Interview Jean-Luc Bizien - Mai 2007
de Jean-Luc Bizien
aux éditions ActuSF
Genre : SF

Auteurs : Jean-Luc Bizien
Date de parution : 2007 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Avec Mastication, Jean-Luc Bizien a signé un texte très rock’n’roll avec beaucoup de gouaille. Un grand bonheur à redécouvrir avec lui.

Actusf : Comment est né le projet autour de Mastication ?
Jean-Luc Bizien : C’est une question qu’il faudrait poser à Xavier Mauméjean.
Il est venu me trouver un jour pour me parler du Club Van Helsing, de cette idée de monter une collection avec Guillaume Lebeau.
Un projet franchement barré, plutôt improbable... Donc totalement évident. Incontournable.

Actusf : Qu’est-ce qui vous a séduit dans le projet ?
Jean-Luc Bizien : On ne va pas parler de littérature, mais d’amitié. Le seul fait de travailler avec Xavier a suffi à me motiver. C’est une question de confiance, d’univers partagé. Je ne me suis pas interrogé davantage et je ne crois pas avoir hésité plus d’une minute (ou deux, pour être large).

Actusf : Pourquoi avoir choisi le thème du loup garou ? C’est un monstre qui vous parle ? Et pourquoi ?
Jean-Luc Bizien : Parce que j’ai commis naguère deux jeux de rôle, Hurlements et Chimères, qui exploitaient largement le mythe du lycanthrope, et que je m’étais à l’époque immergé dans cet univers. Je croyais avoir fait le tour du sujet... Vuk m’a démontré que ce n’était pas le cas.

Actusf : Quand on est lecteur, on ne s’imagine jamais la phase de préparation d’un roman. Avez-vous fait beaucoup de recherches préalables sur les loups garous ou sur les milieux goth ?
Jean-Luc Bizien : Du tout. Je suis un lecteur de longue date d’Elegy, j’ai une discothèque bien fournie, et un grand fils qui m’aide à me tenir au courant.
Quant aux lycanthropes... Sans en avoir fait l’élevage, je pense connaître assez bien les bestioles. En fait, c’est un des mythes les plus riches, les plus ancrés dans notre histoire. Un monstre qui a hanté la littérature populaire depuis des lustres.
L’occasion de rendre hommage aux Grands Anciens du genre était trop belle.

Actusf : Vuk est un ex-légionnaire plutôt violent. Un chasseur de monstre qui aime l’action et qui ne se soucie guère des balles perdues. Comment le présenteriez-vous ?
Jean-Luc Bizien : Comme une anomalie, une espèce de mutant. C’est à la fois un être brisé, une machine de guerre... et un pauvre type qui a oublié depuis longtemps sa part d’humanité. Paradoxalement, il va la redécouvrir dès lors qu’il se transforme en monstre.
C’est ça aussi, je crois, qu’évoque le mythe du lycanthrope : trouver l’équilibre entre l’animalité et l’homme.

Actusf : Un personnage aussi méchant, violent et rock ’n’ roll, c’est un plaisir de raconter ses aventures ?
Jean-Luc Bizien : OUI ! Évidemment.
Pour dire toute la vérité, je sortais d’une longue période de littérature jeunesse chez Plon. Le retour aux fondamentaux de la littérature populaire - en tout cas, au trio infernal “sexe, drogue et rock’n roll” - était salutaire et m’a offert une récréation des neurones comme je ne m’en étais pas autorisée depuis longtemps.

Actusf : Autre personnage central, Maximus. Comment le voyez-vous ? Et j’imagine qu’avoir pris le nom du héros de Gladiator n’était pas un hasard pour un guerrier surpuissant...
Jean-Luc Bizien : Maximus n’a plus rien d’humain. Il a effacé depuis longtemps tous ses souvenirs “d’avant”. Il jouit de son état, il utilise tous ses pouvoirs. C’est le prédateur dans toute sa splendeur. Et physiquement, je le vois effectivement comme un cousin survitaminé de Russel Crowe.

Actusf : Plus globalement, le style est très rythmé, avec beaucoup de « bons mots », de gouaille et d’argot. C’est assez jouissif à lire. Mais est-ce que c’est aussi jouissif à écrire ? Ou au contraire est-ce compliqué ?
Jean-Luc Bizien : Je n’ai pas ressenti une telle jubilation depuis une éternité. Les vannes, l’argot et la dérision étaient des composantes du contrat moral qui me liait à Xavier Mauméjean. J’ai sélectionné la bande son (je travaille en musique) et me suis amusé comme un gamin. J’ai lâché les chevaux, je ne me suis rien interdit, ou si peu (Xavier, qui m’avait juré que la censure n’existerait pas, s’est laissé prendre au piège - il ne faut JAMAIS me lancer ce type de défi - mais ça restera à jamais entre lui et moi). I CAN’T GET NO (MASTICATION), c’est huit jours de frénésie, qui m’ont suffi à coucher le premier jet du livre.
La littérature de genre fait essentiellement appel, à mon sens, à la notion de PLAISIR.
J’espère que le lecteur partagera le mien.

Actusf : La musique est très présente dans le livre. Avez-vous écris en musique ? Ou certains morceaux vous ont-ils inspiré ? Quelle serait la BO du livre ?
Jean-Luc Bizien : La musique est omniprésente dans ma vie. Je ne travaille jamais sans elle. J’écris en rythme, et je sélectionne les cds non pas en fonction de l’humeur du moment, mais de l’ambiance de la scène que je décris. La B.O. Du livre serait donc principalement constituée des morceaux disséminés au fil des pages. Plus quelques autres, que je ne citerai pas (le spectre du rock est large, et le lecteur doit conserver une part d’imaginaire qui lui est propre - à chacun de se faire “son” cinéma).

Actusf : Pourquoi avoir mis un mot au début pour précisez que vous n’étiez en rien impliqué personnellement dans le personnage principal et que vous ne partagiez en rien ses idées ?
Jean-Luc Bizien : Parce que l’amalgame est vite fait entre l’auteur et son livre. Et que je ne voulais pas que le regard de ma mère sur son fils aîné change en quoi que ce soit.
Plus sérieusement : parce que je pensais que c’était nécessaire.
De plus, je crois que, d’une certaine manière, l’avertissement influence le regard du lecteur. Autant l’utiliser.
L’avertissement, c’est comme le menu au restaurant - on n’est pas obligé de le consulter, mais il donne une idée de ce qui va suivre.
C’était une manière de dire :

- Ok, on vous aura prévenus, mais vous n’en avez fait qu’à votre tête. Maintenant, attachez vos ceintures, le pilote vient de nous abandonner en vol...

Actusf : Vous avez laissé une fin assez ouverte. Vous aimeriez revoir Vuk dans un futur volume du Club Van Helsing ? Ou peut-être le reprendre pour de futures aventures ?
Jean-Luc Bizien : YEP ! Vuk est le personnage que je trouve le plus attachant depuis un bail.
Je me suis laissé surprendre au fil du récit, je n’ai pas du tout écrit le bouquin qui était prévu à l’origine. Vuk a pris corps, il a évolué. Il a pris le pouvoir, aussi. Il m’a imposé le ton du livre.
J’adorerais créer un spin off de la série, et laisser le lycanthrope chasseur de monstres s’exprimer en liberté. J’ai déjà en magasin de quoi écrire trois nouveaux tomes, je prends des notes, j’ai des titres, des passages entiers... Mais la décision ne m’appartient pas pour l’instant.
Disons qu’en cas de succès de la série, les négociations devraient s’accélérer tout naturellement.

Actusf : Quels sont vos projets ?
Jean-Luc Bizien : Je travaille sur une série de romans policiers adultes, qui auront pour cadre Paris au 19ème.
Je reprends mes personnages médiévaux parus autrefois aux éditions du Masque, et je compte créer une nouvelle série pour les adolescents.
Je poursuis mon bonhomme de chemin avec mon ami Emmanuel Chaunu, j’écris des albums jeunesse et j’anime l’École de Caen.
J’ai en projet une série médiévale japonaise avec Éric, mon frère cadet.
Je veux écrire un thriller contemporain, une intrigue géopolitique.
Je rêve d’écrire un second roman de littérature générale... et de prendre des vacances, aussi.
Mais ça, ce sera probablement dans une autre vie.

Jérôme Vincent

Photo : © Céline Thoulouze