Interview Cetrix et Yuio
de Yuio et Cetrix
aux éditions
Genre : Interview

Scénariste : Cetrix
Dessinateur : Yuio
Date de parution : juin 2014 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

Lire tous les articles concernant Yuio ou Cetrix

Avec Les magiciens du fer, Cetrix et Yuio nous font découvrir un univers bien à eux, un Livre dont vous êtes le héros sous forme de bande-dessinée.

Actusf : Bonjour Cetrix, Bonjour Yuio, une présentation s’impose, alors parlez-nous de vous, de vos parcours, de votre rencontre, de l’origine de vos pseudos, bref de tout ce qui nous permettra de mieux vous connaître !
Yuio : La version intelligente pour le pseudo Yuio, c’est que c’est le nom d’un personnage plus que secondaire dans un film japonais Les contes de la lune vague après la pluie de Kenji Mizoguchi. La version la plus basique qui semble plaire aux geeks, c’est que ce sont 4 lettres qui se suivent sur le clavier. Mon parcours a commencé rapidement à la sortie de mes études à St Luc en 1998 par une alternance de couleurs, illustrations et pages pour différents éditeurs. Pour le moment, on est plus ou moins dans le même mode de fonctionnement avec des illustrations pour enfants chez Milan, Averbode et d’autres, des pages de Bd’s pour Bamboo ou Makaka dernièrement et des visuels pour des jeux de société ou online. La rencontre avec Cetrix s’est faite via notre éditeur et on a profité de skype pour faire à plusieurs reprises un atelier virtuel pour coordonner à 2 le projet.

Cetrix : Bonjour Bertrand, l’origine de mon pseudo est simple ; je l’utilise depuis douze ans sur internet. Je voulais à l’époque créer un avatar sur un jeu en ligne dont le nom sonne vaguement celtique. Mon parcours dans le milieu de la bande dessinée est tout récent, car Les magiciens du fer est mon premier ouvrage ! L’éditeur, Makaka éditions, était venu me proposer une collaboration car il avait apprécié mon travail de scénariste et concepteur de jeu sur un MMORPG, T4C Neerya. En tous cas, le courant et la complicité avec Yuio s’est installée très vite.

Actusf : Comment, quand et pourquoi avez-vous pris la décision folle de faire une BD dont vous êtes le héros ? Pourriez-vous nous expliquer le titre, Les Magiciens du Fer ?
Yuio : Comme je travaille dans le jeu en partie, dans la BD pour une autre, j’avais vraiment envie de tester le concept qui me semble assez novateur dans l’approche. Pour certains, ça peut sembler un peu bizarre mais lorsque j’ai reçu à lire Chevaliers et Pirates j’ai trouvé ça assez efficace et fun ! Le test ultime étant fait par ma fille afin de voir sur une jeune génération ce que ça peut provoquer comme plaisir. Je me méfie très fort de la nostalgie que l’on peut avoir sur l’une ou l’autre chose et les Livres dont vous êtes le héros sont une madeleine de Proust pour ma génération. Je suis heureux de voir que Makaka a fait une sorte de 2.0 de ce type de livres.

Cetrix : Les idées les plus simples sont souvent les meilleures ! L’éditeur a eu raison de décliner le concept de livre dont on est le héros en bande dessinée. Quand il m’a fait lire Chevaliers 1 et Pirates 1, j’ai tout de suite été conquis et j’ai accepté directement de participer à la collection. Tout comme le dit Yuio, c’est un format qui réunit toute la famille autour de la BD, entre nostalgie remise au goût du jour et découverte.
Le titre, Les magiciens du fer, est venu en tête bien après avoir terminé le scénario. Paradoxalement, ce fut le choix le plus difficile de l’écriture ; il fallait qu’il soit accrocheur, dans le thème et qu’il parle à tout le monde. J’avais proposé trois scénarios différents à l’auteur et le choix du steampunk mâtiné de magie fut celui qui plaisait le plus. A l’image de l’histoire et du contenu de la bande dessinée, le titre rejoint des éléments historiques réels. En effet, Gustave Eiffel était surnommé le "magicien du fer".

Actusf : Pourquoi avoir choisi un contexte steampunk, pourriez-vous nous raconter la création de cet univers à part entière et nous parler de vos inspirations (cinéma, BD, manga, livres) ?
 Yuio : En fait, le Steampunk est un univers assez redondant pour le moment dans les jeux de société ou les visuels de pas mal de bande dessinée. Au vu du thème, des éléments rencontrés, il était assez clair que l’on allait forcer le trait pour rentrer dans cette case. Wiraquocha et Rockwell chez Sit down ou Nautilus chez Libellud sont des jeux qui reprenaient tous les éléments Steampunk grâce aux véhicules, machines, habits, etc. et j’avais déjà pris une grosse base de référence lors de la réalisation visuelle. Quand je parle de références, ce sont des photos de cosplayers ou de gens qui aiment se mettre en situation lors de représentation IRL (In Real Life, dans la vraie vie). Je les trouve parfois plus créatifs que les gens qui ont les moyens de faire des films à gros budgets.
Sinon je sais que dans mes ressources graphiques, il y a un peu de Tezuka, Matsumoto, Mignola, etc. C’est difficile de citer clairement les choses visuelles qui nourrissent un univers, surtout si on se balade avec depuis quelques années et qu’on ne fait que l’étendre dans ses différents projets.

Cetrix : J’aime beaucoup l’Histoire, notamment le XIXème siècle, ainsi que les uchronies fantastiques en littérature. Ce thème m’est venu naturellement. Etant dans le milieu du jeu vidéo et ayant été bercé depuis une quinzaine d’années dans les jeux de rôle, mes inspirations sont à chercher de ce côté-là. Pour la petite anecdote, j’ai passé la majeure partie de mon travail d’écriture en écoutant des BO de certains jeux, pour me mettre dans l’ambiance. J’ai aussi fait de nombreuses recherches historiques pour introduire des personnages réels dans l’ouvrage, tels Gustave Eiffel, le docteur Charcot, etc.

Actusf : En combien de temps avez-vous créé cette œuvre ? Avec quels procédés (à la main, par ordinateur) ? Comment s’organise le processus de création entre le scénariste et le dessinateur, tant au niveau de l’élaboration du scénario que de la validation des planches ?
Yuio : Le scénario était posé en amont. Je suis venu après et j’ai réalisé ce projet en quelques mois en dormant vraiment très peu. J’ai plus ou moins travaillé par zones pour rester cohérent. J’ai tout dessiné au niveau des décors et j’ai ensuite placé les personnages dessus. Un peu comme dans du dessin animé, le décor pouvait resservir plusieurs fois ou être récupéré en partie pour une ou l’autre chose. Les personnages étant sur un autre calque évidemment. J’ai donc opté pour le full ordinateur afin de ne pas perdre trop de temps.
On a surtout à la fin corrigé et lissé des choses qui étaient malvenues ou erronées dans le texte ou l’image. C’était le gros travail de fin de chantier.

Cetrix : J’ai passé deux à trois mois à écrire le scénario, en travaillant quelques heures par jour. J’aurai pu prendre deux fois moins de temps, mais c’était une grande première pour moi. Ma crainte était de concevoir des cases impossibles à dessiner pour Yuio, ou encore mal agencées. D’ailleurs, on a dû en revoir certaines à plusieurs reprises car j’avais attribué une place trop petite à certains dessins (un quart de page au lieu d’un demi, etc.), mais dans l’ensemble tout s’est bien passé. J’ai volontairement donné des explications sans trop de détails à Yuio, pour que lui aussi puisse être dans un processus de création et non pas d’exécution... Là où j’ai été précis, c’est pour présenter le monde dans lequel l’histoire se déroule ; fin du XIXème siècle à Paris (éviter les anachronismes), du steampunk mâtiné de magie, faire de l’original, etc. Nous avons tous les deux de l’imagination, mes idées et les siennes se sont parfaitement mélangées, ce qui n’était pas forcément acquis d’avance. L’éditeur a eu la bonne intuition de nous réunir pour ce projet.
Quant à la validation des planches, nous avons effectivement été un peu surpris de la charge de travail avant le bouclage, notamment pour les corrections. Mais nous sommes très satisfaits du résultat.

Actusf : Pourriez-vous nous parler de votre relation avec les éditions Makaka et de votre ressenti quand vous avez tenu dans vos mains votre œuvre ?
Yuio : Les éditions Makaka nous ont soutenu sur le projet et ont même tenté des nouvelles choses pour leur collection. On a donc pu concevoir un liseré doré pour la couverture, elle-même bien rigide, ce qui donne à l’ensemble un visuel assez unique pour une BD. En faisant les tests de couverture au niveau des couleurs, on hésitait entre l’une et l’autre version et au final, on a pu même avoir une version limitée. À l’heure actuelle, je pense que c’est l’album le mieux fait auquel j’ai participé. J’ai toujours tendance à douter de tout mais les retours que je reçois sont très positifs sur l’impression première que cette bd donne : du bien beau boulot !

Cetrix : Sans Makaka, je ne serai certainement jamais entré dans le milieu de la bande dessinée. C’était une belle aventure, que j’espère continuer dans l’avenir car j’y ai pris goût ! C’est un réel plaisir de travailler sur une bande dessinée dont on est le héros, de pouvoir laisser son imagination s’exprimer librement, de faire partager aux lecteurs son propre monde. J’adore ça ! C’est magique et très grisant, tout comme ce que je fais comme scénariste de jeux vidéos. Tenir l’ouvrage entre les mains fut un immense soulagement et j’ai ressenti un grand sentiment de fierté.

Actusf : Comment se passe la distribution et la vente de cette œuvre ? Visez-vous un public particulier, lequel ? Faites-vous des conventions, des salons pour vendre et dédicacer votre livre ? Comment peut-on se le procurer ?
Yuio : Pour le moment, j’ai surtout reçu des livres achetés directement via le site de Makaka lors de mes séances de dédicace mais je sais que tout se passe via deux réseaux classiques : les boutiques de jeux de société et les librairies - online ou pas. Le livre sortant à peine et les gens le découvrent. J’imagine que les séances de dédicace ou les choses du genre vont se planifier dans le même temps. Pour l’instant, les séances se font mais de manière un peu informelles.

Cetrix : Comme le dit Yuio, pour le moment il n’y a pas assez de recul pour juger du succès – ou non – des magiciens du fer et il n’y a pas encore de séances de dédicaces de prévues. Nos proches, en tout cas, sont conquis. Quant au public visé, il est assez large ; les trentenaires, les amateurs de jeux de rôle papier ou déclinés en jeux-vidéos, les geek... etc.

Actusf  : Songez-vous d’ores et déjà à développer une nouvelle BD avec une thématique steampunk ? Avez-vous songé à d’autres genres (l’uchronie par exemple) ? Pouvez-vous nous parler de vos projets en cours ou à venir ?
Yuio : C’est difficile de parler du futur… parce qu’il est assez flou. Les projets actuels en développement chez moi, ce sont des histoires qui se basent sur des contes et légendes françaises mais pour un éditeur allemand. Des récits de 26 pages environ. Tout le reste, je ne peux pas trop en parler parce que soit il est à faire et à signer, soit il n’existe pas.

Cetrix : Pas de projet pour l’instant, mais comme je l’ai dit auparavant j’aimerai bien continuer. Ce n’est cependant pas mon activité professionnelle principale. Si Yuio ou Makaka me propose de remettre ça, je signe tout de suite !

Actusf : Le mot de la fin vous appartient, faites-vous plaisir !
Yuio : Merci à vous pour l’interview. J’espère que vous prendrez autant de plaisir à jouer que nous avons pris du plaisir à monter cette aventure.

Cetrix : Merci également pour votre intérêt. Et comme Yuio, j’espère que notre passion saura être transmise aux lecteurs, en prenant plaisir à parcourir notre aventure.
 

Bertrand Campeis