Interview Stéphanie Nicot, les Imaginales 2012
de Stéphanie Nicot
aux éditions
Genre : Actes de colloque

Auteurs : Stéphanie Nicot
Date de parution : mai 2012 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Alors que les Imaginales 2012 approchent, Stéphanie Nicot a répondu à nos questions...

ActuSF : Quelles seront les grands axes des Imaginales cette année ?
Stéphanie Nicot : Histoire de fêter nos dix ans (2002-2012), nous allons proposer aux festivaliers de rencontrer près de 130 auteurs venus de toute la France, d’Europe (Allemagne, Belgique, Suisse), mais aussi des États-Unis. On y trouvera évidemment des auteurs de fantasy – le gros bataillon des Imaginales, puisque c’est notre spécialité –, de SF, de fantastique. Nous recevrons également à Épinal plusieurs dizaines d’auteurs fréquentant les univers du conte et du roman historique, qui nous donnent accès à un nouveau public.

 

ActuSF : Quels sont les invités "phares" du festival ?
Stéphanie Nicot : J’aurais tendance à répondre : tous ! Puisqu’ils sont là, c’est qu’ils ont au moins écrit un roman ou un recueil qui a accroché la directrice artistique des Imaginales, qu’il s’agisse de récits découverts au hasard de mes lectures, ou signalés par l’un des nombreux (et brillants !) collaborateurs du festival ; les Imaginales, rappelons-le, c’est une équipe fidèle, aux compétences multiples. On y verra aussi bien les grandes signatures de l’imaginaire français (Ayerdhal, Pierre Bordage, Pierre Pevel, par exemple), la génération suivante qui s’impose à son tour (Charlotte Bousquet, Jean-Philippe Jaworski, Sire Cédric…), et les nouveaux auteurs qui représentent la part de découvertes du festival.

Quant au « coup de cœur » des Imaginales 2012, c’est Lionel Davoust, un jeune talent qui nous apporte depuis dix ans son enthousiasme (c’est l’un des traducteurs de nos cafés littéraires), et qui s’est imposé avec de brillantes nouvelles de fantasy. Sans parler de La Volonté du dragon, un court roman qui a confirmé les attentes de ses lecteurs. Avec Léviathan, sa trilogie de thrillers surnaturels (La Chute et La Nuit sont déjà parus), un écrivain majeur est né !

ActuSF : Mercedes Lackey est l’un des grands noms qui se déplacera. Est-ce que cela a été facile de la faire venir ? Et quel est ton regard sur elle ?
Stéphanie Nicot : C’est l’exemple de ces très grande signatures à qui l’on pense des années durant, qu’on croit inaccessibles, voire un peu distantes (une star !). Malgré tout, en 2009, je lui ai adressé un premier mail… Elle a refusé, mettant en avant un planning trop chargé. J’ai récidivé, il y a quelques mois (je me décourage difficilement…), en lui suggérant de venir à Épinal en 2013. Non seulement, elle a dit oui, mais elle a ajouté que si nous voulions l’accueillir dès 2012, elle était libre… Vous imaginez si j’ai sauté sur l’occasion ! Et j’ai découvert, lors de nos échanges de mail, une femme charmante, disponible, à l’écoute. Je peux même révéler que nos contacts m’ont poussée à lui demander une nouvelle inédite en français pour une anthologie de fantasy sur laquelle je travaille actuellement… Là encore, elle m’a trouvé le bon texte. Je ne suis d’ailleurs pas sa seule fan : Charlotte Bousquet, qui a écrit un article enthousiaste sur son œuvre dans le programme des Imaginales, co-animera avec moi le grand entretien que les Imaginales vont consacrer à Mercedes Lackey (dimanche en fin d’après-midi, histoire de vous encourager à rester au festival jusqu’au bout !).

ActuSF : Quels sont les auteurs dont les romans t’ont particulièrement plu cette année et que tu as souhaité inviter ?
Stéphanie Nicot :  Tous, sinon ils ne seraient pas là ! Mais, dans le domaine de l’imaginaire, j’ai été particulièrement accrochée par quatre premiers romans : Cavalier blanc : Alice (Apocalypsis, 1) d’Eli Esseriam, Loar de Loïc Henry (chez Griffe d’Encre, une petite maison où l’on trouve souvent de nouveaux auteurs à suivre), Le Réveil (Le Livre de Siaska, 1) de Marie Pavlenko et La Route des magiciens (Les Dolce, 1) de Frédéric Petitjean (nominé au Prix Imaginales, excusez du peu pour un premier livre !).

ActuSF : Les années précédentes, il y a eu des moments forts pendant le festival en plus des dédicaces et des conférences comme les soirées au planétarium, le speed dating, la soirée de lectures érotiques... Quels seront les évènements "hors les murs" cette année ?
Stéphanie Nicot : Les mêmes bien sûr, ceux que tu as cités ; il y aura aussi les Dîners du patrimoine (un repas gastronomique dans un lieu d’exception, en présence d’un invité des Imaginales), quatre petits déjeuners avec nos auteurs américains (sur inscription), le tout nouvel atelier numérique animé par Jean-Claude Dunyach…

ActuSF : Y aura-t-il des nouveautés pour cette nouvelle édition ?
Stéphanie Nicot : Nous allons offrir un éclairage significatif sur ce nouveau courant de la littérature d’imaginaire qui nous arrive en force des États-Unis, et qu’on appelle fantasy urbaine ou romance paranormale, ou aussi “bit-lit“.

ActuSF : Il y aura des auteurs d’imaginaire, mais aussi des auteurs lorrains. Qui sont-ils ? Comment les as-tu choisis ?
Stéphanie Nicot : D’abord, on peut être un auteur lorrain et d’imaginaire : ce n’est pas Johan Heliot, désormais installé à Épinal, qui me démentira ! Mais il est vrai que nous avons une belle tradition du roman historique en Lorraine : je pourrai citer, entre autres auteurs de qualité, Élise Fischer, Gilles Laporte, Frédérique Volot. En ce qui concerne l’imaginaire proprement dit, outre l’ami Johan, nous avons Olivier Deparis, Jean-Philippe Jaworski, Pierre Pevel, Muriel Zürcher.

ActuSF : On parle d’une crise de l’imaginaire en France. Les librairies indépendantes tirent la langue, la SF et la fantasy semblent éclipsées par la Bit Lit, quel est ton sentiment là dessus ? Ressens-tu cette crise du point de vue du festival ?
Stéphanie Nicot : Je passerai sur la crise de la librairie indépendante, et ce d’autant plus que de grands réseaux ne vont pas si bien non plus. Répondre sérieusement à cette question nécessiterait une réflexion approfondie sur la situation de la chaîne du livre, le rôle des sites de vente en ligne, le numérique et l’attitude des éditeurs à cet égard… C’est pourquoi les festivaliers trouveront une table ronde consacrée au numérique : en 2011, c’étaient les auteurs et les juristes (l’avocat Emmanuel Pierrat, le grand spécialiste de ces questions en France) qui avaient la parole ; cette année, ce sont les éditeurs qui se lancent…
Aux Imaginales, quoi qu’il en soit, les ventes de livres augmentent chaque année, et ce depuis 10 ans. C’est le signe que, si l’on sait donner envie de lire au public, en créant un festival disposant d’une forte identité, en montrant que la lecture, c’est un plaisir avant tout, on donne envie d’acheter des ouvrages !
La SF et la fantasy sont-elles éclipsées par la “bit-lit”, par la romance paranormale, ces nouvelles formes de fantasy urbaine ? Il est encore un peu tôt pour le dire.
La science-fiction est certes en recul, mais elle conserve un public fidèle, en particulier chez les jeunes. Les éditeurs et les auteurs devraient peut-être écouter un peu plus les libraires, les responsables de festival et surtout les lecteurs pour savoir quel type de SF attendent ceux qui paient leurs livres… Le récent succès du Déchronologue (Prix Imaginales des lycéens 2012) montre que la bonne SF d’aventure trouve toujours son public.
Quant à la fantasy, elle ne me semble pas réellement en recul. Je crois plutôt que le public ne peut plus faire face à une production devenue pléthorique. L’offre est en passe de dépasser la demande, et nous arrivons très logiquement à un certain étiage. Le marché devient donc plus concurrentiel…
Alors, oui, la “bit-lit” a su apporter quelque chose de nouveau dans l’imaginaire ! Et, visiblement, le lectorat en redemande, et pas seulement les jeunes. Cela tombe bien : ça m’amuse beaucoup d’en lire, et j’y trouve de vrais coups de cœur. Les Imaginales vont donc s’ouvrir à ce nouveau type de romanesque en accueillant cette année deux auteures américaines de talent : MaryJanice Davidson et Jaye Wells. À leurs côtés, trois signatures françaises de “bit-lit” – Sophie Dabat, Marika Gallman, Cassandra O’Donnel – seront là elles aussi.

Bref, les modes changent, mais l’imaginaire reste au top ! Et les Imaginales aussi… Mais, là, Bernard Visse et moi-même, qui fêtons nos dix ans de collaboration, nous préférons laisser les festivaliers vous en parler. Notre meilleure publicité, ce sont ces milliers de lecteurs qui, d’année en année, se font une joie de revenir à Épinal !

Épinal, le 13 mai 2012

Jérôme Vincent