Interview Matt Verdier sur Corpus Prophetae
de Matt Verdier
aux éditions
Genre : Interview
Sous-genres :
  • Thriller

Auteurs : Matt Verdier
Date de parution : mai 2014 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

Lire tous les articles concernant Matt Verdier

Avec Corpus Prophetae, Mnémos s’est lancé dans le thriller. Interview découverte de son auteur, Matt Verdier, qui signe ici son premier roman !

Actusf : Petite question pour commencer sur ton parcours. Qu’est-ce qui t’a amené à écrire ce roman ?
Matt Verdier : Pour dire vrai, mon parcours dans la littérature est tout à fait vierge, Corpus Prophetae est le premier projet que je mène à bien ; je n’ai jamais rien publié avant. Pour autant, le besoin d’écrire m’est venu assez tôt, vers l’âge de quatorze ans je crois, lorsque j’ai commencé à assimiler la résonnance des mots, leur sens profond. C’est là aussi que je me suis mis à dévorer des livres, avec Anne Rice, Robert Louis Stevenson, Stephen King... Tous ces mondes se sont enchevêtrés pour tisser la toile de fond de mes influences. Je me rappelle très bien de cette époque où les poèmes se sont mis à noircir les pages de mes cahiers d’école. C’était pulsionnel, et ça n’a jamais cessé de l’être !
J’ai donc d’abord écrit de la poésie durant plusieurs années, avant de tenter quelques nouvelles oniriques et même un roman qui n’a pas dû dépasser les quarante pages ! Et puis, un jour, j’ai décidé de me concentrer sur un seul et même projet… et de tenir la promesse jusqu’au bout. À l’époque, j’avais déjà un univers bien à moi, fait de poussière, de chapelles abandonnées et de démons impitoyables, et j’ai connecté ce vivier d’émotions à mon obsession pour l’occultisme de la Chrétienté. C’est précisément cette notion qui a tout déclenché, j’ai eu besoin d’écrire ma vision de la foi. C’était juste nécessaire, il fallait que je peigne une toile faite de contrastes et d’odeurs, de blasphèmes et de dogmes.
Voilà la genèse du Corpus, tout a commencé par une pulsion dévorante.
 
 
Actusf : Comment est née l’idée de ce thriller ? Qu’avais-tu envie de faire ?
Matt Verdier : Je me pose beaucoup de questions, et parmi celles qui m’obsèdent, les origines de l’Homme, ses croyances, ainsi que son destin sur Terre prennent une place très importante. J’ai besoin de savoir mais, à la rigueur, les réponses ne m’intéressent que si elles soulèvent d’autres questions. Au fond, je crois que les certitudes et les faits m’ennuient. Ce qui me fait vibrer, c’est justement d’être sûr que personne n’a la clé du problème ; de savoir que toutes, strictement toutes les hypothèses sont viables.
Corpus Prophetae est donc la forme physique de cette manière de voir le monde. C’est une simple question abordée sous plusieurs angles : qui était vraiment Jésus Christ, cet homme que tant de peuples vénèrent depuis vingt-et-un siècles ? Comment expliquer le vide historique concernant sa vie entre son enfance et les quelques années qui ont précédé sa mort ? Et s’il avait puisé son aura dans autre chose que dans le miracle ?
Personne n’a de réponse à son sujet, et ce flou total me passionne, d’où ce roman. J’essaie de répondre à mes propres questions, et le fait est que mon histoire personnelle et mes influences m’ont amené à aborder le sujet sous la forme d’un thriller.
 
 
Actusf : Le rythme est intense et haletant. Comment as-tu travaillé pour construire ton récit ?
Matt Verdier : Lorsque je lis un bon roman, c’est comme lorsque j’écoute un bon morceau de rock : j’ai besoin que ça change, que ça monte dans les tours avant de redescendre, et ainsi de suite. Avant d’écrire, je faisais de la musique ; et désormais, lorsque je travaille sur un texte, c’est un peu le même processus que lorsque j’essayais de composer une chanson : je recherche le rythme, il faut que ça bouge et que ça respire.
Outre cette recherche de musicalité, je suis très friand de cinéma, et c’est une dimension indissociable de mon écriture : je veux que le lecteur se sente comme devant un film, un peu comme moi lorsque les premières scènes du roman me sont apparues.
Si le fond de l’histoire est important, la forme l’est tout autant, voire davantage… mais ce n’est que mon point de vue !
Concernant l’aspect "construction" du récit, tout commence par des scènes qui arrivent sans ordre apparent, sans logique, mais dont la puissance émotionnelle est suffisamment forte pour que je leur trouve un lien. C’est d’abord assez nébuleux, cela a besoin de macérer un bon moment ; et puis ça revient comme un boomerang et je me dis : mais oui ! C’est évident, ces deux éléments sont faits pour se marier !
En réalité, je n’écris pas une histoire, mais plutôt un enchaînement de scènes que je relie entre elles.
Par ailleurs, j’ai quand même une bonne idée de la direction à prendre lorsque je commence. Je connais le début et la fin ; le reste, c’est de la magie ! Peut-être qu’un jour je devrais me plier à la méthode, établir un plan avec ses parties et ses sous-parties ; mais pour le moment cela fonctionne bien comme ça, alors…
 
 
Actusf : Comment vois-tu Montalescot ? Quel type d’homme est-il ?
Matt Verdier : Vaste question !
D’abord, je pense que Vincent est une sorte de personnification des troubles et des interrogations que l’humanité traverse actuellement. Il ne sait plus vraiment quelle route emprunter, alors il écoute son instinct.
Sentimentalement, il est dur avec lui-même et plus encore avec les autres, dont il n’attend strictement rien. Son monde, son identité, se résume à deux ou trois personnes pour lesquelles il pourrait donner sa vie sans la moindre hésitation ; le reste du monde, en revanche, l’indiffère totalement, voire le dérange... du moins le croit-il. Car, au fond, la quête qu’il va mener sera toute dédiée à cette humanité qui le répugne. Je crois qu’il refoule ce sentiment, mais il se sent redevable vis-à-vis du commun des mortels qui avance dans l’obscurité. Il possède des réponses sur la matière de nos croyances, sur les zones d’ombre de l’Histoire, et sa nature primaire va le pousser à les partager, à entrer dans l’arène pour équilibrer les forces. 
Évidemment, il n’a pas toujours été aussi corrosif et sarcastique ; la vie l’a d’abord malmené, même s’il s’est toujours relevé. Cassé, drogué, haineux, mais bien là : ancré dans le dur.
En fait, je crois qu’il est le genre de type qui, sans le savoir (et surtout sans le vouloir) dégage une aura bienfaitrice. C’est un clair-obscur que j’ai voulu très esthétique dans sa manière d’être et de penser, au travers duquel j’ai souhaité faire transpirer la mouvance grunge des années 90, désinvolte et nihiliste.
Bref, Vincent est tout cela à la fois, mais c’est avant tout un type bien, vraiment. En revanche, ne lui demande pas de te parler de ses semblables : il va te briser le moral !
 
 
Actusf : Pourquoi avoir eu envie de t’attaquer à une intrigue religieuse ? Est-ce que cela demande une documentation particulière ?
Matt Verdier : Disons qu’au-delà de l’intrigue religieuse, j’ai d’abord voulu me pencher sur le Christ. Pour moi, il est le personnage mystique par excellence. Il est la fois sombre et lumineux, antique et moderne ; et je ne retrouve cette singularité nulle part, dans aucun roman ni aucune fable d’aucun siècle. Il incarne le secret le mieux gardé de tous les temps et cet aspect m’intrigue énormément. Par ailleurs, je tiens à préciser que cette attraction est dénuée de toute croyance, elle réside dans les contrastes de l’Histoire, dans ces couleurs et cette saveur que seules les vieilles pierres peuvent restituer. Son récit a soulevé tant de questions, a engendré tant de crimes et de passion.
Déjà gamin, j’étais attiré par les légendes anciennes et, sans vouloir choquer personne, je n’ai jamais pu m’empêcher de percevoir le Christ comme un personnage à la fois ultra rock’n’roll, obscur et attirant. 
Au-delà de cette vision très intime que j’avais besoin d’exprimer à voix haute, et aussi paradoxal que cela puisse paraître, j’avais envie de briser ce mythe. Je voulais gratter le vernis des fresques pour jeter un œil sur la chair et non l’esprit.
Et puis, plus généralement, j’adore les encoignures poussiéreuses de l’Histoire et des religions.
Concernant la documentation, le sujet demande en effet d’être assez précis ; et même si cela reste de la fiction, j’avais à cœur de proposer quelque chose de cohérent et, surtout, de réaliste. Plus le sujet est documenté et étoffé, plus l’histoire prend de l’envergure. Alors oui, j’ai passé pas mal de temps à lire sur le thème ; mais je crois que le gros de ce que j’ai appris, je l’ai collecté en m’imprégnant des endroits que j’ai pu visiter, notamment les cathédrales et les églises. Il y a le savoir tangible, les faits, et il y a l’émotion des odeurs et des couleurs. La résonnance des siècles.
 
 
Actusf : Pourquoi avoir mis une touche d’imaginaire dans ton roman ?
Matt Verdier : Initialement, je suis beaucoup plus porté sur le fantastique que sur la science-fiction, mais pour mener à bien leur quête mes personnages avaient besoin de se déplacer dans le temps. J’en suis donc arrivé à utiliser le voyage temporel sans pour autant avoir l’intention initiale d’écrire un roman de SF. Je sais, c’est tordu, mais j’ai considéré ce genre comme un outil et non comme un but (je n’ai pas la culture SF). La structure, en revanche, est forgée dans le fantastique ; et même s’il est plus dilué dans le récit, c’est lui qui tient les brides de la trame. Et c’est d’ailleurs sur ces parties du roman que j’ai pris le plus de plaisir à écrire.
J’ai recherché le juste dosage pour apporter ce qu’il faut d’ombre, de lumière et de profondeur au texte. Pour cela l’imaginaire est vraiment… magique ! 
 
 
Actusf : C’est ton premier roman. Comment vis-tu cette sortie, les premières dédicaces et articles, etc. ?
Matt Verdier : Corpus Prophetae est un roman que j’ai commencé à écrire il y a pratiquement six ans ; ça a été long et parfois éprouvant, alors cette sortie est un vrai bain de bonheur, mais surtout de motivation !
Il y a encore quelques jours, je n’avais aucune idée de ce qu’en penseraient les lecteurs. J’avais peur que le mélange de styles effraie, et lorsque je lis les premiers articles, cela me rassure. Évidemment, ils ne seront peut-être pas tous aussi positifs, mais désormais je sais que le Corpus peut plaire. Et rien que ça, ça me comble !
Concernant les dédicaces, c’est là aussi un vrai plaisir de pouvoir échanger avec les lecteurs au sujet de l’histoire, des personnages, etc. Mais pour le moment, je suis encore novice en la matière… on en reparlera dans quelque temps !
 
 
Actusf : Qu’as-tu envie de faire ensuite ? Vas-tu continuer dans cette veine du thriller ?
Matt Verdier : Je crois que je ne me suis même pas posé la question concernant la suite, tout s’est fait naturellement. Encore une histoire de pulsions !
Un deuxième roman est à l’écriture, en effet. Pour celui-ci, en revanche, je cherche à peindre une fresque beaucoup plus sombre et hurlante, je veux jouer avec les peurs primaires ! En clair, cela pourra également s’apparenter au thriller (même si ce genre est très vaste), mais avec une belle nuance goth-fantastique. Un nouveau thriller mutant.
Avis aux fans d’occultisme et de ténèbres : j’explore de nouveaux coins d’ombres dans les entrailles de notre bonne vieille Chrétienté ; ce sujet me colle à la peau !
Ça va saigner sur l’autel du chaos !
 
 
Actusf : Quels sont tes projets ?
Matt Verdier : Après le deuxième, le troisième ! J’ai déjà une bonne idée de la question, ça me brûle les doigts… mais chaque chose en son temps. Quoi qu’il en soit, je n’ai vraiment pas l’intention de m’arrêter là ! J’ai croqué dans la pomme et Dieu qu’c’est bon !

Jérôme Vincent