Interview Le passage des Lumières
de Catherine Cuenca et Paola Grieco
aux éditions
Genre : Actes de colloque

Auteurs : Catherine Cuenca
Illustrations : Raphaël Beuchot
Rédaction : Paola Grieco
Date de parution : mars 2012 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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J’ai découvert cette série grâce au bouche à oreille sur Internet.

Cette série (qui devrait faire 5 tomes) traite de voyage dans le temps, thème qui m’a toujours passionné, et imagine qu’une jeune fille du XXIème siècle se retrouve, grâce à un passage magique, dans un petit village français à la veille de la Révolution Française.

Ces romans s’adressent à un lectorat plutôt jeune, entre 9 et 12 ans, la présentation et les illustrations intérieures (tête de chapitre) sont superbes. D’une plume vive et alerte, Catherine Cuenca, nous conte les péripéties de Zélie, jeune fille n’ayant guère la langue dans sa poche projetée à une époque digne des dinosaures pour elle et devant à tout prix éviter de faire des bourdes dans une société dure, figée et semblant attendre le changement sans trop savoir comment s’y prendre.

Très prenant, ce premier tome donne le ton et on en vient à imaginer la suite en attendant de dévorer les suivants. Ce qui m’amuse personnellement c’est de constater que le voyage temporel semble avoir de nouveau le vent en poupe pour faire découvrir des époques historiques oubliées à de jeunes lecteurs : Regardez Via Temporis chez Scrinéo et jetez vous sur Les Brigades du Temps de Kris et Bruno Duhamel chez Dupuis pour (re)découvrir l’histoirede manière ludique et amusante.

J’ai contacté l’auteure, Catherine Cuenca, la responsable éditoriale, Paola Grieco et l’illustrateur (couverture et illustrations intérieur, Raphaël Beuchot pour leur poser quelques questions par rapport à ce roman très sympa.

ActuSF : Bonjour Paola, Catherine et Raphael, pourriez-vous vous présenter auprès de nos lecteurs pour commencer ?

CC : Je suis écrivain, auteur de romans pour la jeunesse. J’écris des fictions purement historiques ou en lien étroit avec l’Histoire, comme c’est le cas de la série du Passage des Lumières.

PG : Bonjour Bertrand, j’ai 31 ans, je suis directrice éditoriale de Gulf Stream Éditeur depuis janvier 2008, et j’adore faire du vélo.

RB : Bonjour, je m’appelle Raphaël Beuchot, j’ai 31 ans, et je suis un dessinateur de bd connu par les plus vieux lecteurs de blogs bd sous le pseudo raphaëlB.

ActuSF : Quels ont été vos parcours scolaires et professionnels respectifs ?

CC : Née en 1982 à Lyon, j’ai commencé à écrire et à m’intéresser à l’Histoire très jeune. Après un bac littéraire, j’ai suivi une licence d’Histoire. Mon premier roman est paru en 2001, alors que j’étais encore étudiante. J’ai ensuite poursuivi mes activités d’écriture en parallèle d’un travail salarié en bibliothèque. Depuis 2010, je suis auteure à plein temps.

PG : Après un cursus scolaire de jeune fille rangée, j’ai fait studieusement mes humanités qui se sont conclues par l’obtention d’une maîtrise d’Histoire ancienne en 2001. Puis, pendant près de 5 ans, j’ai harcelé des collégiens à coups d’avènement de la 3e République, de sac de Rome et d’accroissement démographique de la Chine. Récidiviste, j’ai repris les études, et j’ai obtenu en 2007 un master 2 d’édition. Je suis arrivée la même année chez Gulf Stream Éditeur comme assistante d’édition en stage… et j’ai pris racine.

RB : Math sup, math spé, une école d’ingénieur et deux ans d’expérience professionnelle que l’on peut qualifié de désastreuse...J’ai tout arrêté pour tenter le coup dans la bd, et depuis ça va plutôt bien.

ActuSF : Catherine, peux-tu revenir pour nous sur l’idée initiale derrière cette nouvelle série, centrée sur une jeune fille qui voyage dans le temps pour se retrouver dans un petit village la veille de la Révolution Française : Volonté de créer une fenêtre "temporelle" pour les jeunes lecteurs afin qu’ils voient et comprennent la Révolution Française, de les intéresser à la vie quotidienne ? Mais également de faire réfléchir à la notion d’Utopie, de rêve et de sa confrontation avec la réalité ? Tu t’es amusée à créer bon nombre de personnages qui gravitent auprès de la jeune Zélie, tous sont là pour éclairer le jeune lecteur sur les conditions de vie de l’époque et l’instruire également par rapport à leur façon de penser et de voir les choses : Peux-tu nous faire une galerie de portraits en nous explicitant leur rôle et leur portée dans l’histoire ?

CC : Je n’ai pas écrit cette série dans un but pédagogique. Cela dit, si le lecteur apprend plein de choses sur la Révolution française, c’est tant mieux ! Ce qui m’a motivée, c’était plutôt le plaisir de mettre en scène un décalage temporel, d’imaginer la façon dont se traduirait ce décalage dans les faits, les questions, les réactions d’une personne d’aujourd’hui plongée dans une époque lointaine, avec pour seul "outil" une connaissance plus ou moins approfondie de cette époque. J’ai choisi la Révolution française car c’est une période qui m’a toujours intéressée : à l’origine de notre société et de nos institutions, elle est plus proche de nous que nous pouvons le croire. C’est surtout une période qui a généré un immense espoir, un vent de liberté, des changements sans pareil.

Dans le premier tome, centré sur le village fictif de Basmont, en Lorraine, Zélie rencontre des représentants des trois ordres de l’époque moderne (Tiers Etat, noblesse, clergé), comme dans n’importe quel village de France : une famille de paysans, un notaire et un instituteur, qui font tous partie du Tiers Etat ; le curé de Basmont représente le clergé et la fille du vicomte qui possède les terres du village, la noblesse. Très vite on se rend compte que les différences se font moins sur l’appartenance à l’ordre que sur la condition sociale. Le curé de campagne est plus proche des paysans par sa façon de vivre et ses revenus que les évêques qui appartiennent pourtant du même ordre que lui. Les bourgeois, représentés par le notaire et l’instituteur, ont une position sociale plus élevée et une grande influence sur la population, mais ils n’ont aucun privilège. Ce sont eux qui dirigent la rédaction des cahiers de doléances qui seront présentés au roi au printemps 1789. Ils ont les armes pour engager une Révolution, et ils ont tout à gagner à le faire.

ActuSF : fan d’uchronie j’ai l’impression que tu souhaites avant tout avec cette série, informer sur la révolution française et l’impact qu’elle a eu sur la société de l’époque, tu ne songes pas à développer une uchronie vers la fin de ton œuvre n’est-ce pas ? Et j’imagine que les prochains tomes nous dépeindront fidèlement les évènements historiques sans que l’on puisse changer la marche de l’histoire ? Peux-tu nous en dire plus sur la suite ?

CC : Comme dans le premier épisode, où elle ne peut rester inactive face à la maladie d’une petite paysanne, Zélie sera confrontée à différentes situations qui la pousseront à intervenir dans le déroulement des événements. C’est au fil du temps et des épisodes qu’on découvrira s’il est vraiment possible de changer la marche de l’histoire. Donc, pour le savoir, une seule solution : lire la suite de la série !

ActuSF : Passons à Raphaël, peux-tu nous parler du temps que cela te prend pour réaliser l’illustration de couverture, les en têtes de chapitre ? Quels sont tes outils de travail ? Pourquoi travailles-tu sur cette série ? As-tu un site où l’on peut regarder l’avancée de ton travail ? Peux-tu nous parler également de tes autres travaux ?

RB : C’est difficile de dire combien de temps ça prend, car les aller-retours entre l’éditeur et moi-même sont variables. On est sur des délais quand même courts, quelques journées de travail par tome. Ce qui est sûr, c’est que ça va plus vite pour les en-têtes de chapitre. Peut-être parce que j’ai une liberté plus grande à ce niveau, et que les possibilités de mise en scène se rapprochent plus de celles de la bd - mon activité principale.
Je travaille au stylo noir, à un format à peu près deux fois supérieur que le format d’impression. Je mets la couleur sur ordinateur, avec photoshop.
J’ai accepté de travailler sur cette série car l’exercice m’intéressait. L’univers était assez loin de ce que je faisais habituellement, et le public également très différent. C’était l’occasion de se changer les idées. Je ne regrette pas du tout : ce fut une bonne coupure dans la routine de l’élaboration d’un album de bd, et ça m’a permis de tester pas mal de choses en dessin.
Mes autres travaux sont essentiellement des albums de bd, bien que je tende à la diversification. J’ai sorti en 2011 « Le montreur d’histoires » (Le Lombard), scénarisé par Zidrou. Un très beau contre cruel pour adultes, sur lequel j’ai adoré travailler. Je prépare cette année un nouvel album africain, toujours avec Zidrou, qui devrait sortir en 2013.
Pour voir mes travaux, j’ai un blog professionnel :
raphaelbeuchot.blogspot.com
Et un blog plus pour la rigolade :
raphaelb.canalblog.com

ActuSF : Paola, tu es la directrice éditoriale derrière cette série temporelle : Qu’est-ce qui t’as attirée dans cette série, peux-tu expliciter ton rôle par rapport à cette série et éclairer les pauvres lecteurs que nous sommes sur le chef d’orchestre que tu es ?

PG : Je reçois régulièrement des manuscrits, essentiellement par mail depuis 2 ans. Début mai 2011, je reçois dans une enveloppe kraft classique 4 manuscrits reliés : 3 tomes d’une trilogie et un one shot. Je lis comme d’habitude la lettre d’accompagnement, sobre mais efficace. Alors que je n’avais pas du tout prévu de me pencher sur la découverte d’un manuscrit ce matin-là, je jette quand même un coup d’œil au premier tome de la série qui s’intitulait « Le Passage des Lumières ». Au bout de la 3e page, je bondis sur mon Mac et écris un mail à Catherine Cuenca, avec laquelle je n’avais jamais travaillé, pour lui manifester mon très vif intérêt et lui demander s’il lui était possible d’attendre 4 semaines (parce qu’évidemment, je partais en vacances à ce moment-là, et qu’en plus il me fallait quelques jours pour faire lire la trilogie à certains membres de l’équipe). Bref, trois semaines plus tard, j’étais moi-même plus que convaincue de la grande qualité de cette série, et confortée par l’enthousiasme général, j’ai annoncé à Catherine que Gulf Stream aurait le grand plaisir d’accueillir cette série dans son catalogue 2012.

Je dois aussi préciser que la proposition de Catherine est tombée pile au moment où j’étais en pleine réflexion sur la fiction dans le catalogue de la maison. J’avais en effet très envie de proposer, en complément de « Courants noirs », l’excellente collection de romans policiers historiques pour ados dirigée par Thierry Lefèvre, des séries pour pré-ados qui développeraient une dimension fantastique. La trilogie de Catherine m’a séduite à plus d’un titre. Son style à la fois limpide et moderne est très efficace pour éviter l’écueil de la leçon d’histoire dans une fiction historique, d’autant plus que la période révolutionnaire est assez complexe. Le choix de ce sujet m’a immédiatement plu, et sa mise en perspective par le biais d’un retour vers le passé était une très bonne idée. D’aucuns diront que ce mécanisme est éculé et sans surprise, et c’est justement là où l’auteur réussit son pari : créer une intrigue originale et addictive portée par un time travel classique. La force de cette série est de rendre tout à fait naturelle une situation qui ne l’est pas. Une grotte magique ? On y adhère tout de suite !

Enfin, j’avais envie de donner une certaine préciosité à l’objet livre en lui-même, et Raphaël s’est comme nous tous pris au jeu du Passage des Lumières en nous proposant de belles mises en scène pour les couvertures et l’entrée de chaque chapitre.
Je ne peux malheureusement pas en dire plus, car comme dans toute série le suspense est le moteur de chaque nouvel épisode, et il ne faudrait pas qu’une sympathique interview tourne au spoiler !

 

ActuSF : Pour conclure, quel est le retour pour l’instant de ce premier tome ? Et travaillez-vous (ou songez-vous le faire dans un avenir proche) sur d’autres séries, livres, traitant du voyage dans le temps, voire, soyons fous, de l’uchronie ?
Et que représente le voyage dans le temps pour chacun d’entre vous ?

CC : Les retours de lecteurs que j’ai eus jusqu’ici sont très positifs. L’angle d’approche de la période révolutionnaire et l’humour généré par le décalage entre la société du XVIIIe siècle et celle du XXIe sont très appréciés. Quant à savoir si je voudrais renouveler l’expérience ? Ce n’est pas au programme pour le moment, mais pourquoi pas ? Pour moi le voyage dans le temps est quelque chose d’amusant, parce que cela n’existe pas. Sinon, je ne suis pas sûre que je sois du même avis... On ne serait peut-être pas là pour en parler, d’ailleurs !

PG : Espoirs semble pour le moment être à la hauteur du message porté par le titre ! L’accueil réservé à ce premier épisode est très chaleureux et encourageant, ce qui augure bien du 2e à paraître le 19 avril. J’ai en effet d’autres projets de séries à coloration fantastique, mais ils ne traitent pas du voyage dans le temps. La tentation de l’uchronie est forte, je n’ai cependant reçu à ce jour aucun projet provoquant le déclic.

Et que représente le voyage dans le temps pour chacun d’entre vous ?

Un rêve de gosse passionnée d’Histoire et d’histoires, un souvenir d’ado fan des Retour vers le futur, une réalité pour l’adulte qui visite les sites archéologiques en détaillant chaque pierre.

Merci beaucoup et au plaisir de lire vos réponses. Et bravo pour cette très belle série, j’ai vraiment beaucoup aimé et j’espère qu’elle rencontre son public.

Merci à Catherine de m’avoir proposé ce beau projet, à Raphaël pour ses illustrations rafraîchissantes et aux lecteurs pour leur accueil.

RB : L’histoire est écrite par les vainqueurs, et ce ne sont pas toujours les plus grands hommes politiques, ou les plus grands artistes, qui passent à la postérité. De ce point de vue, le voyage dans le temps serait un outil formidable pour les historiens en quête de vérité.

Thomas Ryngel