Interview Morishita Katsuhito
de Katsuhito Morishita
aux éditions

Auteurs : Katsuhito Morishita
Date de parution : janvier 2014 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Critique de science-fiction très connu au Japon, nous avons pu échanger quelques mots sur l’actualité récente...

Actusf : Est-ce que vous pouvez vous présenter ?
Morishita Katsuhito : Je suis né en 1951. J’ai commencé à lire de la SF dès le collège, et j’ai adoré des auteurs tels que Philip K. Dick ou Kurt Vonnegut. Après l’université, j’ai travaillé environ cinq ans pour la radio et la télévision. En 1979, une de mes nouvelles a été publiée dans une revue de SF, et c’est à la même époque que j’ai démarré ma carrière de critique, que je poursuis encore maintenant. J’ai écrit des nouvelles, des romans de SF dont plusieurs pour la jeunesse, ainsi que bon nombre d’essais, pour un total d’une vingtaine d’ouvrages.

Actusf  : Il y a eu en 2013 beaucoup de publications liées au cinquantenaire de la SFWJ (Association des écrivains japonais de science-fiction et de fantasy). Comment se porte l’édition de SF au Japon actuellement ?
Morishita Katsuhito : Le milieu de la SF japonaise est en pleine effervescence ! De nombreuses publications d’excellente qualité ont vu le jour l’année dernière, entre les anthologies fêtant le cinquantième anniversaire de la naissance de la SFWJ, des romans et beaucoup de recueils de nouvelles, dont de nombreux inédits. On a vu en particulier émerger beaucoup de nouveaux auteurs. En plus du prix de la collection Sôgen SF (collection de poche de l’éditeur Sôgensha), le concours Hayakawa des jeunes auteurs a été relancé afin de récompenser ces nouveaux venus, le premier prix bénéficiant d’une publication. La nouvelle génération d’auteurs s’avère très prometteuse !

Actusf : La littérature young adult et jeunesse est ce qui marche le mieux en France, en littérature de genre. Est-ce que le même phénomène se produit au Japon ? Les light-novel fonctionnent-ils toujours aussi bien ?
Morishita Katsuhito : Les ouvrages à la limite du roman policier ou de la littérature blanche ont le vent en poupe. Les œuvres d’auteurs comme Itoh Keikaku (malheureusement disparu), Miyauchi Yûsuke ou Enjoh Toh sont particulièrement appréciés des critiques, et pas seulement dans notre milieu. Toutefois les ventes ne sont guère brillantes... on a malgré tout le cas d’auteurs autoédités en numérique tels que Fujii Taiyou (Gene Mapper full build, édité ensuite par les éditions Hayakawa) qui ont rencontré un beau succès. Les light-novel sont surtout lus par les plus jeunes. Comme pour les jeux vidéos et le manga, les jeunes générations n’ont pas de difficulté à entrer dans des univers de science-fiction, mais ils n’ont pas pour autant conscience d’en lire. Il y a un certain manque de reconnaissance du genre en tant qu’entité distincte.

Actusf : Est-ce que beaucoup de romans de SF sont adaptés en dessins animés ?
Morishita Katsuhito : Les passerelles entre animés, mangas et romans (en particulier les light-novel), sans oublier les jeux vidéos, n’ont jamais été aussi nombreuses. La production d’animé a été moins importante que d’habitude, mais on a toujours des light-novel écrits en prévision d’une adaptation en série, ou de grands succès tels que l’Attaque des titans, manga adapté en animé qui est devenu un véritable phénomène de société. La SF est devenue un outil parfaitement intégré dans la création d’histoires, et n’est plus victime des a priori négatifs d’autrefois.

Actusf : Quelle est la place de l’édition numérique ? Est-ce qu’elle vient concurrencer l’édition traditionnelle ? Les librairies sont en crise en France, est-ce qu’elles connaissent aussi des difficultés au Japon ?
Morishita Katsuhito : L’édition numérique est en train de se démocratiser, petit à petit. On a de plus en plus de nouveautés publiées à la fois en livre traditionnel et en version numérique. Cependant, les chiffres de vente restent relativement bas, et le secteur de l’édition ainsi que les libraires continuent de vivre une période difficile.

Actusf  : Les traductions (de l’anglais en particulier) sont-elles toujours aussi importantes dans la part de romans de SF publiés ?
Morishita Katsuhito  : Le nombre d’oeuvres qui se vendent et parviennent à trouver un public tend à baisser, et les maisons d’édition ne savent plus trop quels livres soutenir, ces derniers temps. Les éditeurs japonais, avec la mode du steampunk en occident, ont décidé de suivre le mouvement, et de présenter des ouvrages liés à ce domaine. Concernant la SF au sens classique, des auteurs tels que China Mieville, Christopher Priest et Connie Willis ont du succès et sont bien appréciés. Il faut aussi souligner la qualité des traductions, qui ne cesse de progresser.

Actusf : Quels sont les thèmes et motifs employés le plus fréquemment ces derniers temps ? Cela fait maintenant presque trois ans que l’accident à la centrale nucléaire de Fukushima a eu lieu. Dans un genre très lié à la technologie et à son devenir, est-ce que cet accident a eu une influence sur l’écriture et l’orientation des romans ?
Morishita Katsuhito  : Depuis Itoh Keikaku, beaucoup d’ouvrages se focalisent sur le devenir de la société actuelle. Je citerai par exemple les Anges de Johannesbourg* de Miyauchi Yûsuke ou encore la série Kiryû Keisatsu** de Tsukimura Ryôe. Cette dernière série plaît au public habituel des light-novel et de fantasy, ce qui ne l’empêche pas d’aborder les problèmes de société actuels. Concernant Fukushima, les récits (ou du moins certaines parties d’entre eux) écrits en mémoire des victimes du tremblement de terre sont fréquents, mais ne s’arrêtent pas au seul accident nucléaire. C’est valable pour l’ensemble de la littérature japonaise, y compris la SF.
 
* roman sur les nanotechnologies et le terrorisme
** cette série met en scène dans un futur proche le quotidien d’une unité spéciale de police ; elle rappelle l’animé Patlabor de Oshi Mamoru, par bien des aspects.

Actusf : Quels sont les romans marquants de 2013 (en japonais et parmi les traductions) ?
Morishita Katsuhito : Pour les œuvres d’auteurs japonais, je citerai le recueil de nouvelles de Torishima Denbô, Kaikin no to (Les Sisyphéens). Ce recueil décrit un univers autre en faisant un usage particulièrement habile de la langue japonaise.
Pour les œuvres étrangères, je dirais China Miéville avec Embassy town* et Christopher Priest avec les Insulaires**.
 
* à paraître chez Fleuve Noir en 2014
** traduit chez Lunes d’encre

Actusf : Quels sont les romans attendus en 2014 ? Les auteurs à suivre ?
Morishita Katsuhito : Je dois citer le prix attribué à Mutoh Kazuki pour Mizu wa muken (L’eau est infinie) lors du concours Hayakawa, mais j’ai hâte de voir publiés les textes arrivés en deuxième et troisième position, tous deux d’excellente qualité. Il faudra aussi garder un œil attentif sur Sena Hideaki, Miyauchi Yûsuke et Tsukimura Ryôe.
 

Tony Sanchez