Interview Estelle Faye
de Estelle Faye
aux éditions
Genre : Interview

Auteurs : Estelle Faye
Date de parution : 0000 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Estelle Faye vient de signer un excellent roman fantasy dans la nouvelle collection Pandore du Pré aux Clercs : La Dernière Lame.

Actusf : D’abord parlons un peu de votre parcours. Quels sont les auteurs qui ont compté pour vous et quand avez-vous commencé à écrire ?
Estelle Faye : Mes deux premières claques littéraires ont la découverte, assez jeune, de Typhon de Conrad, et de Cristal qui songe de Sturgeon. Des romans qui ne se contentent pas de dévider une histoire, mais qui vous plongent dans une atmosphère, dans un autre monde. Qui vous font ressentir, vraiment, ce que vivent les personnages.
 
Ensuite j’ai dévoré de tout, des sagas médiévales, du polar, de la littérature "blanche", des grands classiques de la SF, des nouvelles fantastiques, du roman feuilleton, du théâtre... En tant que lectrice, je me sens surtout à l’aise dans les univers sombres, même si j’essaye de ne pas me limiter à ça !
 
J’ai commencé à écrire il y a des années, du théâtre d’abord, puis des scénarios. 
Et avant ça, je racontais des histoires à mon frère, à mes amis... J’improvisais pendant des heures, en fonction de ce qui leur plaisait, de leurs envies. Quand ils aimaient un personnage, je le développais jusqu’à plus soif, même si au départ ce n’était pas prévu ! Puis en 2006 j’ai envoyé une nouvelle à un concours des éditions Rivière Blanche, un peu sur un coup de tête. Ça a été ma première publication.
 
Ensuite j’ai répondu à un appel à textes pour l’anthologie Dragons chez Calmann-Lévy. Ma nouvelle a été retenue, elle est tombée sous les yeux de Xavier Mauméjean. Cette rencontre m’a permis de cristalliser beaucoup de choses. Grâce à Xavier, j’ai vraiment trouvé ma voix en tant qu’auteur, ma "patte", ma raison d’écrire. Et depuis j’ai pris le virus, j’ai des envies de romans, des idées qui se bousculent... des personnages qui tapent dans mon crâne, qui veulent sortir...
 
 
Actusf : Comment est née l’idée de ce roman et de ce monde menacé par la montée des eaux ? 
Estelle Faye : La Dernière Lame est née d’une image, celle d’une jeune femme, frêle et solide à la fois, très belle, de grands yeux verts, dans une citée grise qui s’enfonce sous la mer. J’avais cette vision au fond de la tête lorsque j’ai commencé à parler du roman avec Xavier Mauméjean. Ensuite, j’ai développé là-dessus, et le reste a suivi : un monde de fantasy envahi par les océans, des voyages, des abordages, des batailles, l’Église fanatique des Cendres, et aussi Joad de Vorastburg, le médecin mutilé qui s’oppose tant bien que mal au chaos.
L’océan est un élément qui me fascine. Tant de choses deviennent insignifiantes face à cette force immense, indifférente, qui était là avant les hommes et qui sera là après eux. Confrontés à la démesure des flots, les personnages se retrouvent ballottés comme des fétus de paille. Ça rend leurs luttes d’autant plus âpres, leurs combats plus féroces.
 
 
Actusf : On pense parfois à la lecture à Moorcock ou à d’autres auteurs mettant en scène des mondes pour lesquels l’apocalypse est proche. Quelles ont été vos influences ? Avez-vous pensé à certains de ces auteurs en écrivant ce livre ? 
Estelle Faye : J’aime beaucoup Moorcock, bien sûr, et qu’on puisse songer à lui en lisant La Dernière Lame, ça fait plaisir ! 
Cependant pour La Dernière Lame, j’avais surtout en tête la série Dune d’Herbert, pour la survie dans un environnement hostile, les personnages sans concession, les enjeux mystiques, religieux et humains. 
 
J’ai eu beaucoup d’influences cinéma, aussi. Dans le désordre, La Chair et le Sang, Le Nom de la Rose, les batailles de Kingdom of Heaven... ainsi que des films de science-fiction, des post-apos comme Land of the Dead, Doomsday ou Le Règne du Feu. En écrivant, je me demandais à chaque chapitre : dans un monde où les ressources terrestres se font de plus en plus rares, comment se débrouillent les hommes pour survivre ? 
 
Pour répondre au mieux à cette question, je me suis pas mal documentée sur la faune et la flore marines, ainsi que sur l’état des sciences et techniques à la Renaissance, qui est la période historique dont s’inspire La Dernière Lame
 
 
Actusf : Comment voyez-vous votre héroïne, jeune guerrière amnésique et défigurée ? 
Estelle Faye : Marie est une sorte d’extrême, une quintessence de l’héroïne d’action. Tout ce qu’elle sait faire, c’est agir, avancer, se battre. C’est le seul moyen qu’elle a trouvé pour vivre avec ses doutes, ses failles, cette amnésie qui creuse un trou au milieu de sa personnalité. Vue de l’extérieur, elle paraît dure, violente, et elle l’est. 
Mais en fait, cette façon qu’elle a de se projeter en avant, sans avoir aucune assise, aucune vraie certitude, c’est juste un acte de courage un peu suicidaire, et en même temps un réflexe de survie. Une manière de courir dans le mur pour échapper à la folie. 
 
Au fond, Marie reste très adolescente, très humaine, jusqu’à la fin.
 
 
Actusf : La religion y est vue sous l’angle des extrêmes. Pourquoi ce choix ? Aviez-vous envie de dire des choses avec ce roman ? 
Estelle Faye : Plus que de religion, La Dernière Lame parle de fanatisme, d’obscurantisme. Bien sûr, cela fait écho à notre monde actuel, mais pas seulement. Le roman se place dans une période de trouble, de chaos, donc forcément toutes les émotions, toutes les réactions humaines sont exacerbées, les meilleures comme les pires. 
 
Ceci dit, je n’ai pas voulu asséner un message. Avant tout, je suis là pour raconter une histoire. Si c’est une bonne histoire, le lecteur en dégagera le sens de lui-même. Je ne suis pas là pour lui faire la leçon, ni pour lui tenir la main.
 
 
Actusf : La collection Pandore est destinée aux young adult. Avez-vous travaillé en pensant à ce public ?
Estelle Faye : Pour moi, le young adult, c’est avant tout un pacte avec le lecteur. Quand le lecteur ouvre un roman "young adult", il sait ce qu’il va y trouver. Une histoire dans laquelle on entre d’emblée, dans laquelle on est immergé dès les premières lignes, et qui ne vous lâche plus jusqu’à la dernière page. De l’action, de l’évasion, des émotions fortes, un style clair et vivant. C’est cela qui fait que ces livres parlent à un large public.
 
Par ailleurs, j’aime beaucoup l’idée d’écrire aussi pour des adolescents, pour la génération de ma cousine Léna, quinze ans, qui est une de mes sources d’inspiration, et avec laquelle je discute beaucoup tout au long de l’écriture. Ça me pousse à voir plus loin que moi, que ma propre expérience, et c’est enrichissant. 
 
 
Actusf : Parlez-nous du livre à paraître en début d’année prochaine aux Moutons électriques. De quoi s’agira-t-il ? 
Estelle Faye : Porcelaine parcourt quinze siècles d’histoire de Chine, pendant lesquels on suit une troupe de comédiens éternels. C’est un livre axé sur le merveilleux, la passion, et qui en même temps plonge le lecteur dans un monde et une mythologie encore assez méconnus. Tandis que les héros du livre courent les routes, s’aiment, se perdent et se retrouvent, on voit en filigrane vivre et mourir des royaumes autour d’eux, on suit le passage des siècles, le changement des sociétés, des paysages...
 
C’est un roman plus solaire, plus poétique que la Dernière Lame, et en même temps parcouru par une immense nostalgie, celle de ses héros qui ont vécu trop longtemps.
J’ai la chance de débuter en tant qu’auteur avec deux romans à la fois très personnels et très différents !
 
 
Actusf : Quels sont vos projets ? Sur quoi travaillez-vous ? 
Estelle Faye : Je veux continuer à écrire du young adult, même si je ne sais pas encore sous quelle forme exactement. Je me laisse porter par le courant, je vais voir où l’avenir me mène. Je dirige aussi une anthologie sur les souterrains pour Parchemins et Traverses, avec plein de belles nouvelles d’auteurs français dedans. Nous en sommes aux dernières corrections. 
 
Et je travaille dès que j’ai le temps sur un projet qui me tient à cœur depuis ma nouvelle dans Dragons, une grande fresque maritime et fantastique, une histoire de sel et de sang, de vengeance et de grands voiliers.
 
A lire dans quelques mois, j’espère !
 

Jérôme Vincent

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