Interview Richard Kadrey
de Richard Kadrey
aux éditions
Genre : SF

Auteurs : Richard Kadrey
Date de parution : avril 2013 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Après Kamikaze l’amour et Métrophage dans les années 1980-1990, Richard Kadrey fait son retour dans les librairies en France avec Butcher Bird et Sandman Slim, deux romans qui décoiffent. Nous avons voulu en savoir plus. Voici notre interview.

Actusf  : Commençons par le début : quand et pourquoi avez-vous commencé à écrire ?
Richard Kadrey : Je n’ai jamais voulu être un écrivain. J’ai commencé à écrire étant enfant et je n’ai simplement jamais arrêté. Ma mère, qui travaillait pour un journal local, m’a beaucoup encouragé. J’ai écrit beaucoup de petites histoires bizarres quand j’étais jeune, surtout de la science fiction et de l’horreur. Le plus souvent, c’était une combinaison de mes rêves et du livre ou du film qui m’avait fait peur récemment.
 
 
Actusf  : Avez-vous lu ou lisez-vous encore de la science fiction ou de la fantasy ? Quels auteurs vous ont particulièrement marqué ?
Richard Kadrey : Je lis toutes sortes de livres, dont de la SF et de la fantasy. Concernant les auteurs, William Burroughs, J. G. Ballard et Lovecraft m’ont énormément influencé quand j’ai commencé à écrire sérieusement. Plus tard, en SF ou en fantasy, il y a eu des gens comme Williams Gibson, Neil Gaiman, Clive Barker, Angela Carter et Cormac McCarthy (techniquement, ce n’est pas un auteur de SF ou de fantasy mais La Route est un vrai livre de SF et Méridien de sang est une sorte de cauchemar fantastique qui peut être, je pense, considéré comme une forme moderne de fantasy.)
 
 
Actusf  : Vos deux premiers romans relèvent du cyberpunk : qu’est-ce qui vous attirait dans ce genre ?
Richard Kadrey : Je n’ai pas choisi de faire du cyberpunk. Ces histoires reflètent simplement ce qui faisant sens pour moi à cette époque. Le pouvoir social, économique et politique de la technologie sur nos vies m’obsède et cela a donné Metrophage. Pour moi, Kamikaze L’amour n’est pas un roman de cyberpunk ou de la SF dans le sens traditionnel du terme. C’était une tentative d’écrire une version américaine du réalisme magique sud-américain mais influencée par la technologie et les médias. Il s’apparente plus à du Ballard mélangé à du Gabriel Grarcia Marquez qu’à du William Gibson.
 
 
Actusf  : Avec Butcher Bird, vous vous êtes essayé à la fantasy urbaine : pourquoi ce changement ?
Richard Kadrey  : Deux raisons : la première pratique, la seconde esthétique. Celle-ci était simple. Il y a des gens qui savent faire durer le cyberpunk bien mieux que moi. En plus de Métrophage, j’ai quelques nouvelles de cyberpunk qui, je trouve, marchent plutôt bien (« Surfing the Khumbu  » par exemple). Mais je n’étais pas satisfait de la direction que je prenais alors il m’a fallu trouver une nouvelle forme.
 
La seconde raison pour laquelle j’ai changé de genre (et c’est quelque chose de bien plus répandu chez les écrivains que la plupart des gens ne le pense) c’est que je n’arrivais pas à gagner ma vie. En fait, Sandman Slim était plus ou moins mon dernier essai en tant qu’écrivain. S’il ne se vendait pas, je retournais dans le monde réel, avec un vrai job, et me contenterais d’écrire de temps en temps quelques nouvelles. Et, en plus de mourir de faim, on ne peut vivre qu’avec une poignée d’avis d’expulsion avant de devenir fou. J’ai eu de la chance que Sandman Slim se vende bien.
 
 
Actusf  : D’où vous est venue l’idée de Sandman Slim ? Qu’aviez-vous envie de faire avec cette série ?
Richard Kadrey  : La genèse de cette série est, je pense, la même que pour beaucoup d’auteurs mais très frustrante pour les lecteurs car il n’y a rien de mystérieux ou de sexy derrière. Toute la série provient de deux phrases dans deux carnets de notes. La première : « Tueur à gages venant de l’Enfer ». La seconde : « Nom pour un personnage : Sandman Slim ». C’est tout. Après, il fallait simplement suivre la logique d’où le nom et le concept venaient, où allait le personnage et ce qu’il voulait.
 
Je veux continuer à étoffer le monde de Stark et à creuser plus profondément dans les sous-cultures magiques de L.A. C’est la partie amusante d’une série : ce n’est pas la peine de tout brûler dès le premier livre. Je peux montrer L.A. bout par bout et, avec chance, continuer à surprendre les lecteurs.
 
 
Actusf  : Spyder Lee et Stark sont de vrais losers, pas vraiment le genre de héros habituels. Qu’est-ce qui vous attire dans ce genre de personnages ?
Richard Kadrey  : Les héros peu reluisants font sens à mes yeux. Ils sont en quelque sorte un archétype américain. Le roman noir est rempli de personnages ordinaires qui, par le hasard d’étranges circonstances, sont forcés d’endosser le rôle du héros alors que la seule chose dont ils ont envie, c’est qu’on les laisse tranquilles.
 
 
Actusf  : N’est-ce parfois pas trop difficile d’incarner un personnage aussi immoral et impulsif que Stark ?
Richard Kadrey : Je ne pense pas que Stark soit immoral. Il possède de solides convictions qu’il essaye de ne pas violer. Bien sûr, cela n’est peut-être pas évident dans le premier livre, où Stark est dans son état le plus monstrueux. Il a survécu à l’enfer et cela l’a rendu un peu fou. C’était l’une des idées de la série : montrer la lente réhabilitation et humanisation de quelqu’un qui, autrefois, ne voulait rien de plus que détruire le monde.
 
 
Actusf  : Vos personnages féminins sont également très forts, loin des clichés habituels. Est-ce une volonté ou la simple résultante d’un univers impitoyable ?
Richard Kadrey  : Je ne pense pas à écrire des femmes fortes. Certains genres de personnes m’intéressent plus, c’est tout, qu’ils soient mâles ou femmes. Candy et Pie-grièche sont des gens forts, c’est tout.
 
 
Actusf  : Votre vision du surnaturel est très personnelle mais emprunte beaucoup à des symboles bibliques et occultes connus. Cela a-t-il nécessité beaucoup de recherches ?
 Richard Kadrey : J’ai des étagères remplies de livres sur la Bible, le Christianisme hérétique et les origines du Diable dans la culture occidentale. Et aussi des livres sur l’alchimie et la symbolique magique. Une fois les recherches faites, j’utilise l’information comme je l’entends. Je n’ai aucune envie de rester coincé dans la cosmologie de quelqu’un autre. Je préfère créer la mienne et faire en sorte qu’elle reste intéressante.
 
 
Actusf  : On sent une écriture très cinématographique dans Sandman Slim (sans compter que Stark se retrouve à gèrer une boutique de location de DVD). Est-ce une influence ?
Richard Kadrey : Une grande influence. Je suis un geek cinématographique minutieux. En fait, quand on me demande de décrire la série Sandman Slim, j’ai tendance à dire que c’est un western spaghetti avec des gangsters. On y retrouve autant du Sergio Leone que du Jim Thompson.
 
 
Actusf  : J’ai d’ailleurs pu lire sur Internet que la série serait en cours d’adaptation au cinéma... Est-ce toujours le cas ? Où en est le projet ?
Richard Kadrey : Un script a été écrit et le développement continue. Les films sont un processus extrêmement lent. Pas la peine de s’impliquer si vous voulez que les choses arrivent immédiatement.
 
 
Actusf  : L’un des personnages n’est autre qu’Eugène Vidocq, un policier français bien connu de notre imaginaire. Qu’est-ce qui vous intéressait dans ce personnage ?
Richard Kadrey : Tout dans Vidocq est intéressant. Il rentre dans le monde de Stark parce que, en un sens, c’en est une version plus ancienne : un homme qui a commencé en tant que criminel, qui a trouvé un moyen de s’échapper de cette condition et a essayé d’utiliser son passé criminel pour aider les gens.
 
 
Actusf : Les lecteurs français viennent de découvrir le premier tome... A quoi peuvent-ils s’attendre dans le deuxième ?
Richard Kadrey  : Les trois premiers livres de la série suivent des idées très conventionnelles : Sandman Slim est un roman policier possédant des liens avec les œuvres de Jim Thompson et Richard Stark (c’est d’ailleurs de là que vient le nom de Stark). Le deuxième livre relève du roman de mystère. Quant au troisième, c’est une plus une quête de fantasy.
 
Le deuxième livre apporte deux nouveaux éléments : les zombies et le porno. Stark est obligé d’aider à stopper une invasion zombie dans L.A. J’ai essayé d’utiliser le concept du zombie sous un jour nouveau. Je ne voulais pas déposséder George Romero alors j’ai inventé ma propre mythologie du zombie et ai créé de nouvelles catégories, du cadavre complètement idiot à peine capable de marcher à ceux, intelligents, que l’on peut à peine reconnaître des gens normaux.
 
Le porno s’insère sous la forme de Brigitte Bardot, une star du porno tchèque qui débarque à L.A. soi-disant pour percer dans le cinéma « conventionnel ». Son secret, c’est qu’elle est aussi une chasseuse de zombie hautement qualifiée. Je connais beaucoup d’artistes porno et j’étais fatigué de les voir toujours dépeints dans la fiction comme faible et comme des victimes. Je voulais créer un super-héros qui soit aussi une star du porno et c’est comme ça que Brigitte est née.
 
 
Actusf  : Le 5e volume paraîtra cet été. Combien de volumes sont prévus au total ?
Richard Kadrey : L’histoire actuelle sera terminée dans le 6e livre. Mais j’ai beaucoup d’autres histoires avec Stark que je veux raconter. J’aimerais faire d’autres livres. La décision revient à mon éditeur.
 
 
Actusf  : Avez-vous d’autres projets d’écriture ? Sur quoi travaillez-vous actuellement ?
Richard Kadrey : Je viens juste de terminer un roman de fantasy intitulé Dead Set. C’est un roman indépendant, qui ne se raccroche à aucune série. Je voulais écrire un livre qui soit l’exact opposé de Sandman Slim. Dead Set raconte l’histoire d’une jeune adolescente de 16 ans perturbée qui découvre que l’âme de son père est piégée dans un CD bizarre au fond d’un disquaire louche. De par sa propre connivence, elle la perd et se retrouve obligée de voyager dans une ville sombre et tordue où vivent les âmes perdues afin de sauver celle de son père. Évidemment, une fois arrivée dans cette ville des morts, les choses ne se passent pas exactement comme prévu...

Marie Marquez