Interview Griffe d’Encre
de Karim Berrouka
aux éditions ActuSF
Genre : Anticipation
Rédaction : Karim Berrouka
Date de parution : mars 2009 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Petit bilan d’une jeune maison d’édition

Actusf : Petite question pour commencer, après presque deux ans d’existence, quel est le bilan ? Comment se porte Griffe d’Encre ?
Magali : La news du 17 février qui se trouve ici http://www.griffedencre.fr/spip.php?article444 donne un bilan en chiffres de nos deux ans d’existence.

Si on la rapporte au nombre de mois (le premier ouvrage étant paru fin avril 2007), notre progression entre 2007 et 2008 a dépassé les 230 %. Ajoutée aux nominations et aux prix reçus cette année, qui sont la confirmation d’une reconnaissance par le milieu professionnel et par les lecteurs, je dirais que Griffe d’Encre se porte plutôt bien.
Maintenant, ce n’est qu’un début et nous sommes bien décidés à passer à la vitesse supérieure, afin d’être plus facilement accessibles aux lecteurs. C’est pour cette raison que nous sommes actuellement à la recherche d’un distributeur.

Actusf : Avant de nous tourner sur le planning 2009, revenons un instant sur les dernières sorties de Griffe d’Encre. Pouvez-nous nous dire un mot sur « Lemashtu » et « Le Livre des théophanies » ? Comment sont nés ces projets et les rencontres avec les deux auteurs, Li Cam et Jonas Lenn ?
Karim : Jonas a suivi la « procédure habituelle » : il nous a soumis un projet par mail. Nous avons ensuite bossé ensemble pour construire un recueil autour d’un thème qu’il a lui-même choisi : la théophanie (manifestation, révélation de Dieu), à partir de certains des textes proposés, et d’autres qu’il a incorporés et/ou écrit pour ce recueil.

Menolly : Pour « Lemashtu » c’est assez drôle, en fait. Li-Cam avait publié en janvier 2005 une nouvelle se déroulant dans l’univers de Lem (remaniée pour s’intégrer au roman) dans le n°1 « de Khimaira » nouvelle série (sur les vampires). Et j’avais moi-même une nouvelle publiée (ma première, je crois bien) dans ce même numéro, une courte pièce de théâtre (que tu avais chroniquée, d’ailleurs, Jérôme, le monde est petit ^^). On ne se connaissait pas du tout, Li-Cam et moi, on avait apprécié chacune la nouvelle de l’autre, on se l’était dit sur un forum, mais ça n’avait pas été plus loin. En 2006, quand on a ouvert notre espace griffé, Li-Cam s’est inscrite très très vite, a participé au premier AT (« La Petite Fille au coeur de marbre » dans « Ouvre-toi ! ») et nous a envoyé son roman quasiment dans la foulée, sous l’impulsion de son mari je crois bien. C’était comme si j’avais lu sa nouvelle la veille, je me souvenais très bien de l’univers. Coup de coeur des éditrices, sélection en 2006, décision de le publier en 2e roman, fin 2008 a priori. Mais je pense que si on relisait cette version maintenant, ça nous ferait tout drôle. « Lem » a beaucoup grossi et évolué en 2 ans et demi !

Actusf : Vous avez également publié « Aube & Crépuscule ». Ce n’est pas votre première anthologie. Quel est l’accueil des lecteurs pour ces anthologies ? On a entendu ces derniers mois souvent les éditeurs dire que les anthologies ne se vendaient pas (même si plusieurs sont maintenant annoncées chez Denoël et Calmann Levy). Qu’en est-il pour vous ? Y a-t-il selon vous encore un public pour les nouvelles ?
Magali : Pour Aube & Crépuscule, nous avons eu assez peu de retour à ce jour, mais les deux premières anthologies « Ouvre-toi ! » et « La Terre » ont été très bien accueillies, dans le sens où ceux qui les ont lues les ont aimées. Après, en terme de ventes, c’est une autre histoire. En effet, les anthologies ne se vendent pas facilement, et vu le travail que ça demande c’est parfois décourageant. Mais ça reste une expérience riche et, même si les lecteurs sont pour l’instant peu nombreux, l’enthousiasme que l’on rencontre chez certains en vaut la peine. Maintenant, le fait que de plus en plus de maisons fassent des anthologies veut-il dire qu’il y a un marché ou cela va-t-il en créer un ?
En ce qui concerne le public, on remarque qu’il est aussi difficile de vendre des recueils que des anthologies. La nouvelle n’est pas très populaire en France, mais certains découvrent ce genre avec plaisir. Alors, oui, je pense qu’il y a un public, mais qu’il ne le sait pas encore.

Actusf : Un des très beaux succès de l’année 2008, c’est bien entendu « La Vieille Anglaise et le continent » avec plusieurs prix pour son auteur, Jeanne-A Debats. Êtes-vous surpris de ces multiples prix ? Sentiez-vous que cette novella pourrait plaire au public (et au jury) ?
Menolly : Surpris, oui. On a concouru pour le GPI, on croyait très fort à une nomination, on pensait avoir une chance pour le prix, mais c’était tout. Les autres prix et nominations, ç’a été la stupeur absolue.

Pour répondre à ta deuxième question, j’avoue être un peu gênée par tous ces prix, d’un certain côté. Je suis bien entendu heureuse pour Jeanne-A et pour « La Vieille Anglaise », qui méritent tout à fait ce succès (il n’y a qu’à voir les étoiles dans les yeux de certains lecteurs rencontrés lors des salons quand ils parlent de ce livre). Mais je n’ai pas le sentiment d’avoir une part dans ce mérite, moi, en tant que directrice de la collection novella. Car lorsque Jeanne-A m’a envoyé son manuscrit, je n’ai eu aucune hésitation à l’accepter. J’adorais ce texte ; il était évident pour moi qu’il allait avoir un large (à notre échelle) public ; il était déjà très travaillé, il y avait peu de corrections à demander ; je connaissais un peu l’auteure, on avait déjà travaillé avec elle dans une antho, et elle était très présente dans le milieu SF : c’était quasiment du risque zéro pour Griffe d’Encre. Je ne vois pas comment j’aurais pu dire non à ce texte. Je crois avoir pris des risques avec toutes mes novellas, pour diverses raisons (auteur 100% inconnu, texte « ovni », avis mitigé voire négatif du comité de lecture... )... toutes sauf « La Vieille Anglaise » !

Actusf : En terme de vente, est-ce que ces prix ont eu de l’importance ?
Menolly : Oui. Cette novella est notre première vente maintenant, loin devant nos autres ouvrages. On reçoit encore des commandes quasiment tous les jours. On doit en être à environ 1500 exemplaires vendus à l’heure actuelle, il me semble. En 8 mois et des poussières, donc.

Actusf : Parlons du planning 2009, quels titres allez-vous sortir sur le début de l’année ?
Menolly : Il y a eu « Lemashtu », donc, sorti fin janvier. À la fin du mois de février, nous sortons « Les Prothétiques », de Yan Marchand, l’auteur de « Métropolitain », illustrée par Zariel. Suivront en mars un recueil d’Elisabeth Ebory, « À l’orée sombre » (illustré par Amandine Labarre) ; en avril, une novella d’Alain le Bussy, « Piège vital » (illustrée par Zariel) ; en mai, nous sortons notre premier roman traduit de l’anglais : « GiG », de James Lovegrove (traduction Mélanie Fazi) ; en juin, une novella d’Antoine Lencou : « Votre mort nous appartient », illustrée par Fablyrr. Quelque part dans le premier semestre, il devrait y avoir aussi la sortie de l’anthologie sur l’Air, dirigée par Magali Duez et illustrée par Magali Villeneuve, ainsi que... scoop ! Un recueil de Jérôme Noirez illustré par Aurélien Police, portant le beau titre de « Le Diapason des mots et des misères »

Actusf : Parlez-nous de Yan Marchand, qui est-il ?
Menolly :
Quelqu’un de très discret ;)
Un breton brestois discret qui écrit fabuleusement bien. « Métropolitain », paru chez nous en 2007, était son premier texte publié, et aussi son premier texte jamais envoyé ! Pour l’anecdote, je n’ai rencontré physiquement Yan qu’après la sortie de « Métropolitain ». Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, j’espérais qu’il ne ressemblait pas au héros de sa novella.

Blague à part, je m’attendais à quelqu’un d’assez sombre et torturé, certainement pas à un jeune homme blond, au sourire facile, et qui n’a pas spécialement l’air de vouloir pousser des chiens sous le métro. Je me posais aussi des questions quant à son style, suite à « Métropolitain » : est-ce qu’il écrivait tout le temps comme ça, de cette façon délicieusement surannée avec beaucoup de jeux sur les mots, de métaphores filées, ou est-ce que c’était juste pour ce texte ? J’ai eu la réponse depuis puisqu’on a « Les Prothétiques » qui sortent dans qq jours, mais aussi d’autres textes de Yan prévus à plus ou moins long terme ;)

Actusf : Quels sont vos projets à moyen-terme ?
En choeur : Dormir ?
Et quand on se réveillera, ouvrir une 5e collection.
Mais ce n’est pas pour tout de suite, mettons pour dans 2-3 ans, quand on aura mené à bien certains projets personnels.
À plus court terme, convaincre Mélanie Fazi et Ange de nous écrire une nouvelle pour un AT, et Jérôme Noirez de nous envoyer une novella ! Mélanie, Ange, Jérôme, si vous lisez ceci...

Jérôme Vincent