Interview Michel Pagel
de Michel Pagel
aux éditions
Genre : Entretien

Auteurs : Michel Pagel
Date de parution : juin 2012 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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L’interview de Michel Pagel à l’occasion de la sortie du Dernier des Francs, un roman uchronique aux éditions Rivière Blanche.

Avant toute chose, je tiens à remercier vivement Philippe Ward, dont la gentillesse et la célérité m’ont permis de faire cette interview en très peu de temps. Et bien entendu Michel Pagel, pour sa franchise...
 
 
 
BC : Bonjour Michel Pagel, te demander une petite présentation me paraît un peu vain, je l’avoue... Je préfère que tu commences en nous parlant de ta relation avec l’uchronie : En tant que lecteur je m’étais déjà régalé avec Orages en terre de France, avec l’équilibre des paradoxes et te revoilà maintenant avec Le dernier des Francs (et je ne parle même pas de tes romans historico-fantastiques), pour commencer peux-tu revenir pour nous sur l’envie d’écrire une uchronie ?
 
MP : Je crois que l’uchronie, plus que toute autre branche de la SF, est un jeu. Si on aime l’histoire, on est fatalement tenté de se demander "Qu’est-ce qui se serait passé si... ?", si on s’y connaît un peu, on a aussitôt des éléments de réponse qui montent aux lèvres et, si, en plus, on est écrivain, on envisage très vite une intrigue pour aller avec. Ma technique, pour écrire un roman, consiste toujours à placer des personnages dans une situation de départ donnée et à les laisser se débrouiller comme ils le peuvent. Dans le cas d’une uchronie, le cadre détermine presque les péripéties, puisqu’il est en lui-même 80% du sujet du livre, si bien que les personnages n’ont qu’à se laisser porter - et moi avec eux. Il s’agit donc d’un exercice ludique et quasi reposant (dans le cas d’une uchronie "simple", bien sûr ; si on s’amuse à y mêler des paradoxes temporels comme je l’ai fait dans "L’équilibre des paradoxes", ça devient très vite compliqué et pas reposant du tout).
 
 
BC : L’auteur que tu es peut-il expliquer aux lecteurs que nous sommes ses techniques de travail ?
 
MP : Eh bien, comme tout le monde, je pense, je commence par avoir une idée. Ou bien une envie d’atmosphère qui me pousse à chercher une idée s’y prêtant, mais comme, en général, je la trouve, partons du stade où je l’ai, l’idée. Tout dépend ensuite de son type. Il y en a de plus économiques que d’autres. Une idée d’histoire fantastique dispense en général de créer un monde, par exemple. Une idée de Space Opera contraint à le faire (mais j’ai rarement des idées de Space Opera). Une idée d’uchronie, comme je le disais, impose d’elle-même son cadre par extrapolation logique (ou supposée telle) à partir du point de rupture. L’étape du cadre peut donc demander plus ou moins de travail et prendre plus ou moins de temps selon les cas. Le plus souvent, au fur et à mesure que ce cadre se développe, des éléments d’intrigue me viennent, souvent la trame générale qui permettra d’aller d’un point A à un point B entre le premier et le dernier chapitre, sans préjuger du chemin à emprunter. Ce chemin, ce sont souvent les personnages qui le déterminent. Pour moi, ils sont l’élément fondamental du roman, son véritable moteur et, comme je le disais dans ma réponse à la question précédente, je les laisse libre de leurs mouvements. Qu’est-ce que cela signifie en pratique ? Que je les crée, bien sûr, avant de commencer l’écriture proprement dite, je leur donne une origine, un nom, un physique et deux ou trois caractéristiques psychologiques, mais ce ne sont encore que des silhouettes. Je n’arrive à les développer vraiment qu’en les faisant vivre, en les mettant en scène. A cet égard, les premières scènes dans lesquelles ils apparaissent sont déterminantes car c’est là que surgit, au fil de la plume, souvent sans que je le choisisse consciemment, leur véritable personnalité. Une fois qu’elle s’est ainsi manifestée, je ne cherche pas à la brimer, et tant pis si ça contrarie le plan que j’ai préparé au préalable. Un exemple pour clarifier cela : quand j’ai préparé l’écriture des "Mages de Sumer", j’avais prévu que les personnages de Pirig et Nadua, choisis pour incarner un couple royal symbolique par les autorités sumériennes, seraient en conséquence obligés de coucher ensemble et je m’étais imaginé que, quoique ne l’ayant pas voulu, ils feraient contre mauvaise fortune bon coeur. Manque de pot, arrivé à cette scène cruciale, ce qui s’est passé, c’est que la jeune femme a catégoriquement refusé de se soumettre et que le jeune homme, dont j’avais peu avant déterminé la vulnérabilité devant l’autorité, l’a purement et simplement violée. Et c’était censé être mon héros ! La totalité du livre (et de sa suite) s’en est trouvée modifiée et les rapports de ces deux personnages ont en grande partie déterminé les péripéties des livres, d’une manière que je juge tout à fait positive. Si je les avais forcés à agir comme ils n’en avaient pas envie, je leur aurais ôté leur personnalité, j’en aurais fait des pantins, et l’intrigue se serait sûrement avérée plate.
Voilà, j’ai tout dit, je crois. Sauf, bien sûr, qu’il s’insère au moment de la conception initiale un sacré travail de documentation quand le cadre est historique.
 
 
BC : Etudions maintenant chaque roman, avec Orages en terre de France, tu nous régalais avec un fix-up de nouvelles dépeignant une réalité parallèle où la guerre de 100 ans ne s’était jamais terminée, peux-tu nous expliquer la création et l’écriture de ce petit roman grinçant et cynique ?
 
MP : Grinçant, sans doute. Cynique, je ne crois pas. L’origine d’Orages est le texte intitulé "Bonsoir, Maman" qui m’a été inspiré par un cauchemar fait à la suite du décès de ma mère. La totalité du texte ou presque était dans le rêve, en tout cas son sujet et son déroulement. Pourquoi y ai-je plaqué ce cadre de guerre éternelle entre la France et l’Angleterre ? Ma foi, je serais bien en peine de le dire aujourd’hui, car cela fait plus de vingt ans. J’avais été très marqué par les nouvelles de "l’Archipel du Rêve", de Christopher Priest, notamment "La Négation", et je crois que j’avais envie de créer un monde en guerre, à la fois décalé et proche du nôtre, afin d’y situer une histoire "à la" Priest. Ce qui est exactement ce que j’ai essayé de faire avec "L’inondation", le dernier texte du recueil, qui doit aussi à un autre créateur, Peter Gabriel, puisque je me suis amusé à reprendre quasiment tous les éléments de sa chanson "Here Comes the Flood" et à les réinterpréter pour les insérer dans la nouvelle. "Bonsoir Maman" et "L’inondation" sont les deux textes "émotionnels" du recueil, et ils se sont écrits quasiment tout seuls. Les deux autres, "Ader" et "Le Templier", participent d’une démarche plus consciente et reflètent en grande partie ma haine fondamentale pour les religions organisées (qui se retrouve aussi dans les textes appartenant à "La Comédie Inhumaine"). Pour terminer, je dirai tout de même qu’à mon sens, "Orages…" n’est pas vraiment une uchronie, même s’il en porte les oripeaux. Je ne me suis en aucun cas préoccupé de vraisemblance historique pour créer ce monde, et il semble que l’Amérique n’y existe pas. C’est un cadre symbolique beaucoup plus que réaliste. Encore une fois un peu comme l’Archipel du Rêve de Priest.
 
 
BC : Avec l’équilibre des paradoxes, tu t’amusais avec des voyageurs temporels se retrouvant dans la France de 1905, avec les multiples paradoxes que cela engendrait le tout sur une construction de jounaux intimes des différents protagonistes, qu’eszt-ce qui t’as donné envie de créer cette structure littéraire atypique et assez casse-gueule ? Comment s’est passé la phase d’écriture, combien de temps a t-elle durée et comment considères-tu aujourd’hui le résultat ?
 
MP : En fait, tout a commencé par la nouvelle "L’Etranger" que j’ai écrite pour une anthologie de steampunk. Situant mon intrigue au début du siècle, il m’a amusé d’utiliser cette forme épistolaire commune dans les romans populaires classiques. Ensuite, quand j’ai repris les mêmes personnages pour le roman, la même forme s’est imposée d’elle-même : les journaux intimes de trois personnages, complétés par les cassettes qu’enregistre un quatrième, venu d’une époque plus proche de la nôtre. J’aime bien les exercices de style, et c’en était un tout trouvé. En fait, à l’origine, je cherchais une idée pour un roman steampunk que m’avait demandé Daniel Riche pour le Fleuve Noir. J’ai eu celle de cette machine à explorer le temps détraquée qui pêchait des personnages à diverses époques de l’histoire et les recrachait tous au même moment, à savoir le début du XXe siècle. Manque de pot, je ne m’en suis pas tenu là. J’avais prévu au départ que mes héros comprendraient ce qui se passait, récupéreraient tous les naufragés du temps et les ramèneraient à leurs époques respectives. Je me suis vite rendu compte que ce serait répétitif et peu passionnant. C’est alors que, et je serais incapable de dire comment, s’est greffée là-dessus l’idée de l’uchronie et des deux trames temporelles. Je n’en dis pas plus pour ne pas déflorer le sujet et aussi parce que j’ai déjà eu assez de mal à expliquer tout ça à l’époque, dans le cadre du roman, alors que j’étais plongé dedans ; il serait utopique d’espérer y réussir aujourd’hui alors que je suis complètement passé à autre chose. Bref, une fois l’idée complète trouvée, comme j’avais déjà l’essentiel de mes personnages grâce à la nouvelle écrite auparavant, je n’ai plus eu qu’à bûcher la période (un bon mois de boulot) et à écrire le bouquin en me laissant porter (quatre mois de plus, si mes souvenirs sont bons.) Avec toutes les périodes de désespoir inhérentes aux histoires de paradoxes temporels, durant l’écriture desquelles on ne cesse de marcher sur des œufs et de se rendre compte que, "non, merde, ça ne fonctionne pas, mais comment je vais me sortir de là, moi ?" Dans l’ensemble, et avec toute la modestie qui est mienne, je trouve que je ne m’en suis pas trop mal tiré.
 
 
BC : Tu as également une prédilection pour les romans historiques mais avec un fond de fantastique, je pense au magnifique Roi d’Août, aux Mages de Summer et du Nil, qu’est-ce qui t’amuse à mélanger les deux genres pour donner une explication a-historique et convaincante à l’histoire ?
 
MP : Difficile à dire, parce que je ne suis pas un auteur très intellectuel, je me laisse guider par mes envies. Le roi d’Août, je l’ai porté très longtemps en moi avant de me décider à l’écrire, parce que je pensais (avec raison) que je n’avais pas le niveau. Dès que j’ai eu connaissance de la vie d’Isambour dans un livre d’histoire, j’ai eu la certitude que ce personnage n’était pas humain, que c’était la raison pour laquelle Philippe Auguste l’avait traitée ainsi. Peut-être parce qu’elle était danoise et que je lisais alors des histoires de Poul Anderson. En tout cas, ça n’a jamais fait le moindre doute dans mon esprit, et j’ai eu envie de raconter son histoire d’un point de vue "informé", si j’ose dire. Ensuite, comme j’ai passé quasiment vingt ans à accumuler de la documentation dans ce but, et à la lire, je me suis rendu compte que le personnage le plus important, là-dedans, c’était Philippe et non Isambour, si bien que c’est son histoire à lui que j’ai racontée. Mais ça s’est fait naturellement, ça n’a pas été une décision mûrement réfléchie. Quant aux Mages de Sumer et du Nil, il s’agit de romans bien plus fantaisistes, qui accueillent - contrairement au Roi d’Août - des personnages inventés par moi (et ce par nécessité : nous n’avons pas assez de documentation sur Sumer pour alimenter un roman en personnages, au-delà des têtes couronnées). Dans ce contexte, il m’a amusé de ressortir la race d’êtres fantastique à laquelle appartient "mon" Isambour. Ils se retrouvent aussi dans les nouvelles du "Cycle de la Fusion", dans un contexte cette fois futuriste. Mais ne crois pas que tout cela soit laborieusement raisonné dans le cadre d’une œuvre organisée à l’extrême. C’est un vrai bordel, au contraire, dont les pierres s’entassent à la va comme je te pousse, parfois avec une apparence de cohésion. J’espère que je finirai par solidifier l’ensemble, mais rien n’est moins sûr.
 
 
BC : Passons à ton dernier livre, celui-ci commence avec l’assassinat de Jules César pendant le siège d’Alésia par un guerrier gaulois. Dès le départ tu rappelles la complexité de cette guerre, opération militaire destinée à asseoir le pouvoir grandissant de Caïus Julius César à Rome, et tu montres bien la division des différentes tribus celtes face à la culture et à la machine de guerre romaine. Pourquoi avoir choisi ce point de divergence ? Qu’est-ce qui t’attirait dans cette époque ?
 
MP : Là encore, il s’agissait d’une commande, même si l’éditeur concerné a fini par refuser le bouquin. J’ai donc cherché une idée d’uchronie et - puisque le roman était censé être destiné aux adolescents et que les éditeurs jeunesse prennent les adolescents pour des ignares - une idée faisant intervenir un passage archiconnu de l’histoire de France (ou de proto-France, en l’occurrence). Je me suis dit que tout le monde avait au moins entendu parler d’Alésia dans Astérix et que c’était donc un bon point de départ. Supprimer César pile à ce moment-là ouvrait des possibilités intéressantes car il ne pouvait être remplacé immédiatement par un général aussi compétent et Vercingétorix avait donc tout le temps de gagner la guerre.
 
BC : Peux-tu nous faire une petit cours de géopolitique par rapport aux changements historiques que met en place ton uchronie : Rome cernée par trois autres empires, celte, hun et parthe, et la "guerre froide" entre les différentes parties.
 
MP : Dans notre univers, les Francs et autres Germains ont envahi les Gaules, poussés par la migration des Huns, parce que les Gaulois avaient justement été vaincus par Rome et que l’empire romain lui-même commençait à battre de l’aile. Dans mon roman, la victoire gauloise à Alésia débouche sur la création d’un empire "pan-Celte" par le charismatique et prestigieux Vercingétorix (puis ses successeurs), empire qui se prolonge des deux côtés de la Manche et dont la solidité repousse l’invasion germanique. Ces tribus guerrières se retrouvent donc prises entre le marteau et l’enclume et se font massacrer au point de quasiment disparaître. Quand la poussière retombe et qu’un équilibre s’instaure, nous avons donc les Celtes en europe occidentale, les Huns en Europe orientale, les Parthes à leur place normale et les Romains, eux aussi à leur place normale mais grignotés de partout à force de défaites politico-militaires (ils ont notamment perdu la Judée et l’Egypte). Tant que ces quatre empires demeurent indépendants, l’équilibre est préservé, mais si deux d’entre eux viennent à unir leurs forces, il est menacé... et c’est cette menace que raconte le roman. (Et nous n’en dirons pas plus.)
 
 
BC : Un truc qui m’a étonné, c’est le fait que l’Empire celte devienne une forme de copie de notre empire romain : Clin d’œil ironique et volonté de ta part de montrer une certaine tendance à l’uniformisation ?
 
MP : Je n’ai pas intentionnellement introduit cette similitude, mais j’imagine que, quand j’en suis arrivé à décrire le fonctionnement de l’empire celte, je me suis rabattu sur des structures et des caractéristiques qui permettent à une entité politique immense de fonctionner. Cela dit, je n’entre pas vraiment dans les détails pour une raison bien simple : je m’en fiche.
 
 
BC : Passons aux personnages, personnellement, Lucius Antonius « Tubero » m’a fait penser au Miles Vorkosigan de Loïs McMaster Bujold : personne très intelligente, ayant une tendance plus que prononcée à filtrer ce qu’il voit à travers le prisme de cette intelligence, assez peu sûr de lui, ce qui explique son côté assez maladroit d’un point de vue social et formidable témoin et juge de la brutalité de son époque. Peux-tu me dire comment crées-tu tes personnages, que ce soit au niveau de leur bio, de leur attitude face aux évènements et de ce qu’ils représentent ?
 
MP : Je crois que j’ai déjà en partie répondu à cette question un peu plus haut. Dans le cas de Lucius, j’ai choisi délibérément un personnage qui, au milieu d’une époque assez sauvage, soit tout sauf un guerrier. Cela m’évitait un certain nombre de clichés du roman d’aventures et, par ailleurs, qu’il s’agisse d’un lettré me permettait de lui faire légitimement commenter la situation, pas tout à fait comme un homme de notre époque mais presque. Voilà pourquoi mon héros, quoique l’intrigue se déroule en Gaule, ne pouvait être que romain. Malgré les similitudes entre les empires que tu évoquais plus haut, c’est à Rome qu’est restée la culture intellectuelle. Sinon, pour l’anecdote, je n’ai jamais lu une ligne de McMaster Bujold.
 
 
BC : si tu t’amuses à placer les femmes au second plan, celles-ci sont pourtant à la fois des éléments essentiels à l’intrigue, mais également les véritables décideurs dans une société très patriarcale, non ?
 
MP : J’ai toujours eu une grande tendresse pour mes personnages féminins. Dans un cadre historique antique, la vraisemblance interdit de leur donner des rôles de politiciennes (et encore plus de guerrières en bikini d’acier façon Red Sonja) mais, même dans les sociétés les plus patriarcales, elles ont eu une influence importante sur l’histoire, soit en tant qu’instrument d’alliances politiques, soit en se servant de leur influence directe sur les hommes occupant les postes clefs (par exemple les trônes). A un niveau plus microcosmique, les héroïnes ayant du caractère peuvent donc influencer les héros censés mener l’action. Dans "Le Dernier des Francs", il est évident que Lirane, sous ses dehors timides et soumis, détermine une bonne partie des actes et des décisions de Lucius - donc, finalement, l’intrigue même du roman.
 
BC : Ce qui m’a frappé, c’est l’enchainement très rapide des évènements et la maitrise que tu as de l’ensemble : On a vraiment le sentiment de côtoyer des êtres humains, plutôt que des créations littéraires animées, plongés dans des situations chaotiques, souffrants, et obligés de faire avec ce qu’ils ont, à savoir leur force et leur intelligence...
 
MP : Euh, là, comme ce n’est pas une question, je vais dire simplement "merci".
 
 
BC : Avant de conclure, toute ton intrigue tourne justement autour de l’importance de la géopolitique, des choix, nécessairement amoraux que doivent faire des Etats pour survivre et des êtres humains, utilisés comme pions dans ce qu’on appelle poétiquement le Grand Jeu, et broyés par la raison d’Etat. Pour quelle raison ? Que souhaites-tu montrer ?
 
MP : En règle générale, tu sais, je ne souhaite pas montrer grand-chose. Je souhaite raconter une histoire. Je suis obligé d’entrer dans des détails géopolitiques, comme tu dis, pour peaufiner mon décor mais, franchement, ce qui m’intéresse est ailleurs - à savoir dans les rapports entre les personnages.
 

BC : Le livre se suffisant à lui-même, aurons-nous le droit à une nouvelle uchronie de ta part un de ces jours ? Et quels sont tes projets à l’heure actuelle ?
 
MP : Pas d’uchronie en vue pour l’instant. Je n’ai pas trop le temps d’écrire, accaparé que je suis par la traduction qui me fait vivre, mais je travaille tout de même sur un livre. Il sera très différent de tout ce que j’ai fait jusque là, et c’est tout ce que je peux en dire pour l’instant.
 

BC : Michel, encore merci pour ce très bon moment de lecture ! Et bravo à Rivière Blanche pour la publication de ce roman d’action et d’introspection jouissif !
 
MP : Et j’ajouterai un gros pied de nez au collectif d’éditrices qui m’a assené que 1) le monde que je décrivais n’était pas assez différent du nôtre pour constituer une uchronie valable, et 2) mon héros (Lucius) n’était pas assez sympathique. J’ai refusé tout net de retravailler le roman dans le sens qu’on m’indiquait. En conséquence, il aura une diffusion moindre mais sera au moins conforme à mes vœux. S’il y a une chose que je déteste, c’est qu’on me demande de modifier mes personnages, moi qui, comme je l’ai expliqué, les laisse vivre leur vie sans les brimer.

Bertrand Campeis