Interview Gilles Dumay
de Gilles Dumay
aux éditions ActuSF
Genre : Rubrique : le biz
Rédaction : Gilles Dumay
Date de parution : septembre 2011 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Gilles Dumay est le directeur de la collection Lunes d’encre chez Denoël.

Actusf : Petit bilan de santé pour commencer. Comment se porte Lunes d’Encre ?
Gilles Dumay : C’est difficile à dire tant que Encore une chose d’Eoin Colfer (mon actif toxique) reste dans les stats de la collection. Il devrait en sortir fin octobre, peu ou prou au moment où Béatrice Duval va entrer en fonction chez Denoël comme nouvelle directrice générale, remplaçant Olivier Rubinstein parti prendre la direction de l’institut culturel français à Tel Aviv. Je sais très précisément ce que je veux pour Lunes d’encre en termes de nombre de titres publiés dans l’année et en termes de moyens financiers, j’espère qu’après deux années très dures (septembre 2009 à aujourd’hui), on va changer de direction dans tous les sens de l’expression. Si c’est pour continuer à faire sept titres par an comme en 2010 et 2011, je reste très clair sur ma position : ça ne m’intéresse pas, c’est insuffisant pour tenir sa modeste tranchée. Et à l’impossible nul n’est tenu.

Actusf : Peux-tu nous présenter tes sorties de l’automne ?
Gilles Dumay : Deux titres : Julian de Robert Charles Wilson qui, à mes yeux, est son meilleur livre, en tout cas un texte qui m’intéresse davantage que la trilogie Spin/Axis/Vortex. Moi, Lucifer de Glen Duncan, un livre que je voulais publier depuis des années, drôle, iconoclaste, choquant, une sorte de Dogma littéraire.

Actusf : Un petit mot sur Robert Charles Wilson que tu publies une nouvelle fois avec Julian. Qu’est-ce qui te plait chez cet auteur ? Quelles sont ses qualités ?
Gilles Dumay : Robert Charles Wilson est humaniste, de gauche, écolo. Il aime la bonne musique (Neil Young), le bon cinéma (Bigelow). Il refuse aussi de tout expliquer dans ses livres, ce que je trouve assez génial ; j’aime bien quand il reste matière à interprétation/spéculation. Comme dans CLEER par exemple, ou les films de David Lynch, ou certains textes de Serge Lehman. J’aime bien son style, faussement simple, assez élégant. Ses personnages sont souvent formidables.

Actusf : Qui est Glen Duncan ? Et pourquoi l’avoir choisi ?
Gilles Dumay : J’ai choisi le livre, Moi, Lucifer en ne connaissant rien de l’auteur. Depuis nous avons fait connaissance par mail et je crois que je suis chanceux sur le plan humain en matière de Duncan. Il m’en faut peut-être un troisième au catalogue. Glen est un train de péter la baraque dans le monde entier avec son Last Werewolf, c’est plutôt cool, j’en ai acquis les droits de traduction.

Actusf : S’il n’y a pas de rentrée littéraire à proprement parler en Imaginaire, le phénomène qui occupe de l’espace dans les médias et les libraires impactent-ils tes ventes ? Est-ce que cela a des conséquences ?
Pour ma part, ça fait des années que je considère qu’il y a une rentrée littéraire en imaginaire, donc un livre important à placer après l’été. Ces livres, j’ai décidé de les distinguer en Lunes d’encre (format différent). Le Fleuve des dieux en 2010, Julian en 2011, La maison du derviche en 2012.

Actusf : Comment as-tu choisi les mois de parution de tes trois titres à venir ? Le fait que le livre de Robert Charles Wilson sorte en septembre est-il stratégique ?
Gilles Dumay : En fait j’ai publié mes trois gros titres en portefeuille à la suite, Destination ténèbres, Julian, Moi,Lucifer pour des raisons statistiques et électorales. Statistiques, parce que Colfer va dégager des stats et autant en profiter au maximum. Quand à 2012 et ses élections présidentielles cruciales (de mon point de vue), ça va être un enfer en librairie. Je garde mes deux gros titres 2012 pour le second semestre et Vortex (qui se vendra moins qu’Axis par définition) pour l’été. AD Noctum en janvier, c’est logique puisque c’est un premier roman français et c’est un peu le mois des premiers romans français chez Denoël.

Actusf : On parle d’une crise en librairie depuis le début de l’année avec une baisse de leur fréquentation et des ventes. As-tu ressenti ce phénomène sur tes ventes ? Est-ce que cela t’a incité à changer des choses dans ton programme de parution ? Es-tu inquiet pour l’avenir ?
Gilles Dumay : La crise existe depuis septembre 2008, c’est pas un truc nouveau. Après, en édition il y a une énorme inertie et c’est vrai qu’on mange vraiment maintenant, depuis le début de l’année. Nous sommes arrivés à un moment important, le moment où les financiers (dans les groupes) peuvent décider qu’il n’y a plus aucun intérêt à publier de la SF adulte traduite, car le public est devenu insuffisant pour couvrir le coût des trads (même des bons livres). Sur Lunes d’encre, l’effet est visible, les livres sont chers, c’est le seul moyen de survivre. Si le lectorat revient, les prix baisseront. Après, il y a une limite au-delà de laquelle les prix ne peuvent plus monter (atteinte ou presque de mon point de vue) et où je serai contraint ou de changer de modèle économique ou de changer de métier. Changer de modèle économique est possible hors de Denoël avec des fonds (que j’ai estimés mais que je n’ai pas à l’heure actuelle), changer de métier ne m’inquiète pas plus que ça. J’y ai pensé sérieusement en 2009 ; j’y repense à nouveau. C’est cyclique chez moi (il y a une époque où ces cycles me mettaient dans des états pas possibles, ce n’est plus le cas). En tout cas, je prendrais bien une année sabbatique pour écrire. Tout va dépendre de la nouvelle direction de Denoël et des résultats 2011. Je pense que 2011 sera une bonne année pour Lunes d’encre, mais ce n’est évidemment pas une certitude. Le Frank M. Robinson est 1000 ex vendus en-dessous de ce que j’avais prévu. Pour le reste pas vraiment de mauvaises surprises, ni de bonnes d’ailleurs.

Actusf : Quels sont les titres à venir en 2012 ? Que peux-tu déjà nous dire sur le programme ?
Gilles Dumay : AD Noctum de Ludovic Lamarque et Pierre Portrait en janvier. Le reste du programme n’est pas signé. Mais il y a plein de choses bien dans ma musette, plein. Wilson, McDonald, Priest, Holdstock, Kadrey, Genefort, Wolfe...

Jérôme Vincent