Interview Richard Paul Russo
de Richard Paul Russo
aux éditions ActuSF
Genre : SF

Auteurs : Richard Paul Russo
Date de parution : octobre 2007 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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ActuSF : Jusqu’ici inconnu en France, Richard Paul Russo a débarqué récemment avec deux romans aux éditions du Bélial : Le Cimetière des Saints et La Nef des Fous. Petite interview avant sa venue aux Utopiales. Nous vous découvrons en ce moment en France avec La Nef des Fous et Le Cimetière des Saints. Parlez-nous de vous. Comment avez-vous découvert la science fiction et qu’est-ce qui vous a donné envie d’en écrire ?
Richard Paul Russo : J’ai commencé à lire de la science fiction quand j’étais jeune, vers 8 ou 9 ans et j’en ai ensuite lu beaucoup adolescent. Puis ça m’est passé pendant quelques années avant d’y revenir quand j’ai découvert les auteurs de la New Wave comme Roger Zelazny, Joanna Russ, Samuel R. Delany, Robert Silverberg, Ursula Le Guin, J. G. Ballard et beaucoup d’autres. J’avais environ 20 ans et c’est à ce moment là que j’ai commencé à écrire. Et pendant mon compagnonage, j’ai écrit dans différents genre, aussi bien la littérature générale, que la science fiction ou le policier, parce que tous m’intéressaient. Mais je n’étais pas un très bon écrivain alors et aucun de ces récits n’ont été publiés.
Mais j’apprenais, et petit à petit je me suis amélioré. Le point capital c’est que j’ai commencé à prendre vraiment l’écriture au sérieux. Pendant un temps je me suis concentré sur la littérature générale et j’ai publié quelques histoires dans de petites revues littéraires. Puis je suis passé à la science fiction parce que c’était plus intéressant et excitant pour moi. J’ai encore passé quelques années à écrire des histoires impubliables, jusqu’à ce que finalement, émergent quelques unes de suffisamment bonne, au point qu’en 1985, je commence à en vendre régulièrement.

ActuSF :
Pourquoi avoir choisit la science-fiction d’ailleurs pour ces deux romans ? Qu’est-ce qui vous plait dans ce genre en tant qu’auteur ? Et qu’est-ce qui vous attire dans l’espace ?
Richard Paul Russo : J’écris de la science fiction seulement depuis une vingtaine d’années, ce qui fait huit romans et une bonne trentaine de nouvelles. Comme auteur, il y a pour moi quelque chose d’excitant et d’énergisant à écrire de la SF. C’est difficile d’en expliquer les raisons, mais c’est en partie parce qu’elle me permet d’avoir une approche différente et inhabituelle de l’écriture, et ce quelque soit le sujet que j’aborde. Ce qui m’intéresse toujours en premier lieu, ce sont les gens. Mais avec la science fiction, je peux les voir sous des angles vraiment différents et c’est ça qui est excitant. Et puis la SF est aussi la meilleure façon d’explorer la manière dont nous évoluerons dans l’avenir même si nous vivons dans le présent. Et si j’écris de la SF qui se passe sur Terre, dans un futur très proche (c’est le cas de mon second roman, Subterranean Gallery, et de la série « Carlucci »), je suis tout autant attiré par une science fiction qui prendrait place dans l’espace et dans le futur. Je trouve ce sentiment d’immensité du vide de l’univers à la fois galvanisant et effrayant, spécialement en regard de la place que nous y occupons. Et l’une des façons les plus efficaces de l’explorer et le conquérir c’est d’écrire à propos d’un futur très éloigné de notre présent.

ActuSF :
Comment est née l’idée de La Nef des Fous ? On pense à Alien à certains romans de Brian Aldiss. Quelles ont été vos influences sur ce roman ? Qu’aviez-vous envie de faire ?
Richard Paul Russo : Un des premiers romans de SF que j’ai lu était Croisière sans Escale de Brian Aldiss lorsque j’avais 11 ou 12 ans et ça m’avait vraiment retourné. Et pour la Nef des fous j’ai voulu parler d’un vaisseau qui se serait perdu ou détourné de son objectif, mais sans que ça soit une imitation d’Aldiss. Je veux explorer mes propres idées à ma façon. Mais le roman doit certainement beaucoup aux souvenirs que j’ai de ces lectures de jeunsse. J’ai aussi voulu écrire un roman s’attaquant vraiment au thème de la religion. Par pour dénoncer une quelconque croyance, mais pour les considérer avec respect. C’étaient grosso modo les deux idées de bases, et ça a donné La Nef des fous.

ActuSF : La fin du roman est très ouverte. Y’aura-t-il une suite un jour ?
Richard Paul Russo : Je n’avais pas projeté d’écrire un autre livre qui raconterait la suite de l’histoire et pendant plusieurs années l’idée ne m’a même pas effleurée. Et puis, récemment, j’ai commencéàreconsidérer la question, et maintenant je pense que mon prochain roman sera une suite de La Nef des Fous. Il y a toutefois un prérequis qui me tient àcoeur : je veux que quelqu’un puisse le lire et l’apprécier même s’il n’a pas lu La Nef des fous.

ActuSF :
Vous avez reçu le Philip K. Dick award pour ce roman. Cela a-t-il compté pour vous ? Et de manière plus large, est-ce que recevoir une récompense est important pour un auteur ?
Richard Paul Russo : J’étais vraiment ravi de recevoir le Philip K. Dick Award pour La Nef des fous. Et c’était aussi agréable que la première fois, puisque mon second roman, Subterranean Gallery, avait aussi remporté le Philip K. Dick Award en 1989. J’étais heureux les deux fois, parce que cela voulait dire que des gens avaient vraiment aimé mes livres.
Cependant je pense que cela peut-être dangereux d’attacher trop d’importance aux prix. Être primé peut aider une carrière d’auteur. Cela peut apporter une attention supplémentaire sur son travail et peut-être donner une coup de pouce à ses ventes. Mais cela peut aussi affecter l’esprit de l’écrivain, ou son ego, ce qui fait partie intégrante du processus d’écriture. Se préoccuper des prix, ou s’inquiéter de savoir si on va en gagner peut interférer négativement avec le travail lui-même.

ActuSF :
Même question sur Le Cimetière des Saints. Comment se roman est-il né ?
Richard Paul Russo : Je ne sais pas vraiment qu’elles ont été mes sources ou mes influences à propos de la Cité des Saints. Quand je travaillais sur les dernières corrections de La Nef des Fous, j’ai eu cette image d’un garçon regardant des bateaux descendant une rivière de nuit. J’ai mis les révisions de côté et j’ai écris cette scène, pour qui est finalement devenue le premier chapitre de La Cité des Saints. Je ne savais alors rien à propos de l’histoire ou de cet enfant. Je l’ai découvert ensuite, alors que je l’écrivais. C’est ma manière habituelle de travailler, au moins dans les premiers stades d’un livre ou d’une histoire. Je n’ai aucune idée de ce que sera l’histoire. Je la trouve àmesure que je l’écrit.

ActuSF :
Dans ces deux romans, parmi les personnages principaux, il y a les ET. Dans les deux cas, ils sont invisibles puisque vos héros en retrouvent les restes. Est-ce que l’archéologie extraterrestre est un sujet qui vous interesse et pourquoi ?
Richard Paul Russo : Je n’y avais jamais pensé jusqu’ici, mais maintenant que vous me le demander, je peux vous dire que oui, l’archéologie en général, et pas spécifiquement l’archéologie extra-terrestre, m’intéresse beaucoup. Je suis fasciné par ce cheminement qui vous amène à essayer de comprendre d’autres cultures et d’autres temps en excavant et en étudiant leurs restes. Je peux imaginer des approches et des méthodes similaires pour essayer de comprendre l’intelligence aliens.

ActuSF :
C’est comme si l’important pour vous était leur recherche et leur découverte mais pas franchement leur étude non ?
Richard Paul Russo : ui je pense que c’est vrai. Ce qui m’intéresse c’est apprendre plus à propos de l’univers et la place que nous y occupons. L’élément important est de savoir s’il y a d’autres intelligences et ce que cela peut nous apprendre de nous même.

ActuSF :
Est-ce pour vous il s’agit du même peuple dans les deux romans ?
Richard Paul Russo : Non. Les deux livres n’ont pas de connections entre eux et il n’y a pas de rapports entre les aliens du premier roman et les aliens du second.

ActuSF : Je voulais évoquer avec vous les Sarakheen, ces êtres mi-hommes mi-machines. Ils évoquent l’avenir de l’humanité. Comment les voyez-vous ? Et pensez-vous que cela puisse véritablement être l’avenir de l’humain ? Comment le voyez-vous cet avenir ?
Richard Paul Russo : Si je ne les vois pas comme LE futur des êtres humains, je pense que des hommes ayant de plus en plus d’attibuts machiniques feront partie intégrante de notre futur. Je n’ai pas d’idée concrète sur ce à quoi cela ressemblera, mais je pense qu’ils seront vraiment différents de ce que nous sommes maintenant. Et les relations entre eux et nous seront une difficiles et nous pousseront à nous remettre en question.

ActuSF : Il y a une notion de quête dans votre roman. Etait-il important que Cal vive toutes ces horreurs enfant ? On presque l’impression finalement que le prestige de sa famille passe bien après son obsession du Cimetière des Saints non ?
Richard Paul Russo : C’était important que Carl soit confronté aux terribles événements de son enfance pour qu’ils lui fournissent une peinture claire de la gamme du comportement humain, et une compréhension de la manière abjecte dont humain peut se comporter avec ses semblables, même au sein d’une civilisation prétendûment avancée et libérale. Pour moi, sa quête est celle d’un moyen d’aller au-delà de tels comportements, et pas seulement au niveau de individuel, mais aussi pour toute l’humanité. C’est pourquoi il est obsédé par la découverte d’artefacts aliens, parce qu’il espère que les échanges entre les humains et les ET, ou les vestiges de leur civilisation, pourrait ouvrir une nouvelle voie à l’humanité. Quand au prestige de sa famille, je ne suis pas d’accord avec vous. Je pense qu’il y attache bien moins d’importance, qu’àla découverte du cimetière des saints ou quoique soit d’autre qu’il puisse trouver. En fait il est disposéàrisquer ce qui reste de la fortune de la famille pour équiper son expédition.

ActuSF :
Pourrait-on selon vous classer ces deux romans comme étant du New Space Opera ? Est-ce qu’identifier vos livres dans un courant ou une démarche est quelque chose d’important pour vous ?
Richard Paul Russo : Je voudrais répondre aux deux questions ensemble, parce qu’elles sont rattachées l’une à l’autre. Pour être honnête, je ne sait vraiment pas ce qu’on entend par NOuveau Space Opera. Donc je ne sais pas si ces deux romans peuvent y être rattachés. Je ne pense pas en terme de mode ou de tendance, parce que je ne vise pas d’objectifs précis. J’essaie juste d’écrire sur ce qui me tient à coeur, de le faire le plus efficacement possible, et siaprès, des gens veulent les étiquetter ou les identifier d’une manière ou d’une autre, grand bien leur fasse. Je comprends les raisons qui poussent les gens à catégoriser en sous-genres ou en tendances, que ça soit pour des raisons de marketing ou alimenter les conversations sur les nouvelles voies d’écriture ou les approches communes entre différents livres ou auteurs. Mais je ne veux pas penser à ces choses, qui d’interférer avec mon travail d’écriture. Pas mal de personnes ont classé ma série des "Carlucci" dans le Cyberpunk. Mais absolument à aucun moment je ne les ai envisageé sous cet angle, et je pense que si j’avais déibérément essayer d’écrire des romans cyberpunk, cela aurait un impact sur les livres, et pas dans le bon sens.

ActuSF :
Parlez nous de votre trilogie about Lt. Frank Carlucci. De quoi parle-t-elle ?
Richard Paul Russo : La série Carlucci n’est pas une trilogie au sens traditionnel du terme, parce que chaque roman peut se lire indépendamment.. Chaque livre a une histoire complètement différente. Mais ils se recoupent néanmoins, dans la mesure où le Lt Franck Carlucci, un détective de la criminelle dans un San Francisco situé 25 ans dans notre futur, est le héros des trois romans.

ActuSF :
Même question pour The Dread and Fear of Kings, une nouvelle que l’on peut lire en ligne. Quel en est le sujet ?
Richard Paul Russo : Ça parle d’une colonie humaine qui a été abandonnée ou oubliée sur un autre monde, qui n’a plus accès au voyage spatial et qui est restée isolée pendant de nombreuses générations. Plus précisément, c’est l’histoire d’un homme obsédé par le pouvoir, autoproclamé « Roi », qui est sur le point de mourir et qui essaye de conjurer sa propre mort. Mais plus encore, il y est question des dilemmes intimes posés à ceux qui savent que ceux qui sont au pouvoir sont sources de souffrances et de mort pour leurs semblables, des cas de conscience qui se posent à eux pour savoir à qui va leur loyauté. Ils tentent de savoir quand et comment agir, et de déterminer quels risquent valent le coup d’être pris.

ActuSF :
Quels sont vos projets ? Sur quoi travaillez-vous actuellement ?
Richard Paul Russo : Je viens juste de finir la novélisation d’un jeu vidéo. C’était la première fois que je faisais ça, et j’ai bien aimé. Cela dit, je préfère écrire mes propres histoires et c’est exactement ce que je vais faire maintenant. J’ai récemment écrit deux shorts stories qui seront bientôt publiées, et comme je l’ai dit plus haut, je pense que mon prochain livre sera la suite de La Nef des Fous. Je projette aussi d’écrire un livre pour enfants.

 

Eric Holstein, Jérôme Vincent, Stéphanie Morello-Fenouillet