Interview David Calvo sur Elliot du Néant
de David Calvo
aux éditions
Genre : SF

Auteurs : David Calvo
Date de parution : mai 2012 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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David Calvo vient de signer l’excellentissime Elliot aux éditions de La Volte. Voici son interview...

ActuSF : Comment est née l’idée de ce roman David ?
David Calvo : C’est un processus assez long, comme chaque fois que j’écris un roman. Je crois que l’idée initiale, c’était un mystère en chambre close, qui ne pouvait se résoudre que par l’absurde. L’absurde, c’était de prendre une énigme au pied de la lettre, et de la traiter avec le sérieux d’un enfant qui dessine.

ActuSF : Comment as tu travaillé ?
David Calvo : Ecrire des romans, c’est très, trop dur, alors pour me faciliter la tâche, j’y mets des bouts de ce qui se passe en moi, des échos, des fragments. Mon quotidien me permet de remplir une structure narrative, comme un cahier de coloriage. Je grandis avec mes livres. Ils épousent ma façon de voir le monde. Pendant la génèse d’Elliot, j’ai développé une technique d’improvisation controlée, qui est aussi devenue un des sujets du livre, le jeu nomique, aux règles évolutives. Comme je ne savais pas vraiment ce que je faisais, j’ai mis 3 ans à écrire les premières soixante pages et, quand Matthias de la Volte m’a proposé de le publier, un an à écrire le reste. Quand je lui ai rendu le manuscrit, il m’a dit : "Ca n’a rien à voir avec ce que tu m’as dit que tu ferais, et pourtant, c’est exactement ce que tu m’as dit que tu ferais." Là, je crois que j’ai compris comment j’aimais travailler, et qu’il fallait pas que ça me fasse flipper.

ActuSF : Qu’est-ce qui t’a fasciné en Islande au point d’avoir eu envie de mettre le cadre de ton nouveau roman ?
David Calvo : J’ai été appellé en Islande après une série de rêves compliqués. Je cherchais un lac, une certaine teinte de bleu. Je suis tombé amoureux de ce pays, et plus j’apprends sa langue, plus je découvre sa profondeur, plus je l’aime. L’Islande est un entre-deux, un lieu où les paradoxes se résolvent, et c’est là dessus que je travaille depuis toujours. Les interstices. Les fentes. Mais c’est aussi un lieu qui m’est devenu personnellement sacré. Quand je suis allé là-bas, j’ai retrouvé le dessin, que j’avais pratiqué jusqu’à 20 ans, et que j’avais abandonné à la sortie de mon premier livre. En Islande, les spirales que je dessinais en marge de mes cahiers depuis 15 ans se sont déliées en fleurs, parce que le vide, la roche, le ciel, m’ont donné un canevas où jeter mon imagination, la laisser éclore puis fleurir. J’ai compris là-bas que j’avais besoin du mot et du trait, ensemble, et que moi, j’étais à la jonction des deux. J’ai aimé ce dialogue entre la pensée et le corps, entre l’eau et la roche. C’est entre ces espaces, géographiques et psychiques, que j’ai trouvé une richesse, une façon d’exprimer la discrétion de l’impossible. C’est ça que je cherchais depuis tout ce temps : une substance. La texture de mon intimité. Ca a été un moment très intense, et je l’ai lié à l’Islande, parce que je suis romantique.

ActuSF : Il y a une trame entre rêve et réalité... est-ce que cela correspond à ta vision de l’Islande ?
David Calvo : Même si je me suis servi du folklore islandais, j’ai essayé d’inventer un mythe qui précède tous les autres. Dans le livre, il y a des passages entre le Néant et le réel. C’est littéral. Il ne s’agit pas de quelque chose qui est supposé, puis réalisé. C’est véritablement ce qui se passe. Même si la temporalité est différente, le paradoxe inhérent au fait qu’un moment puisse durer une éternité - donc exister en parallèle d’une action courante - m’a donné la clé du livre. C’est venu à la toute fin de l’écriture, quand tous les fils se sont liés pour expliquer comment une telle folie pouvait fonctionner en termes littéraires. Je crois à la synchronicité, que les contrariétés finissent par se résoudre. Le lâcher prise dans l’écriture est venu de cette joie de comprendre qu’on peut écrire comme on dessine, en laissant le crayon s’exprimer à bonne distance de la feuille, quand les formes se complètent harmonieusement.

ActuSF : Comment vois-tu ton héros ?
David Calvo : J’ai du mal à le voir, c’est bien ça le problème. Pour écrire ce livre, j’ai du me transposer en Bracken, et c’est ce qui fait que le récit est parfois un peu hermétique (me dit-on) puisqu’on est en lui, et qu’il n’est pas un narrateur - il est, il vit. Il n’explique pas, il voit. Après tout, Bracken a oublié qu’il pouvait dessiner, bloqué par la procrastination, la compétition, et ses moufles. Il retrouve le trait en se rendant au Néant, mais ce qu’il en fait, c’est là où il m’échappe. C’est à la fin que Bracken passe en dehors en moi, et quand il fait ça, moi, je ne controle plus rien, je le regarde faire.

ActuSF : Qui est Elliot ?
David Calvo : Elliot, c est précisément ce que Bracken ne sera jamais. Il aurait pu, si Bracken avait été moi jusqu’au bout. Moi, en tant que David, j’ai encore l’espoir de devenir Elliot, ou du moins, de suivre ses traces. Mais je ne sais même pas si j’en ai envie. Je crois que j’ai besoin d’autre chose.

ActuSF : Quels sont tes projets ? Sur quoi travailles-tu ?
David Calvo : J’ai commencé un nouveau livre, un livre sur l’eau, qui vient de l’eau, qui va vers l’eau. Je vais acheter une maison en Islande. Et je suis redevenu dessinateur. Ca, c’est le plus grand projet de ma vie.

Jérôme Vincent