Interview Collection 1800
de Jacques Lamontagne et Jean-Marc Lainé
aux éditions
Genre : Interview

Auteurs : Jacques Lamontagne , Jean-Marc Lainé , François Debois , Stéphane Betbeder , Jean-Luc Istin , Sylvain Cordurié
Date de parution : mars 2012 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Tout a commencé avec la découverte de Sherlock Holmes et les Vampires de Londres et de sa suite, Sherlock Holmes et le Nécronomicon. Conquis par cette série, je décidai d’en acheter d’autres, ce fûrent Grands Anciens et Le retour de Dorian Gray.

Trouvant le principe de la collection très sympa, je décidai de prendre contact avec le directeur de collection, Jean-Luc Istin, et de lui proposer de l’interviewer lui et les auteurs susmentionnés. Apprenant rapidement que deux BDS consacrés à Jack L’Eventreur allaient paraître, les auteurs furent rajoutés à mon tableau de chasse.

Le principe de la collection est basé sur une confrontation entre deux personnages issus de la littérature populaire du XIXème siècle.

Les interviews furent réalisées entre le 6 et le 16 mars, et les propos qui en ressortent permettent de se faire une idée précise de la création d’une collection, du passage des commandes mais également du rapport entre le directeur et les auteurs.

Bonne Lecture !

Bertrand Campeis

INTERVIEW DE Jean-Luc ISTIN, directeur de collection
INTERVIEW AUDIO de Sylvain Cordurié, auteur du SherlockVerse
INTERVIEW DE Jean-Marc LAINE, auteur du dyptique Grands Anciens
INTERVIEW DE Stéphane BETBEDER, auteur du dyptique Le retour de Dorian Gray
INTERVIEW DE Jacques LAMONTAGNE, auteur de Van Helsing VS Jack l’Eventreur
INTERVIEW DE François DEBOIS, auteur de Jack l’Eventreur


INTERVIEW DE Jean-Luc ISTIN, directeur de collection.
ActuSF : Bonjour Jean-Luc, peux-tu te présenter, nous parler de ton parcours professionnel, et de ce que tu fais actuellement ? 


JLI : Je suis auteur, scénariste et dessinateur et éditeur pour Soleil en tant que directeur des collections Soleil Celtic, 1800, Anticipation, Secrets du Vatican (bientôt rebaptisée Soleil Esotérique)
Par ailleurs, je dirige un certain nombre d’albums dans la collection générale.
Merlin fut le titre qui m’a lancé et sur lequel j’ai pu me construire. Ce titre m’a permis de devenir scénariste.
Les contes du korrigan m’ont permis d’apprendre à dessiner
La conjugaison de ces 2 titres a fait de moi le directeur de collection de Soleil Celtic.
A partir de là, je n’ai eu de cesse d’étoffer ces activités.
 Je suis ce qu’on appelle un autodidacte, donc mes études n’ont rien à voir avec mon activité professionnelle. J’ai même du pendant plusieurs années faire des boulots qui n’avaient rien à voir avec mon boulot actuel. Il fallait bien manger et je n’ai pas pu vivre de ma passion immédiatement. 
Mon travail comportant 3 facettes (scénariste, dessinateur et éditeur) je gère de façon chaotique l’ensemble en fonction des urgences.
Je n’ai pas à proprement parlé un planning avec le lundi, scénariste, et le mardi, éditeur etc... Parfois, le matin, j’ai l’intention d’écrire des pages de ma série le cinquième évangile et je me retrouve à gérer des contrats urgents, à demander des couvertures à des illustrateurs, à demander des corrections sur certaines cases, à faire payer un auteur qui n’a pas pu livrer ses pages en temps et en heure mais qui a affreusement besoin de sous immédiatement, à écrire des résumés d’albums dont je ne suis pas l’auteur parce que l’auteur n’est pas joignable etc. Finalement, je dois bien souvent faire face à l’imprévisible ou au prévisible mal géré et apporter des solutions. Et j’écris quand tout redevient calme. Quoique… Parfois, je l’avoue, je ferme tout moyen de communication et j’écris quoi qu’il en coûte.
 Le dessin est un peu en stand-by en ce moment. Je me contente de story-boarder des pages ou de faire des illustrations. Ce qui me convient, pour le moment…

ActuSF : En janvier 2010, tu lances la collection 1800, peux-tu revenir sur la création de cette collection ? 

JLI : Cela s’est déroulé en 2 étapes.

 

J’ai toujours été fan des crossovers comme "Superman contre Spiderman", "Batman contre Hulk". Et comme je suis également très attiré par les monstres sacrés du XIXe siècle, j’ai voulu créer une collection VERSUS dans laquelle, nous aurions pu voir des titres tels que : Sherlock Holmes contre les vampires, Allan Quatermain contre les Zombies et Dracula contre le fantôme de l’opéra. J’ai donc commencé à travailler dans ce sens mais je me suis vite aperçu que j’avais aussi envie d’adapter des œuvres du XIXe siècle d’un tout autre ordre. A la même époque, je me suis procuré des titres de l’ancienne maison d’édition NEO qui me fascinent particulièrement. C’est là que j’ai eu l’idée d’une collection 1800. 

En 2010, nous étions en train de glisser dans une crise de 2 types : 

1. Les BDs se vendent de moins en moins. Certains lecteurs râlent contre les séries qui s’allongent sans qu’on parvienne à savoir quand elles finiront…

2. Les éditeurs se faisant une concurrence farouche, il est difficile de garder un dessinateur sur une série de 3 tomes sans qu’il ne réponde aux sirènes et aux couleuvres qu’on veut lui faire avaler et aille voir ailleurs pour une durée indéterminée.

Qu’à cela ne tienne ! Pour répondre à ces 2 soucis, je décide que les récits 1800 seront de 2 tomes, et 3 dans certains cas nécessaires, afin que tout le monde soit heureux. Et tout fût bel et bon !

La collection 1800 est en train de naître, je demande aux auteurs que vous connaissez maintenant de se lancer avec moi, et en route pour l’aventure !

Parallèlement, je discute un peu de l’idée de la collection avec Laurent Arnaud le chef du studio Soleil et en 2, 3 mouvements, il me crée la maquette de la collection. Je n’ai rien changé à sa proposition initiale. 

Ce garçon est un as !

ActuSF : Quel était ton but : Faire revivre bon nombre de mythes littéraires issus de la littérature populaire et fantastique de la fin du XIXe siècle ? 

JLI : Oui, bien entendu, et également rendre hommage aux éditions NEO, à la Hammer, reproduire l’enthousiasme que l’on avait en regardant une couverture, en feuilletant un livre, en visionnant un film ! Produire quelque chose de beau ! Faire revivre les personnages qui m’ont fait bien peur quand j’étais gosse. Notamment Dracula et son clone Nosferatu... 

ActuSF : Y avait-il également une volonté, de profiter d’un contexte favorable à la relecture de certains mythes et du fait que bon nombre d’entre eux étaient tombés dans le domaine public ?

JLI : Pas le moins du monde mais c’est une heureuse opportunité que de pouvoir utiliser des textes libres de droit. C’est une chance de pouvoir librement accéder aux héros qui ont "bercé" votre enfance.

Ceci dit le fait qu’une œuvre soit libre de droit ne m’incite pas à créer une collection. Je n’ai pas l’intention d’éditer des BDs liées à des poèmes de Baudelaire… C’est pourtant libre de droit mais je laisserai ça à d’autres. 

ActuSF : En tant que Directeur de cette collection comment as-tu déterminé le choix des personnalités littéraires et de la confrontation de bon nombre d’entre elles façon Hammer ?

JLI : Concernant les confrontations, c’était au feeling, rien d’autre. Avec parfois, une certaine logique, celle de poids pour Frankenstein VS Mister Hyde. Ou une logique d’atmosphère comme c’est le cas pour Van Helsing VS Jack l’éventreur. Je pars d’une idée folle et je demande à un auteur d’en faire quelque chose qui se tient. Je n’irai pas jusqu’à créer comme l’a fait un certain cinéma des titres comme Zorro contre Maciste : Je privilégie l’audace mais également une certaine logique. Un auteur, Jean-Marc Layné, pour ne pas le nommer, m’avait proposé de faire Moby Dick contre Cthulhu. J’ai adoré mais il a reculé et changé son titre pour Grands Anciens ! Un très bel et bon ouvrage mais quel dommage ! ;o)

Pour les autres titres, plus conventionnels, ceux-ci sont venus au gré des rencontres. Alamo et Allan Quatermain pour Dobbs, Elle pour Eli Chouraquie, etc.

Et puis plus rarement, un auteur me présente un dossier qui se marie très bien avec la collection. C’est le cas de L’ours lune de Sébastien Viozat et Florent Brossard, une histoire passionnante qui se déroule dans le nord-ouest Américain au sein du fort Sutter, un véritable thriller teinté de fantastique indien.

ActuSF : Comment as-tu fait pour le choix des auteurs et dessinateurs et le passage des commandes, y avait-il des consignes, une bible pour la création des dyptiques ? 

JLI : Je laisse les auteurs très libres mais j’ai une raison à ça. Je m’appuie sur des scénaristes de talent. Forcément, ça aide. D’une certaine manière, on peut dire que je lance la nouvelle génération de créateurs d’aujourd’hui et de demain !

ActuSF : Peux-tu nous faire un bilan pour la période 2010-2011 ?

JLI : 1800 a reçu un bel accueil tant critique que libraire. Attention, cette collection a encore beaucoup à prouver mais l’enthousiasme est là. 

Elle s’est installée par elle-même grâce aux soutiens des commerciaux, des libraires et des lecteurs. Désormais, avec Guy Delcourt, nous pouvons aller plus loin et compter sur un soutien logistique beaucoup plus intéressant et prometteur. Je compte bien installer cette collection dans la durée et l’aider à faire son trou (si petit soit-il) dans vos bibliothèques. 

ActuSF : Parlons du futur. J’imagine que tu as déjà un planning prévisionnel pour 2012, aurais-tu quelques révélations à nous faire, va t on voir d’autres figures littéraires arriver ? 
Verra t on un jour des personnalités comme le voyageur temporel de H. G. Wells (voire l’auteur lui-même), le professeur Challenger, Arsène Lupin, les marsiens de Wells, Tarzan, Doc Savage, Fu Manchu, H.P. Lovecraft, Nikola Tesla, Jules Verne, voire d’autres personnes ?

JLI : Je veux bien vous en dire plus mais pas trop. Je me suis fait piller quelques titres dernièrement et on ne peut pas dire que ça m’ait réjoui.

Voyons, Challenger sera de la partie grâce à Christophe Bec qui nous écrit actuellement "The Lost World".

Une machine à remonter le temps va effectivement apparaître dans une série en cours mais j’ignore si je dois en parler ou non, donc je m’abstiendrai de dire dans laquelle. 

Nikola Tesla sera le personnage principal d’une série que j’écris mais pour laquelle je n’ai pas de dessinateur.

Lovecraft ayant été suffisamment mis à l’honneur pour l’instant, le Maître reviendra mais plutôt en 2013, après la fin du monde donc.

A la demande de Guy Delcourt, Edgard Allan Poe en personne va venir nous rendre visite.

Je n’en dis pas plus mais plein d’autres thèmes passionnants se profilent à l’horizon...

Ah ! J’oubliais… Un projet qui me tient particulièrement à cœur : Scotland Yard sort bientôt avec Dobbs au scénario et Stéphane Perger au dessin. En voici le pitch :
" Lorsque les pires aliénés mentaux de Londres "s’égarent" dans la nature, et que les cadavres se multiplient dans les rues, la pègre et Scotland Yard collaborent contre nature pour un Noël 1890 des plus terrifiants. Une plongée sans concession dans le monde du crime à l’ère victorienne..."

ActuSF : Jean-Luc, merci à toi pour ce voyage dans les sombres arcanes d’un XIXe siècle finissant mais ô combien fantastique !

JLI : Merci à toi !

Jean-Luc, merci à toi pour ce voyage dans les sombres arcanes d’un XIXe siècle finissant mais ô combien fantastique !

INTERVIEW AUDIO de Sylvain Cordurié, auteur du SherlockVerse


L’interview a été réalisée par téléphone avec enregistreur numérique branché, les conditions ne sont donc pas optimales mais le résultat est plus que valable.

INTERVIEW DE Jean-Marc LAINE, auteur du dyptique Grands Anciens

 ActuSF : Jean-Marc, peux-tu de manière succincte nous résumer ton parcours professionnel ? Je sais qu’il est assez impressionnant...

J’ai commencé à écrire des articles dans Scarce alors que j’étais encore au lycée, en 1988. C’était la première fois que je voyais mon nom en bas d’un article. J’ai animé le stand de Scarce sur des festivals, à Saint-Malo, à Athis-Mons… C’était à la fin des années 1980. Au fil des ans, j’ai rencontré des gens. Vers 1997-1998, je faisais de l’illustration pour la publicité, un peu de BD, j’ai commencé à faire des couvertures pour les pockets de Semic, qui ont été publiées à la mi-1999, au moment où j’intégrais la rédaction. J’ai passé cinq ans et demi chez Semic, où j’étais responsable d’édition en charge de la moitié des comics, et des pockets. Je suis parti début 2005, je n’avais plus confiance dans la politique de la maison qui avait valu le départ du rédacteur-en-chef et la perte de licences. J’étais alors scénariste (notamment dans le Journal de Mickey et dans Pif) et directeur de la collection « Angle Comics » chez Bamboo. J’ai écrit quelques albums pour Bamboo, Clair de Lune ou Soleil. En 2007, j’ai quitté Paris pour revenir en Normandie. Depuis lors, je m’occupe de bouquins d’analyses sur la BD, que ce soit chez Eyrolles, chez les Moutons électriques ou chez Flammarion, et je suis également traducteur.

ActuSF : Quand, comment et pourquoi as-tu décidé de faire un Achab VS Cthulhu ? Comment t’y es-tu pris pour mettre en scène Melville, Achab, Chtulhu, le premier homme artificiel au monde et des baleines blanches ?

En fait, quand j’ai appris l’existence de la collection, en rentrant du festival Quai des Bulles à Saint-Malo, j’ai commencé à prendre des notes. Et la rencontre entre deux créatures marines gigantesques m’est apparue comme une évidence, ça avait le potentiel des grands récits épiques. Donc j’ai gardé les notes pour des projets plus « sérieux », mais j’ai quand même monté ce dossier, avec un autre dessinateur, Jean-Jacques Dzialowski, et j’ai envoyé ça à Jean-Luc Istin. Il m’a dit que c’était bien délirant, et il a poussé le projet. Mais le dessin de Jean-Jacques n’a pas plus dans les hautes sphères, et Jean-Luc m’a demandé si j’acceptais qu’on me présente un dessinateur. Quand j’ai vu les premiers essais de Bojan sur d’autres trucs, je n’ai pas été emballé, mais quand j’ai vu ce qu’il faisait sur mon projet, j’ai bondi de joie.
Pour établir l’univers, j’avais Moby Dick, le roman, assez bien en tête. Donc je me suis dit que ce qui pouvait être intéressant, c’était de combler des vides dans le récit. On ne sait pas grand-chose d’Achab dans le roman, son passé n’est évoqué que par des rumeurs, on ne sait même pas quelle jambe il a perdue ! Du coup, est-ce que Cthulhu était responsable, directement ou indirectement ? En plus, le roman de Melville confère à la Baleine Blanche des pouvoirs surnaturels, dont un soupçon d’ubiquité. Dans le texte, c’est considéré comme des rumeurs, des on-dit, mais j’ai décidé de les prendre pour argent comptant. J’en ai tiré une autre information, une autre version dans l’histoire. Et puis, je ne sais plus à quel moment ça a fait tilt, mais je me suis souvenu avoir remarqué que Moby Dick et une partie des récits de Lovecraft se passaient sur la même côte américaine. Là, c’était embrayé…

ActuSF : Pourrais-tu nous parler de la construction de ton scénario, de ta relation avec le dessinateur et du temps de travail que ces 2 tomes ont représenté ?

En fait, ce qui est amusant, c’est que ce scénario n’a pas été écrit selon ma méthode habituelle. D’ordinaire, je commence par le début, je fais un séquencier qui correspond peu ou prou à une liste des scènes dont j’ai besoin, et ensuite, je les écris. Là, j’avais en tête des images fortes (la fin, sur le mât, mais aussi les chantiers avec le Nautilus, la scène d’intro, la scène de cliffhanger de la fin du premier tome…).
Et j’ai écrit le canevas en tricotant entre ces planches, ces scènes clé. Quand Jean-Luc Istin m’a dit que c’était un diptyque, j’ai alors su que je pouvais rajouter du matériel, c’est là que le Monstre de Frankenstein est intervenu, parce que j’avais de la place pour le faire vivre. De même, j’ai su sur quel suspense je pouvais laisser les lecteurs à la fin du premier tome.
Quant à Bojan, c’est un gars attentif, qui restituait vraiment les atmosphères que je voulais. Sur le premier album, je passais par son agent, qui traduisait les scripts. Sur le deuxième album, il m’avait contacté, et donc on échangeait des idées, tout ça. On ne s’est jamais rencontrés en vrai.

ActuSF : As-tu quelques anecdotes à nous servir (en plus du poulpe bouilli) par rapport à cette aventure ?

Pas grand-chose. Tout s’est très bien passé, y a eu beaucoup de répondant de la part de tout le monde. Bojan Vukic est un peu plus jeune que moi, mais il a les mêmes références que moi (il est fan de Predator et d’Alien, par exemple). Donc quand il s’agissait de faire une référence à quelque chose, genre par exemple à la couverture du Dark Knight Returns de Frank Miller, il savait très bien de quoi je parlais. De même, j’avais chez Soleil beaucoup de répondant. Ils m’ont proposé par exemple trois polices de lettrage différentes, ce qui a permis d’affiner cette partie du travail, et de trouver une jolie police élégante. De même, on a fait en sorte d’avoir une page de garde qui soit classe. J’avais trouvé l’image, et tout s’est bien passé pour qu’on ait l’autorisation de l’utiliser. Si bien que la page de garde participe de l’élaboration de l’univers mis en place. C’est quelque chose que j’aime bien, ça, l’idée que même la page de garde raconte une partie de l’histoire.
Non, vraiment, j’ai que des bons souvenirs de cet album.

ActuSF : Songes-tu à écrire d’autres scénarios pour cette série ? Peux-tu nous parler de tes projets en cours ?

J’ai proposé une suite directe à ce récit, ainsi que d’autres idées pour la collection, mais je n’ai jamais reçu aucune réponse du directeur de collection. Il m’a refusé deux projets pour deux autres collections, puis n’a plus répondu à rien. Donc j’imagine qu’il n’est pas satisfait du travail et qu’il ne veut pas répéter l’expérience. En tout cas, je n’ai aucune nouvelle.
Quant à mes projets, pour l’instant, ils ne concernent pas la bande dessinée. J’ai quelques dossiers qui circulent chez les éditeurs, mais connaissant leurs pratiques et le contexte actuel, je ne me fais guère d’illusion. Qui plus est, je me consacre désormais à des activités éditoriales pour lesquelles on me sollicite. J’ai un projet de livre consacré à Stan Lee chez les Moutons électriques, ainsi qu’un Dictionnaire des Super-héros, toujours chez les Moutons, et cette fois-ci à quatre mains avec Jean-Marc Lofficier. Pas de date précise pour aucun des deux, mais c’est quelque part en 2013. Je discute également avec Huginn & Muninn et Flammarion au sujet de nouveaux projets, mais rien n’est fait. Et je suis activement revenu à la traduction depuis quelques mois, pour Huginn & Muninn, Delcourt et Urban Comics.

ActuSF : Jean-Marc, merci à toi pour ces précisions par rapport à cette très bonne BD et cet éclairage fantastique sur la véritable raison de la haine du capitaine Achab par rapport à une certaine baleine blanche !

Merci à toi pour ton intérêt pour la série. J’ai été ravi de pouvoir parler de ces personnages qui m’ont accompagné pendant deux ans.

INTERVIEW DE Stéphane BETBEDER, auteur du dyptique Le retour de Dorian Gray.

 

 ActuSF : Bonjour Stéphane, pourrais-tu tout d’abord, te présenter à nos lecteurs, nous parler de ton parcours scolaire, professionnel et de ce qu’y t’as amené à la Bande Dessinée ?

Il était une fois un tout petit garçon avec des épis et une dent cassée qui disait à qui voulait l’entendre qu’il deviendrait dessinateur de BD quand il serait grand. Son jour préféré c’était le mercredi. Parce que le mercredi, le limonadier livrait sa limonade préférée et puis surtout c’était le jour le facteur amenait le journal Tintin auquel son pépé l’avait abonné. Il attendait qu’il arrive sagement posté derrière le portail et lui arrachait des doigts pour enfin lire la suite des aventures de Cranach de Morganloup, de Tetfol, de Thorgal, de Brelan de Dame, de Clifton ou le Clin d’œil de Ernst de la semaine…

Je me suis accroché aussi longtemps que j’ai pu à ce rêve d’enfant - cette vocation – jusqu’à entrer aux Beaux Arts d’Angoulême dans l’idée d’intégrer l’atelier BD. Et puis, après une première année commune, vue que mon dessin ne décollait pas d’un niveau fanzine de moins de 16 ans, je me suis aventuré vers d’autres domaines, vidéo, photo, son, peinture.
En 2000, Christophe Bec avec qui j’avais sympathisé lors des années BA m’a remis le pied à l’étrier en me faisant gentiment bénéficier d’une carte blanche que lui avait offert Mourad. Ce sera Hôtel Particulier. Premier album, très arty, assez antipathique et prétentieux… et gros flop de vente. C’est pas grave, c’était décidé, je serai scénariste.

ActuSF : Tu as fait le scénario de la BD Le retour de Dorian Gray pour la collection 1800 chez Soleil, où tu mets en scène un Dorian Gray contre L’homme invisible dans un duel digne de la Hammer, qu’est-ce qui t’as donné envie de traiter ce thème et comment as-tu fait pour le mettre en scène ?

Ah oui, la Hammer ? C’est surtout l’ambiance de l’époque qu’on retrouve chez HG Wells, Oscar Wilde, Connan Doyle que je voulais retranscrire, après, oui il y a forcément dans le traitement visuel un côté gothique à la Hammer mais ça tient plus du travail graphique de Bojan que de mon écriture…
Au départ ma première idée était d’opposer Dorian Gray à Mister Hyde, mais celui ci était déjà utilisé dans la collection 1800, j’ai alors opté pour l’homme invisible. Les points communs entre les deux personnages sont moins flagrants, mais l’un comme l’autre sont des êtres torturés, dérangés psychologiquement, mis au ban de la bonne société en raison de leur monstruosité.
Il me fallait ensuite trouver une bonne raison d’exhumer les personnages de ces deux chefs d’œuvre de la littérature gothique anglaise. Pour Dorian Gray, j’imaginais qu’il avait mis en scène sa mort à la fin du roman d’Oscar Wilde, les traits monstrueux de son portrait s’étant transférés sur son visage tandis que le tableau reprenait sa forme initiale : celle d’un jeune homme à la beauté surnaturelle. Etant devenu monstrueux et difforme, il n’avait d’autre choix que de quitter le grand monde pour se cacher dans les bas fonds.

Pour l’homme invisible, une mégalomanie hors norme et une malédiction inédite : celle d’être « photosensible » et de devenir petit à petit visible, en commençant par les os, puis les organes, les veines, les muscles et ensuite la peau. Un être décharné qui ne pourrait plus se cacher au grand jour.
Avec ces deux concepts, j’avais matière à ce que la confrontation des deux soit explosive.

ActuSF : Je tiens d’ailleurs à faire un scandale : Pourquoi publier une aventure dans une collection intitulée 1800 alors que son action se situe en 1902 ! Et mettre en scène Edward VII ! Tu as quelque chose contre la Reine Victoria ? Plus sérieusement pourrais-tu nous dire pourquoi as-tu décidé de placer l’action de cette BD au début du XXe siècle ?

Ahaha !, je suis démasqué, j’ai triché, je l’avoue ! Je n’ai rien contre la Reine Victoria, mais je voulais d’une part sortir des sentiers battus du récit victorien, d’autre part, respecter la chronologie des bouquins de Wilde et HG Wells, soit une histoire postérieure à 1897 (date de parution de l’Homme Invisible, le plus récent des dieux). Ensuite, l’Angleterre edwardienne marque une rupture avec la vieille Angleterre victorienne, et me permettait aussi de parler notre époque. Dans mon esprit, les soulèvements sociaux et les changements sociétaux inhérents à cette période répondent à ce que vit aujourd’hui l’occident. Ainsi, je pouvais mettre en scène une époque qui parlait aussi de la nôtre.
Mais c’est une lecture bouleversante qui m’a définitivement fait opter pour le tout début du 20ème siècle : « le peuple de l’abîme » de Jack London. Il s’agit d’ une enquête menée par le tout jeune écrivain, qui y donne de sa personne en se faisant passer pour un miséreux et descend dans les bas fonds de Londres, dans l’East End. Là bas, il vit le quotidien des laissés pour compte de la société Edwardienne. Ce témoignage édifiant sur ces conditions de vie abominables opposé aux images romantiques qu’on a de la jeunesse dorée Londonienne (basées sur la littérature et les nombreux films prenant pour décor cette période) forment le terreau de cette histoire.

ActuSF : Revenons à l’intrigue et aux personnages : Avec ce premier tome tu nous montre les bas fonds de Londres, un antihéros très intéressant et avec un but quelque peu inavouable (pourrais-tu revenir sur ton idée de ré-exploitation de la fameuse toile de Dorian Gray) une héroïne idéaliste en diable (et également une très bonne façon d’attirer l’attention sur le rôle et l’image des femmes à l’époque) et un homme invisible complètement fou et avec une ambition pour le moins énorme ! Comment t’es-tu amusé à mettre tout cela en scène ?

Plusieurs influences se sont télescopées, certaines déjà évoquées ci dessus. En y réfléchissant, car tout n’est pas conscient lors de l’écriture d’un scénario, je pense que mon intérêt pour la politique et les manigances du pouvoir n’y est pas étranger. D’ailleurs, je suis allé voir récemment un meeting de Mélenchon et je me suis pas mal influencé de son discours et de ce que je percevais de son engagement pour enrichir l’esprit révolutionnaire porté par l’homme invisible dans le tome 2. Attention, je ne dis pas que Dorian Gray est un traité politique, surtout pas, je déteste les œuvres partisanes. Je pense pourtant que les prémisses de la campagne présidentielle que je suis assidument et ses enjeux ont eu une influence non négligeable lors de l’écriture de ce tome 2. 

ActuSF : Parles-nous de tes relations avec ton dessinateur, qui réussit aussi bien à nous montrer des trognes horribles ou magnifiques, des décors sublimes ou répugnants et à un coup de crayon très lisible, comment avez-vous travaillé ensemble ?

Oui, ça me fait plaisir que tu notes l’apport de son dessin sur mon scénario. Bojan doit encore progresser selon moi sur l’expressivité des visages et gommer quelques défauts anatomiques, mais il compense déjà largement par un sens narratif aigu et il fait vraiment de la BD où beaucoup se contentent de faire des belles images. J’aime aussi son dessin fouillé, charbonneux, où on sent la crasse et la noirceur des personnages. Ainsi que son trait dynamique et virevoltant qui sert magnifiquement les scènes d’action. D’ailleurs, le Retour de Dorian Gray ne serait pas ce qu’il est avec un autre dessinateur. Je prends en considération ses désirs et les domaines pour lesquels il excelle avant de me lancer dans l’écriture de telle ou telle scène.
Bojan vit en Serbie, je passe donc par un traducteur (merci Csaba !) qui lui fournit mon découpage dans sa langue maternelle et nous échangeons dans un anglais très approximatif par mail. Heureusement, le dessin est universel, il m’envoie un lay out de la page à venir, nous discutons mise en page et mise en scène. Je lui fournis de la documentation glanée sur cette gigantesque bibliothèque babylonienne qu’est internet et quelques jours plus tard, Bojan m’envoie la page terminée. Aussi simple que ça !
D’ailleurs, cette collaboration est tellement idyllique que je vais lui écrire un nouveau script, ce sera certainement un récit d’anticipation crade et crépusculaire. Quelque chose entre Jérémiah, Walking Dead, The Thing et Virus. Oups, j’en dis trop, il me faut encore l’écrire !

ActuSF : Pour un tome introductif on peut dire que tu as vu les choses en grand : Rapide mise en place des personnages principaux, action non stop, plans machiavéliques, une touche d’humour (noir assez régulièrement) pour souligner l’horreur ou le désamorcer, et un final préfigurant une confrontation de grande ampleur, sans oublier le fait que tu montres très bien l’envers du décor du royaume britannique qui ressemble à tout sauf à un royaume enchanté ! J’imagine que tu as dû faire pas mal de recherches et décider quels thèmes (pauvreté, exclusion, place des femmes, etc.) tu allais aborder, peux-tu nous en dire plus sur tout le travail que représente ce premier tome ?

Pas beaucoup de sueur pour écrire ce diptyque. J’étais déjà assez familier avec l’univers Victorien ou post victorien pour l’avoir dépeint dans des précédents albums : Alister Kayne chasseur de fantômes et Le Journal d’Abercrombie Smith, chez feu Albin Michel BD. Ce fût donc assez facile de m’immerger dans cette époque. Merci d’ailleurs à Jean Luc Istin d’avoir lancé une collection avec une identité forte, c’est agréable pour un scénariste d’avoir des contraintes quand elles sont aussi inspirantes.

ActuSF : La suite sortira-t-elle cette année ? Peux-tu déjà nous donner quelques éléments ?

Le tome 2 qui boucle l’histoire devrait sortir pour le mois de septembre. A l’heure où j’écris ces lignes, Bojan a réalisé 33 pages, on sera donc dans les temps. Le titre de ce tome conclusif est Noir Animal. Pourquoi Noir Animal ? Pour le côté polysémique du terme. 
C’est du charbon d’os utilisé comme pigment noir en peinture. Pour retrouver sa jeunesse, Dorian va devoir tuer une âme plus noire que la sienne, en l’occurrence : l’homme invisible. Et ce sera son cadavre qui deviendra la matière première des couleurs utilisées pour recouvrir son portrait et retrouver les traits de sa jeunesse. Noir Animal, ça évoque aussi ces personnages mus par leur instinct de survie et la noirceur de leurs âmes.
A la fin du récit, il y aura un mort, deux monstres et deux transformations. Je n’en dirais pas plus. Il faudra se contenter de cette révélation qui spoile à fond sans révéler des éléments essentiels de l’intrigue !

ActuSF : Songes-tu à revenir dans l’aventure 1800 mais avec d’autres thèmes, d’autres "héros" ? Et sinon quels sont tes autres projets ?

Un projet est en cours, initié par Delcourt himself et Jean Luc Istin. Il s’agirait de reprendre un personnage secondaire d’une série majeure de cette époque là. J’ai écrit un traitement pour répondre à cette commande, mais ce dossier étant trop peu avancé et classé secret défense, je ne peux en dire plus pour le moment.

Concernant mon actualité : Dogma, une nouvelle série avec Elia Bonetti au dessin vient de sortir dans la collection Soleil Esotérique (anciennement Secrets du Vatican). Il s’agit d’un thriller surnaturel sur un personnage stigmatisé. En avril sort Inlandsis, un conte cruel se déroulant dans le grand nord dessiné par le talentueux Paul Frichet. En mai, 2021, un récit d’anticipation sur un commando d’enfants mutants missionné pour prendre d’assaut le territoire autonome de Détroit, porté par le dessin méticuleux de Stéphane Bervas. En juin, Deep, un thriller « catastrophe » avec pour décor les grands fonds marins, mis en images par l’impressionnant Federico Pietrobon. Tout ça chez Soleil. Puis, une série à venir chez Glénat dans le milieu de la haute couture avec Pasquale Del Vecchio au dessin et une écriture à deux mains (j’avais écrit quatre, mais aucun de nous n’est ambidextre) avec Christophe Bec. Ah, et j’oubliais l’ultime tome de Bunker, un copieux pavé de 62 pages à paraître à la rentrée prochaine, toujours avec Christophe à la co écriture et Nicola Genzianella au dessin.

ActuSF : Stéphane merci à toi pour cette très bonne BD, et au plaisir de replonger dans le cloaque avec un personnage aussi sulfureux que Dorian Gray dans un avenir proche !

Merci à toi, et nous aurons très vraisemblablement l’occasion de reparler ensemble, les deux pieds dans le cloaque des bas fonds victoriens, de la collection 1800 !

INTERVIEW DE François DEBOIS, auteur de Jack l’Eventreur.

ActuSF : Bonjour François, pourrais-tu nous parler de ce qui t’as amené à la BD, et également un peu de toi ?
J’ai découvert la BD avec les comics américains (que je lis toujours), et j’ai participé à une association d’auteurs amateurs lorsque j’étais adolescent. J’ai démarré mes premiers projets pros sous l’impulsion de Jean-Luc Istin, d’abord dans un registre celtique, puis fantastique.

ActuSF : Je t’ai découvert avec Talisman, BD magique traitant avec finesse et machiavélisme de l’univers des contes de fée et du poids des vœux (sans parler de la quête du bonheur si l’on peut dire) : Y aura t-il un autre cycle à cette série ? 
C’est possible. Montse Martin, la dessinatrice, travaille actuellement sur sa (superbe) série Curiosity Shop, mais nous avons évoqué la possibilité de donner une suite à Talisman, en reprenant les aventures d’une Tara plus âgée.

 ActuSF : Pour la collection 1800 tu as déjà signé un dyptique avec Krystel consacré au Mal et à Faust (ASh, 2 tomes) pourrais-tu revenir pour nous sur cette expérience, sur la collaboration avec Krystel, sur le mélange des genres que représente cette BD, sur l’aspect quelque peu steampunk (l’automate qui fait très Le château dans le ciel, et autres petites merveilles) et le message que tu souhaitais mettre en avant à travers cette BD ?
Comme il s’agissait de notre première collaboration avec Krystel, nous avons cherché à croiser nos influences et à donner vie à un personnage féminin fort (comme Krystel sait les incarner !). Nous voulions lui donner une histoire et une attitude qui la rendent atypique et attachante à la fois, alors quoi de mieux que d’en faire l’incarnation du diable ? Ash était également l’occasion d’illustrer deux polarités qui se sont opposées ou métissées tout au long du 19ème siècle : le développement scientifique et les expérimentations ésotériques. Faust et Ash incarnent ses deux facettes qui s’opposent et s’attirent en même temps.

ActuSF : Tu vas revenir avec un dyptique consacré à Jack l’Éventreur, légende urbaine à nulle autre pareille, comment et pourquoi avoir décidé de traiter ce thème ? sous quel angle ? Que peux-tu nous dire sur ce projet ?
Je ne peux trop en révéler sans déflorer le concept. Je peux juste dire que le premier tome se déroulera à Londres, et le deuxième à Paris, avec de magnifiques décors d’époque. Ce sera une plongée dans le contexte politique, social et scientifique de cette fin du 19ème, avec un angle d’approche très proche de la réalité historique (pas de fantastique, donc).

 ActuSF : Comment s’est passé la relation avec ton dessinateur ? Comment avez-vous travaillé ?
Jean-Charles s’est beaucoup impliqué dans le scénario de la série, et nous avons retravaillé un grand nombre de scènes ensemble avant de trouver le ton juste.

ActuSF : Une idée de la date de sortie ? Tu as déjà commencé à travailler sur le tome 2 ?
Ça sortira le 15 mai, et le tome 2 est déjà bien amorcé en termes d’écriture. Jean-Charles en est quasiment à 10 pages dessinées. Le tome 2 devrait donc sortir assez rapidement après le 1er.

ActuSF : Quels sont tes autres projets en cours ou à venir ?
Je continue la série « Chasseurs d’écume » chez Glénat, qui a connu un franc succès fin 2011, et je développe un nouveau projet TOP SECRET avec Krystel. Il va également y avoir une nouvelle publication de certains albums que j’ai écrits dans une nouvelle collection « Histoires de Bretagne ».

ActuSF : François, merci beaucoup pour cette plongée dans l’esprit de Jack


INTERVIEW DE Jacques LAMONTAGNE, auteur de Van Helsing VS Jack l’Eventreur.

ActuSF : Bonjour Jacques, parles nous de toi : Quel est ton parcours scolaire et professionnel ?

En 1981 je sortais du CÉGEP de Sainte-Foy avec diplôme de graphiste sous l’aile. Trois ans plus tard, j’occupais le poste de directeur artistique pour une petite boîte de pub. Cependant, l’illustration me manquait cruellement. J’ai donc profité des vacances estivales afin de faire le tour des autres agences de pub pour trouver un boulot d’illustrateur. Le constat de cette tournée fut très clair, tous m’encourageaient à devenir illustrateur pigiste. À mon retour au travail, j’ai donc donné ma démission et suis devenu illustrateur freelance. Je n’ai jamais regretté cette décision. Elle m’a amené à travailler avec des agences de pub et maisons d’édition à la grandeur du Canada, aux USA et ailleurs dans le monde.


ActuSF : Quand et comment es-tu venu à la BD ? Comment travailles-tu (Moyens, temps, commandes, etc.) ?

Durant toutes ces années passées à la pub, j’ai toujours gardé un contact avec cette passion qu’était la BD. À l’époque du CÉGEP, à travers des participations à des fanzines, et un peu plus tard, en étant collaborateurs pour les deux principaux magazines d’humour illustré québécois. Ce qu’il faut comprendre, c’est que la BD au Québec ne revêt pas le même statut qu’en France ou en Belgique. En faire son métier ( du moins à l’époque ) tenait de l’utopie. Et puis est arrivé internet et son ouverture sur le monde. Du coup, les distances géographiques étaient éliminées, la communication avec les autres pays devenait plus facile. À cette période, je réalisais pour un magazine Les Contes d’Outre-tombe, petits récits fantastiques de 2 ou 3 pages se voulant un hommage aux publications de EC comics ( qui avaient fait mes délices de jeunesse ). J’avais suffisamment de matériel pour monter un dossier et le proposer aux éditeurs européens. Ce que je fit. Des lettres de refus me furent retournées à un rythme étourdissant. Ce fut un dur coup qui au final s’avéra une excellente chose pour moi. Je compris à ce moment que si je voulais percer dans le domaine, je devrais rouler mes manches et proposer un produit plus solide et professionnel. J’ai donc monté un autre projet, cette fois en collaboration avec un romancier qui voulait faire une tentative du côté de la BD. Le dossier fut envoyé et retenu par 3 maisons d’édition. Le plus drôle, c’est que finalement ce projet ne s’est jamais signé parce que les Éditions Soleil sont arrivés par derrière en me proposant une série... LES DRUIDES.
Ma façon de travailler ? Elle ne doit pas différer des autres auteurs. Seules les 6 heures de décalages m’obligent à concentrer mes échanges et communications avec mes collaborateurs en matinée. Pour le reste, je commence mes journées vers 7h00 et les termine vers 16h00. L’écriture se fait plutôt les week end.

ActuSF : Vu que je te tiens, autant en profiter, je suis un fan d’Aspic, les détectives de l’étrange, pourrais-tu revenir pour nous sur cette belle aventure, et nous délecter de moult détails sur cette fantastique série, et à quand la suite, carabistouille ?

À l’époque, quand j’ai décidé de tenter ma chance en BD, j’ai commencé à fréquenté des forums spécialisés qui regroupaient des passionnés comme moi. C’est là que j’ai fait la connaissance de Thierry Gloris, jeune scénariste français plein d’enthousiasme. Il me présenta un projet qui avait pour titre “ Le Codex Angélique”. Je fis quelques recherches de personnages et autres croquis. Cependant, pour certaines raisons, je ne pu m’investir plus avant dans ce projet d’album. Mais Thierry et moi avions développé une certaine affinité à travailler ensemble et avions convenu qu’un jour ou l’autre nous allions tenter à nouveau l’aventure. Il aura fallu attendre 5 ans avant de concrétiser cette intention. Nous nous sommes revus à Angoulême en 2008 et avons commencé à discuter de nos passions communes. Nous partagions ce même engouement pour la fin du 19e et les récits d’enquête et de fantastique de cette période. Thierry a ressortit de ses cartons un projet qu’il avait écrit quelques années plus tôt, “Les Carnets de l’Insolite”. Le projet s’est peu à peu transformé afin de prendre sa forme définitive, soit celle d’ASPIC. Le travail sur le tome 3 démarrera à l’automne 2012.

ActuSF : Revenons au présent, tu viens de boucler dans le cadre de la collection 1800, le premier tome de Van Helsing VS Jack the Ripper, album exploitant pleinement l’idée originale de Jean-Luc Istin, à savoir mettre en scène des duels "Hammeresques" entre deux grands personnages littéraires et/ou historiques. Pourquoi et comment as-tu fait pour réaliser une rencontre entre un des traqueurs du comte Dracula et la plus grande légende urbaine de Londres ? Comment s’est passé le travail avec le dessinateur et la coloriste ? Peux-tu nous allécher en nous dévoilant quelques pans du scénario ?

En fait, le titre m’a été proposé par Jean-Luc il y a de cela quelques temps déjà. À la seule évocation de Van Helsing VS Jack the Ripper, plein d’images et d’idées m’étaient venues en tête, mais je voulais éviter le piège d’une banale rencontre entre ce célèbre chasseur de vampires et des créatures de la nuit dans les rues Londoniennes. J’ai donc longuement réfléchi afin de trouver un angle novateur avec le personnage de Bram Stoker. J’ai commencé à écrire les grandes lignes de ce diptyque et l’ai proposé à Jean-Luc. L’idée lui a plu, mais encore fallait-il trouver un dessinateur pour mette en images mon scénario. Quelques mois plus tard, Jean-Luc m’est revenu et m’a soumis les dessins de Sinisa Radovic. Ce dernier avait déjà travaillé sur un projet historique, soit La Fille du Yukon chez Dupuis. Son trait me plu beaucoup et nous lui avons demandé de faire des essais qui se sont avéré fort concluants. Par la suite, je me suis mis à la recherche d’un coloriste. J’ai trouvé la candidate idéale en la personne de Nadine Thomas. Son travail de colorisation complète avec brio le travail minutieux de Sinisa.

Comme “appetizer”, voici quelques lignes afin de vous résumer la trame de Van Helsing VS Jack the Ripper. L’histoire tient d’avantage du thriller psychologique que d’un récit purement fantastique. Il y a tout de même quelques éléments surnaturels qui viennent saupoudrer l’intrigue.
“Deux ans se sont écoulés depuis le jour où Van Helsing enfonça un pieu de chêne dans le cœur de Dracula, mettant ainsi un terme à son règne infernal. Cependant, l’homme n’en est pas sorti indemne. Maintenant installé à Londres, Van Helsing est depuis plongé dans une profonde dépression.

Désespéré de voir ainsi son ami prostré dans ses appartements, Abberline, inspecteur à la division H de Scotland Yard, lui propose de l’accompagner afin de mener enquête sur une série de meurtres perpétrés dans l’East End par un dément que la presse a surnommé “Jack l’Éventreur”. Van Helsing finira par accepter... Mais l’aventure l’amènera dans des lieux encore plus sombres que ceux connus en Transylvanie.”

ActuSF : Le premier tome achevé, et le meurtrier revenant toujours sur les lieux de son crime, j’imagine que tu travailles déjà sur la suite ? Et que celle-ci sortira plutôt vers 2013 ?

Tout dépendra du rythme de production du dessinateur ! Mais je souhaite effectivement une sortie pour 2013. Le tome deux est déjà commencé et je constate que Sinisa contrôle encore mieux les décors de l’East End. Son travail d’ombres et de lumières est merveilleux.

ActuSF : Après ce duel homérique, songes-tu déjà à mettre en scène d’autres fantastiques duels pour la collection ? Et quels sont tes autres projets ?

J’ai quelques projets en tête. Il est cependant trop tôt pour en parler. :)

ActuSF : Jacques, merci pour toutes ces précisions et continue à nous faire rêver : Ou cauchemarder dans ce cas là... ;o)

Merci pour l’invitation !

Bertrand Campeis