Interview Loïc Henry
de Loïc Henry
aux éditions ActuSF
Genre : Actes de colloque

Auteurs : Loïc Henry
Date de parution : septembre 2011 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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L’auteur de Loar, excellent space-opera, a répondu à nos questions...

Actusf : Qu’est-ce qui vous a amené à l’écriture ?
Loïc Henry : La trame et les mondes de « Loar » me sont venus lors d’un voyage solitaire en Ecosse, en 1993. Et c’est l’envie de raconter cette histoire qui m’a amené à l’écriture. J’ai publié des nouvelles à partir de 2003, mais « Loar » a été écrit avant cette date, entre 1999 et 2001.

Actusf : Quelles sont vos influences ?
Loïc Henry : Elles sont nombreuses, mais j’en citerais deux :

- Philippe Ebly pour le premier contact avec la science-fiction, avec les séries « Les conquérants de l’impossible » et « Les évadés du temps »

- Puis Frank Herbert un peu plus tard. Adolescent, « Dune » m’a emporté sur la planète des sables...

Actusf : Vous êtes plus à l’aise dans la forme courte ou longue ? Laquelle a votre préférence ?
Loïc Henry : J’aime autant l’une que l’autre, et je ne suis pas plus (ou moins) à l’aise dans l’une que dans l’autre. Auparavant, j’avais un peu plus de mal avec le format intermédiaire (novella), mais je m’y sens mieux maintenant. J’ai souvent les mondes, les personnages, la trame de l’intrigue et la chute éventuelle avant de commencer à écrire, ce qui signifie que la période de pré-écriture est proportionnelle à la longueur du récit.

Actusf : La notion de rythme et de musique (le chant des daofined, les noeuds spass, les poèmes qui parcourent le roman) me semble importante dans Loar ; est-ce que c’est essentiel dans votre travail d’écriture ?
Loïc Henry : Essentiel, je ne sais pas, mais cela me paraît important, oui. Pour la forme, une absence de fluidité peut casser ou biaiser le rythme, et j’essaie donc d’éviter cet écueil. Un bon roman de SF est avant tout un bon roman tout court, pour la forme comme pour le fond. La SF offre une grande chance, pour le prix d’une contrainte forte. La grande chance, c’est de ne pas être « limité » par le réel. La contrainte, c’est celle de la cohérence. Un roman qui se passe dans le Paris des années 80 n’a pas à se soucier de la cohérence de l’environnement, parce qu’il a effectivement existé. Dans le cas de la SF, s’assurer d’un équilibre politique, social, scientifique ou économique est un challenge supplémentaire. Mais cela offre tellement de liberté !

Actusf : La génétique est une thématique centrale dans Loar : est-ce que c’est un domaine qui vous tient particulièrement à cœur ?
Loïc Henry : Je pense que c’est un domaine crucial en effet. Plus encore que les questions énergétiques et le nucléaire, je pense que les décisions et les progrès à venir auront un impact majeur sur notre avenir, collectivement et individuellement. Les avantages sont évidents (des cures pour des maladies orphelines, des traitements médicaux plus individualisés et donc moins nocifs…) ; les dérives également (fichage génétique, eugénisme…). C’est la zone grise, dont on parle peu, qui me paraît la plus intéressante. Prenons un exemple : si la science offrait la possibilité d’améliorer l’intelligence de votre enfant, choisiriez-vous de la laisser « au naturel », au risque de le léser par rapport à ses pairs, ou de rentrer dans cette « course à l’intelligence », avec les dérives morales que cela comporte (création d’une société de castes, inégalités suivant la situation financière et/ou sociale) ?

Actusf : Vous accordez une place à l’héraldique également : est-ce-que cela vous a aidé à définir les différentes caractéristiques des royaumes ? Et qu’est-ce que l’héraldique représente pour vous ?
Loïc Henry : L’héraldique est un moyen d’ancrer les planètes de « Loar » dans le réel. Cela participe à créer un tableau réaliste des mondes décrits dans « Loar ». Accessoirement, cela permet également de donner quelques indices sur l’histoire ancienne qui a mené à l’équilibre tel qu’il est présenté. D’une manière plus anecdotique, je constate que, même dans nos sociétés actuelles, les symboles plus anciens sont plus pérennes. Si on prend l’exemple de la Bretagne, le drapeau « Gwenn ha du » (« Blanc et noir ») est un symbole plus fort que le logo de la région, qui n’évoque rien pour personne.

Actusf : Vous décrivez des sociétés très spécialisées (la planète des espions, celle des scientifiques, des guerriers, des religions...) ; est-ce que c’est une évolution naturelle des sociétés humaines, selon vous ?
Loïc Henry : Naturelle, je ne sais pas. Réelle, oui. Auparavant, les sociétés fonctionnaient pour la plupart sur un mode autarcique. Avec les échanges, ou la « mondialisation » à l’heure actuelle – sans porter de jugement de valeur – nous avons basculé vers un monde plus spécialisé. Cela a d’ailleurs été très bien décrit par David Ricardo, un économiste anglais, il y a environ 200 ans. A l’échelle de la Terre, il défend la thèse que chaque pays a un intérêt à rentrer dans le commerce international, parce qu’il bénéficie d’un « avantage comparatif », comme le pétrole au Moyen-Orient, ou la main d’œuvre pléthorique en Asie. On peut s’en réjouir ou le regretter, considérer cette situation comme un progrès ou une dérive, mais c’est la réalité des dernières décennies, voire des derniers siècles.
Et lorsque l’on regarde un peu l’histoire, on s’aperçoit que les migrations suivent assez souvent un schéma où des minorités, ethniques, religieuses ou culturelles, cherchent un « refuge », par choix ou par contrainte : le décret de l’Alhambra (prélude à l’expulsion des juifs en l’Espagne au 15ème siècle), le Mayflower au 17ème siècle, les boat-people, les Chrétiens d’Irak… pour ne citer que quelques exemples. C’est ce schéma que j’ai repris pour la phase de colonisation dans « Loar ».
D’une manière plus générale, je trouve que l’on tend de plus en plus vers un modèle dual, composé de grosses structures d’un côté, et de niches de l’autre. Les exemples sont légion : l’industrie, les sports, la télévision… même l’édition.

Actusf : Loar est un récit dense, mais qui tient dans peu de pages, finalement ; que pensez-vous des longs cycles qui jalonnent l’histoire du space-opera ?
Loïc Henry : Je suis partagé. Je ne suis pas contre les longs cycles, mais je préfère que les différents tomes puissent être lus indépendamment, à l’image du cycle de « Dune » ou de « Fondation ». Attendre le sixième ou le septième tome pour pouvoir atteindre un « point d’arrêt » ne me motive pas en tant que lecteur. Mais tous les goûts sont dans la nature…

Actusf : Votre roman est très dynamique et visuel, et dispose de dialogues incisifs. Pensez-vous vous tourner vers la BD un jour ?
Loïc Henry : J’adorerais. En tant que scénariste seulement ! Je n’ai pas le moindre talent pour le dessin. Si un dessinateur lis ces pages, qu’il n’hésite pas à me contacter…

Actusf : Est-ce que d’autres genres que la SF vous attirent ?
Loïc Henry : En tant que lecteur, oui : les autres genres de l’imaginaire, la littérature générale, les livres plus spécialisés… En tant qu’écrivain, je n’ai pas d’a priori, je pourrais me tourner vers les contes, la BD, la littérature générale. Cela dépend des opportunités, des idées… et surtout du temps disponible.

Actusf : Quels sont vos projets ? Pensez-vous revenir dans l’univers de Loar ?
Loïc Henry : Une novella est prévue pour l’automne, aux éditions Griffe d’encre. Elle se déroulera dans l’univers de « Loar », 4000 ans plus tôt. Objectivement, le lien avec les mondes de « Loar » est ténu, mais c’est une histoire qui me permet de mettre en avant des thèmes qui m’intéressent, tels que la génétique ou les différents modes de « contrôle » dans les sociétés humaines. Une deuxième novella devrait sortir en 2013, dans un univers plus proche de celui de « Loar ». Un petit scoop : elle devrait se focaliser un peu plus sur « Latar », la planète des combattants…
 

Tony Sanchez