Interview Léo Henry et Richard Comballot
de Léo Henry et Richard Comballot
aux éditions
Genre : Interview

Auteurs : Léo Henry , Richard Comballot
Date de parution : mars 2013 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :


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A l’occasion de la sortie du Diable est au piano de Léo Henry, nous avons posé quelques questions à son auteur... et au directeur d’ouvrage, Richard Comballot.

Interview Léo Henry
 
 
 
Interview Richard Comballot
 
Actusf : Comment as-tu découvert Léo Henry ?
Richard Comballot : J’ai découvert Léo à l’occasion de mon anthologie-hommage Les Derniers Jours d’Edgar Poe, parue chez Glyphe en 2009. Je l’avais probablement contacté en 2008 sur les conseils d’un confrère, puisque je n’avais pas encore lu son premier recueil. Il me semble bien, en effet, me souvenir que l’on m’avait indiqué que ce jeune auteur écrivait vite et bien, et qu’il participait volontiers à des collectifs de nouvelles. Et comme je recherchais de nouvelles plumes capables d’écrire du fantastique pour élargir mon « équipe »... ça tombait bien. Il m’avait alors proposé une idée originale, à savoir une « rencontre » entre Poe et Pessoa, et nous étions partis comme ça. La nouvelle, terminée, était enthousiasmante, étonnante, et non seulement elle m’avait donné envie d’en savoir plus, mais aussi de retravailler avec lui. Vu qu’il n’avait pas de projet de recueil personnel, je lui avais demandé de m’adresser toute sa production inédite en volume afin d’effectuer un état des lieux et voir si nous disposions de suffisamment de matière pour pouvoir envisager d’en faire un livre.
 
 
Actusf : Qu’est-ce qui t’a donné envie de faire un recueil de ses nouvelles ?
Richard Comballot : Ce qui m’a donné envie de faire un recueil de ses nouvelles, c’est la perspective de travailler avec un jeune auteur talentueux, original, relativement « neuf », pas encore formaté, et disponible pour écrire des inédits. Ce afin de connaître une nouvelle aventure du genre de celle que j’avais vécue, il y a quelques années, lorsque j’avais travaillé sur le recueil de Catherine Dufour pour les éditions du Bélial et qui est depuis ressorti chez « Folio SF ». J’avais vécu là de beaux moments en termes de création et j’avais envie de connaître à nouveau ces sensations après avoir consacré beaucoup de temps à travailler sur des recueils de type « best of » d’auteurs qui étaient dans le circuit depuis longtemps (Michel Jeury, Daniel Walther, Jacques Barbéri, Joëlle Wintrebert, Fabrice Colin) voire disparus (Michel Demuth, Alain Dorémieux, Jean-Pierre Hubert)... J’aime bien varier les plaisirs et pouvoir être à l’occasion un « éditeur », si je puis m’exprimer ainsi, et pas systématiquement un « rééditeur ». De ce point de vue, je n’ai pas été déçu : déjà, Léo disposait de pas mal d’inédits au moment où je l’ai contacté, mais, en plus, il se rendait disponible pour en écrire d’autres, pour équilibrer le livre.
 
 
Actusf : Comment qualifierais-tu son style d’écriture ?
Richard Comballot : Plus que de son style, qui est de toute façon impeccable, c’est de ses univers dont j’aimerais dire un mot... Ce qui m’a surpris chez lui, c’est sa grande culture qui embrasse tout le champ littéraire (mainstream surtout, fantastique... la science-fiction étant sans doute le genre qu’il connaît le moins) et qui innerve toute sa création. Cela lui permet par exemple de nous proposer de grands récits d’aventures faisant se rencontrer Blaise Cendrars et Corto Maltese, ou George Orwell et Indiana Jones. Il fallait le faire ! Et il faut reconnaître qu’il l’a très bien fait... Lorsqu’il ne rend pas hommage à ses écrivains et personnages favoris, il se recentre sur un univers sans doute plus personnel, sombre, très sombre même, glauque parfois, qui ne laisse que peu de place à l’optimisme et à l’humour. Encore que... parfois... Ce qu’il écrit est donc globalement assez dark, tu te dis souvent en le lisant que l’auteur doit être un peu explosé sur les bords, ou un poil angoissé, pour écrire de telles choses, mais tu es pris par ses ambiances, ses personnages, ses intrigues, et tu ne peux faire autrement que d’aller de l’avant. De plus, il écrit naturellement bien (et vite, j’ai pu le constater), adaptant son style au récit qu’il veut produire (rien à voir par exemple entre la « luxuriance » de son écriture pour « Révélations du prince du Feu » et la sécheresse atteinte pour « Arbre sec, arbre seul »). Et s’il répond aux commandes, puisqu’il vit de sa plume, il a néanmoins conservé une liberté de choix dans ses sujets, de ton et d’écriture qui font de lui un des rares jeunes auteurs intéressants et un littéraire pur jus. À une époque où beaucoup écrivent plat, sans relief, comme des scénaristes, ça fait plaisir.
 
 
Actusf : Pourquoi avoir choisi trois axes pour compiler les nouvelles ?
Richard Comballot : Ai-je réellement « choisi » trois axes ?! Je dirai plutôt qu’ils se sont imposés à moi à la lecture, dans la mesure où il m’est immédiatement apparu que Léo écrivait dans trois veines distinctes : des hommages à des écrivains de son panthéon personnel (sur différents modes, allant de la littérature générale au fantastique), des textes fantastiques, et d’autres, futuristes parfois, qui tendaient à se rapprocher de la SF. Enfin... d’une certaine SF. Parce que je n’ai rien trouvé non plus chez lui qui relève de l’imagerie traditionnelle : pas de planètes, de vaisseaux et de choses de ce genre, dans ses histoires. Juste un androïde dans l’une d’elles... Lorsque je lui ai fait part de mon sentiment, il ne m’a pas contredit, et nous sommes donc partis avec l’idée de rassembler un recueil qui ferait état de ces trois axes. La question s’est à un moment posée de savoir s’il fallait mettre en évidence les trois parties avec, notamment, sauts de page, voire titre pour chacune d’elle, mais nous avons finalement décidé de n’en rien faire et de laisser le lecteur découvrir lui-même, tout seul comme un grand, les changements de registres et d’ambiances.
 
 
Actusf : Et puis quels sont tes projets ? Sur quoi travailles-tu ?
Richard Comballot : Deux recueils que j’ai réunis paraîtront à la rentrée prochaine : un premier, au Bélial, qui rassemble les meilleures nouvelles de Jean-Pierre Andrevon, du début de sa carrière à aujourd’hui ; un deuxième, aux Moutons électriques, qui compile les meilleures nouvelles uchroniques et/ou hommages de Johan Heliot. Dans un cas comme dans l’autre, ce fut un grand plaisir que de travailler sur l’univers de ces deux grands professionnels... J’ai par ailleurs réuni un recueil de nouvelles fantastiques de Daniel Walther, dans le droit fil de ceux qu’il a publiés chez Marabout, NéO et Phébus, mais il n’y a pas, hélas, de collections spécialisées actuellement, nous contactons donc pour l’instant des éditeurs généralistes... Et puis je termine en ce moment deux ouvrages « dickiens » : un collectif d’essais et d’entretiens sur l’auteur d’Ubik que j’ai en tête depuis une vingtaine d’années, et une deuxième anthologie de nouvelles en hommage, mais internationale cette fois, après un Dimension Philip K. Dick (Rivière Blanche, 2008) qui n’avait concerné que les auteurs francophones... D’autres volumes sont en préparation et j’aimerais bien aussi, enfin, publier un deuxième recueil de mes entretiens avec les auteurs français de SF... 

Jérôme Vincent