Interview - Paul J.McAuley (V.F)
de Paul J. McAuley
aux éditions
Genre : Anticipation

Auteurs : Paul J. McAuley
Date de parution : juin 2008 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Pour Une invasion martienne, une nouvelle fois, Paul J. McAuley a eu la gentillesse de répondre à quelques unes de nos questions. Livre éminemment politisé, et interview tournée vers le monde et son devenir. Du roboratif, comme toujours avec McAuley.

ActuSF : Pourquoi écrire sur Mars ? Un rêve de gosse ?
Paul J. McAuley :  Le premier roman que j’ai essayé d’écrire (mais jamais terminé), quand j’avais 15 ans, se passait sur Mars. Il était sans doute inspiré par Les Sables de Mars d’Arthur C. Clarke, Les Chroniques martiennes de Ray Bradbury et les romans pour la jeunesse de l’astronome Patrick Moore. Et même à cette époque, bien avant les sondes Mariner et Viking, Mars était à l’évidence un territoire qui pouvait être conquis. Elle a une atmosphère et des calottes glacières, et elle a un paysage visible avec un télescope terrestre, à l’inverse de Vénus, parce qu’elle n’est pas nimbée d’une couverture nuageuse dense. Et à la différence de Jupiter, elle a une surface. Alors, oui, je m’intéresse à Mars depuis bien longtemps, et c’est étonnant ce qu’on sait sur elle aujourd’hui, comparé à ce qu’on savait à la fin des années 60.

ActuSF : Avez-vous lu beaucoup de livres qui se passaient sur Mars ?
Paul J. McAuley : J’ai lu la plupart des romans de SF qui se passent sur Mars et un sacré paquet de publications scientifiques. Et puis bien sûr, ces dernières années j’ai pu suivre les découvertes de sondes martiennes nouvelle génération via internet. J’ai pu utiliser des photographies et des cartes qui sont sur le net pour me faire une image plus précise des régions de Mars qui sont dans Une invasion martienne.

ActuSF  : Avec Une invasion martienne, avez-vous écrit un roman de Hard Science ou un livre politique ?
Paul J. McAuley : C’est un roman de Hard SF qui parle de la manière dont science et politique s’imbriquent, ou justement, ne s’imbriquent pas. Dans l’absolu, la science, c’est la dissection impartiale de la façon dont des organismes, le monde ou l’univers fonctionnent. La vérité est le mètre-étalon, et la réputation d’un scientifique dépend de sa capacité à coller à cette vérité. Quelques politiciens s’arrogent quelques faits scientifiques qui servent leurs propres idées ou leur plans, comme ça a été le cas, récemment, avec le scandale de la manipulation politicienne des infos sur le climat recueillies par la NASA. Toute une partie d’Une invasion martienne, est une exagération des dégâts et du danger que représente une telle partialité due à une ingérence politicienne.

ActuSF : Une invasion martienne se déroule dans un futur très proche. Est-ce que vous n’avez pas peur d’être frappé du syndrome d’obsolescence ?
Paul J. McAuley : J’ai choisi un futur proche particulier qui convenait à l’histoire que je voulais raconter. Même si j’espère qu’il est convaincant et plausible, il n’est en rien supposé être une représentation fidèle de ce qui nous attend. Je pense que n’importe quel auteur qui prétendrait faire une chose pareille souffrirait d’excès de confiance aigu. Aucune importance si certains détails s’avèrent faux, du moment que l’histoire et l’univers, eux, restent plausibles.

ActuSF : Vous décrivez diverses contre-cultures écologistes, et toutes sont très marginales. Pensez-vous que ce type de communautés, très vaguement liées les unes aux autres par le strict respect des principes de décroissance, soit la seule alternative viable à la pollution ?
Paul J. McAuley : Je pense qu’une approche qui part de la base pour aller vers le haut, est de loin préférable à une approche économique plus dirigiste et qui viendrait d’en haut. Après tout, l’échelle de responsabilité commence au niveau de l’individu, et nos choix de vie affectent la pression que nous exerçons sur l’environnement. En ce moment en Grande-Bretagne, la plupart des défis touchant aux changements climatiques et à la réduction de l’effet de serre se relèvent au niveau local, plutôt qu’au niveau national. Une campagne visant à interdire les sacs plastiques sur le territoire de la commune de Modbury a attiré l’attention de tout le pays, et plusieurs villes cherchent des moyens de tendre vers un impact carbone zéro.

Alors bien sûr, certains problèmes seront plus facilement résolus par une politique à grande échelle ; l’électrification des voies de chemin de fer, pour remplacer les très polluantes locomotives diesel, par exemple. Mais des réseaux économiques à larges mailles, dépourvus d’organe central de décision, mais tendant vers des objectifs communs, sont particulièrement robustes, parce qu’ils ont des approches différentes, et peuvent trouver plusieurs solutions à un même problème. Ça peut être une méthodologie particulièrement utile pour une problématique comme les changements climatiques, qui génèrent eux-mêmes un certain nombre de problèmes.

ActuSF : Quelle est votre position sur les OGM ?
Paul J. McAuley : Je pense que l’interdiction européenne des OGM n’est pas tenable. C’est un luxe qu’un monde affamé ne peut pas s’offrir. Malheureusement, les grosses compagnies d’OGM, trop souvent, proposent des modifications plus mercantiles qu’utiles. Mais c’est en train de changer. À l’heure actuelle, nous en sommes au même point que la technologie informatique avait atteint dans les années 60 : d’énormes marchés, créés et détenus par quelques grosses compagnies. Mais à mesure que la technologie devient abordable et universelle, les OGM vont rentrer dans leur "phase PC", et c’est là que ça va devenir vraiment intéressant. Je pense qu’il est tout à fait possible d’être écologiste et d’utiliser des OGM.

ActuSF :
En parlant de développement durable, y a-t-il déjà état d’urgence ?
Paul J. McAuley : À l’évidence, parce que les ressources mondiales sont limitées et que la demande, elle, continue d’augmenter de manière exponentielle. Ce qui est inquiétant, c’est que toutes les pénuries les plus critiques apparaissent en même temps : eau, pétrole, riz, blé, soja, haricots, poisson, métaux... C’est en fait un scénario pire que celui que j’avais imaginé en écrivant Une invasion martienne.

ActuSF :
Pourquoi vos personnages sont-ils tous des non-conformistes ?
Paul J. McAuley : La science fiction moderne est une littérature non-conformiste, et son principal champ narratif est le triomphe de l’individu sur la norme. À plus d’un titre, Une invasion martienne s’inscrit dans ce modèle, mais je pense que Mariella est moins marginale qu’elle n’en a l’air. Elle se définit comme une rebelle, non seulement parce qu’elle n’est pas à l’aise avec la hiérarchie, mais aussi parce qu’elle est incapable d’aller vers les gens. Ce qui lui cause autant de problèmes que ça lui apporte de solutions.

ActuSF :
Pourquoi écrire au présent ?
Paul J. McAuley : Une invasion martienne est le deuxième tome d’une trilogie informelle de romans tournant autour de l’usage des biotechnologies dans un futur proche. Les deux autres sont Fééries et Les Diables blancs. Ils sont écrits au présent pour traduire un sens de l’urgence et de l’immédiateté. On n’est pas dans le "ça pourrait arriver", mais dans le "ça arrive, là, maintenant". Et à dire vrai, la plupart de ce qu’on y trouve est déjà là, dans le monde où nous vivons. J’ai simplement exagéré les tendances actuelles.

ActuSF :
Une invasion martienne a été écrit en 2001. Les choses ont pas mal changé depuis. Pensez-vous que vous auriez écrit le même livre en 2008 ?
Paul J. McAuley : Ça aurait été plus ou moins le même livre, parce qu’il aurait mis en scène les mêmes personnages, dans la même situation : la découverte de la vie sur Mars, et ses effets sur la vie sur Terre. Quelques détails auraient changé, mais l’un dans l’autre, je pense que nous faisons toujours route vers un monde dans lequel les USA, la Chine (et l’Inde), luttent pour le pouvoir économique et politique. Le réchauffement climatique va toujours occasionner pas mal de changements, prévisibles ou non. Évidemment, nous ne sommes pas très bien partis pour qu’une base habitée soit établie sur Mars en 2026, mais disons que c’est la partie science fictive du livre.

Eric Holstein