Interview - Neal Asher (V.F)
de Neal Asher
aux éditions ActuSF
Genre : Anticipation

Auteurs : Neal Asher
Date de parution : juin 2008 Réédition
Langue d'origine : Anglais UK
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Découvert en France avec L’Écorcheur, un space op’ maritime survitaminé à l’ultraviolence jubilatoire, Neal Asher a de nouveau les honneurs de la traduction chez Rendez-vous Ailleurs, avec Voyageurs. Time opera déraisonnablement ravageur, on y retrouve la même propension à l’étripage enthousiaste et à l’Aventure avec un grand A.

Neal Asher a bien voulu se détourner un instant des plaisirs simples de sa villégiature crétoise, le temps de répondre sans ambages à cette interview à bâtons-rompus. Pas de langue de bois, pas de chichis. Une interview fish n’chips et homebrew ale. À ActuSF, on adore !

ActuSF : Alors, c’est bon ? Vous n’avez toujours plus besoin de vous passer "les couilles à la javel" ?
Neal Asher : Non. C’est l’une des joies du travail manuel dont je peux, désormais, me dispenser. En l’occurence, la nécessité de ce à quoi vous faites allusion, s’était imposée à moi alors que je me faisais un peu de pognon en livrant du charbon, la quinzaine avant Noël, trimbalant des sacs de 50 kilos sur le dos sous une pluie battante. J’ai passé un quart de siècle à faire tout un tas de boulots, dont tourneur-fraiseur, monter de hublots sur des bateaux, travailler sur des chantiers, tondre des pelouses, élaguer des arbres et tailler des haies. Puis en 2001, j’ai entamé la carrière plus sédentaire d’écrivain à plein temps, et depuis, comme tout le monde, je suis obligé de faire attention à mes poignées d’amour, au lieu de les voir fondre tous les printemps.

ActuSF :
Qu’est-ce qui vous a amené à l’écriture ?
Neal Asher : Enfant, et plus tard adolescent, mes centres d’intérêt étaient très variés : dessin et peinture, chimie et physique, biologie, sculpture, électronique, et j’étais en plus un lecteur avide de science fiction et de fantasy. Je n’étais fixé sur rien, et je pratiquais tout ça en dilletante. Puis, pendant un cours d’Anglais à l’école, un prof nous a tout simplement demandé d’écrire une petite nouvelle. J’écrivis un truc totalement inspiré des bouquins de E.C Tubb Dumarest, que je lisais à l’époque, et j’ai eu la surprise de recevoir de plutôt chouettes compliments de la part de mon professeur. Du coup, j’ai rajouté l’écriture à la liste de mes centres d’intérêt.

Bien plus tard, ayant quitté l’école et travaillant dans une usine qui faisait des meubles en métal, j’ai décidé que je devais me concentrer sur un seul centre d’intérêt si je voulais arriver à quelque chose. J’ai exclu l’art, puisque dans ce monde-là, ceux qui sont au top ne produisent que de la merde (lit défait, tas de briques, ou des trucs du genre), appellent ça de l’art et font leur chemin à force de raconter des conneries. J’ai exclu les sciences physiques, tout simplement parce que j’ai réalisé que je n’avais pas un niveau suffisant pour construire, mettons, un megapulsotron pour la semaine prochaine. Mais j’ai choisi l’écriture (et plus spécifiquement la SFF), parce que, à bien y regarder, ça recoupe tous mes autres centres d’intérêt.

ActuSF :
Qu’est-ce qui vous influence le plus ?
Neal Asher : Ces centaines, si ce n’est pas ces milliers, de livres écrits par tous ces auteurs qui vont de Asimov à Zelazny, les nombreux magazines et livres scientifiques que j’ai lus, pas mal d’excellents films tels que Alien, Blade Runner, Terminator, Excalibur, Krull, Total Recall, des séries télé comme Babylon 5 ou des documentaires comme Sur la Terre des Géant. Sans compter ce que je lis en blanche et en sciences... Le plus simple, c’est de dire que ce qui m’influence le plus, c’est ce qui m’intéresse le plus.

ActuSF :
Comment décririez-vous Voyageurs en quelques mots ?
Neal Asher :
Un grand roman de voyage temporel. Il y a déjà eu plein de romans de voyage dans le temps, mais la plupart semblent se limiter à l’âge de l’homme, ne remontant jamais le cours du temps au-delà de quelques milliers d’années. Moi, je suis soufflé par l’incroyable immensité de la préhistoire de la Terre, et je voulais retraduire un peu de ça. Comme je l’ai parfois dit, ramassez un fossile sur une plage et vous aurez dans les mains quelque chose qui aura certainement vécu il y a 200 millions d’années. Si cette idée ne réveille pas quelque chose en vous, c’est que vous n’avez aucune imagination.

ActuSF :
Lorsque vous évoquez le futur proche, au début de Voyageurs, on sent que votre univers est bien plus développé et que vous en avez une idée très précise. Comment travaillez-vous vos univers ?
Neal Asher :
Mon Angleterre de demain n’est qu’une extrapolation de celle d’aujourd’hui. Je vois une réglementation grandissante, une police toujours plus présente, les incessants diktats de l’Union Européenne, une surveillance de tous les instants, des gens punis pour avoir enfreint des règles stupides reposant sur le politiquement correct, des gouvernements accros au pouvoir et prêts à tout pour en avoir encore plus. Orwell avait tout bon, il s’est juste trompé sur la date.

ActuSF : Êtes-vous tenté de revenir à l’univers de Voyageurs ?
Neal Asher : Bien sûr que je le suis, mais je suis très méfiant à l’idée d’y revenir. L’un des problèmes qui se posent à vous quand vous écrivez une série de livres, c’est que vous avez déjà créé un univers et une histoire qui doit servir de référence. Ça peut vite devenir compliqué sur une chronologie linéaire, mais si vous faites entrer le voyage temporel dans la danse, ça le devient encore plus.

ActuSF :
Il y a une sorte de fascination pour la monstruosité dans vos romans. D’où cela vient-il ?
Neal Asher :
Du diable si je le sais ! Gamin, en cours de dessin, je dessinais des monstres alors que tous les autres dessinaient des bouteilles et des roses. Le prof de dessin me laissait faire, soit parce qu’il aimait bien ce que je faisais, soit parce qu’il estimait qu’il ne pouvait plus rien pour moi. Mais allez... quiconque a frissonné devant la reine alien du film de Scott, connaît cette fascination. Et puis c’est la vie. La vraie vie, je veux dire. Nous sommes entourés par les monstres. Certains critiques se sont offusqués de l’extrême sauvagerie de l’écosystème et des créatures de Spatterjay. Leurs commentaires m’ont immédiatement révélé que ces critiques n’en savaient tout simplement pas assez sur la vie qui nous entoure tous les jours.

ActuSF : Vous vous décrivez comme un hédoniste, mais dans vos livres, vos personnages ne semblent pas s’amuser beaucoup. Alors quoi ? Rien n’est gratuit ?
Neal Asher : Ouaip, j’imagine que je suis un hédoniste, mais je vis selon le principe que les plus grands plaisirs dans la vie, sont ceux pour lesquels on a dû travailler le plus dur. Après tout je suis assis, là, à répondre à vos questions juste avant de me remettre sur mon dixième roman pour MacMillan. Ça m’a demandé vingt ans pour en arriver là, et ce n’est pas le genre de plaisir qu’on peut s’offrir en restant assis sur son cul à geindre sur ses emmerdes.
Et aujourd’hui je n’ai plus besoin de me récurer les couilles.

ActuSF : Il y a, dans vos romans, beaucoup de massacres et une extrême violence. Est-ce que ces éléments sont toujours perçus comme vous le prévoyiez par vos lecteurs ?
Neal Asher : Généralement, oui. Certains lecteurs m’ont dit qu’ils trouvaient mes livres un peu extrêmes, mais chaque année, un nombre croissant de lecteurs achète un seul de mes livres, y trouve son compte et achète tous les autres. On dirait bien que j’arrive en haut d’une courbe exponentielle qui voit mon public augmenter de 50% tous les ans.

ActuSF :
Même au plus noir de vos intrigues il y a toujours de l’humour dans vos romans. Pourquoi est-ce si important ?
Neal Asher : L’humour est l’une des choses les plus difficiles à écrire, c’est pourquoi j’admire tant des auteurs comme Terry Pratchett. Dans mes livres, il me semble important de jouer sur les contrastes. Et de fait, le noir est tellement plus noir quand il y a du blanc à côté pour faire la comparaison. Généralement, ça vient tout naturellement pendant que j’écris, mais il m’arrive aussi de le faire à dessein. Tel que je vois les choses, il y a bien trop de bouquins misérablement lugubres, morveux et merdiques, remplis de personnages pour lesquels il est impossible d’éprouver la moindre sympathie et qui baignent dans une dystopie généralisée. On dirait qu’ils sont le produit de personnes bien trop sérieuses et qui n’ont pas mûri assez pour avoir un soupçon d’humour sur eux-mêmes et le monde qui les entoure. Putain ! Pétez un coup, nom de dieu !

ActuSF : Est-ce qu’on peut dire qu’il y a comme un arrière-goût de série B dans vos livres ?
Neal Asher : Oh oui, vous pouvez, mais cette fois le réalisateur a des notions de dramaturgie et de sciences, il n’y aura donc pas de monstres sans une écologie derrière, et ils seront plus proches des Aliens que de la créature du Lagon Noir.

ActuSF :
Est-ce que vous vous sentez appartenir à une scène anglaise plus vaste, et pensez-vous qu’il y a une spécificité à l’écriture de genre anglaise ?
Neal Asher : Je n’ai pas l’impression d’appartenir à une scène SF&F plus vaste. Écrire est une activité tellement introspective. J’écris les livres que j’aime, ils sont publiés et c’est seulement après, en sortant le nez de mon traitement de texte que je découvre qu’on m’a mis dans le même panier qu’un certain nombres d’autres auteurs, comme tenants du British New Space Opera, ou quelque chose du genre. Moi je dis "Ouais... bon", et je fais avec. Quant à savoir si l’écriture de genre à l’anglaise existe, je dirais plutôt que ça relève de la coïncidence.

ActuSF :
En parlant de son travail d’auteur, Iain M.Banks a l’habitude de dire qu’il est "surpayé sans se tuer à la tâche". La définition s’applique-t-elle aussi à vous ?
Neal Asher : Pas encore. J’ai toujours l’impression de devoir garder le pli de produire au moins un livre par an, et en gardant bien à l’esprit ce qui est arrivé à tellement d’auteurs dans ma position, ne pas me laisser aller à la facilité, et produire un plat de nouilles froides. J’admets qu’écrire, ce n’est pas livrer du charbon ou couler du béton dix heures par jour, mais ce n’est pas dénué de stress. Comme par exemple la responsabilité de ne pas décevoir ses lecteurs.

ActuSF :
Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?
Neal Asher : Je travaille actuellement sur une suite de The Voyage of the Sable Keech, qui s’appelle Orbus. Rien que pour vous, je vous mets le baratin publicitaire qui va avec :

"Le Vieux Capitaine Orbus prend le commandement du Gurnard, un vaisseau à bord duquel le drone de combat Sniper s’est embarqué clandestinement. Pendant ce temps-là, le Prador Vrell, que le virus de Spatterjay a fait muter en quelque chose de dangereusement puissant, a pris le contrôle d’un cuirassé prador, en tuant la majorité de l’équipage, et a l’intention de faire route de nouveau vers le Troisième Royaume Prador afin d’exercer sa vengeance sur le Roi des Pradors qui a essayé de le tuer. Orbus se dirige vers Le Cimetière (évoqué dans Alien Archaeology, publié dans Asimov’s), et qui est une sorte de zone tampon entre le Polity et le Royaume Prador. Il a quelques comptes à régler avec les Prador et avec Vrell en particulier. Ce dernier va se retrouver lui aussi dans ce secteur, où un certain nombre de choses concernant le virus vont être révélées, et où une ancienne menace est sur le point de réapparaître...

Eric Holstein