Interview Thierry Di Rollo - Mai 2007
de Thierry Di Rollo
aux éditions ActuSF
Genre : SF

Auteurs : Thierry Di Rollo
Date de parution : mai 2007 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Thierry Di Rollo est un auteur qui trace son propre chemin en science-fiction depuis quelques années. Une science-fiction qui chez lui bouscule, dénonce et peint en noir le futur. Petite interview à l’occasion de la sortie des Trois reliques d’Orvil Fisher.

ActuSF : Comment est né l’idée des Trois reliques d’Orvil Fisher ? Te souviens-tu quand et comment certaines images se sont imposées à toi ? (je pense notamment à Orvil sur sa girafe ou aux immeubles éventrés dans un paysage de ruines).
Thierry Di Rollo : Je me souviens de la première, dont tout a découlé : l’image des vaisseaux noirs, immenses, progressant très lentement au-dessus du monde. Quant à l’idée qui a fait naître le roman, l’envie d’écrire l’histoire d’un lâche, tout simplement.

ActuSF : Comment vois-tu Orvil ton héros ? On le sent à la fois obsédé par sa quête mais aussi quelque part très détaché du monde ?
Thierry Di Rollo : C’est un lâche qui veut chercher à se venger et qui retarde inconsciemment, par sa propre lâcheté, le moment, le hasard de sa confrontation avec le meurtrier de ses grands-parents. J’affirme cela et en même temps je n’ai rien dit. Parce qu’Orvil Fisher ne se résume pas à cette seule définition. Oman, dans sa critique du livre, sur SFU, pose la seule vraie bonne question : Orvil, qui es-tu ? Certains jours, je crois le savoir, la plupart du temps il m’échappe totalement. A chacun de se faire sa propre vision du personnage.

ActuSF : On est un peu destabilisé dans Les Trois reliques d’Orvil Fisher par le manque d’informations sur Orvil. Il se livre assez peu. J’imagine que c’est une volonté. Quelle est l’idée : se concentrer uniquement sur sa quête et présenter en trois parties les trois grandes étapes de sa vie ? Ou montrer comment son drame l’a un peu "déshumanisé" ?
Thierry Di Rollo : Il se livre assez peu parce qu’il se méfie de tout le monde. Tu connais quelqu’un qui ne serait pas profondément marqué par tout ce qu’a vécu Fisher, toi ? Et je n’ai pas à en rajouter au moyen d’artifices puisés dans les techniques littéraires pour en révéler plus à l’intention du lecteur. Je rappelle quand même que le roman est écrit à la première personne du singulier. C’est vraiment Orvil Fisher qui parle, comme ont pu le faire avant lui le John Stolker du "Meddik", Forrest Pennbaker de "La profondeur des tombes", Dunkey et Liv Linder de "La lumière des morts", Archeur ou le narrateur de "Number Nine". Je suis – j’essaie d’être, en tous cas - chaque personnage narrateur, le temps de l’écriture. Rien de plus, rien de moins. On prend ou on laisse.

ActuSF : On a l’impression qu’il est toujours loin. Il tue à distance ses victimes, n’exprime qu’assez peu ses sentiments... On a l’impression qu’il a peur de se confronter au monde, de se découvrir en exprimant sa sensibilité. C’est comme s’il se faisait une carapace de sa distance avec le monde et aussi avec lui. J’ai bon ou ce n’est pas du tout ce que tu as voulu écrire ?
Thierry Di Rollo : Oui, le maître mot de ce roman est "distance". Au sens premier du terme. Parce qu’Orvil Fisher n’en a aucune concernant sa souffrance d’enfant, au bout du compte.

ActuSF : Tes romans se concentrent sur la façon dont leur héros respectif réagit par rapport à la folie/absurdité/noirceur du monde. Dans les premiers romans, il y avait affrontement. Puis, sont apparus la folie et le renoncement. Dans Meddik et Les Trois reliques d’Orvil Fisher, peut-on dire que les héros font cette fois preuve d’une acceptation, d’une volonté de comprendre le monde pour devenir comme lui, tout au moins en acquérir une maîtrise pour reprendre un contrôle sur leurs vies ? La représentation de ces différentes attitudes suit-elle une logique ? Si oui, quelle est la prochaine étape ?
Thierry Di Rollo : Oui, on peut le dire. Oui bis, il y a une logique : la mienne. La prochaine étape ? Je ne la connais pas encore.

ActuSF : Est-ce que tu envisages d’écrire à nouveau sur certains personnages de la Tragédie Humaine, ou de les inclure dans d’autres romans de celle-ci ?
Thierry Di Rollo : Non, même si la question de Christophe Sambre concernant les anhumains m’a beaucoup fait réfléchir. Non, je ne le pense franchement pas. Je n’en vois pas l’intérêt.

ActuSF : Pourquoi écris-tu sous le couvert de la science fiction alors que finalement tes romans - leurs questionnements - pourraient très bien trouver leur place dans du réalisme noir ?
Thierry Di Rollo : Ce sera fait au premier trimestre 2008, chez Denoël, pour un roman noir intitulé "Le syndrome de l’éléphant". L’écriture de ce livre m’a fait un bien fou : pas d’univers visuel à créer de toutes pièces, juste l’évocation actuelle d’un simple destin humain. J’espère que je pourrai poursuivre aussi dans cette voie.
Pourquoi la science-fiction, malgré tout ? Parce que j’ai toujours adoré ça. Créer visuellement des mondes, quels qu’ils puissent être, m’a toujours fait voyager.

ActuSF : Sur quoi travailles-tu en ce moment ? Quels sont tes projets ? Et tes envies ?
Thierry Di Rollo : Je me repose pour le moment des "Trois reliques d’Orvil Fisher". Toujours pour les mêmes raisons.
Mes projets ? L’écriture d’un autre roman noir, pour Denoël, tôt ou tard. Gilles, messieurs Garnier et Rubinstein m’ont fait confiance pour le premier et cela m’a énormément touché. J’espère être digne au moins une deuxième fois de l’accueil qu’ils m’ont réservé. L’écriture du septième tableau de ma "Tragédie humaine", tôt ou tard. Et c’est déjà beaucoup.

Jérôme Vincent