Interview Patrick McSpare sur Les Héritiers de l’aube
de Patrick McSpare
aux éditions
Genre : Interview

Auteurs : Patrick McSpare
Date de parution : novembre 2013 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Après avoir co-signé la série des Hauts-Conteurs avec Olivier Peru, Patrick McSpare vient de signer son premier roman en solo : Le Septième Sens, premier tome de la trilogie Les Héritiers de l’aube.

Actusf : Bonjour Patrick, on te connaît en tant qu’auteur bicéphale avec Olivier Péru et maintenant nous te découvrons, seul, en auteur démiurge et diabolique n’hésitant pas à envoyer de pauvres enfants dans la trame du temps pour lutter contre un démon ! ^^ Peux-tu nous présenter succinctement ton nouveau livre (enfin plutôt ta nouvelle série) ?
Patrick McSpare : Bonjour. Eh oui, il est vrai que j’ai abdiqué toute morale puisque les enfants en question sont, de surcroît, contraints de s’embarquer dans ce périple à cause du plus odieux des chantages. En fait, je crois qu’Oliv symbolisait un peu ma conscience. Maintenant que j’écris en solo, mes personnages peuvent s’attendre aux pires avanies, je le crains :)
En l’occurrence, mes trois nouveaux héros proviennent d’époques différentes. Alex du vingt-et-unième siècle, Laure du dix-huitième et Tom du dix-neuvième. Héritiers insoupçonnés des mystérieux Primo-Sorciers, mal intégrés dans leurs ères respectives, ils se trouvent soudain réunis pour une course-poursuite à travers les âges. Outre le fait que chaque tome les emmènera dans une ère inconnue d’eux, leurs différences culturelles ne vont pas faciliter leurs relations. Et puis, surtout, ils vont devoir affronter Hermès Trismegiste, un redoutable démon Fomoré bien décidé à les coiffer au poteau. Capable d’usurper n’importe quelle apparence (bonjour, la parano :)), Hermès est cruel, impitoyable... mais finalement très humain. Je crois qu’au fond, je l’aime bien. Quand je te disais que j’ai perdu tout sens moral :o) 
 
 
Actusf : Le moins que l’on puisse dire c’est que tu as fait un mélange des genres qui marche : un voyage dans le temps, des héros adolescents magiciens, un démon de la pire espèce comme adversaire, une galerie de personnages secondaires très bien campés. Le tout dans une époque troublée, la France de la guerre de 100 ans, afin de retrouver un objet magique intelligent. Ta trame se complexifie tout au long du roman, tu développes une action à 100 à l’heure, de nombreux non-dits, et une fin cliffangher parfaite ! Comment as-tu fait pour réussir, et réunir, tout cela ? Peux-tu nous parler du travail que cela a nécessité ?
Patrick McSpare : Merci pour ton appréciation de l’ensemble, ça me fait très plaisir. Et, en parlant de cliffhangher, j’espère que celle de la fin du tome 2 surprendra également.
La Guerre de Cent Ans est une période compliquée qui fait intervenir de nombreuses figures historiques. Et l’épisode précis que j’ai choisi, une guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons, ne déroge pas à la règle. C’est d’ailleurs dans un souci de simplification que j’ai dessiné et légendé les portraits des principaux belligérants, au début du chapitre 8. Bref, comme tu l’as deviné, il m’a fallu réunir une solide documentation avant de me lancer dans l’écriture de ce tome 1. Et, pour ce faire, je me suis servi d’Internet. Heureusement, à l’ère du numérique, l’on peut effectuer des recherches sans sortir de chez soi, d’où un immense gain de temps. Il existe bon nombre de sites professionnels traitant de cette époque. J’ai sélectionné, une par une, les pages les plus complètes relatives au contexte général, aux faits particuliers que j’évoque et aux personnages réels confrontés à mes héros et méchants fictifs. Cela m’a permis de travailler sur des séquences réjouissantes, comme lorsque Charles le Fol, roi de France, est envoûté par Hermès, le démon Fomoré.
 
 
Actusf : Le voyage dans le temps, l’histoire, des héros adolescents, ce sont des thèmes qui marchent bien en littérature jeunesse actuellement, je songe à Via Temporis paru également chez Scrinéo, à la série Time Riders chez Nathan Jeunesse, ou, pour un public plus jeune, à la série Le passage des lumières chez Gulf Stream. Qu’est-ce qui t’attire pour ta part dans cette thématique ?
Patrick McSpare : Je jure sur la tête des Héritiers :o) que j’ignorais l’engouement actuel pour ces trois thèmes associés lorsque j’ai proposé cette série à mon éditeur. Mais bien sûr, je me félicite qu’il en soit ainsi. Personnellement, j’avais depuis longtemps envie de travailler sur le concept du voyage temporel. La confrontation entre des personnages venus d’ères différentes me fascine. Handicapés par nos confortables usages modernes, comment survivrions-nous, projetés dans un village du cinquième siècle ? Pourrions-nous seulement appréhender l’optique globale de nos interlocuteurs ? Dans l’autre sens, de quelle façon nous percevrait quelqu’un débarquant d’un lointain avenir ? Bouleverserait-il toutes nos certitudes actuelles ? Autant de cas de figure qui déboucheraient sur de terribles chocs des cultures et des croyances. Au-delà des éléments action, aventure et fantastique qui sont propres au genre dans lequel j’évolue, ce sont ces questions qui m’intéressent lorsque je pense aux paradoxes temporels. Lesquels constituent d’ailleurs un classique de la littérature, de la BD ou du cinéma. Mais avec les Héritiers, l’originalité réside dans le fait que les héros eux-mêmes sont issus d’époques différentes. Ils ne peuvent donc pas se réconforter mutuellement, puisque leurs ressentis respectifs du traumatisme subi n’ont rien de commun.
 
 
Actusf : Je crois savoir que la suite est déjà prévue pour début 2014, peux-tu nous balancer quelques éléments en avant-première ?
Patrick McSpare : Avec plaisir. Les Héritiers vont se retrouver dans une époque bien éloignée de leur précédent périple. Le tome 2 qui paraîtra en mai 2014 se déroule durant un épisode historique dramatique et demeuré célèbre dans la mémoire collective des habitants du pays concerné. Nos héros pensent en avoir définitivement terminé avec Hermès, mais les lecteurs, toi et moi savons bien que les choses ne vont pas se révéler aussi simples :o) En outre, un Primo-Sorcier au caractère inattendu va faire son apparition, ainsi que deux nouveaux personnages démoniaques. La partie va s’avérer rude pour les Héritiers, ouch :o) Par chance, ils vont continuer à se rôder à leurs pouvoirs magiques, cela les aidera peut-être. Je peux également te dire qu’on en apprendra davantage sur la mystérieuse caste des Primo-Sorciers. Enfin, un indice concernant la période dans laquelle débarque Laure, Alex et Tom : le tome 2 s’appellera Ce qui est en bas. Un titre qui fait bien sûr référence aux Forces du mal emprisonnées dans les entrailles de la Terre... mais pas seulement :o)
 
 
Actusf : As-tu déjà une idée précise du nombre de tomes que comportera ta série, voire de la fin ?
Patrick McSpare : Oui, je compte conclure la série en trois ou quatre tomes. Concernant la fin, j’ai déjà une idée générale précise de la façon dont s’achèveront les aventures des Héritiers, mais, pour ce qui est du détail, j’hésite entre deux options.
 
 
Actusf : Y a-t-il des périodes où tu prévois d’envoyer tes héros ? 
Patrick McSpare : Certes. J’en ai prévu quatre. Dès avant de commencer le tome 1, j’avais planifié les trois premières époques où nos naufragés du temps échouent. Pour ce qui est de la quatrième, je suis encore indécis, car deux ères en particulier me tentent pour servir de cadre à l’épilogue où les Héritiers seront enfin fixés sur leur destin. 
 
 
Actusf : Parlons-en justement de tes héros (ainsi que de leurs alter ego magiques) peux-tu nous raconter la création et la gestion de tes personnages principaux ? Un quatrième membre devrait rejoindre l’équipe, la verra-t-on dans le prochain tome ?
Patrick McSpare : Je voulais créer des personnages à la psychologie non stéréotypée. Quand la question du choix de leurs époques d’origine s’est posée, j’ai tout de suite pensé à introduire un personnage contemporain. Alex, en l’occurrence. J’ai choisi de lui donner la nationalité australienne parce que cela m’amusait de présenter un geek habitant un pays-continent qui évoque généralement l’aventure et les grands espaces davantage que les consoles et les cyber-cafés. Alex est un jeune homme aux grandes qualités humaines, même si, du haut de ses dix-huit ans, il agace parfois ses compagnons (et certains lecteurs, sans doute :o)) par son assurance d’homme de l’avenir (n’oublions pas qu’il est le seul imprégné de notre savoir actuel). Hélas pour lui, il est également affligé de tendances phobiques, ce qui ne lui facilite pas la vie, notamment dans le tome 1.
Nous sommes français, parlons, écrivons et lisons français. Il m’est donc apparu évident de doter l’un de mes personnages de cette nationalité. C’est finalement tombé sur Laure, la principale héroïne. Surnommée « La Voltigeuse », elle est une aventurière du dix-huitième siècle, brigande au grand cœur et compagne du célèbre bandit Cartouche. Laure a toutes les qualités requises pour être chef du groupe, même si Alex a du mal à accepter cet état de fait. C’est une femme libre avant l’heure, une rebelle, profondément touchée par la mort injuste de son père. En dépit de sa condition de voleuse de grand chemin, elle est habitée par une grande éthique. 
Nourrissant une tendresse de longue date pour l’East End, je me suis adressé un clin d’œil personnel avec le troisième Héritier, Tom, en en faisant un Cockney du dix-neuvième siècle. Âgé de douze ans, Tom est un orphelin, un enfant des rues. Livré à lui-même dans le Whitechapel post-Jack l’Éventreur, il a été obligé de s’endurcir pour survivre. Plein de blessures et de colère, il est au fond quelqu’un de tendre et d’enjoué. 
À ces trois-là s’ajoutera bientôt une quatrième héroïne, comme tu le soulignais. Elle viendra bouleverser l’équilibre précaire du groupe dès le chapitre 3 du tome 2. Je précise que cette nouvelle venue, à l’instar de Laure et d’Alex, aura pour seul souhait de réintégrer au plus tôt sa propre réalité. Finalement, seul Tom, libéré de l’enfer de l’East End, se satisfait de ce statut d’errant temporel :o)
Il est certain que faire vivre trois ou quatre personnages de premier plan au sein d’un même roman est un exercice qui demande une grande attention. Plus encore lorsqu’ils présentent autant de différences culturelles, puisque leurs relations se trouvent affectées par la chose. Je m’emploie donc à les mettre en lumière à tour de rôle, selon l’évolution du récit, sans privilégier l’un plutôt que l’autre (même si Alex, en tant que représentant de notre ère contemporaine, a eu l’honneur de commencer et terminer le tome 1 :o)). 
Quant à la légendaire caste des Primo-Sorciers, je préfère rester encore discret à ce sujet au cas où quelque Fomoré nous espionnerait. Mais comme il faut bien finir par prendre des risques, le tome 2 révélera une grande part des mystères de cet ordre mystique, ainsi que je te l’annonçais plus haut.
 
 
Actusf : Peux-tu nous parler de tes autres projets en cours et à venir ?
Patrick McSpare : En premier lieu, aller à la rencontre des lectrices et des lecteurs dans les semaines qui viennent. Le week-end des 8-9-10 novembre, j’étais à la Foire du Livre de Brive. Les 27, 28 et 29 novembre, je serai au Salon du Livre Jeunesse de Montreuil. Et le 14 décembre, aux Rencontres de l’Imaginaire de Sèvres. 
Sur le plan de la création, je viens d’entamer l’écriture du tome 2 des Héritiers. En tant que scénariste, je travaille également un album BD à paraître chez Soleil-Delcourt en octobre 2014. Je viens d’achever l’écriture des dialogues d’un court-métrage dont le tournage se déroulera en décembre. Enfin, Après la sortie toute récente de mon roman one-shot Comtesse Bathory chez Panini Books – Eclipse, je prépare un nouveau projet pour cet éditeur. En résumé, du pain sur la planche :o)
 
 
Actusf : Le mot de la fin t’appartient, fais-toi plaisir ! 
Patrick McSpare : Je me suis amusé comme un fou à écrire ce tome 1 des Héritiers et j’espère que les lectrices et lecteurs éprouveront autant de plaisir à découvrir leurs aventures que j’en ai eu à les imaginer. Si Hermès est encore vivant quelque part et me lit, qu’il sache que je suis tout à fait disposé à discrètement révéler ce que je sais des Primo-Sorciers, sous réserve de l’octroi de quelques privilèges en guise de récompense. Peu de choses, par exemple l’immortalité, la divination et la télépathie.
Si la Pierre d’Émeraude me lit du fond de la poche de l’humain qu’elle contrôle présentement, j’aimerais qu’elle comprenne une fois pour toutes qu’un joyau n’est pas censé être doué d’intelligence et projeter ses pensées dans l’esprit des malheureux mortels. On finit par se demander en quel siècle nous vivons (une plaisanterie, j’en ai peur, à laquelle seuls les Héritiers pourront se tordre de rire :o)). 
Et surtout, si les lectrices et lecteurs qui lisent cette interview sont à Paris en novembre-décembre, qu’ils n’hésitent pas à venir me faire un coucou, je serai ravi de pouvoir échanger avec eux.
Merci à toi et excellente fin d’année à tous ! 
 ;o)))

Bertrand Campeis