Starship Troopers, on oublie à la base que le roman original a été appelé Étoiles, Garde à vous !, superbe titre pour un roman particulier ! Et il y a beaucoup de choses à découvrir avec Starship Troopers, nous avons maintenant le roman, le film, des suites en vidéo (qu’il vaut mieux oublier), un dessin animé… Tout ça pour dire qu’à partir d’une même œuvre, on peut découvrir un film, des vidéos, un dessin animé, une série animée canadienne, si on s’intéresse aux différents supports on découvre d’autres réalisateurs, par exemple le dernier en date, Shinji Aramaki, qui a fait Appleseed, a travaillé sur Bubblegum Crisis, il était mecha-designer, il a fait des jouets ! Ce qui est génial dans ce domaine-là, c’est que tout se recoupe !
 
 
Actusf : Tout est connecté ?
YWL : Voilà ! Qu’importe finalement qu’on prenne le sujet d’un bout ou d’un autre, l’important est d’en apprécier la globalité et la saveur ! Et qu’importe que des gens se soient intéressés à la mythologie par le biais de Saint Seiya, qu’on aime ou non la série, beaucoup de personnes ont découvert la mythologie grecque à travers les séries. Bon, moi perso, c’était plutôt Ulysse 31 ! [Rires] Chacun son truc ! Maintenant ils savent ce que désigne le mot minotaure, ils savent qui est Zeus dans le panthéon grec, quels sont les rapports entre les dieux et les humains, est-il plus important de lire Homère en grec ancien et d’étudier cela pendant des années pour pouvoir apprécier l’œuvre dans sa globalité, ou peut-on accepter que des gens découvrent la même chose par le biais d’Ulysse 31 ou Saint Seiya ? Pour moi, la réponse est claire : laissons les gens découvrir les choses comme ils l’entendent, et si c’est d’une manière ludique, tant mieux !
 
 
Actusf : Avant de se quitter, pouvez-vous nous parler de vos projets en cours et à venir ?
GB : Avant toute chose, je tiens à remercier l’éditeur de Big Bang Anim’, Omaké Books, à travers Florent Gorges, le Big Boss, qui nous a fait confiance dès le départ en acceptant avec plaisir ce sujet pointu ! Pour ma part, en mars 2014 sortira un livre chez Eyrolles intitulé Découvrir le cinéma d’animation, qui sera une présentation détaillée des cinquante plus grands films d’animation de tous les temps, tous horizons et toutes époques confondus. Je me suis entouré de nombreuses personnes, dont Yvan qui a signé la préface, pour établir la liste la plus équilibrée qui soit, car tout seul c’était intimidant. J’ai plein d’autres projets en tête, je songe à une bio de Don Bluth avant sa disparition…
YWL : Pour ma part, continuer à soutenir la promotion de Big Bang Anim’ ! Participer à un maximum d’évènements pour présenter ce livre, parce qu’on m’a trop souvent reproché de ne pas avoir écrit de livres. Visiblement, avoir dirigé une bonne centaine de numéros d’AnimeLand et avoir lancé des gens dans le métier n’était pas suffisant pour les grands médias que sont nos amis des quotidiens qui sont maintenant mourants, de nos amis des chaînes de télé et des radios. Eh bien, maintenant ils ont un livre à se farcir, c’est cool ! Sinon, je continue de prospecter pour pouvoir proposer le partage de mes connaissances auprès des bibliothèques et médiathèques. Il y a différents supports qui aimeraient bien travailler avec moi, mais pour ma part j’aimerai bien simplement… qu’ils me payent : ils se reconnaîtront ! Je travaille également au niveau de la région où je me suis installé, je reste toujours autant actif pour mes passions, y compris au niveau des maquettes, faites de bric et de broc. Bon je reconnais qu’au niveau professionnel ce n’est pas la panacée, mais j’espère sincèrement qu’avec ce livre les gens comprendront mieux mon parcours et ce que j’ose appeler mon métier.
 
 
Actusf : Merci à tous les deux pour cette volonté de partage, d’ouverture sur les domaines de l’imaginaire et j’espère sincèrement que votre ouvrage rencontrera le succès qu’il mérite. Pour tous ceux qui veulent se procurer le livre je vous encourage fortement à le commander directement à Omaké Books, histoire de soutenir l’éditeur.
Vous pouvez également rencontrer les auteurs lors d’une séance de vente/dédicace qui aura lieu le 27 novembre, de 18 h à 19 h 45 à la librairie Hayaku Shop à Paris (métro Cluny la Sorbonne, RER B St-Michel-Notre-Dame ou BUS 47 Arrêt Dante). 

Bertrand Campeis